La fenêtre d’école tombée sur Ilyes à Charleroi posait déjà souci avant l’accident: “Des séquelles à vie”
(2022-04-05_11-40-59)
- Reference: 2022-04-05_11-40-59_la-fenetre-decole-tombee-sur-ilyes-a-cha
- News link: https://www.7sur7.be/faits-divers/la-fenetre-decole-tombee-sur-ilyes-a-charleroi-posait-deja-souci-avant-laccident-des-sequelles-a-vie~a70fe1902/
- Source link:
Enquête exclusive Le lundi 21 février 2022, un châssis de fenêtre de type oscillo-battant est tombé sur un enfant de trois ans à l’école communale Cobaux à Charleroi. L’établissement fait l’objet de travaux. Le gamin, lui, a été transporté en milieu hospitalier. Il y a même fait plusieurs passages même si ses jours n’ont jamais été en danger. Quelques mois après les faits, la question des responsabilités se pose toujours avec acuité.
Le châssis de la porte-fenêtre tombée sur Ilyes (trois ans) à l’école Cobaux à Charleroi posait problème depuis des mois. D’après nos informations, plusieurs membres du personnel se sont plaints de chevilles défectueuses auprès de la directrice de la section maternelle, Aude Lambrechts. Ils lui ont demandé de ne plus se servir de ce seuil pour pénétrer dans le bâtiment. En vain!
(3)
[1]
Une toiture s’effondre sur une enfant à Charleroi
[2]
L’école Sainte-Marie donne des nouvelles de la petite fille écrasée par une toiture à Charleroi
[3]
Un châssis de fenêtre tombe sur un enfant de trois ans dans une école de Charleroi
À la base, cet accès ne devait pas être régulièrement employé comme une porte d’entrée. Mais le coronavirus est passé par là. Afin de garantir la distanciation sociale et de ralentir la propagation de la maladie, la Ville de Charleroi a fixé comme priorité la réorganisation de ses espaces de travail. Cela signifie que les groupes de personnes doivent être bien séparés les uns des autres. [4]Lors d’une précédente interview accordée le 25 janvier 2022 , l’Échevine de l’Enseignement, Julie Patte (PS), déclarait à ce sujet: “L’autre difficulté pour maintenir les cours, c’est aussi que les classes ne peuvent plus être mixées. Chaque classe représente une bulle et chaque bulle doit rester distincte des autres”.
Cela sous-entend, par exemple, des horaires différents pour les récréations ou pour le début et la fin des cours. À l’école Cobaux, le choix a été d’utiliser la porte-fenêtre comme d’un deuxième point d’entrée ou de sortie des locaux. De la sorte, les enfants ne se rassemblent pas tous au même endroit lors des moments où ils sont les plus nombreux. Ils évitent de se croiser aussi.
Cela constitue une grave erreur. “Le châssis de fenêtre en question n’est pas celui d'une porte. C’est un châssis de type hôpital. Il faut utiliser une clé de sécurité pour déverrouiller la fenêtre. Cela exige une certaine manipulation. Cette fenêtre n’a pas pour vocation de s’ouvrir à fond régulièrement” nous indique la responsable Communication de l’Intercommunale pour la Gestion et la Réalisation d’Études Techniques et Économiques (IGRETEC), Marie Minet. IGRETEC supervise la rénovation énergétique toujours en cours à l’école communale Cobaux.
La Menuiserie Keiser à Jumet (Charleroi), spécialiste en châssis, confirme son diagnostic: “Ouvrir ou fermer complètement et systématiquement une fenêtre de ce genre ne pose pas, à proprement parler, un problème de sécurité. Mais cela met à mal la quincaillerie. Une fenêtre comme cela est adaptée pour être ouverte entièrement une fois tous les deux ou trois mois. Dans le cas contraire, elle s’use plus vite et elle menace de se décrocher plus rapidement”.
Officiellement, la directrice de l’école Cobaux ne pouvait ignorer le mode de fonctionnement. “Une réunion avec les occupants du bâtiment a eu lieu. Elle avait pour but de les avertir de l’utilisation de la fenêtre qui n’a pas tenu le coup” affirme Marie Minet.
Nous aurions aimé recueillir le point de vue d’Aude Lambrechts. Jointe par téléphone, elle n’a cependant pas souhaité répondre à nos questions: “Contactez la Ville de Charleroi! Nous n’avons pas l’autorisation de réagir. C’est le Pouvoir Organisateur qui en a la prérogative”.
Évidemment, nous n’en sommes pas restés là. Si la directrice n’a rien à nous dire, ce n’est peut-être pas le cas des professeur(e)s ou des éducatrices et éducateurs. Nous nous sommes donc rendus sur place juste avant les vacances de Carnaval. Nous sommes en fin d’après-midi. L’heure à laquelle des parents viennent rechercher leur bout de chou. Pourtant, ce n’est pas encore la foule. Quelques adultes attendent dans la cour de récréation de la section primaire. Ils patientent devant des préfabriqués qui hébergent les enfants.
À l’intérieur, des membres du personnel s’affairent. D’après le bruit qu’elles émettent, les classes bouillonnent de vie. À intervalles réguliers, des dames conduisent les petits auprès de leur père ou de leur mère. Après que nous nous soyons présentés, nous demandons à l’une de ces dames si elle accepte de nous parler. “Attendez! Je vais appeler la directrice” nous dit-elle. Nous avons beau lui expliquer que c’est inutile, car c’est elle que nous souhaitons questionner, rien n’y fait.
Aude Lambrechts descend de l’étage supérieur où sont situés les bureaux: “Bonjour, vous êtes le journaliste que j’ai eu au bout du fil?”. C’est effectivement le cas. “Vous avez un enfant scolarisé dans cette école?” Nous ne pouvons que répondre par la négative. Sa conclusion est donc irrévocable: “Vous ne pouvez pas rester ici. L’accès à la cour d’école n’est autorisée que pour les parents”. Nous rétorquons que nous exerçons simplement notre métier, mais c’est peine perdue. Nous nous faisons raccompagner à la sortie.
Sur le chemin, le chef de l’établissement n’est pas plus bavard qu’au téléphone. Une fois devant la grille de protection, il nous signale simplement: “Vous pouvez attendre là, par contre”. Nous déclinons l’invitation. L’attente aurait été trop longue et le résultat n’était pas garanti.
Sur le site internet de l’école Cobaux, nous avons pu retrouver un courrier en provenance du service Enseignement de la Ville de Charleroi. Il souligne que “les établissements scolaires ne sont a priori pas ouverts à la circulation du public”. Il date du 1 er septembre 2020. Nous prenons acte. Mais cela ne nous a pas empêchés de récolter les informations que nous recherchions.
Selon IGRETEC, l’entrepreneur, Bemat, était au courant de plusieurs soucis rencontrés sur le chantier. Il a reçu plusieurs signalements. “Mais il s’agissait de remarques mineures” prétend Marie Minet. “Par exemple, les portes intérieures n’étaient pas assez rabotées. Elles grattaient le sol”. La porte-fenêtre a fait aussi l’objet de critiques: “Elle était laborieuse à ouvrir. Mais en ce qui concerne ce dernier point, je répète que c’est tout à fait logique. Il fallait suivre toute une procédure pour actionner le verrouillage ou le déverrouillage”. Pourtant, les préoccupations du personnel de l’école étaient bien plus sérieuses que cela.
Marie Minet nous fait aussi savoir que les autorités communales ont eu connaissance de complaintes du personnel de l’établissement scolaire: “Lorsque la Ville de Charleroi a eu en sa possession ces éléments, elle a contacté directement les occupants du bâtiment”. Ceci dit, l’administration locale n’est pas responsable des travaux puisque la gestion de ceux-ci a été confiée à IGRETEC. Et des réunions de chantier hebdomadaires sont normalement prévues en compagnie de toutes les parties concernées. “Tous les avertissements qui sont parvenus jusqu’à l’entrepreneur ont fait l’objet d’un suivi. D’ailleurs, un responsable du chantier est présent sur place tous les jours”.
Comment se fait-il alors que la société de construction n’ait rien vu d’anormal avec la porte-fenêtre? Elle avait tout de même été avisée de “remarques mineures” à ce sujet. “Il faut remettre les choses dans leur contexte” commente Marie Minet. “Le week-end précédant l’accident, une forte tempête a balayé la Belgique. Des toitures se sont envolées. La puissance du vent a peut-être endommagé la porte-fenêtre”.
La tempête Eunice a effectivement frappé nos contrées à partir du vendredi 18 février 2022. Elle semble avoir aggravé l’état du châssis. En tout cas, un papa présent sur place le jour de l’accident a conforté cette version des faits auprès de la maman d’Ilyes, April: “Il m’a expliqué qu’à cause des vents violents, la porte-fenêtre connaissait un souci d’accrochage.
Citation
Selon ses propres termes, il a senti tous ses os lorsqu’il l’a pris dans ses bras April, Maman d’Ilyes
D’après lui, les surveillantes avaient déjà commencé à éloigner les enfants et à les rediriger vers un autre local. Mon fils attendait son tour. Ce serait pour cette raison qu’il se trouvait près de la porte-fenêtre. Lorsque celle-ci est tombée, il dit avoir eu à peine le temps d’attraper son propre fils. Par la suite, il a aidé la surveillante à soulever la porte-fenêtre et à dégager Ilyes. Selon ses propres termes, il a senti tous ses os lorsqu’il l’a pris dans ses bras. Il en a pleuré même si dans le même temps, il essayait de le réconforter”.
Pour rappel et selon nos recoupements, plusieurs membres du personnel de l’école ont dénoncé auprès de la directrice la défectuosité des chevilles de la porte-fenêtre. Et cela, à plusieurs reprises avant qu’Eunice ait soufflé sur la Belgique.
Contactée le 28 février dernier, le service Presse de la Ville de Charleroi n’a pas souhaité commenter les faits: “Les circonstances de l’accident restent encore à établir. À l’heure actuelle, il n’est pas possible de déterminer ce qui a causé le détachement de la menuiserie. Une analyse est en cours”.
Même son de cloche auprès de Julie Patte le 22 mars 2022. Elle nous a répondu par SMS: “Vous posez des questions auxquelles, en ma qualité d’Echevine de l’Enseignement, je n’ai pas les éléments de réponse. Des analyses sont en cours entre notre bureau d’études et celui d’IGRETEC. Je n’ai pas de retours à ce stade”.
Le 8 mars 2022, une réunion s’est tenue entre tous les intervenant(e)s et notamment en compagnie des échevins. “La situation est prise au sérieux par tous les acteurs” nous assurent Marie Minet.
Le lendemain de l’accident, Bemat s’est attelé à sécuriser l’ensemble des autres menuiseries de l’immeuble. D’après ce que les directrices de l’école Cobaux ont affirmé à April lors d’une récente rencontre, c’était plus que nécessaire: “Elles m’ont dit qu’en faisant le tour de chaque local rénové, elles ont relevé des soucis. Elles m’ont aussi signifié que le châssis de la porte-fenêtre avait été saisi pour analyse”.
Une visite des lieux a d’ailleurs été organisée le vendredi 25 mars 2022. Des représentants de la Ville de Charleroi y ont pris part. Mais l’autorité communale nie qu’il s’agissait d’effectuer un état des lieux suite à l’événement malheureux: “Il s’agit d’une simple visite sur le suivi du chantier. Rien de particulier. Cela se fait dans d’autres lieux. C’est habituel”.
Tout le monde a entretemps tiré ses conclusions. “Nous avons fait le point pour qu’un tel accident ne se reproduise plus. Nous avons conclu qu’à l’endroit de l’accident, une porte classique et non pas une fenêtre oscillo-battante était nécessaire. Nous allons prendre nos dispositions pour qu’elle soit installée” nous apprend Marie Minet.
Selon nos informations, les responsables de l’établissement scolaire avaient pourtant initialement privilégié la pose d’une porte plutôt que celle de la porte-fenêtre de type hôpital. IGRETEC n’aurait pas donné suite à cette requête. La porte-parole nous explique pourtant que ce n’est pas la façon de faire de la maison: “La réalisation d’un chantier s’effectue toujours en collaboration avec les occupants des lieux, la commune et le maître d’ouvrage. Le projet est discuté, concerté avant qu’il ne soit définitivement défini. Quand bien même le choix de la fenêtre n’était pas privilégié par les occupants, cela ne justifie en rien d’utiliser celle-ci comme une porte”.
En attendant, Ilyes endure toujours certains désagréments physiques. Sa maman, April, nous confiait le mardi 22 février dernier: “Il s’est fait opérer, car il avait trois fractures. Nous sommes sur une immobilisation du pied pendant dix jours. Ensuite, une immobilisation plus longue est prévue. On compte six semaines, voire plus parce qu'il faut planifier une éventuelle opération pour enlever les broches. Ce n’est qu’ensuite et après la convalescence que mon fils pourra peut-être retourner en classe cette année”.
Le lendemain, l’enfant était de nouveau hospitalisé et placé dans le service de pédiatrie: “Nous avons eu des complications dans la nuit. Du Dafalgan et du Nurofen n’ont malheureusement pas été suffisants pour gérer la douleur. Ilyes n’a dormi que trois heures. Il a dû être hospitalisé en urgence pour pouvoir l’aider à surmonter la souffrance avec un traitement beaucoup plus fort auquel il réagit bien. Nous sommes maintenant de nouveau en surveillance. Nous sommes sur de l’assistance 24 heures sur 24 de peur qu’il ne tombe sur son pied déjà fragile. De peur aussi qu’il ne commette le moindre faux-pas ou qu’une douleur inconnue et insurmontable ne se manifeste”.
Heureusement, il a reçu de bonnes nouvelles des médecins le mercredi 9 mars dernier: “Il ne devra pas mettre un plâtre durant la periode de six à huit semaines. L’intervention chirurgicale a porté ses fruits. Il en aurait pour seulement trois semaines. Ensuite, il faut prévoir une nouvelle opération pour retirer les broches”.
Du coup, il a pu retrouver ses pénates. Une solution a aussi été trouvée pour qu’il puisse retrouver ses camarades. Il s’y rend en chaise roulante. “L’école a engagé une personne pour une prise en charge matinale” nous atteste April le 28 février. Les efforts ont même été redoublés par la suite: “La Ville de Charleroi a envoyé deux personnes supplémentaires pour venir en aide à mon fils en classe. Il a des aides qui arrivent comme ça. Je ne dis pas que c’est mal. Au contraire! Je suis contente qu’il soit autant chouchouté. Mais un autre enfant à qui le même accident serait survenu n’aurait jamais pu compter sur un tel soutien. Je ne pense pas que tous les enfants auraient bénéficié d’une adaptation pour chaise roulante”.
Car même si le plâtre a été retiré à Ilyes, celui-ci est encore incapable de marcher par ses propres moyens: “Il a perdu toute sa masse musculaire de sa jambe droite”. Le parcours est semé d’embûches: “Au départ, même se traîner par terre lui était impossible. Il sollicitait l’adulte encore plus souvent que quand il avait le plâtre. Il était devenu très débrouillard avec celui-ci”.
Aujourd’hui, Ilyes poursuit sa revalidation positivement: “Il réapprend à marcher. Ce qui est très compliqué, mais il ne ressent aucune douleur”. Dans l’établissement scolaire, des accommodations ont été apportées: “Il est assis sur une chaise avec deux accoudoirs pour le soutenir au mieux. Les institutrices ont mis en place un petit vélo pour le faire se déplacer dans la classe tout en travaillant son mouvement de tibia”.
Ilyes n’a donc pas du tout rangé ce mauvais souvenir au placard: “Je dirais qu'il va bien maintenant, mais il est encore fort troublé. Il a besoin d’un suivi psychologique et selon moi, de séances de kiné”.
Sa maman s’inquiète pour son futur: “Mon fils a eu des convulsions en 2020. Il prend de la Depakine (NDLR. un médicament antiépileptique) trois fois par jour. Sur le long terme, nous ne savons pas si l’accident aura des répercussions sur son état de santé qui n’était déjà pas des meilleurs. Depuis qu’il a eu l’accident, Ilyes a énormément de moments d’absence”.
Les retours de la part des docteurs ne l’ont pas rassurée: “Il gardera des séquelles à vie. Il aura une jambe plus grande que l’autre. On me dit que cela ne doit pas m’alarmer, mais quand même!” Des semelles orthopédiques sont envisagées: “Nous reverrons les experts dans deux mois pour juger de l’état d’avancement d’Ilyes. Une nouvelle radiographie sera effectuée à ce moment-là”.
Pour l’instant, les médecins ne prescrivent pas de séances de kinésithérapie à Ilyes: “Ils m’expliquent que les enfants ont cette capacité à récupérer plus vite que l’adulte. J’ai eu rendez vous avec le pédiatre. J’ai obtenu l’accord pour qu’Ilyes aille à la piscine. Nous avons commencé dimanche. Nous reparlerons de la kiné après la radiographie”.
Les broches que doit supporter Ilyes ne seront ôtées que dans six mois: “Ce sera pour septembre, octobre”.
C’est pourquoi notre interlocutrice attend des réponses claires: “J’aimerais bien que quelqu’un assume clairement ses responsabilités. Car oui, les frais médicaux sont pris en charge par l’assurance de l’école. Mais elle a bon dos cette assurance. Ca veut dire que la personne responsable s’en sort sereinement”.
[5]D’après une étude du Centre d’Etudes et de Recherches en Santé Publique (CEREPS) réalisée en 2006 , l’école est le théâtre de 20 à 25 pourcents des accidents avec blessures chez les enfants. En maternelle, 12,5 pourcents des blessures se traduisent par une fracture.
Forcément, April doit avancer l’argent avant de se faire rembourser les frais médicaux par l’assureur. Par ailleurs, il lui a fallu accorder une attention de tous les instants à son fils. “Au début, Ilyes me sollicitait énormément. J’étais dans l’incapacité de le délaisser. Il a trois ans. Il n’emploie plus de lit cage ou de chaise haute. Donc, il n’y avait plus rien pour le bloquer à part la poussette. Mais elle n’est d’utilité que pour faire une pause après une marche. Quand Ilyes la voit, il sait déjà qu’il va être attaché et qu’il ne pourra pas la quitter comme il le souhaite. Le fauteuil roulant est beaucoup plus adapté à son cas”.
Les choses ont heureusement évolué. Ilyes se déplace en chaise roulante désormais. Ce qui soulage sa maman: “Cela m’a permis de m’occuper de nouveau des tâches ménagères”. Elle exerce pourtant le métier d’aide-soignante et possède des notions d’aide à la personne: “Mais les appliquer à un si petit bonhomme, c’est compliqué”.
Au cours des premières semaines qui ont suivi l’accident, Ilyes passait ses nuits sur un matelas posé à même le sol “pour éviter toute chute”. Maintenant, il n’en a plus besoin: “Le matelas est toujours à terre, mais il dort dans le lit parental par précaution. Le matelas est situé juste à côté pour éviter une chute quand il descend du lit car il sait monter et descendre d’un fauteuil ou d’un lit”.
Pour April aussi, l’accident a été vécu comme un cauchemar: “On m’a téléphoné à 8 heures 04. J’étais sur mon lieu de travail lorsque l’on m’a informée qu’un accident était arrivé. J’ai demandé à une collègue de me déposer à l’école. Si j’avais pris mon propre véhicule, je me serais mise en danger moi-même. J’étais perdue, désorientée, paniquée. J’ai eu de la chance que ma sœur était sur place. Ses enfants sont dans la même école. Dès qu’elle a vu ce qu’il s’était passé, elle est allée rassurer au mieux Ilyes jusqu’à mon arrivée. Depuis Marcinelle, j’ai mis 15 minutes pour rejoindre l’établissement scolaire à cause des embouteillages du matin. J’ai couru dans la cour maternelle, j’ai passé une porte et j’ai trouvé mon fils encerclé par le personnel soignant”.
Son gamin était logiquement traumatisé: “Il était affolé et en pleurs. Il était complètement dérouté. Il disait qu’il voulait dormir. Heureusement, il avait auprès de lui ses points de repère: sa tante et son institutrice qui s’est montrée fort présente”.
Son choc a été encore plus grand lorsqu’elle est entrée en possession des photos des dégâts matériels: “La vitre est sortie du cadre de la porte-fenêtre. Elle est tombée sur mon fils sans se casser”.
Cela aurait pu tourner beaucoup plus mal: “Ilyes aurait pu être coupé par du verre. Sa colonne vertébrale aurait pu être touchée. Ses yeux, sa tête, son torse aussi. Enfin, je n’ose même pas imaginer. Il aurait même pu perdre sa jambe avec le poids de cette porte-fenêtre”.
Ilyes aime se placer à côté des fenêtres à l’école: “Il sait qu’à un moment donné, il croisera le regard de sa tata, de son cousin et de ses cousines. Il est vraiment à l’affût (rires). Juste pour un coucou de la fenêtre. Vous savez, les enfants, ils sont contents pour presque rien”.
Il a d’ailleurs ses petites habitudes: “L’école a un système de garderie partagé. Mon fils arrive à la garderie entre 6 heures 30 et 6 heures 40. Il s’agit d’une petite garderie avec très peu d’enfants. Ceux-ci sont encadrés par une surveillante. Aux alentours de 7 heures, deux autres surveillantes viennent épauler leur collègue car plusieurs enfants débarquent à ce moment-là.
Citation
La porte-fenêtre n’est même pas sollicitée. Elle l’est uniquement lorsque des enfants dorment dans la première garderie et que celle-ci ne sait pas accueillir les nouveaux venus. April, Maman d’Ilyes
Le groupe se scinde alors en deux. Ilyes est transféré dans la seconde garderie. C’est dans ce local que la porte-fenêtre lui est tombée dessus. Pour y accéder, ils ne sortent même pas. Ils longent le couloir interne et passent dans la classe d’à côté. La porte-fenêtre n’est même pas sollicitée. Elle l’est uniquement lorsque des enfants dorment dans la première garderie et que celle-ci ne sait pas accueillir les nouveaux venus. Histoire de ne pas surcharger les groupes!”
Malgré les ennuis rencontrés sur place, il n’a néanmoins pas changé d’établissement scolaire. Sa mère s’explique: “Je l’ai laissé là-bas pour ne pas perturber son état psychologique. Je veux éviter des bouleversements fréquents. Mais l’année prochaine, il ne sera plus dans cette école. J’ai trop peur. Il a encore ses années en maternelle à terminer. Ensuite, il y a les primaires. La confiance avec la direction de cette école est rompue. Les institutrices et les surveillantes sont aux petits soins pour lui. Mais je suis une maman qui n’arrête pas de travailler pour que son fils ne manque de rien. Et je vous avoue que je ne suis pas sereine. J’ai toujours cette boule au ventre parce que je me dis qu’on va encore me téléphoner”.
D’après elle, deux Accueils Temps Libre (ATL) ont été tellement traumatisés par les événements qu’ils n’ont plus été en capacité de travailler durant plusieurs jours. Nous n’avons pas su recevoir de confirmation à ce propos. Pour des raisons de secret médical, il est difficile de connaître les raisons d’une absence au travail.
Pour sa part, le Parquet de Charleroi n’avait pas ouvert d’enquête de sa propre initiative dans cette affaire. Toutefois, il est désormais contraint de s’y employer puisqu’April a déposé plainte contre toutes les parties prenantes à cette mésaventure: “C’est la première chose à laquelle j’ai pensé quand mon enfant s’est retrouvé à l’hôpital. Mais je n’ai pas eu le temps d’effectuer immédiatement les démarches. J’étais constamment au chevet d’Ilyes. Il fallait attendre aussi qu’il y ait un numéro de suivi à la police. Il n’y en a pas eu finalement.
Citation
Je ne souhaitais pas déposer plainte en ligne car je trouve que le policier doit observer par lui-même dans quel état Ilyes se trouve April, Maman d’Ilyes
Un agent du commissariat de Marchienne-au-Pont m’a conseillé d’attendre la fin des vacances de Carnaval pour vérifier les mesures qui avait été mises en place entretemps. Pendant ces congés, il n’était pas possible non plus de faire venir un agent à mon domicile. Je ne peux pas me déplacer puisque je dois rester à tout instant auprès de mon fils. Et je ne souhaitais pas déposer plainte en ligne car je trouve que le policier doit observer par lui-même dans quel état Ilyes se trouve”.
Les intérêts de la plaignante seront défendus par Maître Frédéric Ureel.
Retrouvez, [6]ici , toute l’actualité de Charleroi et de sa région.
[7]Une toiture s’effondre sur une enfant à Charleroi
[8]Elise, 14 ans, gravement brûlée après une expérience qui a mal tourné en cours de chimie: “Je n’ai rien pu faire”
[9]40% des accidents graves impliquant un enfant surviennent sur le chemin de l’école
[1] https://www.7sur7.be/faits-divers/une-toiture-seffondre-sur-une-enfant-a-charleroi~af3f736b/
[2] https://www.7sur7.be/faits-divers/lecole-sainte-marie-donne-des-nouvelles-de-la-petite-fille-ecrasee-par-une-toiture-a-charleroi~a507997c/
[3] https://www.7sur7.be/belgique/un-chassis-de-fenetre-tombe-sur-un-enfant-de-trois-ans-dans-une-ecole-de-charleroi~a88f689a/
[4] https://www.7sur7.be/belgique/la-quarantaine-assouplie-dans-les-ecoles-nenthousiasme-pas-dans-la-region-carolo-tout-ca-en-une-semaine~a7b7054a/
[5] https://www.educasante.org/wp-content/uploads/2019/03/rapport-intermediaire-accidents-scolaires-septembre-2006.pdf
[6] https://www.7sur7.be/dossier/charleroi-et-sa-region~d23cc81f8-3447-48ed-9754-94ad6aa3df55/?page=1
[7] https://www.7sur7.be/faits-divers/une-toiture-seffondre-sur-une-enfant-a-charleroi~af3f736b/
[8] https://www.7sur7.be/faits-divers/elise-14-ans-gravement-brulee-apres-une-experience-qui-a-mal-tourne-en-cours-de-chimie-je-nai-rien-pu-faire~a809c00a6/
[9] https://www.7sur7.be/belgique/40-des-accidents-graves-impliquant-un-enfant-surviennent-sur-le-chemin-de-lecole~a86b9d95/
Le châssis de la porte-fenêtre tombée sur Ilyes (trois ans) à l’école Cobaux à Charleroi posait problème depuis des mois. D’après nos informations, plusieurs membres du personnel se sont plaints de chevilles défectueuses auprès de la directrice de la section maternelle, Aude Lambrechts. Ils lui ont demandé de ne plus se servir de ce seuil pour pénétrer dans le bâtiment. En vain!
Lire aussi
(3)
[1]
Une toiture s’effondre sur une enfant à Charleroi
[2]
L’école Sainte-Marie donne des nouvelles de la petite fille écrasée par une toiture à Charleroi
[3]
Un châssis de fenêtre tombe sur un enfant de trois ans dans une école de Charleroi
Distanciation sociale
À la base, cet accès ne devait pas être régulièrement employé comme une porte d’entrée. Mais le coronavirus est passé par là. Afin de garantir la distanciation sociale et de ralentir la propagation de la maladie, la Ville de Charleroi a fixé comme priorité la réorganisation de ses espaces de travail. Cela signifie que les groupes de personnes doivent être bien séparés les uns des autres. [4]Lors d’une précédente interview accordée le 25 janvier 2022 , l’Échevine de l’Enseignement, Julie Patte (PS), déclarait à ce sujet: “L’autre difficulté pour maintenir les cours, c’est aussi que les classes ne peuvent plus être mixées. Chaque classe représente une bulle et chaque bulle doit rester distincte des autres”.
Cela sous-entend, par exemple, des horaires différents pour les récréations ou pour le début et la fin des cours. À l’école Cobaux, le choix a été d’utiliser la porte-fenêtre comme d’un deuxième point d’entrée ou de sortie des locaux. De la sorte, les enfants ne se rassemblent pas tous au même endroit lors des moments où ils sont les plus nombreux. Ils évitent de se croiser aussi.
Erreur de jugement
Cela constitue une grave erreur. “Le châssis de fenêtre en question n’est pas celui d'une porte. C’est un châssis de type hôpital. Il faut utiliser une clé de sécurité pour déverrouiller la fenêtre. Cela exige une certaine manipulation. Cette fenêtre n’a pas pour vocation de s’ouvrir à fond régulièrement” nous indique la responsable Communication de l’Intercommunale pour la Gestion et la Réalisation d’Études Techniques et Économiques (IGRETEC), Marie Minet. IGRETEC supervise la rénovation énergétique toujours en cours à l’école communale Cobaux.
La Menuiserie Keiser à Jumet (Charleroi), spécialiste en châssis, confirme son diagnostic: “Ouvrir ou fermer complètement et systématiquement une fenêtre de ce genre ne pose pas, à proprement parler, un problème de sécurité. Mais cela met à mal la quincaillerie. Une fenêtre comme cela est adaptée pour être ouverte entièrement une fois tous les deux ou trois mois. Dans le cas contraire, elle s’use plus vite et elle menace de se décrocher plus rapidement”.
Officiellement, la directrice de l’école Cobaux ne pouvait ignorer le mode de fonctionnement. “Une réunion avec les occupants du bâtiment a eu lieu. Elle avait pour but de les avertir de l’utilisation de la fenêtre qui n’a pas tenu le coup” affirme Marie Minet.
Silenzio stampa
Nous aurions aimé recueillir le point de vue d’Aude Lambrechts. Jointe par téléphone, elle n’a cependant pas souhaité répondre à nos questions: “Contactez la Ville de Charleroi! Nous n’avons pas l’autorisation de réagir. C’est le Pouvoir Organisateur qui en a la prérogative”.
Évidemment, nous n’en sommes pas restés là. Si la directrice n’a rien à nous dire, ce n’est peut-être pas le cas des professeur(e)s ou des éducatrices et éducateurs. Nous nous sommes donc rendus sur place juste avant les vacances de Carnaval. Nous sommes en fin d’après-midi. L’heure à laquelle des parents viennent rechercher leur bout de chou. Pourtant, ce n’est pas encore la foule. Quelques adultes attendent dans la cour de récréation de la section primaire. Ils patientent devant des préfabriqués qui hébergent les enfants.
À l’intérieur, des membres du personnel s’affairent. D’après le bruit qu’elles émettent, les classes bouillonnent de vie. À intervalles réguliers, des dames conduisent les petits auprès de leur père ou de leur mère. Après que nous nous soyons présentés, nous demandons à l’une de ces dames si elle accepte de nous parler. “Attendez! Je vais appeler la directrice” nous dit-elle. Nous avons beau lui expliquer que c’est inutile, car c’est elle que nous souhaitons questionner, rien n’y fait.
Poussés vers la sortie
Aude Lambrechts descend de l’étage supérieur où sont situés les bureaux: “Bonjour, vous êtes le journaliste que j’ai eu au bout du fil?”. C’est effectivement le cas. “Vous avez un enfant scolarisé dans cette école?” Nous ne pouvons que répondre par la négative. Sa conclusion est donc irrévocable: “Vous ne pouvez pas rester ici. L’accès à la cour d’école n’est autorisée que pour les parents”. Nous rétorquons que nous exerçons simplement notre métier, mais c’est peine perdue. Nous nous faisons raccompagner à la sortie.
Sur le chemin, le chef de l’établissement n’est pas plus bavard qu’au téléphone. Une fois devant la grille de protection, il nous signale simplement: “Vous pouvez attendre là, par contre”. Nous déclinons l’invitation. L’attente aurait été trop longue et le résultat n’était pas garanti.
Sur le site internet de l’école Cobaux, nous avons pu retrouver un courrier en provenance du service Enseignement de la Ville de Charleroi. Il souligne que “les établissements scolaires ne sont a priori pas ouverts à la circulation du public”. Il date du 1 er septembre 2020. Nous prenons acte. Mais cela ne nous a pas empêchés de récolter les informations que nous recherchions.
Des signalements
Selon IGRETEC, l’entrepreneur, Bemat, était au courant de plusieurs soucis rencontrés sur le chantier. Il a reçu plusieurs signalements. “Mais il s’agissait de remarques mineures” prétend Marie Minet. “Par exemple, les portes intérieures n’étaient pas assez rabotées. Elles grattaient le sol”. La porte-fenêtre a fait aussi l’objet de critiques: “Elle était laborieuse à ouvrir. Mais en ce qui concerne ce dernier point, je répète que c’est tout à fait logique. Il fallait suivre toute une procédure pour actionner le verrouillage ou le déverrouillage”. Pourtant, les préoccupations du personnel de l’école étaient bien plus sérieuses que cela.
Marie Minet nous fait aussi savoir que les autorités communales ont eu connaissance de complaintes du personnel de l’établissement scolaire: “Lorsque la Ville de Charleroi a eu en sa possession ces éléments, elle a contacté directement les occupants du bâtiment”. Ceci dit, l’administration locale n’est pas responsable des travaux puisque la gestion de ceux-ci a été confiée à IGRETEC. Et des réunions de chantier hebdomadaires sont normalement prévues en compagnie de toutes les parties concernées. “Tous les avertissements qui sont parvenus jusqu’à l’entrepreneur ont fait l’objet d’un suivi. D’ailleurs, un responsable du chantier est présent sur place tous les jours”.
Tempête Eunice
Comment se fait-il alors que la société de construction n’ait rien vu d’anormal avec la porte-fenêtre? Elle avait tout de même été avisée de “remarques mineures” à ce sujet. “Il faut remettre les choses dans leur contexte” commente Marie Minet. “Le week-end précédant l’accident, une forte tempête a balayé la Belgique. Des toitures se sont envolées. La puissance du vent a peut-être endommagé la porte-fenêtre”.
La tempête Eunice a effectivement frappé nos contrées à partir du vendredi 18 février 2022. Elle semble avoir aggravé l’état du châssis. En tout cas, un papa présent sur place le jour de l’accident a conforté cette version des faits auprès de la maman d’Ilyes, April: “Il m’a expliqué qu’à cause des vents violents, la porte-fenêtre connaissait un souci d’accrochage.
Citation
Selon ses propres termes, il a senti tous ses os lorsqu’il l’a pris dans ses bras April, Maman d’Ilyes
D’après lui, les surveillantes avaient déjà commencé à éloigner les enfants et à les rediriger vers un autre local. Mon fils attendait son tour. Ce serait pour cette raison qu’il se trouvait près de la porte-fenêtre. Lorsque celle-ci est tombée, il dit avoir eu à peine le temps d’attraper son propre fils. Par la suite, il a aidé la surveillante à soulever la porte-fenêtre et à dégager Ilyes. Selon ses propres termes, il a senti tous ses os lorsqu’il l’a pris dans ses bras. Il en a pleuré même si dans le même temps, il essayait de le réconforter”.
Pour rappel et selon nos recoupements, plusieurs membres du personnel de l’école ont dénoncé auprès de la directrice la défectuosité des chevilles de la porte-fenêtre. Et cela, à plusieurs reprises avant qu’Eunice ait soufflé sur la Belgique.
Analyses en cours
Contactée le 28 février dernier, le service Presse de la Ville de Charleroi n’a pas souhaité commenter les faits: “Les circonstances de l’accident restent encore à établir. À l’heure actuelle, il n’est pas possible de déterminer ce qui a causé le détachement de la menuiserie. Une analyse est en cours”.
Même son de cloche auprès de Julie Patte le 22 mars 2022. Elle nous a répondu par SMS: “Vous posez des questions auxquelles, en ma qualité d’Echevine de l’Enseignement, je n’ai pas les éléments de réponse. Des analyses sont en cours entre notre bureau d’études et celui d’IGRETEC. Je n’ai pas de retours à ce stade”.
Le 8 mars 2022, une réunion s’est tenue entre tous les intervenant(e)s et notamment en compagnie des échevins. “La situation est prise au sérieux par tous les acteurs” nous assurent Marie Minet.
Sécurisation
Le lendemain de l’accident, Bemat s’est attelé à sécuriser l’ensemble des autres menuiseries de l’immeuble. D’après ce que les directrices de l’école Cobaux ont affirmé à April lors d’une récente rencontre, c’était plus que nécessaire: “Elles m’ont dit qu’en faisant le tour de chaque local rénové, elles ont relevé des soucis. Elles m’ont aussi signifié que le châssis de la porte-fenêtre avait été saisi pour analyse”.
Une visite des lieux a d’ailleurs été organisée le vendredi 25 mars 2022. Des représentants de la Ville de Charleroi y ont pris part. Mais l’autorité communale nie qu’il s’agissait d’effectuer un état des lieux suite à l’événement malheureux: “Il s’agit d’une simple visite sur le suivi du chantier. Rien de particulier. Cela se fait dans d’autres lieux. C’est habituel”.
Qui a choisi?
Tout le monde a entretemps tiré ses conclusions. “Nous avons fait le point pour qu’un tel accident ne se reproduise plus. Nous avons conclu qu’à l’endroit de l’accident, une porte classique et non pas une fenêtre oscillo-battante était nécessaire. Nous allons prendre nos dispositions pour qu’elle soit installée” nous apprend Marie Minet.
Selon nos informations, les responsables de l’établissement scolaire avaient pourtant initialement privilégié la pose d’une porte plutôt que celle de la porte-fenêtre de type hôpital. IGRETEC n’aurait pas donné suite à cette requête. La porte-parole nous explique pourtant que ce n’est pas la façon de faire de la maison: “La réalisation d’un chantier s’effectue toujours en collaboration avec les occupants des lieux, la commune et le maître d’ouvrage. Le projet est discuté, concerté avant qu’il ne soit définitivement défini. Quand bien même le choix de la fenêtre n’était pas privilégié par les occupants, cela ne justifie en rien d’utiliser celle-ci comme une porte”.
Opérations
En attendant, Ilyes endure toujours certains désagréments physiques. Sa maman, April, nous confiait le mardi 22 février dernier: “Il s’est fait opérer, car il avait trois fractures. Nous sommes sur une immobilisation du pied pendant dix jours. Ensuite, une immobilisation plus longue est prévue. On compte six semaines, voire plus parce qu'il faut planifier une éventuelle opération pour enlever les broches. Ce n’est qu’ensuite et après la convalescence que mon fils pourra peut-être retourner en classe cette année”.
Le lendemain, l’enfant était de nouveau hospitalisé et placé dans le service de pédiatrie: “Nous avons eu des complications dans la nuit. Du Dafalgan et du Nurofen n’ont malheureusement pas été suffisants pour gérer la douleur. Ilyes n’a dormi que trois heures. Il a dû être hospitalisé en urgence pour pouvoir l’aider à surmonter la souffrance avec un traitement beaucoup plus fort auquel il réagit bien. Nous sommes maintenant de nouveau en surveillance. Nous sommes sur de l’assistance 24 heures sur 24 de peur qu’il ne tombe sur son pied déjà fragile. De peur aussi qu’il ne commette le moindre faux-pas ou qu’une douleur inconnue et insurmontable ne se manifeste”.
Heureusement, il a reçu de bonnes nouvelles des médecins le mercredi 9 mars dernier: “Il ne devra pas mettre un plâtre durant la periode de six à huit semaines. L’intervention chirurgicale a porté ses fruits. Il en aurait pour seulement trois semaines. Ensuite, il faut prévoir une nouvelle opération pour retirer les broches”.
Retour en classe
Du coup, il a pu retrouver ses pénates. Une solution a aussi été trouvée pour qu’il puisse retrouver ses camarades. Il s’y rend en chaise roulante. “L’école a engagé une personne pour une prise en charge matinale” nous atteste April le 28 février. Les efforts ont même été redoublés par la suite: “La Ville de Charleroi a envoyé deux personnes supplémentaires pour venir en aide à mon fils en classe. Il a des aides qui arrivent comme ça. Je ne dis pas que c’est mal. Au contraire! Je suis contente qu’il soit autant chouchouté. Mais un autre enfant à qui le même accident serait survenu n’aurait jamais pu compter sur un tel soutien. Je ne pense pas que tous les enfants auraient bénéficié d’une adaptation pour chaise roulante”.
Car même si le plâtre a été retiré à Ilyes, celui-ci est encore incapable de marcher par ses propres moyens: “Il a perdu toute sa masse musculaire de sa jambe droite”. Le parcours est semé d’embûches: “Au départ, même se traîner par terre lui était impossible. Il sollicitait l’adulte encore plus souvent que quand il avait le plâtre. Il était devenu très débrouillard avec celui-ci”.
Aujourd’hui, Ilyes poursuit sa revalidation positivement: “Il réapprend à marcher. Ce qui est très compliqué, mais il ne ressent aucune douleur”. Dans l’établissement scolaire, des accommodations ont été apportées: “Il est assis sur une chaise avec deux accoudoirs pour le soutenir au mieux. Les institutrices ont mis en place un petit vélo pour le faire se déplacer dans la classe tout en travaillant son mouvement de tibia”.
Inquiétudes
Ilyes n’a donc pas du tout rangé ce mauvais souvenir au placard: “Je dirais qu'il va bien maintenant, mais il est encore fort troublé. Il a besoin d’un suivi psychologique et selon moi, de séances de kiné”.
Sa maman s’inquiète pour son futur: “Mon fils a eu des convulsions en 2020. Il prend de la Depakine (NDLR. un médicament antiépileptique) trois fois par jour. Sur le long terme, nous ne savons pas si l’accident aura des répercussions sur son état de santé qui n’était déjà pas des meilleurs. Depuis qu’il a eu l’accident, Ilyes a énormément de moments d’absence”.
Avis médicaux
Les retours de la part des docteurs ne l’ont pas rassurée: “Il gardera des séquelles à vie. Il aura une jambe plus grande que l’autre. On me dit que cela ne doit pas m’alarmer, mais quand même!” Des semelles orthopédiques sont envisagées: “Nous reverrons les experts dans deux mois pour juger de l’état d’avancement d’Ilyes. Une nouvelle radiographie sera effectuée à ce moment-là”.
Pour l’instant, les médecins ne prescrivent pas de séances de kinésithérapie à Ilyes: “Ils m’expliquent que les enfants ont cette capacité à récupérer plus vite que l’adulte. J’ai eu rendez vous avec le pédiatre. J’ai obtenu l’accord pour qu’Ilyes aille à la piscine. Nous avons commencé dimanche. Nous reparlerons de la kiné après la radiographie”.
Les broches que doit supporter Ilyes ne seront ôtées que dans six mois: “Ce sera pour septembre, octobre”.
Responsabilités
C’est pourquoi notre interlocutrice attend des réponses claires: “J’aimerais bien que quelqu’un assume clairement ses responsabilités. Car oui, les frais médicaux sont pris en charge par l’assurance de l’école. Mais elle a bon dos cette assurance. Ca veut dire que la personne responsable s’en sort sereinement”.
[5]D’après une étude du Centre d’Etudes et de Recherches en Santé Publique (CEREPS) réalisée en 2006 , l’école est le théâtre de 20 à 25 pourcents des accidents avec blessures chez les enfants. En maternelle, 12,5 pourcents des blessures se traduisent par une fracture.
Vie quotidienne bouleversée
Forcément, April doit avancer l’argent avant de se faire rembourser les frais médicaux par l’assureur. Par ailleurs, il lui a fallu accorder une attention de tous les instants à son fils. “Au début, Ilyes me sollicitait énormément. J’étais dans l’incapacité de le délaisser. Il a trois ans. Il n’emploie plus de lit cage ou de chaise haute. Donc, il n’y avait plus rien pour le bloquer à part la poussette. Mais elle n’est d’utilité que pour faire une pause après une marche. Quand Ilyes la voit, il sait déjà qu’il va être attaché et qu’il ne pourra pas la quitter comme il le souhaite. Le fauteuil roulant est beaucoup plus adapté à son cas”.
Les choses ont heureusement évolué. Ilyes se déplace en chaise roulante désormais. Ce qui soulage sa maman: “Cela m’a permis de m’occuper de nouveau des tâches ménagères”. Elle exerce pourtant le métier d’aide-soignante et possède des notions d’aide à la personne: “Mais les appliquer à un si petit bonhomme, c’est compliqué”.
Au cours des premières semaines qui ont suivi l’accident, Ilyes passait ses nuits sur un matelas posé à même le sol “pour éviter toute chute”. Maintenant, il n’en a plus besoin: “Le matelas est toujours à terre, mais il dort dans le lit parental par précaution. Le matelas est situé juste à côté pour éviter une chute quand il descend du lit car il sait monter et descendre d’un fauteuil ou d’un lit”.
Cauchemar
Pour April aussi, l’accident a été vécu comme un cauchemar: “On m’a téléphoné à 8 heures 04. J’étais sur mon lieu de travail lorsque l’on m’a informée qu’un accident était arrivé. J’ai demandé à une collègue de me déposer à l’école. Si j’avais pris mon propre véhicule, je me serais mise en danger moi-même. J’étais perdue, désorientée, paniquée. J’ai eu de la chance que ma sœur était sur place. Ses enfants sont dans la même école. Dès qu’elle a vu ce qu’il s’était passé, elle est allée rassurer au mieux Ilyes jusqu’à mon arrivée. Depuis Marcinelle, j’ai mis 15 minutes pour rejoindre l’établissement scolaire à cause des embouteillages du matin. J’ai couru dans la cour maternelle, j’ai passé une porte et j’ai trouvé mon fils encerclé par le personnel soignant”.
Son gamin était logiquement traumatisé: “Il était affolé et en pleurs. Il était complètement dérouté. Il disait qu’il voulait dormir. Heureusement, il avait auprès de lui ses points de repère: sa tante et son institutrice qui s’est montrée fort présente”.
Le pire évité
Son choc a été encore plus grand lorsqu’elle est entrée en possession des photos des dégâts matériels: “La vitre est sortie du cadre de la porte-fenêtre. Elle est tombée sur mon fils sans se casser”.
Cela aurait pu tourner beaucoup plus mal: “Ilyes aurait pu être coupé par du verre. Sa colonne vertébrale aurait pu être touchée. Ses yeux, sa tête, son torse aussi. Enfin, je n’ose même pas imaginer. Il aurait même pu perdre sa jambe avec le poids de cette porte-fenêtre”.
Habitudes infantiles
Ilyes aime se placer à côté des fenêtres à l’école: “Il sait qu’à un moment donné, il croisera le regard de sa tata, de son cousin et de ses cousines. Il est vraiment à l’affût (rires). Juste pour un coucou de la fenêtre. Vous savez, les enfants, ils sont contents pour presque rien”.
Il a d’ailleurs ses petites habitudes: “L’école a un système de garderie partagé. Mon fils arrive à la garderie entre 6 heures 30 et 6 heures 40. Il s’agit d’une petite garderie avec très peu d’enfants. Ceux-ci sont encadrés par une surveillante. Aux alentours de 7 heures, deux autres surveillantes viennent épauler leur collègue car plusieurs enfants débarquent à ce moment-là.
Citation
La porte-fenêtre n’est même pas sollicitée. Elle l’est uniquement lorsque des enfants dorment dans la première garderie et que celle-ci ne sait pas accueillir les nouveaux venus. April, Maman d’Ilyes
Le groupe se scinde alors en deux. Ilyes est transféré dans la seconde garderie. C’est dans ce local que la porte-fenêtre lui est tombée dessus. Pour y accéder, ils ne sortent même pas. Ils longent le couloir interne et passent dans la classe d’à côté. La porte-fenêtre n’est même pas sollicitée. Elle l’est uniquement lorsque des enfants dorment dans la première garderie et que celle-ci ne sait pas accueillir les nouveaux venus. Histoire de ne pas surcharger les groupes!”
Confiance rompue
Malgré les ennuis rencontrés sur place, il n’a néanmoins pas changé d’établissement scolaire. Sa mère s’explique: “Je l’ai laissé là-bas pour ne pas perturber son état psychologique. Je veux éviter des bouleversements fréquents. Mais l’année prochaine, il ne sera plus dans cette école. J’ai trop peur. Il a encore ses années en maternelle à terminer. Ensuite, il y a les primaires. La confiance avec la direction de cette école est rompue. Les institutrices et les surveillantes sont aux petits soins pour lui. Mais je suis une maman qui n’arrête pas de travailler pour que son fils ne manque de rien. Et je vous avoue que je ne suis pas sereine. J’ai toujours cette boule au ventre parce que je me dis qu’on va encore me téléphoner”.
D’après elle, deux Accueils Temps Libre (ATL) ont été tellement traumatisés par les événements qu’ils n’ont plus été en capacité de travailler durant plusieurs jours. Nous n’avons pas su recevoir de confirmation à ce propos. Pour des raisons de secret médical, il est difficile de connaître les raisons d’une absence au travail.
Justice
Pour sa part, le Parquet de Charleroi n’avait pas ouvert d’enquête de sa propre initiative dans cette affaire. Toutefois, il est désormais contraint de s’y employer puisqu’April a déposé plainte contre toutes les parties prenantes à cette mésaventure: “C’est la première chose à laquelle j’ai pensé quand mon enfant s’est retrouvé à l’hôpital. Mais je n’ai pas eu le temps d’effectuer immédiatement les démarches. J’étais constamment au chevet d’Ilyes. Il fallait attendre aussi qu’il y ait un numéro de suivi à la police. Il n’y en a pas eu finalement.
Citation
Je ne souhaitais pas déposer plainte en ligne car je trouve que le policier doit observer par lui-même dans quel état Ilyes se trouve April, Maman d’Ilyes
Un agent du commissariat de Marchienne-au-Pont m’a conseillé d’attendre la fin des vacances de Carnaval pour vérifier les mesures qui avait été mises en place entretemps. Pendant ces congés, il n’était pas possible non plus de faire venir un agent à mon domicile. Je ne peux pas me déplacer puisque je dois rester à tout instant auprès de mon fils. Et je ne souhaitais pas déposer plainte en ligne car je trouve que le policier doit observer par lui-même dans quel état Ilyes se trouve”.
Les intérêts de la plaignante seront défendus par Maître Frédéric Ureel.
Retrouvez, [6]ici , toute l’actualité de Charleroi et de sa région.
LIRE AUSSI
[7]Une toiture s’effondre sur une enfant à Charleroi
[8]Elise, 14 ans, gravement brûlée après une expérience qui a mal tourné en cours de chimie: “Je n’ai rien pu faire”
[9]40% des accidents graves impliquant un enfant surviennent sur le chemin de l’école
[1] https://www.7sur7.be/faits-divers/une-toiture-seffondre-sur-une-enfant-a-charleroi~af3f736b/
[2] https://www.7sur7.be/faits-divers/lecole-sainte-marie-donne-des-nouvelles-de-la-petite-fille-ecrasee-par-une-toiture-a-charleroi~a507997c/
[3] https://www.7sur7.be/belgique/un-chassis-de-fenetre-tombe-sur-un-enfant-de-trois-ans-dans-une-ecole-de-charleroi~a88f689a/
[4] https://www.7sur7.be/belgique/la-quarantaine-assouplie-dans-les-ecoles-nenthousiasme-pas-dans-la-region-carolo-tout-ca-en-une-semaine~a7b7054a/
[5] https://www.educasante.org/wp-content/uploads/2019/03/rapport-intermediaire-accidents-scolaires-septembre-2006.pdf
[6] https://www.7sur7.be/dossier/charleroi-et-sa-region~d23cc81f8-3447-48ed-9754-94ad6aa3df55/?page=1
[7] https://www.7sur7.be/faits-divers/une-toiture-seffondre-sur-une-enfant-a-charleroi~af3f736b/
[8] https://www.7sur7.be/faits-divers/elise-14-ans-gravement-brulee-apres-une-experience-qui-a-mal-tourne-en-cours-de-chimie-je-nai-rien-pu-faire~a809c00a6/
[9] https://www.7sur7.be/belgique/40-des-accidents-graves-impliquant-un-enfant-surviennent-sur-le-chemin-de-lecole~a86b9d95/