News: 2022-03-30_14-44-34_un-premier-pas-vers-la-paix-en-ukraine-l

  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

Un premier pas vers la paix en Ukraine? Les experts y croient (timidement)

(2022-03-30_14-44-34 (rédaction, Het Laatste Nieuws))


[1]La Russie a promis hier de réduire les hostilités sur Kiev et Tchernihiv , dans le nord de l’Ukraine. Cette décision, première nouvelle prometteuse depuis que le conflit armé a éclaté le mois dernier, “a été prise suite aux avancées dans les négociations de paix avec l’Ukraine”, avait résumé hier Alexander Fomin, vice-ministre russe. Encore de la poudre aux yeux, diront certains observateurs après [2]une nouvelle nuit de bombardements sur Tchernihiv malgré les promesses russes d’hier. “C’est un premier pas dans la bonne direction”, analyse malgré tout Sven Biscop, professeur en sciences politiques à l’université de Gand. “Mais ne nous emballons pas trop vite”, tempère-t-il. Des propos corroborés par les déclarations officielles du Kremlin ce mercredi: “Rien de “prometteur” ni de “percée” dans les pourparlers russo-ukrainiens”, lance désormais Moscou, qui se risque malgré tout à voir du “positif” dans le positionnement de son ennemi.

Que la Russie lève le pied sur un front ne signifie pas, rappelle le professeur Biscop, qu’elle va lâcher du lest sur les autres fronts. Au contraire, affirme le politologue David Criekemans de l’université d’Anvers: “Toute une partie des moyens russes vont désormais basculer vers l’est de l’Ukraine”.

Lire aussi



(3)

[3]

L’Ukraine veut un “accord international” pour garantir sa sécurité

[4]

Washington évoque un “repositionnement” des forces russes près de Kiev, “pas un vrai retrait”

[5]

Pourparlers russo-ukrainiens: Zelensky évoque des signaux “positifs”

Marioupol en ligne de mire



Selon les deux spécialistes, la Russie va se concentrer sur la prise de Marioupol, mais aussi sur la côte entre la Crimée et le Donbass. Ces deux dernières régions sont déjà contrôlées par les forces russes. “En s’arrogeant toute la côte, la Russie peut priver l’Ukraine de son accès à la mer et, à terme, l’appauvrir”, prévient David Criekemans.

L’offensive russe dans la région de Kiev patine de toute façon depuis un moment, c’est pourquoi le politologue estime qu'il faut plutôt parler de “changement de tactique dans le chef de la Russie, même si elle présente cela comme une concession” pour gagner ainsi en crédibilité dans les pourparlers.

Citation

C’est comme ça qu’on se retrouve dans l’impasse, dans une sorte de mi­ni-guerre froide qui peut s’éterniser Sven Biscop

Déception après la lueur d’espoir



Si le ton entre l’Ukraine et la Russie semblait s’être légèrement adouci hier, à Istanbul, le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov [6]a douché de nombreux espoirs au nom du Kremlin ce mercredi: “Pour l’instant, nous ne pouvons pas faire état de quoi que ce soit de très prometteur ou d’une percée quelconque. Il y a beaucoup de travail à accomplir”. Tempérant quand même ses propres déclarations par un tiède: “il est néanmoins positif que la partie ukrainienne ait enfin commencé à formuler de façon concrète ses propositions et à les mettre par écrit”, et ajoutant que les négociations ne peuvent évoluer que dans la plus grande discrétion.

Ne plus changer de régime, mais conquérir des terres



Le président ukrainien Zelensky a de son côté déjà ouvert la porte à la neutralité de son pays, et la Russie a répété qu’elle ne comptait pas recourir à ce stade à l’arme nucléaire. Mais que représentent les dernières évolutions des pourparlers à l’échelle des négociations de paix? “En se retirant de la région de Kiev, la Russie fait montre qu’elle ne mise plus sur un renversement du pouvoir en Ukraine, mais sur des conquêtes territoriales sur la côte”, analyse le politologue. Si la Russie est techniquement en mesure de s’adjuger toute la région côtière, Biscop ne croit pas un instant que Poutine transigera encore sur ce point dans les négociations.

La côte déjà perdue par l’Ukraine?



Reste donc à voir si l’Ukraine admettra l’idée de céder officiellement une telle partie de son territoire à la Russie. “Car si la Russie continue à vouloir occuper la côte entre la Crimée et le Donbass, Zelensky sera moins enclin à faire des concessions”, prévient le Pr Biscop. Et l’Ukraine n’a pas les ressources militaires nécessaires pour chasser les troupes russes de la côte à l’heure actuelle. “Il y a donc des chances que les Russes s’y installent et y restent. C’est comme ça qu’on se retrouve dans une impasse, dans une sorte de mini-guerre froide qui peut s’éterniser des années”, avertit encore le spécialiste.

L’importance de la communication non-verbale



Contrairement à ce que dit le Kremlin, il y a cependant un semblant de mieux dans les pourparlers entre les deux pays. Le ministre des Affaires étrangères turc Mevlut Cavusoglu le voit aussi sous cet angle: on voit de part et d’autre naître à Istanbul plus de compréhension mutuelle, ou en tout cas davantage d’inclination au compromis. “On négocie désormais de visu, et plus par vidéoconférence. C’est positif, car de telles négociations nécessitent un contact personnel”, confirme Sven Biscop. “Le langage corporel (communication non verbale) et l’ambiance dans la pièce sont déterminants. Tout le monde espère que ça se passera mieux dans ce contexte”. Selon le médiateur ukrainien, on se dirige même vers une rencontre entre Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky.

Qui osera donner des garanties à Zelensky?



Les pourparlers se déroulent actuellement en - et sous l’égide de - la Turquie. Mais si l’Ukraine opte pour la neutralité et renonce donc à son statut de membre de l’Otan - une condition sine qua non pour la Russie - elle espère en contrepartie que la Turquie lui offrira des garanties sécuritaires. “Une garantie absolue, cela n’existera jamais”, balaie le professeur de sciences politiques. “Si une puissance nucléaire comme la Russie exige votre neutralité, les options de vos alliés sont limitées”. Zelensky n’a pas que des attentes envers la Turquie: il espère qu’Israël, la Pologne et le Canada interviendront aussi en cas de violation de sa neutralité.

[7]Voici les propositions ukrainiennes pour parvenir à un accord avec la Russie.

Abramovitch et les faucons du régime



Élément marquant au cours de ces pourparlers auxquels toute l’Europe est suspendue: le retour d’Abramovitch en tant que négociateur. L’oligarque russe et propriétaire du club de Chelsea aurait en effet présenté tous les [8]symptômes d'un empoisonnement après une rencontre précédente à Kiev. Si cela est avéré, les soupçons ne se portent pas sur l’Ukraine, mais sur des faucons au sein du régime russe qui cherchent à saboter les négociations de paix et “régler” le conflit par la force. Le milliardaire, lui, [9]dément officiellement tout empoisonnement et se concentre sur son rôle de médiateur.

Le milliardaire Roman Abramovitch était de retour à la table des négociations © AP



[1] https://www.7sur7.be/monde/la-russie-va-reduire-radicalement-son-activite-militaire-en-ukraine-une-rencontre-poutine-zelensky-envisagee~a592cebc/

[2] https://www.7sur7.be/monde/tchernihiv-a-ete-bombardee-toute-la-nuit~a4eb82f6/

[3] https://www.7sur7.be/monde/lukraine-veut-un-accord-international-pour-garantir-sa-securite~ad6e9ed8/

[4] https://www.7sur7.be/monde/washington-evoque-un-repositionnement-des-forces-russes-pres-de-kiev-pas-un-vrai-retrait~a9ea9e85/

[5] https://www.7sur7.be/monde/pourparlers-russo-ukrainiens-zelensky-evoque-des-signaux-positifs~af9a3cd5/

[6] https://www.7sur7.be/monde/aucune-percee-rien-de-prometteur-moscou-douche-les-espoirs-devolution-des-negociations~aa9f741e/

[7] https://www.7sur7.be/monde/les-propositions-ukrainiennes-pour-parvenir-a-un-accord-avec-la-russie~a4a77b2b/

[8] https://www.7sur7.be/monde/roman-abramovitch-et-dautres-negociateurs-ukrainiens-ont-ils-ete-empoisonnes~ac8d3ebd/

[9] https://www.7sur7.be/monde/la-russie-confirme-que-roman-abramovitch-joue-bien-un-role-de-mediateur-et-dement-tout-empoisonnement~ab279482/



My brain is my second favorite organ.
-- Woody Allen