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  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

Ils sont venus de tout le pays pour manifester à Charleroi: “Les juges ne peuvent enquêter comme ils le souhaiteraient”

(2022-03-28_21-12-00 (avec Belga))


Reportage La Fédération Générale du Travail de Belgique (FGTB) et la Confédération des Syndicats Chrétiens (CSC) avaient donné rendez-vous à leurs adhérents devant le Palais de Justice de Charleroi ce lundi matin. Elles attendent avec impatience des décisions dans trois dossiers symboliques.

La lutte contre le dumping social. C’est ce qui rassemble entre 100 et 200 membres de la FGTB et de la CSC devant le Palais de Justice de Charleroi ce lundi à dix heures. Il y a du vert et du rouge partout. Les manifestant(e)s sont venus des quatre coins de la Belgique. Même de Flandre ou de Liège. Les cars rangés sur le côté de la chaussée l’attestent.

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Le choix du lieu de convergence n’est pas dû au hasard. Trois dossiers majeurs traînent sur les bureaux des magistrats carolos. Deux d’entre eux ont fait la Une de l’actualité. Le premier concerne l’ancien chantier du centre commercial Rive Gauche. Plusieurs travailleurs étrangers n’avaient plus été payés. Des Égyptiens avaient même grimpé au sommet d’une grue parce qu’ils n’avaient plus été rémunérés depuis six mois. C’était le 14 avril 2016.

Secouer le cocotier



Depuis lors, la justice suit son cours. Cela fait bientôt six ans qu'un jugement est attendu. “C’est trop long” estime l’un des manifestants devant le Palais de Justice, Yohan Baio. “Pendant ce temps-là, des travailleurs sont toujours sous-payés et ne bénéficient pas de la sécurité sociale. Ils sont exploités”. Autre conséquence: ces ouvriers ne financent pas correctement le système de sécurité sociale.

C’est pour secouer le cocotier que l’attroupement a lieu devant l’antre garant de l’impartialité et de la légalité. Micro à la main, l’avocate des syndicats dans cette affaire, Leïla Lahssaini, ne le cache pas. Ni en français, ni en néerlandais: “C’est important de mettre une certaine pression afin que les enquêteurs fouillent là où on veut qu’elle fouille. C’est-à-dire sur les grandes entreprises de construction. Souvent, dans ce type de dossiers, les petites sociétés sont attrapées et condamnées si elles n’ont pas fait faillite entretemps. Mais cela ne résout en rien le problème. Ces sociétés roumaines, italiennes ou polonaises sont remplacées par d’autres sociétés roumaines, italiennes ou polonaises”.

Un tournant judiciaire?



Le dossier Rive Gauche peut changer la donne: “Nous avons en notre possession le contrat commercial qui unit l’entrepreneur et le sous-traitant. Le prix conclu entre les deux parties est bien trop faible que pour rétribuer les travailleurs selon les lois sociales belges. Il est si faible que l’entrepreneur ne peut pas nier que les travailleurs allaient être sous-payés”.

Le secrétaire régional de la CSC Bâtiment-Industrie & Énergie (CSC-B.I.E), Fabrizio Carpino, nous donne davantage de détails: “Avec le prix convenu entre Duchêne-Valence et le sous-traitant italien qui est le consortium Edile, il est impossible de respecter les lois sociales belges. La rémunération des ouvriers ne peut être que de 18 euros brut de l’heure. Or, un ouvrier salarié en Belgique touche entre 38 ou 40 euros brut de l’heure”.

Le secrétaire général de la FGTB à Charleroi, Carlo Briscolini, estime que la justice a maintenant tous les éléments en main pour écrire l’histoire: “Nous voulons déboussoler les entreprises belges qui emploient des sous-traitants et qui prétendent continuellement n’être au courant de rien sur les salaires”.

Justice désœuvrée



Cependant, aucun des syndicalistes interrogés ne jette la pierre aux juges d’instruction. “Nous avons foi en la justice” narre Fabrizio Carpino. “Madame Zidelmal abat un boulot formidable. Nous réclamons simplement plus de moyens humains et financiers pour que les contrats commerciaux soient examinés à la loupe”.

Leïla Lahssaini appuie le constat: “Les juges ne peuvent investiguer autant qu’ils le souhaiteraient, car ils manquent de moyens. Ils ne sont pas assez nombreux”. Les syndicats multiplient d’ailleurs les contacts en parallèle pour améliorer la situation. Notamment au niveau politique.

Ils auraient aimé rencontrer la présidente du Tribunal de Charleroi, Martine Michel, ce lundi. “Elle a décliné notre proposition pour des raisons de confidentialité. Ce que nous pouvons tout à fait comprendre. Elle ne souhaitait pas attirer l’attention médiatique. Mais elle nous a tendu la main pour une future rencontre informelle. Nous y sommes sensibles”.

En attendant, il n’y a qu’une seule solution aux yeux de Yohan Baio: “Il faut se mobiliser. Il faut que nous soyons autant que possible lors des contestations. Il faut relayer l’information au maximum. C’est comme ça que l’on peut combattre”.

Nouvel acte procédural



En plus de la manifestation, Leïla Lahssaini est venue initier un nouvel acte de procédure. Il a trait au deuxième dossier cher aux organisations syndicales: celui du chantier du Grand Hôpital de Charleroi (GHdC) à Gilly. Fin septembre 2021, un ouvrier ukrainien y est décédé suite à une chute de plus de dix mètres. “Ensemble avec la FGTB, nous nous étions déjà portés partie civile pour l’accident. Aujourd’hui, nous avons déposé une requête en ce sens pour la partie fraude du dossier” explique le secrétaire régional de la CSC-B.I.E.

Ukraine



C’est d’ailleurs sur le chantier du GHdC que les partisans du syndicat socialiste vont poursuivre leur action de sensibilisation. Les autocars attendent. Prêts à démarrer. Les participant(e)s ne mettent pas beaucoup de temps à obéir au chef de meute et à monter dans les véhicules. Avant de partir, Carlo Briscolini accepte de nous accorder quelques mots sur la problématique qui se pose sur ce chantier: “La présence de travailleurs ukrainiens explose depuis 2018. Encore aujourd’hui, oui. Ils reçoivent un visa en Pologne. Ils y signent des contrats bizarres avec une entreprise locale. Quand je les qualifie de ‘bizarres’, c’est parce qu’ils prévoient une rémunération variable en fonction des accomplissements.

Citation

Voici comment les pays de l’Union Européenne organisent leur propre concurren­ce entre eux! Carlo Briscolini, Secrétaire général de la FGTB à Charleroi

Visiblement, c’est permis en Pologne. Ensuite, le sous-traitant polonais est embauché par un sous-traitant hollandais. Voici comment les pays de l’Union Européenne organisent leur propre concurrence entre eux! Les salariés qui signent ces contrats sont grugés. Car ils doivent s’acquitter de leurs taxes ici et pas en Pologne comme beaucoup le croient. Or, la taxation est différente dans les deux pays. Ajoutez à cela qu’ils doivent payer leur loyer et il ne leur reste plus rien!”

Avec la guerre en Ukraine, de la main d’œuvre supplémentaire à bas revenus risque de débarquer chez nous: “Mais pas pour l’instant! Ce sera pour dans quelques semaines. Là-bas, tous les hommes ont été réquisitionnés pour combattre l’occupant russe. Actuellement, les entrepreneurs craignent surtout de voir leurs ouvriers partir pour aller rechercher leur famille”.

Pénurie



Or, les employeurs peinent déjà à trouver des gens qui veulent exercer ce métier. Pour Fabrizio Carpino, leur politique de compression des coûts n’y est pas étrangère: “Ils détricotent l’emploi. Le système est vicié. À l’heure actuelle, le secteur compte 155.000 ouvrier intérimaires et 56.000 indépendants détachés. Nous ne sommes pas contre l’arrivée de travailleurs d’autres pays. Mais aux mêmes salaires et aux mêmes conditions de travail. Le dumping social tue plus de 20.000 emplois dans le domaine de la construction”.

D’après les syndicats, des entreprises créent directement des sociétés boîtes aux lettres dans des pays de l’Est et ensuite procèdent à du détachement des travailleurs. D’autres entreprises ont recours à des faux indépendants. Parfois même, des firmes construisent sans salarié. Pourtant, la Confédération Construction en personne prévoyait en novembre dernier une croissance de production de 3,5 pourcents pour cette année. Le 17 janvier 2022, [4]le Conseil Central de l’Économie jugeait prometteuses les perspectives du secteur à court terme . Aussi bien pour le bâtiment que pour les infrastructures.

Système négrier



L’indignation n’est pas feinte dans le chef de Carlo Briscolini: “À l’époque, le système négrier a été mis à mal grâce à plusieurs procès. Aujourd’hui, le système de détachement des travailleurs est légal. Mais les conséquences sont identiques”.

La frustration est d’autant plus grande que nombre de travaux sont lancés par des institutions publiques. “En faisant appel à des sous-traitants, le personnel est sous-payé. Du coup, les entrepreneurs qui décrochent le marché public conservent plus qu’une partie profitable du financement de la commande” ajoute Fabrizio Carpino.

À Gilly



Ce dernier nous quitte pour aller faire le point avec ses affiliés dans un café du coin. Carlo Briscolini, lui, se dirige vers les cars qui vont l’emmener à Gilly.

Sur le chantier du GHdC, la FGTB a souhaité mettre en avant notamment des pratiques de rétrocessions salariales. “Les travailleurs perçoivent des salaires entre 1.800 et 2.000 euros nets, mais doivent rétrocéder une partie de ceux-ci à une entreprise roumaine via des conventions troubles de prestations de services” affirme Carlo Briscolini.

Il est également choqué par le traitement réservé à la famille de l’ouvrier mort sur ce même chantier: “Sa femme est maman de deux enfants. Ils n’ont toujours pas perçu de dédommagement. Ils se retrouvent sans rien”.

Selon la FGTB, ce cas a révélé d’autres irrégularités.

Retrouvez, [5]ici , toute l’actualité de Charleroi et de sa région.

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[6]Un accident de chantier coûte la vie d’un ouvrier à Charleroi, les enquêteurs arrivent “quatre heures après”

[7]Les ouvriers du chantier Rive gauche à Charleroi à l’arrêt

[8]Chantier Rive Gauche à Charleroi: le gérant maintenu en détention



[1] https://www.7sur7.be/belgique/coups-et-blessures-sprays-lacrymaux-paul-magnette-et-la-police-de-charleroi-mis-en-cause~a0234385f/

[2] https://www.7sur7.be/belgique/paul-magnette-critique-pour-avoir-manifeste-contre-la-vivaldi-de-la-schizophrenie~a759150c/

[3] https://www.7sur7.be/economie/des-actions-surprises-dans-le-secteur-des-titres-services-de-qui-se-moque-t-on~a1b8f9e53/

[4] https://www.ccecrb.fgov.be/p/fr/960/l-evolution-conjoncturelle-dans-le-secteur-de-la-construction/10

[5] https://www.7sur7.be/dossier/charleroi-et-sa-region~d23cc81f8-3447-48ed-9754-94ad6aa3df55/?page=1

[6] https://www.7sur7.be/faits-divers/un-accident-de-chantier-coute-la-vie-dun-ouvrier-a-charleroi-les-enqueteurs-arrivent-quatre-heures-apres~a89bc220/

[7] https://www.7sur7.be/belgique/les-ouvriers-du-chantier-rive-gauche-a-charleroi-a-l-arret~af601ee7/

[8] https://www.7sur7.be/belgique/chantier-rive-gauche-a-charleroi-le-gerant-maintenu-en-detention~a09d3b6e/



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