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  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

REPORTAGE: Chez les militaires belges à la frontière ukrainienne: “Si les Russes attaquent, on aura échoué”

(2022-03-16_12-18-00 (Het Laatste Nieuws))


Ils sont actuellement 255 militaires belges à Constanta, une ville roumaine sur la mer Noire. La frontière avec l’Ukraine est à 150 km. “La guerre n’est pas encore trop près d’ici: on n’entend pas les bombes tomber”, disent-ils. Le but de leur présence, avec les troupes françaises, les avions de chasse italiens et allemands et les hélicoptères de guerre américains: impressionner Vladimir Poutine suffisamment pour le décourager d’étendre sa guerre aux pays de l’Otan. “Mais s'ils attaquent - vraiment si jamais, hein - on est assez forts pour l’arrêter”, rassurent les militaires en faction.

Dissuasion. Le mot d’ordre des militaires belges en Roumanie est clair. En d’autres termes, rouler des mécaniques et rappeler aux Russes qu’on ne badine pas avec l’Otan. “Si vous vous promenez en rue et que vous vous sentez menacé, la meilleure chose à faire c’est de montrer que vous n’avez pas peur, non?”, compare le général-major Pierre Gérard, le commandant de la composante terre de l’armée belge.

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C’est dans cette optique que 255 lanciers belges sont postés à Constanta, dans un camp non loin de l’aéroport militaire. Au-delà de leur flotte de 60 camions, ils ont 30 véhicules de combat dont certains avec de lourds canons 90 mm ou équipés d’armes d’artillerie. Les Belges coopèrent sur place avec 800 militaires français du bataillon des chasseurs alpins. Le hasard a voulu que les deux unités s’entraînent ensemble dans les Alpes françaises avant que la guerre n’éclate en Ukraine, et lorsque la Russie a commencé à envahir l’Ukraine, ce qui n’était qu’un entraînement est soudain devenu une véritable mission.

Citation

Avec tous nos effectifs réunis, nous disposons de la puissance nécessaire pour contrer un assaut. Nous en sommes convaincus le général-major Gérard

De l’autre côté de l’autoroute se trouve la base américaine où des dizaines d’hélicoptères de combat sont prêts à décoller à tout moment. Les Allemands et les Italiens occupent l’aéroport pour effectuer des vols de reconnaissance et des exercices le long des frontières de l’Otan.

Ligne rouge



“Si les Russes devaient attaquer, cela signifierait que notre mission a échoué”, explique le général-major Gérard, 57 ans. “Car c’est pour cela que nous sommes ici: pas pour prendre part aux combats, mais pour éviter que la Russie ne franchisse la ligne rouge, les limites de l’Otan. Ce serait le pire qui puisse se produire. Mais si cela devait arriver - et je dis bien si jamais - nous sommes parés. Avec tous nos effectifs réunis, nous disposons de la puissance nécessaire pour contrer un assaut. Nous en sommes convaincus”.

Constanta a beau n’être qu’à 150 km de la frontière ukrainienne, et Odessa - la plus grande ville portuaire d’Ukraine - à quelque 400 km de là, la guerre n’y est pas plus palpable qu’en Belgique. “Je ne me fais pas encore trop de soucis. La guerre n’est pas tout près d’ici, on n’entend même pas les bombes tomber d’ici. Pour l’instant, les combats ont lieu plus loin dans les terres”, commente Sylvain, un soldat belge de 21 ans. Il fait partie du 1/3 régiment de Lanciers, normalement posté à Marche-en-Famenne. “On n’est pas venus pour combattre, mais pour éviter de devoir combattre”, confirme-t-il sur sa mission.

Deux plats chauds



Le campement de Constanta a été construit à la hâte. Sur un champ, quatre tentes kaki en guise de poste de commandement. Un peu plus loin, les soldats belges et français sont abrités dans de grandes tentes blanches. Il y fait étouffant à l'intérieur et les lits de camps sont collés les uns aux autres. Les soldats utilisent des filets de camouflage comme séparateurs de “pièces”. “Histoire d’avoir quand même un peu d'intimité”, sourit Sylvain.

Citation

La plupart d’entre nous ont déjà participé à des missions en Afghanis­tan et au Mali. Nous avons l’expérience, nous savons ce que sont les vraies situations de guerre Malek, ingénieur militaire

Les journées sont longues, monotones, à peine ponctuées d’entraînements, de briefings et de sport sur la base américaine toute proche. Les forces armées se plaignent de leurs repas - “Ce sont des rations de combat américaines et il n'y a que deux plats chauds” - et de la piteuse couverture internet dans la zone, “mais ils y travaillent. La semaine prochaine, on pourra faire des appels vidéos avec nos familles”, commentent-ils. En tout cas, ils préfèrent l’ennui à tout autre scénario. “Car si nous devons passer à l’action, c’est que ça va très mal”, résume Malek, 23 ans, des troupes d’ingénieurs militaires. “Mais nous sommes prêts à cette éventualité. La plupart d’entre nous ont déjà participé à des missions en Afghanistan et au Mali. Nous avons l’expérience, nous savons ce que sont les vraies situations de guerre”.

Des mois, mais pas des années



Quant à savoir combien de temps les Belges resteront en Roumanie, rien n’est moins clair. La semaine prochaine, les armées belges, néerlandaises et françaises se réuniront au sommet pour faire le point sur la mission. Il y sera probablement question d’alternance entre les armées, pour que les troupes belges et néerlandaises soient en poste à tour de rôle aux frontières. “La situation est pour l’instant trop précaire pour prédire l’avenir à long terme”, concède le général-major. “Nous pouvons, si cela s’avère nécessaire, déployer un total de 500 militaires belges sur la frontière est de l’Otan. Mais plus on devra envoyer de troupes, moins longtemps nous pourrons rester en poste ici. Nous pouvons assumer une telle mission, mais seulement pour quelques mois, pas durant des années”.

Des soldats belges à Constanta, sur les bords de la Mer Noire en Roumanie. © BELGA



[1] https://www.7sur7.be/belgique/br-deux-militaires-belges-sont-partis-pour-le-front-ukrainien-dont-un-deserteur~a35200b6/

[2] https://www.7sur7.be/monde/l-un-des-meilleurs-tireurs-delite-au-monde-est-arrive-en-ukraine-et-il-na-quune-seule-idee-en-tete~aabb3c34/



There are only two things in this world that I am sure of, death and
taxes, and we just might do something about death one of these days.
-- shades