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Une Anversoise, mère de 7 enfants, part seule en Ukraine pour récupérer son fils parti par amour

(2022-03-09_12-49-00 (Het Laatste Nieuws, HLN.be (Marc Coppens)))


Wessel, 24 ans, est parti en Crimée avant le début de la guerre pour tenter de ramener sa petite amie ukrainienne. Quand le conflit a éclaté, le piège s’est refermé sur lui. Cerné par l’armée russe, le jeune homme s'est retrouvé en très mauvaise posture, sans nourriture, sans argent, sans téléphone portable et sans moyen de transport pour quitter la région. Inquiète pour son fils, Renate Degryse s'est lancée seule à sa recherche. Un seul objectif: le ramener en Belgique. [1]Nos confrères d’HLN.be ont recueilli son témoignage .

Wessel et son petit frère Jack © RV

Het Laatste Nieuws a réussi à joindre Renate ce mardi. L’Anversoise de 46 ans, mère de 7 enfants, était alors à Medyka, à la frontière entre la Pologne et l’Ukraine. La situation est confuse sur place, avec l’afflux chaque jour de milliers de réfugiés: “C’est le chaos ici. Il y a une énorme file d’attente au poste-frontière. Du côté polonais, la police veut savoir ce que vous allez faire en Ukraine. Du côté ukrainien, idem”, confie-t-elle. “J’ai laissé ma propre voiture à un fermier du coin. J’ai dû batailler pour me faire comprendre, via Google Translate, parce que la population locale ne parle pas un mot d’anglais, mais, a priori, ma BMW est en sécurité jusqu’à mon retour”, ajoute-t-elle.

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[2]

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[3]

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Menacé par des soldats russes



Renate veut entrer en Ukraine pour récupérer son fils, coincé près d’Armiansk, dans le nord de la Crimée, une péninsule annexée par la Russie en 2014: “Il voulait retrouver sa petite amie Isabella, une Russo-Ukrainienne. Le problème, c'est qu'on ne peut plus y accéder qu’avec un passeport ukrainien et qu’on ne peut désormais plus en sortir. Le village d’Isabella est complètement cadenassé. Wessel a tout essayé mais le déploiement massif et soudain de l’armée russe a changé la donne. Il a été arrêté par des soldats, ils ont détruit son téléphone et lui ont ordonné de déguerpir. Mais c’était impossible: il n’avait plus une goutte d’essence. J’étais au téléphone avec lui quand c'est arrivé donc j’ai quasiment suivi les échanges en direct", commente-t-elle (suite ci-dessous).

Nationalité néerlandaise



“Wessel possède la nationalité néerlandaise. J’ai donc pris contact avec l’ambassade des Pays-Bas mais ils ne peuvent rien faire, même pas tenter une médiation. Puisque nous devons nous débrouiller seuls, j’ai décidé de prendre les choses en main (...) J’ai d’abord roulé jusqu’en Roumanie. La frontière roumaine est en effet plus proche d’Armiansk (700 km) que la frontière polonaise (1.200 km). Mais une fois sur place, la police m’a conseillé d’aller en Pologne parce que les convois humanitaires y étaient beaucoup plus nombreux. J’ai donc repris la route pour la Pologne. En fait, je n’ai pas arrêté de conduire depuis que j’ai quitté la Belgique, il y a trois jours", témoigne-t-elle.

Plus de contact



Depuis que les soldats ont détruit le téléphone de son fils, Renate a quasiment perdu le contact. Elle sait juste qu’il se trouve dans un petit village au "nom imprononçable”: “C’est un patelin de six rues et un magasin. Les habitants n’ont plus rien à manger et ils commencent à abattre leurs poules pour survivre. Mon fils y est le bienvenu mais quand vous n’avez plus de quoi nourrir votre propre famille, c’est une autre histoire. Imaginez un étranger... J’espère qu’il trouvera un magasin sur son chemin et un peu d’eau", s’inquiète-t-elle. Autres difficultés: un pont stratégique qu'il aurait dû emprunter a été détruit près de Kherson. Quant aux troupes russes, “elles tirent sur tout ce qui bouge” (suite ci-dessous).

800 kilomètres à parcourir



Aux dernières nouvelles, Wessel était ce lundi dans les environs de Kalanchak, en territoire ukrainien. Il espérait y trouver de l’essence malgré les difficultés de retrait d’argent. L’objectif est de rejoindre Kiev par tous les moyens: en voiture, en autostop voire à pied. Il lui reste 800 km à parcourir. Pendant ce temps, Renate est arrivée à [4]Lviv, dans l’extrême ouest du pays . Elle espère intégrer un convoi humanitaire pour aller plus loin, jusqu’à Kiev, et tomber sur son fils “sur l’une des seules routes encore disponibles”: “Ce ne sera pas simple", admet-elle.

Le courage d’une mère



Interrogée par HLN sur ses conditions de voyage, Renate souligne le bel élan de solidarité dont elle a pu bénéficier sur sa route: “J’ai dormi dans la voiture, sur des aires de repos. En Allemagne, j’ai rencontré des gens également en route pour l’Ukraine. Ils m’ont invitée à garer la voiture près des leurs pour être en sécurité. En Autriche, la police gardait un œil sur mon véhicule la nuit. J’ai aussi reçu de la nourriture et un accueil chaleureux tout au long de mon périple. En Pologne, je n’ai pas eu à payer un seul repas. Ici, dès que vous évoquez la raison de votre présence, liée à la crise ukrainienne, on vous tend les bras. Les réfugiés sont pris en charge et ne manquent de rien. C'est le seul point positif: peu importe qui vous êtes, la solidarité est énorme”, témoigne-t-elle.

“Nous faisons tous des erreurs”



Les six autres enfants de Renate la soutiennent pleinement dans son aventure périlleuse. “Ils me transmettent des infos et m’appellent plusieurs fois par jour pour savoir comment je vais. Ils sont très inquiets, naturellement, mais ils savent que je ferais exactement la même chose pour chacun d’entre eux. Et évidemment, ils ne comprennent pas la décision insensée de leur frère de partir en Ukraine, vu des menaces de guerre qui planaient déjà (...) Nous faisons tous des erreurs. J’espère qu’il en tirera les leçons", conclut-elle.



[1] https://www.hln.be/buitenland/antwerpse-moeder-46-van-zeven-trekt-door-oorlogsgebied-om-zoon-24-te-redden-hij-heeft-geen-geld-geen-benzine-en-is-omsingeld-door-russen~ab1621c4/

[2] https://www.7sur7.be/monde/le-poste-frontiere-de-medyka-en-pologne-porte-d-entree-europeenne-des-exiles-ukrainiens~a8bed795/

[3] https://www.7sur7.be/monde/cette-guerre-est-un-massacre-de-civils-la-lettre-ardente-de-la-premiere-dame-ukrainienne~afa2471e/

[4] https://www.google.com/maps/place/Lviv,+Oblast+de+Lviv,+Ukraine,+79000/@52.7244311,20.4318031,5.11z/data=!4m5!3m4!1s0x473add7c09109a57:0x4223c517012378e2!8m2!3d49.839683!4d24.029717



I don't want a pickle,
I just wanna ride on my motorsickle.
And I don't want to die,
I just want to ride on my motorcy.
Cle.
-- Arlo Guthrie