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Hervé Koffi avant le derby wallon Charleroi-Standard: “Il y aura de la revanche dans l’air”

(2022-03-05_08-00-00)


Interview Pour son tout premier derby wallon, le 5 décembre dernier, il avait été servi. Charleroi était allé s’imposer 0-3 au Standard, mais Hervé Koffi, le gardien burkinabé du Sporting, avait assisté aux premières loges à des [1]incidents aussi surréalistes que déplorables causés par des supporters liégeois frustrés qui avaient contraint l’arbitre, Nicolas Laforge, à mettre un terme prématuré à la rencontre. Trois mois plus tard, ce dimanche à 18h30, place au match retour, au Mambourg, où l’enjeu n’en sera pas moins important (à suivre en direct sur 7sur7.be). Malgré leur victoire 1-0 mercredi soir contre le Beerschot, les Rouches, quatorzièmes, ne sont ainsi toujours pas assurés de leur maintien direct, tandis que les Zèbres, septièmes, peuvent toujours rêver des playoffs 1. Le dernier rempart carolo, qui espère tenir sa place à la suite d’une blessure à la hanche gauche contractée le week-end dernier, ne s’attend en tout cas pas à de nouveaux débordements. “Je pense que tout le monde a appris la leçon”, a-t-il confié. Entretien.

Hervé, dans quel état d’esprit abordez-vous ce derby wallon contre le Standard?

“Avec confiance et sérénité. La victoire au Beerschot lors de la dernière journée (NdlR : 2-3) nous a fait un bien fou au moral, car c’est la première fois depuis longtemps que nous sommes parvenus à remonter un déficit. Je ne pourrais même pas me rappeler à quand cela remonte. Peut-être au match à La Gantoise, où nous avions aussi gagné 2-3, mais je n’en suis pas sûr. C’est donc un résultat très important, d’autant qu’il nous maintient dans la course pour jouer le haut du panier et peut-être même les playoffs 1".

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J’ai vécu mon tout premier derby lors de notre déplace­ment au Standard en décembre et j’ai pu constater que c’est un duel qui déchaîne les passions. Cela avait été très animé… Hervé Koffi

Le derby wallon, c’est le match de l’année pour Charleroi?

“C’est en tout cas un match très particulier. J’ai vécu mon tout premier derby lors de notre déplacement au Standard en décembre et j’ai pu constater que c’est un duel qui déchaîne les passions. Cela avait été très animé... (sourire) Il y avait énormément d’enjeu et beaucoup d’ambiance. Peut-être même trop, puisque le match n’a pu aller à son terme suite aux fumigènes lancés sur le terrain par les supporters du Standard. L’essentiel, c’est que nous avons gagné, mais j’aurais aimé que cela se termine autrement”.

Vous allez pouvoir tenir votre place suite à votre blessure à la hanche gauche survenue au Beerschot?

“J’espère. C’est une blessure que j’ai contractée à la CAN et qui s’est réveillée à la suite d’un dégagement. Le staff médical du club m’a toutefois rassuré. L’échographie que j’ai passée n’a rien révélé de fâcheux. Il n’y a pas de lésion. C’est un problème d’ordre musculaire, mais avec les soins qui m’ont été prodigués ces derniers jours, j’ai bon espoir de pouvoir jouer”.

C’est une rencontre que le Sporting doit gagner s’il veut garder un petit espoir de figurer dans les playoffs 1?

“Si nous l’emportons, nous serons assurés de disputer les playoffs 2, ce qui représente déjà une étape. Mais j’en veux plus. Je suis un compétiteur et l’objectif, en ce qui me concerne, est de jouer les playoffs 1. Il reste cinq matches et il y a six points d’écart avec Anderlecht, qui est actuellement quatrième. Bref, c’est possible. Et j’y croirai jusqu’au bout. Nous n’avons évidemment plus droit à l’erreur, ce qui un ajoute un peu de pression à ce derby wallon, mais nous sommes des grands garçons et nous devons pouvoir gérer ce type de situation”.

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Mon pronostic pour les playoffs 1? L’Union et le Club Bruges. Ensuite, je dirais Charleroi. Et pour le quatrième, j’opterais pour l’Antwerp plutôt qu’Anderlecht Hervé Koffi

Quelles seront les quatre équipes qui en feront partie, si on peut vous demander un pronostic?

“Mon pronostic pour les playoffs 1? L’Union et le Club Bruges. Cela me semble assez clair. Ensuite, je dirais Charleroi. (sourire). Et pour le quatrième, j’opterais pour l’Antwerp plutôt qu’Anderlecht”.

© BELGA

Quel souvenir gardez-vous du match-aller à Sclessin?

“La victoire évidemment, mais aussi les incidents qui ont empêché que la rencontre se termine normalement. Elle a été arrêtée à la 88 e minute, si je me rappelle bien. Nous n’avons dès lors pas pu communier avec nos supporters. C’est dommage, car nous avions livré un très bon match lors duquel nous nous étions montrés diablement efficaces. Les supporters du Standard n’ont pas aimé et ont tout gâché. Ce sont des scènes auxquelles on ne veut pas assister dans un stade de football”.

Vous aviez eu peur lorsque les supporters du Standard ont lancé des fumigènes et se sont rapprochés des abords du terrain?

“Peur, je ne sais pas, car j’étais principalement concentré sur le jeu. Mais c’est vrai que je sentais la tension et surtout la frustration des supporters liégeois, car nous avions réussi à marquer trois buts alors que leur équipe avait eu beaucoup d’occasions. J’avais déjà vécu une situation similaire en 2018, à Lille. J’étais gardien remplaçant derrière Mike Maignan, qui joue aujourd’hui au Milan AC. Nous luttions pour éviter la relégation et des supporters avaient envahi le terrain à la fin du match contre Montpellier, où nous avions partagé l’enjeu 1-1. C’était flippant. Certains joueurs avaient même reçu des coups. Je me suis dès lors dit qu’il pouvait toujours se passer quelque chose. L’arbitre a toutefois bien géré la situation et pris la bonne décision avant que cela ne dégénère complètement. Et, Dieu merci, personne n’a été blessé!”

Vous en avez encore fait des cauchemars par la suite?

“Non. Pas spécialement. C’est vrai que les gardiens sont souvent les premiers visés lors de ce genre d’incidents, car ils sont les plus proches des supporters, qui cherchent d’ailleurs régulièrement à les déstabiliser pour aider leur équipe. Mais j’ai pu, nous avons pu, assez rapidement passer à autre chose, d’autant que nous jouions déjà cinq jours plus tard contre Ostende et que nous voulions enchaîner. En outre, les fumigènes, c’est surtout Arnaud Bodart qui les a vus de près. Moi, j’étais de l’autre côté. Et nous étions déjà rentrés aux vestiaires lorsque les supporters du Standard ont envahi le terrain”.

Comprenez-vous ce déferlement d’agressivité aujourd’hui présent dans le football? Cela avait d’ailleurs été un week-end dramatique à ce niveau avec des incidents tout aussi graves lors du derby anversois entre le Beerschot et l’Antwerp.

“Je peux comprendre les frustrations des supporters qui multiplient leurs efforts pour pousser leur équipe vers la victoire et qui sont déçus lorsque cela ne marche pas. Mais je ne peux pas cautionner de tels comportements. Il n’y aucun footballeur qui monte sur le terrain pour perdre et il y a moyen de manifester son mécontentement, ou même sa colère, d’une autre manière. Et les frustrations ne peuvent pas tout justifier. Sinon, où allons-nous?”

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C’est vrai que le Standard connaît une saison difficile. Mais un derby wallon, c’est un match à part. C’est comme une finale de Coupe Hervé Koffi

Craignez-vous de nouveaux débordements dimanche au Mambourg, alors que les supporters visiteurs sont autorisés à faire leur retour dans les stades? Charleroi a même accepté d’accueillir 1.000 fans liégeois.

“Non. Pas particulièrement. Je pense que tout le monde a appris sa leçon. Et puis, si nos supporters sont également passionnés, ils ne sont pas aussi virulents. Ils savent que cela ne sert à rien d’insulter les joueurs pour les faire avancer. Au contraire, cela entraîne plutôt l’effet inverse. Cela dit, nous, de notre côté, nous allons tout mettre en œuvre sur le terrain pour leur permettre de vivre une belle soirée. Et j’espère que tout le monde se comportera dignement”.

Faut-il d’ailleurs avoir plus peur des supporters du Standard que des joueurs à l’heure actuelle?

“Je vois ce que vous voulez dire. C’est vrai que le Standard connaît une saison difficile. Mais un derby wallon, c’est un match à part. C’est comme une finale de Coupe. Et les Liégeois auront certainement quelque chose à se faire pardonner. Bref, il y aura de la revanche dans l’air. Nous devrons dès lors être très concentrés et rigoureux durant nonante minutes”.

D’où peut venir le danger du côté du Standard?

“Il y a longtemps que je n’avais pas vu jouer le Standard, mais j’ai visionné leur match de dimanche passé contre La Gantoise. Et je dois dire que les Rouches n’avaient pas démérité. Honnêtement, c’était assez équilibré. Le danger, en fait, peut venir de partout, car comme ils ne sont pas en confiance vu leurs récents résultats, ils peuvent être imprévisibles. Ils avaient réussi à se projeter assez vite vers l’avant et avaient hérité de plusieurs occasions. Ils possèdent aussi quelques bonnes individualités, comme Amallah, Tapsoba et Donnum, qui sont capables de faire la différence sur un exploit individuel”.

Quel est le joueur du Standard qui vous impressionne le plus?

“Je dirais mon compatriote Abdoul Tapsoba, ou Bodart. Même s’il a fait une erreur contre La Gantoise, Bodart a déjà souvent tenu son équipe debout par ses arrêts. La saison dernière, il n’était pas capitaine et s’il a reçu le brassard, c’est que l’équipe a énormément confiance en lui. Il y a beaucoup de pression dans un club comme le Standard et il faut être fort dans la tête. Tapsoba, lui, peut faire très mal par ses appels en profondeur. Il est virevoltant en attaque”.

Au fond, qui était votre idole en tant que gardien quand vous étiez gamin?

“Steve Mandanda, le gardien de l’Olympique de Marseille. J’aimais bien sa manière de jouer et de communiquer avec ses défenseurs. Il avait de très bons réflexes et était impressionnant dans ses sorties aériennes. J’avais en outre pas mal de cheveux à l’époque. J’avais gardé mes cheveux. (sourire) Et lui aussi en avait beaucoup. Du coup, mes coéquipiers et amis ont commencé à m’appeler ‘Mandanda, Mandanda’. J’avais 15 ans et je faisais partie du centre de formation du club de Rahimo, au Burkina Faso. C’était sympa”.

Vous avez impressionné par vos arrêts autant que par votre série de flic flac et salto arrière suite à la qualification avec le Burkina Faso pour les quarts de finale de la CAN. Où avez-vous appris à faire cela?

“Dans mon quartier, quand j’étais gamin, avec des amis d’enfance. Après les entraînements de football, avant de rentrer à la maison, on s’amusait dans le sable. Nous avions un copain qui était un peu plus âgé et assez doué en gymnastique. Il venait jouer au foot avec nous et il nous apprenait différentes acrobaties. On s’est souvent cassé la figure ! (sourire) Mais à force d’essayer, j’ai fini par y arriver”.

Après la quatrième place décrochée à la CAN, vous rêvez de la Coupe du Monde?

“Oui. Mais ce ne sera pas pour cette année au Qatar. Ce rêve a été brisé par l’Algérie en novembre dernier. Lors des phases de poule, nous avons terminé deuxièmes derrière elle. Tout s’est joué lors du dernier match, en Algérie. Nous devions gagner, tandis qu’eux pouvaient se contenter d’un partage. La rencontre s’est malheureusement terminée sur le score de 2-2. Il nous faudra donc recommencer de zéro. Nous avons toutefois une très bonne génération avec des joueurs comme Kaboré, qui a encore joué à Malines et a été prêté à Troyes par Manchester City, Abdoul et Edmond Tapsoba, ainsi que Bertrand et Lassina Traoré. On ne perd donc pas espoir”.

Dernière question, Hervé. Si vous n’aviez été joueur de foot, quel métier auriez-vous aimé exercer?

“Franchement, je ne sais pas. Encore aujourd’hui, quand j’ai du temps libre, je sors jouer au football avec des amis. Je n’arrête pas. (sourire) Peut-être que j’aurais été agent immobilier, car j’aime bien le secteur de la construction. Ou alors, j’aurais dirigé une entreprise de transport ou de transit. Mais je suis très heureux de pouvoir être footballeur”.

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[2]1.000 supporters du Standard à Charleroi: “Ça fait un peu peur”

[3]Charleroi renverse le Beerschot, qui fait un pas de plus vers la D1B



[1] https://www.7sur7.be/football-belge/projectiles-fumigenes-et-envahissement-standard-charleroi-arrete-apres-une-demonstration-des-zebres~aef38e88/

[2] https://www.7sur7.be/hors-jeu/1-000-supporters-du-standard-a-charleroi-ca-fait-un-peu-peur~aa210630/

[3] https://www.7sur7.be/football-belge/charleroi-renverse-le-beerschot-qui-fait-un-pas-de-plus-vers-la-d1b~af36c5e1/



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