Comment l'invasion russe risque de se ressentir sur votre portefeuille
(2022-02-25_10-41-00)
- Reference: 2022-02-25_10-41-00_comment-l-invasion-russe-risque-de-se-re
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Gaz, pétrole, blé, diamants... La guerre déclarée par la Russie à l’Ukraine devrait avoir un effet conséquent sur les prix, ici, en Belgique, notamment avec les sanctions infligées par l’Union européenne. Outre les combustibles fossiles, nous importons principalement des diamants bruts et de l’acier du pays de Poutine. Une hausse de l’essence pourrait se faire sentir si le conflit venait à durer.
Les cours du blé sont montés au plus haut depuis 2008 à Chicago jeudi avec le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie qui fait craindre pour les exportations de la céréale dont les deux pays sont grands producteurs. Ensemble, ils représentent plus d’un quart du commerce mondial du blé et environ un cinquième du commerce du maïs. “La Belgique ne reçoit pas tant de blé que ça venant de là-bas. Mais 16 % de nos importations de maïs proviennent d’Ukraine”, indique Nicolas Courant, de la Fevia, la fédération de l’industrie alimentaire belge. “Cela va-t-il rendre le pain et les autres produits de boulangerie plus chers en Belgique? Personne ne peut le dire aujourd’hui. Il est possible que cet impact indirect soit considérable, car de nombreux autres acheteurs de blé s’approvisionneront ailleurs. La Russie est un acteur tellement important que les prix du marché international sont facilement influencés.”
© REUTERS
Mais ce n’est pas tant la hausse des prix des matières premières causée par la guerre qui inquiète l’industrie alimentaire, mais l’explosion des prix de l’énergie qui en résulte. “Il est fort possible que cet impact sur notre production soit beaucoup plus important que celui de certaines matières premières.”
La plus grande inquiétude économique est donc le spectre de l’inflation: la flambée des prix du pétrole, du gaz et de l’électricité serait le moteur de prix élevés à long terme, que nous ressentons à chaque achat ou presque. Car le gaz naturel est devenu ces derniers mois une arme de guerre efficace. “La panique et le comportement de thésaurisation des commerçants nous ont catapulté directement vers les plus hauts sommets depuis la mi-décembre”, explique Matthias Detremmerie, du fournisseur d’énergie Elindus.
Depuis que la Russie a lancé son attaque jeudi matin, le prix du gaz pour une livraison en mars a augmenté de 40% jeudi, pour atteindre 125 euros du mégawattheure. “La flambée des prix de l’énergie est un gros casse-tête pour l’Europe, puisque 40% de son gaz naturel et 30% de son pétrole viennent de Russie”, explique une analyste de Swissquote. Celui de l’électricité a crû dans la même proportion pour atteindre 300 euros/MWh. Les prix de l’énergie sont à leur plus haut niveau depuis la mi-décembre, lorsque l’on craignait une pénurie. La Belgique n’est pas épargnée par cette flambée. Sur le marché de gros du pays, il faudra débourser, vendredi entre 22 et 24h, 378 euros par MWh d’électricité.
© AP
“Cependant, il n’est certainement pas question de réelles pénuries : il y a même 11 % de plus de gaz russe qui circule en Europe aujourd’hui qu’hier”, précise Detremmerie. “Mais les consommateurs ressentiront-ils des effets? Oui. Si dans deux jours, 50 % supplémentaires sont ajoutés au prix de gros, cela se répercutera, selon le type de contrat, sur la facture d’énergie avec un certain retard.” M. Detremmerie n’a aucune idée de la manière dont les choses vont évoluer dans les jours à venir, ni de l’augmentation du prix payé par les consommateurs. “Mais contrairement à ce que nous avions prévu, il n’est pas question de gaz moins cher dans les mois à venir. L’affaiblissement du pouvoir d’achat européen est donc très certainement l’une des armes avec lesquelles Poutine veut frapper l’Europe.”
En ce qui concerne le pétrole, les tensions géopolitiques sont également source d’incertitude. Les prix ont atteint un sommet depuis 2014 dépassant jeudi en séance la barre des 100 dollars le baril. Un tiers du pétrole brut de l’Europe provient de Russie. Néanmoins, selon Energia, il n’est pas nécessaire de se précipiter à la pompe par crainte de prix encore plus élevés, ni de thésauriser. “Le prix du pétrole ne représente que 35 à 40 % de ce qui est payé à la pompe”, explique Wim De Wulf, de la fédération pétrolière belge. “Il ne faut donc pas s’attendre à des mouvements de prix soudains dans cette région. En outre, il n’y a pas de risque de problèmes d’approvisionnement majeurs : il existe de nombreux autres fournisseurs, notamment au Moyen-Orient, au Royaume-Uni et en Norvège, et il y a la réserve stratégique de 90 jours. En revanche, si le problème persiste longtemps, cette guerre va bien sûr commencer à peser progressivement sur le prix à la pompe.”
© REUTERS
La guerre cause également des maux de tête concernant le diamant d’Anvers, alors que la Russie en est le fournisseur le plus important du monde. Ses diamants sont de très bonne qualité. En 2021, les métaux précieux et les pierres précieuses ont représenté près d’un quart (24,3 %) de nos importations en provenance de Russie. L’année dernière, notre ville du diamant a importé pour environ 1,5 milliard de dollars de diamants bruts de Russie. “Cela en fait l’un de nos plus importants partenaires commerciaux, après le Botswana et le Canada”, résume Tom Neys, de l’Antwerp World Diamond Centre (AWDC).
“Si le commerce des diamants tombe sous le coup des sanctions, une grande partie de nos approvisionnements ne sera plus disponible, ce qui aura sans aucun doute un impact.” En outre, après des “ventes massives en fin d’année”, le secteur est déjà confronté à une diminution des stocks, avec des listes d’attente pour certains carats. Une pénurie encore plus importante entraînera donc une hausse des prix au niveau actuel de la demande. “Espérons que, comme pour les précédentes sanctions commerciales de 2015, les diamants ne seront pas affectés. Mais nous avons tout de même fait part de nos préoccupations à l’Europe et aux responsables politiques belges.”
© Photo News
Les prix des métaux ont également fortement augmenté aujourd’hui en raison de l’invasion russe. Le pays est riche en minerai de fer et autres métaux, dont l’approvisionnement pourrait être gravement perturbé par le conflit. Le groupe sidérurgique ArcelorMittal a fermé aujourd’hui, par précaution, ses mines de minerai de fer de son aciérie en Ukraine.
Environ un cinquième (19,3 %) de nos importations russes sont constituées de fer et d’acier, ainsi que de produits semi-finis. De l’acier brut pour l’industrie, mais aussi des poutres en acier, des barres d’armature et des tuyaux. Les matériaux de construction vont-ils devenir encore plus chers ? Selon le secteur, un impact semble “évident”. Même s’il devrait rester limité. “La Russie n’est heureusement pas notre principal partenaire commercial”, déclare Philippe Coigné, de la Fédération belge de l’acier. “Notre acier provient principalement de Turquie et d’Inde. En Europe également, la capacité de production est suffisamment importante.” Ici aussi, l’augmentation rapide des prix de l’énergie constitue une épine dans le pied. “Entre autres choses, le laminage et la fusion de la ferraille sont très énergivores”, explique Johan Rosseel, négociant en acier. “Il est possible que cela pèse plus lourd qu’un boycott de l’acier russe.”
[1]Le diesel et l’essence 98 atteindront des prix record samedi: plus de 1,9 euro le litre
[2]L’invasion russe en Ukraine provoque une hausse de 40% du prix du gaz et de l’électricité
[1] https://www.7sur7.be/economie/le-diesel-et-lessence-98-atteindront-des-prix-record-samedi-plus-de-1-9-euro-le-litre~a18a0f71/
[2] https://www.7sur7.be/economie/linvasion-russe-en-ukraine-provoque-une-hausse-de-40-du-prix-du-gaz-et-de-lelectricite~ad13432a/
Les cours du blé sont montés au plus haut depuis 2008 à Chicago jeudi avec le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie qui fait craindre pour les exportations de la céréale dont les deux pays sont grands producteurs. Ensemble, ils représentent plus d’un quart du commerce mondial du blé et environ un cinquième du commerce du maïs. “La Belgique ne reçoit pas tant de blé que ça venant de là-bas. Mais 16 % de nos importations de maïs proviennent d’Ukraine”, indique Nicolas Courant, de la Fevia, la fédération de l’industrie alimentaire belge. “Cela va-t-il rendre le pain et les autres produits de boulangerie plus chers en Belgique? Personne ne peut le dire aujourd’hui. Il est possible que cet impact indirect soit considérable, car de nombreux autres acheteurs de blé s’approvisionneront ailleurs. La Russie est un acteur tellement important que les prix du marché international sont facilement influencés.”
© REUTERS
Mais ce n’est pas tant la hausse des prix des matières premières causée par la guerre qui inquiète l’industrie alimentaire, mais l’explosion des prix de l’énergie qui en résulte. “Il est fort possible que cet impact sur notre production soit beaucoup plus important que celui de certaines matières premières.”
Le gaz naturel alimente le spectre de l’inflation
La plus grande inquiétude économique est donc le spectre de l’inflation: la flambée des prix du pétrole, du gaz et de l’électricité serait le moteur de prix élevés à long terme, que nous ressentons à chaque achat ou presque. Car le gaz naturel est devenu ces derniers mois une arme de guerre efficace. “La panique et le comportement de thésaurisation des commerçants nous ont catapulté directement vers les plus hauts sommets depuis la mi-décembre”, explique Matthias Detremmerie, du fournisseur d’énergie Elindus.
Depuis que la Russie a lancé son attaque jeudi matin, le prix du gaz pour une livraison en mars a augmenté de 40% jeudi, pour atteindre 125 euros du mégawattheure. “La flambée des prix de l’énergie est un gros casse-tête pour l’Europe, puisque 40% de son gaz naturel et 30% de son pétrole viennent de Russie”, explique une analyste de Swissquote. Celui de l’électricité a crû dans la même proportion pour atteindre 300 euros/MWh. Les prix de l’énergie sont à leur plus haut niveau depuis la mi-décembre, lorsque l’on craignait une pénurie. La Belgique n’est pas épargnée par cette flambée. Sur le marché de gros du pays, il faudra débourser, vendredi entre 22 et 24h, 378 euros par MWh d’électricité.
© AP
“Cependant, il n’est certainement pas question de réelles pénuries : il y a même 11 % de plus de gaz russe qui circule en Europe aujourd’hui qu’hier”, précise Detremmerie. “Mais les consommateurs ressentiront-ils des effets? Oui. Si dans deux jours, 50 % supplémentaires sont ajoutés au prix de gros, cela se répercutera, selon le type de contrat, sur la facture d’énergie avec un certain retard.” M. Detremmerie n’a aucune idée de la manière dont les choses vont évoluer dans les jours à venir, ni de l’augmentation du prix payé par les consommateurs. “Mais contrairement à ce que nous avions prévu, il n’est pas question de gaz moins cher dans les mois à venir. L’affaiblissement du pouvoir d’achat européen est donc très certainement l’une des armes avec lesquelles Poutine veut frapper l’Europe.”
Le baril de pétrole au plus haut depuis 8 ans
En ce qui concerne le pétrole, les tensions géopolitiques sont également source d’incertitude. Les prix ont atteint un sommet depuis 2014 dépassant jeudi en séance la barre des 100 dollars le baril. Un tiers du pétrole brut de l’Europe provient de Russie. Néanmoins, selon Energia, il n’est pas nécessaire de se précipiter à la pompe par crainte de prix encore plus élevés, ni de thésauriser. “Le prix du pétrole ne représente que 35 à 40 % de ce qui est payé à la pompe”, explique Wim De Wulf, de la fédération pétrolière belge. “Il ne faut donc pas s’attendre à des mouvements de prix soudains dans cette région. En outre, il n’y a pas de risque de problèmes d’approvisionnement majeurs : il existe de nombreux autres fournisseurs, notamment au Moyen-Orient, au Royaume-Uni et en Norvège, et il y a la réserve stratégique de 90 jours. En revanche, si le problème persiste longtemps, cette guerre va bien sûr commencer à peser progressivement sur le prix à la pompe.”
© REUTERS
Des diamants encore plus rares
La guerre cause également des maux de tête concernant le diamant d’Anvers, alors que la Russie en est le fournisseur le plus important du monde. Ses diamants sont de très bonne qualité. En 2021, les métaux précieux et les pierres précieuses ont représenté près d’un quart (24,3 %) de nos importations en provenance de Russie. L’année dernière, notre ville du diamant a importé pour environ 1,5 milliard de dollars de diamants bruts de Russie. “Cela en fait l’un de nos plus importants partenaires commerciaux, après le Botswana et le Canada”, résume Tom Neys, de l’Antwerp World Diamond Centre (AWDC).
“Si le commerce des diamants tombe sous le coup des sanctions, une grande partie de nos approvisionnements ne sera plus disponible, ce qui aura sans aucun doute un impact.” En outre, après des “ventes massives en fin d’année”, le secteur est déjà confronté à une diminution des stocks, avec des listes d’attente pour certains carats. Une pénurie encore plus importante entraînera donc une hausse des prix au niveau actuel de la demande. “Espérons que, comme pour les précédentes sanctions commerciales de 2015, les diamants ne seront pas affectés. Mais nous avons tout de même fait part de nos préoccupations à l’Europe et aux responsables politiques belges.”
© Photo News
De la marge concernant l’acier, mais...
Les prix des métaux ont également fortement augmenté aujourd’hui en raison de l’invasion russe. Le pays est riche en minerai de fer et autres métaux, dont l’approvisionnement pourrait être gravement perturbé par le conflit. Le groupe sidérurgique ArcelorMittal a fermé aujourd’hui, par précaution, ses mines de minerai de fer de son aciérie en Ukraine.
Environ un cinquième (19,3 %) de nos importations russes sont constituées de fer et d’acier, ainsi que de produits semi-finis. De l’acier brut pour l’industrie, mais aussi des poutres en acier, des barres d’armature et des tuyaux. Les matériaux de construction vont-ils devenir encore plus chers ? Selon le secteur, un impact semble “évident”. Même s’il devrait rester limité. “La Russie n’est heureusement pas notre principal partenaire commercial”, déclare Philippe Coigné, de la Fédération belge de l’acier. “Notre acier provient principalement de Turquie et d’Inde. En Europe également, la capacité de production est suffisamment importante.” Ici aussi, l’augmentation rapide des prix de l’énergie constitue une épine dans le pied. “Entre autres choses, le laminage et la fusion de la ferraille sont très énergivores”, explique Johan Rosseel, négociant en acier. “Il est possible que cela pèse plus lourd qu’un boycott de l’acier russe.”
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[1]Le diesel et l’essence 98 atteindront des prix record samedi: plus de 1,9 euro le litre
[2]L’invasion russe en Ukraine provoque une hausse de 40% du prix du gaz et de l’électricité
[1] https://www.7sur7.be/economie/le-diesel-et-lessence-98-atteindront-des-prix-record-samedi-plus-de-1-9-euro-le-litre~a18a0f71/
[2] https://www.7sur7.be/economie/linvasion-russe-en-ukraine-provoque-une-hausse-de-40-du-prix-du-gaz-et-de-lelectricite~ad13432a/