Et si Poutine coupait le robinet du gaz et du pétrole? Ce n’est pas le pire scénario...
(2022-02-24_10-03-00 (Het Laatste Nieuws))
- Reference: 2022-02-24_10-03-00_et-si-poutine-coupait-le-robinet-du-gaz-
- News link: https://www.7sur7.be/monde/et-si-poutine-coupait-le-robinet-du-gaz-et-du-petrole-ce-nest-pas-le-pire-scenario~a777a429/
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Alors que [1]Vladimir Poutine a annoncé le lancement d’une opération militaire contre l’Ukraine , l’Occident continue d’enfiler ses gants de velours face au président russe. Est-ce à cause de notre dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie? Si le pays en venait à couper le robinet du gaz et du pétrole, cela aura évidemment un impact sur la Belgique. Cependant, s’agit-il vraiment de notre préoccupation première? “Les ambitions de Poutine vont bien au-delà de l’Ukraine”, analyse Filip Abraham, professeur d’économie internationale.
Ce n’est pas un secret, la Belgique et les autres pays de l’Union européenne sont dans une position vulnérable par rapport à la Russie, principalement en raison de l’importation de pétrole, de gaz et d’uranium - pour ne citer que quelques produits.
“Des États membres de l’UE comme l’Allemagne, l’Italie et la Pologne importent beaucoup de gaz de Russie”, rappelle le professeur Abraham, de la KU Leuven et Vlerick Business School. “La Belgique, elle, importe une grande partie de son gaz de Norvège. Du coup, si les Russes devaient fermer le robinet du gaz, cela aurait moins de conséquences pour la Belgique. En revanche, en ce qui concerne le pétrole, nous sommes beaucoup plus dépendants vis-à-vis de la Russie: environ 40 % de notre pétrole est importé de l’ancienne Union soviétique. Sur ce plan-là, la Belgique est sans aucun doute vulnérable. Nous achetons également beaucoup d’uranium à la Russie, que nous utilisons entre autres pour la recherche nucléaire”.
Quel est le risque réel de voir Vladimir Poutine interrompre les livraisons de gaz et de pétrole à l’étranger ou d’interdire l’exportation d’uranium vers l’Union européenne? Selon l’expert, il ne faut pas trop s’inquiéter à ce niveau-là. En tous les cas, ce ne serait pas le pire scénario. “Si la Russie cesse d’exporter du gaz et du pétrole vers l’UE, nous achèterons ces produits ailleurs. Dans un premier temps, les prix vont fortement augmenter. Les Européens devront payer beaucoup plus cher leur énergie. Mais après un certain temps, les pays européens se seront adaptés et il n’y aura plus cette dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Si Poutine ne fait pas attention, il ne pourra plus vendre son gaz et son pétrole à l’Europe”
C’est précisément ce que Vladimir Poutine veut éviter à tout prix. L’activité économique de la Russie ne dépasse pas celle du Benelux (PIB de 1.600 millards, ndlr. ). De plus, il s’agit d’une économie fortement dépendante de l’exportation d’un nombre limité de produits, principalement le pétrole, le gaz et l’uranium. En d’autres termes, la probabilité que Poutine ferme soudainement les robinets de gaz et de pétrole est extrêmement faible. Ce serait se tirer une balle dans le pied. Et s’il le faisait, l’Union européenne finirait par se tourner vers d’autres sources d’importation de produits énergétiques et par ignorer la Russie. “À ce moment-là, ce sera Poutine qui aura un gros problème”, prolonge l’expert.
Au regard des enjeux économiques majeurs, tout va-t-il dès lors rapidement rentrer dans l’ordre? Ce n’est pas si sûr, d’après le professeur Abraham. “Le problème, c’est que les ambitions de Poutine vont bien au-delà de l’Ukraine. S’il revendique les États baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie) ou rend la vie impossible aux Polonais, nous seront face à un conflit qui s’étend. La tache d’huile pourrait se répandre, ce qui engendrerait de gros problèmes en Europe, parce que ces pays appartiennent à l’OTAN. L’article 5 du traité de l’OTAN stipule que si un État membre est victime d’une attaque armée, tous les autres membres sont tenus de le soutenir. Le président américain, Joe Biden, se verrait obligé d’intervenir dans un tel cas. Ce serait alors l’Est contre l’Ouest et, comme Joe Biden l’a affirmé, ce serait une Troisième Guerre Mondiale. Je ne dis pas que cela va se produire. Je dis simplement qu’à long terme, c’est le pire scénario possible”.
Il y a deux semaines, le locataire de la Maison Blanche avait en effet brandi le spectre d’une “guerre mondiale”. Il a répété qu’il n’enverrait pas de soldats sur le terrain en Ukraine, même pour évacuer des Américains dans l’hypothèse d’une invasion russe, car cela pourrait déclencher “une guerre mondiale”. “Quand les Américains et les Russes commencent à se tirer dessus, nous sommes dans un monde très différent”, a-t-il déclaré.
Vladimir Poutin et Joe Biden © AFP
C’est en tout cas un scénario apocalyptique que l’Occident veut absolument éviter. Cela pourrait expliquer pourquoi l’Europe a, jusqu’à présent, toujours utilisé des pincettes avec le président russe. Des sanctions sont effectivement infligées, mais avec parcimonie. “En outre, l’Occident ne veut pas brûler toutes ses cartouches d’un seul coup. Si toutes les sanctions avaient été épuisées après la reconnaissance par la Russie des républiques populaires de Louhansk et de Donetsk, il n’y aurait plus de sanctions”.
Par ailleurs, il y a une autre raison qui explique la prudence avec laquelle l’UE manie l’arme des sanctions. “L’Union européenne n’a qu’une compétence très limitée en matière de politique étrangère. Cela se limite à un rôle de coordination. Ce n’est que si tous les pays marquent leur accord que l’Europe pourra présenter une position commune. Cette unanimité ne va pas de soi, car chaque pays européen a sa propre relation avec la Russie. L’Allemagne, par exemple, entretient des relations économiques plus étroites avec le pays depuis de nombreuses années, tandis que la Pologne et les États baltes estiment que Poutine devrait être traité beaucoup plus durement. Les intérêts individuels des États membres entravent une politique étrangère commune. Nous sommes divisés en interne. Poutine le sait très bien et l’exploite intelligemment”.
[2]Génocide et bombe atomique: les folles accusations de Poutine contre l’Ukraine
[3]L’Ukraine et l’Occident à la merci des ambitions de Vladimir Poutine
[4]Les prix de l’énergie et des céréales seront les premiers à augmenter: une hausse de 10% du prix à la pompe est possible
[1] https://www.7sur7.be/monde/en-direct-les-forces-terrestres-russes-passent-la-frontiere-au-moins-sept-soldats-ukrainiens-tues-dans-les-bombardements~abb36362/
[2] https://www.7sur7.be/monde/genocide-et-bombe-atomique-les-folles-accusations-de-poutine-contre-lukraine~a825021d/
[3] https://www.7sur7.be/monde/lukraine-et-loccident-a-la-merci-des-ambitions-de-vladimir-poutine~ad5f8af4/
[4] https://www.7sur7.be/monde/les-prix-de-l-energie-et-des-cereales-seront-les-premiers-a-augmenter-une-hausse-de-10-du-prix-a-la-pompe-est-possible~a21f0a7f/
Ce n’est pas un secret, la Belgique et les autres pays de l’Union européenne sont dans une position vulnérable par rapport à la Russie, principalement en raison de l’importation de pétrole, de gaz et d’uranium - pour ne citer que quelques produits.
“Des États membres de l’UE comme l’Allemagne, l’Italie et la Pologne importent beaucoup de gaz de Russie”, rappelle le professeur Abraham, de la KU Leuven et Vlerick Business School. “La Belgique, elle, importe une grande partie de son gaz de Norvège. Du coup, si les Russes devaient fermer le robinet du gaz, cela aurait moins de conséquences pour la Belgique. En revanche, en ce qui concerne le pétrole, nous sommes beaucoup plus dépendants vis-à-vis de la Russie: environ 40 % de notre pétrole est importé de l’ancienne Union soviétique. Sur ce plan-là, la Belgique est sans aucun doute vulnérable. Nous achetons également beaucoup d’uranium à la Russie, que nous utilisons entre autres pour la recherche nucléaire”.
“À ce moment-là, ce sera Poutine qui aura un gros problème”
Quel est le risque réel de voir Vladimir Poutine interrompre les livraisons de gaz et de pétrole à l’étranger ou d’interdire l’exportation d’uranium vers l’Union européenne? Selon l’expert, il ne faut pas trop s’inquiéter à ce niveau-là. En tous les cas, ce ne serait pas le pire scénario. “Si la Russie cesse d’exporter du gaz et du pétrole vers l’UE, nous achèterons ces produits ailleurs. Dans un premier temps, les prix vont fortement augmenter. Les Européens devront payer beaucoup plus cher leur énergie. Mais après un certain temps, les pays européens se seront adaptés et il n’y aura plus cette dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Si Poutine ne fait pas attention, il ne pourra plus vendre son gaz et son pétrole à l’Europe”
C’est précisément ce que Vladimir Poutine veut éviter à tout prix. L’activité économique de la Russie ne dépasse pas celle du Benelux (PIB de 1.600 millards, ndlr. ). De plus, il s’agit d’une économie fortement dépendante de l’exportation d’un nombre limité de produits, principalement le pétrole, le gaz et l’uranium. En d’autres termes, la probabilité que Poutine ferme soudainement les robinets de gaz et de pétrole est extrêmement faible. Ce serait se tirer une balle dans le pied. Et s’il le faisait, l’Union européenne finirait par se tourner vers d’autres sources d’importation de produits énergétiques et par ignorer la Russie. “À ce moment-là, ce sera Poutine qui aura un gros problème”, prolonge l’expert.
“Les ambitions de Poutine vont bien au-delà de l’Ukraine”
Au regard des enjeux économiques majeurs, tout va-t-il dès lors rapidement rentrer dans l’ordre? Ce n’est pas si sûr, d’après le professeur Abraham. “Le problème, c’est que les ambitions de Poutine vont bien au-delà de l’Ukraine. S’il revendique les États baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie) ou rend la vie impossible aux Polonais, nous seront face à un conflit qui s’étend. La tache d’huile pourrait se répandre, ce qui engendrerait de gros problèmes en Europe, parce que ces pays appartiennent à l’OTAN. L’article 5 du traité de l’OTAN stipule que si un État membre est victime d’une attaque armée, tous les autres membres sont tenus de le soutenir. Le président américain, Joe Biden, se verrait obligé d’intervenir dans un tel cas. Ce serait alors l’Est contre l’Ouest et, comme Joe Biden l’a affirmé, ce serait une Troisième Guerre Mondiale. Je ne dis pas que cela va se produire. Je dis simplement qu’à long terme, c’est le pire scénario possible”.
Il y a deux semaines, le locataire de la Maison Blanche avait en effet brandi le spectre d’une “guerre mondiale”. Il a répété qu’il n’enverrait pas de soldats sur le terrain en Ukraine, même pour évacuer des Américains dans l’hypothèse d’une invasion russe, car cela pourrait déclencher “une guerre mondiale”. “Quand les Américains et les Russes commencent à se tirer dessus, nous sommes dans un monde très différent”, a-t-il déclaré.
Vladimir Poutin et Joe Biden © AFP
L’Europe divisée face à la Russie
C’est en tout cas un scénario apocalyptique que l’Occident veut absolument éviter. Cela pourrait expliquer pourquoi l’Europe a, jusqu’à présent, toujours utilisé des pincettes avec le président russe. Des sanctions sont effectivement infligées, mais avec parcimonie. “En outre, l’Occident ne veut pas brûler toutes ses cartouches d’un seul coup. Si toutes les sanctions avaient été épuisées après la reconnaissance par la Russie des républiques populaires de Louhansk et de Donetsk, il n’y aurait plus de sanctions”.
Par ailleurs, il y a une autre raison qui explique la prudence avec laquelle l’UE manie l’arme des sanctions. “L’Union européenne n’a qu’une compétence très limitée en matière de politique étrangère. Cela se limite à un rôle de coordination. Ce n’est que si tous les pays marquent leur accord que l’Europe pourra présenter une position commune. Cette unanimité ne va pas de soi, car chaque pays européen a sa propre relation avec la Russie. L’Allemagne, par exemple, entretient des relations économiques plus étroites avec le pays depuis de nombreuses années, tandis que la Pologne et les États baltes estiment que Poutine devrait être traité beaucoup plus durement. Les intérêts individuels des États membres entravent une politique étrangère commune. Nous sommes divisés en interne. Poutine le sait très bien et l’exploite intelligemment”.
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[2]Génocide et bombe atomique: les folles accusations de Poutine contre l’Ukraine
[3]L’Ukraine et l’Occident à la merci des ambitions de Vladimir Poutine
[4]Les prix de l’énergie et des céréales seront les premiers à augmenter: une hausse de 10% du prix à la pompe est possible
[1] https://www.7sur7.be/monde/en-direct-les-forces-terrestres-russes-passent-la-frontiere-au-moins-sept-soldats-ukrainiens-tues-dans-les-bombardements~abb36362/
[2] https://www.7sur7.be/monde/genocide-et-bombe-atomique-les-folles-accusations-de-poutine-contre-lukraine~a825021d/
[3] https://www.7sur7.be/monde/lukraine-et-loccident-a-la-merci-des-ambitions-de-vladimir-poutine~ad5f8af4/
[4] https://www.7sur7.be/monde/les-prix-de-l-energie-et-des-cereales-seront-les-premiers-a-augmenter-une-hausse-de-10-du-prix-a-la-pompe-est-possible~a21f0a7f/