News: 2022-02-18_12-39-07_stopper-la-sortie-du-nucleaire-en-2025-p

  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

Stopper la sortie du nucléaire en 2025? Pourquoi il est peut-être déjà trop tard

(2022-02-18_12-39-07 (Het Laatste Nieuws))


Dilemme. Sortir complètement du nucléaire en 2025 ou maintenir ouverts un peu plus longtemps les deux réacteurs les plus récents? Le gouvernement veut trancher à la mi-mars. Les partisans du prolongement risquent de rencontrer quelques écueils pratiques sur leur chemin. Garder les deux centrales nucléaires ouvertes plus longtemps pourrait notamment avoir un effet contre-productif sur la sécurité d’approvisionnement de notre pays.

Une voix entendue. Cette semaine plusieurs organisations patronales et une initiative citoyenne ont plaidé ouvertement pour une prolongation de deux réacteurs nucléaires en Belgique. Elles insistent sur les risques que poserait une sortie totale de l’atome en 2025 sur la sécurité d’approvisionnement et les niveaux de prix de l’énergie, tout en augmentant les émissions de gaz à effet de serre.

Lire aussi



(3)

[1]

Maintenir deux réacteurs, un choix “très sécurisé” pour Didier Reynders

[2]

La sortie du nucléaire remise en question au sein du gouvernement: les Verts vont-ils claquer la porte?

[3]

Sortie du nucléaire: Jean-Marc Nollet dément menacer de quitter la Vivaldi

Le choix est limpide. Le plan A prévoit l’abandon complet du nucléaire et la construction de quelques nouvelles centrales à gaz. Le plan B comprend le maintien en activité des deux réacteurs nucléaires les plus récents de notre pays, Doel 4 et Tihange 3.

Les fédérations patronales, entre autres, demandent que ces deux réacteurs restent en service au-delà de 2025, année de la sortie programmée du nucléaire. Le gouvernement Vivaldi est censé prendre une décision finale à la mi-mars. L’issue ne dépend pas seulement d’une volonté politique, certains obstacles, parfois pratiques, compliquent la donne.

Manque de temps et de personnel



Il est possible de maintenir plus longtemps les deux réacteurs en service en toute sécurité, assure l’AFCN, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire, dans un rapport publié à la mi-janvier. Mais une série de travaux devraient être effectués si ce scénario est retenu. En outre, selon l’agence, il n’est pas certain qu’il y ait suffisamment de personnel à disposition pour mener de front une prolongation de certains réacteurs, le démantèlement des cinq autres centrales et l’élimination des déchets radioactifs.

Autre obstacle, le temps. Le calendrier des travaux est serré. “Des adaptations et des investissements sont nécessaires pour pouvoir continuer à utiliser ces réacteurs. Cela a déjà été fait dans d’autres pays, mais le travail doit encore être planifié et réalisé. Actuellement, il y a un certain retard dans la fourniture internationale de matériaux et de technologies spécifiques”, commente Johan Albrecht, professeur d’économie de l’environnement à l’université de Gand et membre du groupe de réflexion Itinera.

Pour l’AFCN, c’est clair, pas question que les discussions s’éternisent davantage. L’avis est attendu pour la mi-mars. Passé un certain délai, il ne sera plus possible de prolonger la durée de vie des réacteurs en toute sécurité. “Si aucune décision n’est prise d’ici là, cela deviendra simplement impossible et le plan B pourra être définitivement abandonné”, a déclaré récemment, Frank Hardeman, directeur de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire.

Engie a son mot à dire



“Mais si l’opérateur (NDLR: Engie Electrabel) ne veut pas suivre, ce sera difficile”, poursuit Johan Albrecht, qui rappelle que Catherine MacGregor, PDG d’Engie, a rappelé à plusieurs reprises que l’entreprise partait du principe d’une fermeture en 2025.

Une telle prolongation représenterait un coût financier important et des négociations devraient être entamées avec le gouvernement. Peut-on assimiler la position d’Engie à un choix stratégique? “Je pense qu’il s’agit d’une position réfléchie de la part d’Engie et qu’il sera vraiment très difficile pour eux de maintenir les réacteurs ouverts plus longtemps. C’est une grande entreprise qui développe une stratégie à long terme. Continuer à attendre une éventuelle prolongation du nucléaire en Belgique engendre trop d’incertitudes d’un point de vue commercial.”

Des impératifs légaux



Des mesures juridiques et législatives nécessaires doivent être prises avant de pouvoir prolonger la durée de vie des deux derniers réacteurs nucléaires. Par exemple, la loi sur la sortie du nucléaire, qui date de 2003 et qui a encore été confirmée par le précédent gouvernement Michel dans le pacte énergétique en 2018, doit être amendée. En outre, l’arrêté royal qui régit les exigences en matière de sécurité nucléaire doit également être modifié.

D’un point de vue purement pratique, le professeur Albrecht ne considère pas l’aspect légal comme la principale pierre d’achoppement. “Un cadre réglementaire doit être mis en place et des procédures doivent être accomplies. Mais la modification de la législation peut se faire rapidement. Il s’agit de trouver un accord au sein du gouvernement. D’ailleurs, cela s’est déjà produit une fois, lorsqu’en 2015 l’utilisation d’un certain nombre de réacteurs a été prolongée. Sur cet aspect, 2025 est encore relativement loin.”

Afin de rendre possible l’extension de Doel 4 et de Tihange 3, un (nouveau) rapport de l’impact environnemental est nécessaire. Ainsi qu’une consultation publique, non seulement en Belgique mais aussi au niveau international. “Jusqu’à 1.000 kilomètres à la ronde autour des réacteurs”, précise le professeur Albrecht. “Cette consultation n’est pas une étape insurmontable dans le processus. Il ne faut pas des années pour l’organiser.”

Pour faire face à la sortie du nucléaire, le gouvernement compte notamment sur la construction de deux à trois nouvelles centrales à gaz afin de répondre à la demande d’électricité , surtout aux heures de pointe. Pour leur construction, le gouvernement a mis en place un mécanisme de rémunération de capacité (CRM) pour soutenir les investisseurs qui fournissent des capacités de production supplémentaires.

Contraintes financières et aides publiques



“Toutefois, l’Europe ne permet pas aux États membres d’accorder des aides publiques pour construire des centrales à gaz ou autres centrales électriques de ce type. Cela s'apparenterait à une violation du marché libre. Mais comme cette capacité supplémentaire est nécessaire pour faire face à la sortie du nucléaire, la Commission européenne a donné son accord. Si la Belgique décide soudainement de ne pas poursuivre la sortie du nucléaire, l’Europe avancera que nous ne pouvons pas subventionner cette capacité de remplacement.”

Cela peut avoir des conséquences désastreuses pour la construction de nouvelles centrales électriques au gaz et pour la sécurité d’approvisionnement de notre pays. Même si les derniers réacteurs nucléaires restent ouverts, de nouvelles capacités seront toujours nécessaires, selon le gestionnaire de réseau Elia et la ministre de l’Énergie Tinne Van der Straeten (Groen).

Si une nouvelle approbation de la Commission européenne est nécessaire pour le mécanisme de soutien au maintien en activité des centrales nucléaires, les nouvelles centrales à gaz ne pourraient pas être construites avant 2028, selon les estimations du SPF Economie. Cela pourrait également causer des problèmes d’approvisionnement.

Quid des centrales au gaz?



La construction de la nouvelle usine à gaz de Vilvorde demeure incertaine pour le moment, car les permis nécessaires n’ont pas été accordés. Les choses se présentent mieux pour les alternatives à Seraing (Liège) et éventuellement à Manage, près de La Louvière (Hainaut).

“Nous avons de toute façon besoin de ces nouvelles centrales à gaz”, assure Johan Albrecht. “N’oubliez pas que même les réacteurs nucléaires n’offrent pas une garantie de disponibilité à 100% et que, ces dernières années, ils ont régulièrement été indisponibles de manière inattendue” notamment en raison de fissures.

“Pour garantir la sécurité d’approvisionnement, le gouvernement prévoit non seulement de nouvelles centrales à gaz, mais aussi des investissements supplémentaires dans les capacités renouvelables, le stockage de l’énergie et la régulation de la demande afin de plafonner notamment les pics de consommation problématiques.La question de l’importation d’électricité se pose également, mais personne ne préconise le fait de devoir dépendre principalement de l’extérieur assurer pour notre sécurité d’approvisionnement.”

Pourquoi la photo en tête d'article est-elle floue?

Une loi récente interdit aux médias de prendre et de publier des photos des centrales nucléaires. La raison? “On ne veut pas que des terroristes potentiels recueillent des informations sur une cible”, explique Pol Deltour, secrétaire général de l’Association flamande des journalistes. Il parle d’une loi inapplicable qui a été approuvée très rapidement, sans même l’avis du Conseil d’État. “Nous avons maintenant demandé à obtenir une autorisation collective qui permettra encore aux journalistes et rédacteurs belges de publier des images d’installations nucléaires.” Cette autorisation pourrait intervenir assez rapidement.

LIRE AUSSI



[4]Sortie du nucléaire: Jean-Marc Nollet dément menacer de quitter la Vivaldi

[5]Maintenir deux réacteurs, un choix “très sécurisé” pour Didier Reynders

[6]La sortie du nucléaire remise en question au sein du gouvernement: les Verts vont-ils claquer la porte?



[1] https://www.7sur7.be/belgique/maintenir-deux-reacteurs-un-choix-tres-securise-pour-didier-reynders~af2b722d/

[2] https://www.7sur7.be/belgique/la-sortie-du-nucleaire-remise-en-question-au-sein-du-gouvernement-les-verts-vont-ils-claquer-la-porte~a51bd853/

[3] https://www.7sur7.be/belgique/sortie-du-nucleaire-jean-marc-nollet-dement-menacer-de-quitter-la-vivaldi~a2ed45a1/

[4] https://www.7sur7.be/belgique/sortie-du-nucleaire-jean-marc-nollet-dement-menacer-de-quitter-la-vivaldi~a2ed45a1/

[5] https://www.7sur7.be/belgique/maintenir-deux-reacteurs-un-choix-tres-securise-pour-didier-reynders~af2b722d/

[6] https://www.7sur7.be/belgique/la-sortie-du-nucleaire-remise-en-question-au-sein-du-gouvernement-les-verts-vont-ils-claquer-la-porte~a51bd853/



"No one gets too old to learn a new way of being stupid."