News: 2022-02-14_11-52-00_et-si-la-bombe-deau-setait-abattue-sur-l

  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

Et si la bombe d’eau s’était abattue sur la Flandre cet été? “86.000 familles touchées, 8 milliards de dégâts”

(2022-02-14_11-52-00 (Het Laatste Nieuws))


Et si la bombe d’eau qui a touché la vallée de la Vesdre l’été dernier s’était en réalité abattue sur la Flandre? Lydia Peeters ministre flamande (Open VLD) de la Mobilité et des Travaux publics a fait faire une simulation de ce scénario catastrophe et les résultats sont édifiants: plus de 500 kilomètres carrés auraient été submergés par les inondations, affectant 86.000 foyers. C’est principalement la région de Gand et la vallée de la Dendre qui auraient pris le plus cher. L’heure pour la Flandre de prendre le taureau par les cornes?

Le risque que l’ensemble de la Flandre doive engloutir quelque 23 centimètres de précipitations en 48 heures est naturellement faible, mais la région de Spa a malheureusement prouvé l’été dernier que de telles pluies diluviennes et dévastatrices ne sont pas qu’une chimère. C’est pourquoi la Flandre ferait mieux de prendre ses dispositions, estime la ministre flamande de la Mobilité et des Travaux publics Lydia Peeters. Au niveau fédéral déjà, on appelle à une commission pour mieux gérer et anticiper de telles catastrophes naturelles, mais la Ministre a voulu marquer les esprits du Nord du pays en demandant à ses collaborateurs d’élaborer pour la région flamande un scénario catastrophe similaire à celui qui a touché le sud du pays lors des inondations de juillet.

Lire aussi



[1]

“Nous vivons des inondations non naturelles et nous devons réapprendre à les gérer”, selon un historien de l'environnement

Celui-ci est en deux parties. La première hypothèse, qu’elle appelle la “petite bombe d’eau”, imagine les conséquences d’une quantité de précipitations équivalente à 10,7 cm sur une durée de 48 heures sur toute la Flandre. Cela revient -à plus grande échelle- à ce qui s’est en réalité produit à Demerbekken, dans la région de Saint-Trond, les 14 et 15 juillet derniers. La seconde hypothèse est nettement plus spectaculaire: un scénario où 23 centimètres de précipitations s’abattraient durant 48 heures sur toute la Flandre, comme ce fut le cas à Spa, Trooz, et Pepinster l’été dernier.

À quoi la Flandre devrait-elle faire face? Dans le premier cas, quelque 4.900 ménages seraient touchés par les inondations et les dégâts s’élèveraient à 289 millions d’euros. Une catastrophe, mais qui resterait “abordable”. Mais dans le second cas, celui d'une immense bombe d’eau similaire à celle qui a touché la Wallonie en juillet, la Flandre encaisserait la dévastation d’environ 86.000 habitations pour une facture totale de près de 8,1 milliards d’euros...

La Flandre-Orientale la plus fragile



Il ressort de ces projections que la Flandre-Orientale serait la plus affectée par une montée des eaux. En effet, la Lys et le Haut-Escaut se rejoignent autour de Gand, chef-lieu de la province. “Vu l’étendue de ces bassins fluviaux, la quantité d’eau à drainer serait trop importante, entraînant la submersion de toute la région autour de Gand”, exposent les chercheurs qui ont réalisé les études. Rien que dans la région gantoise, l’addition d’une catastrophe naturelle digne du second scénario monterait facilement à 3 milliards d’euros. Les bassins de la Lys et du Haut-Escaut ainsi que des canaux gantois déborderaient sur 61.120 foyers et une étendue de 253 kilomètres carrés. Mais ce n’est pas tout: la vallée de la Dendre serait elle victime d’une catastrophe à hauteur d’un milliard d’euros et perdrait 7.000 de ses habitations. C’est Ninove qui paierait le plus lourd tribut, avec la moitié des dégâts calculés. Liedekerke, Grammont et Denderleeuw auraient besoin de quelque 100.000 millions d’euros pour se remettre de telles inondations.

Citation

Le bassin versant de la Meuse serait relative­ment épargné, notamment suite aux expropria­ti­ons dans la région afin de créer des bassins d’orage

Scénario de l’extrême



Mais les chercheurs qui ont effectué ces projections tempèrent et rappellent qu’il n'y a pas lieu de paniquer trop vite. Le risque que de telles pluies diluviennes frappent la Flandre simultanément et sur une période si courte est peu élevé. D’ailleurs, les inondations de cet été en Wallonie ont heureusement eu des intensités différentes selon les zones. “C’est un scénario de l’extrême étant donné que des précipitations de cet acabit sur un territoire aussi étendu sont rarissimes. On s’attend davantage à un scénario avec de fortes pluies localement ciblées et des zones plutôt épargnées”, avancent-ils sur base des statistiques météorologiques. Mais ils estiment très probable que de tels dégâts surviennent bel et bien dans l’un des bassins flamands, notamment parce que certains sont plus étroits.

Pour rappel, la Wallonie a fait un lourd bilan des inondations de l’été 2021. Quelque 24.000 habitations ont été endommagées par les pluies et inondations, et 357 d’entre elles ont été déclarées inhabitables, ont été emportées ou totalement détruites par la montée des eaux. La facture wallonne s’élève à près de 4 milliards d’euros, tandis que Lydia Peeters sort un rapport astronomique tablant sur 8 milliards d’euros pour sa région. Cela signifie-t-il que la Flandre est potentiellement plus exposée ou en danger que la Wallonie en cas de pluies-catastrophe? Non, précisent les experts. Les inondations de l’été dernier chez nous ont été particulièrement localisées, ce qui se produirait probablement aussi en Flandre en cas de nouvelles “crues du siècle”. Le pire scénario évoqué par la Ministre Open VLD part du principe que l’ensemble du territoire flamand serait simultanément exposé une quantité d’eau identique, ce qui est hautement improbable.

Lydia Peeters (Open Vld), ministre flamande de la Mobilité et des Travaux publics © Photo News

De ce rapport ressort un point intéressant: le bassin versant de la Meuse est vraisemblablement épargné en cas de scénario de l’extrême. Mais la Ministre avance pour cela une raison humaine: les zones du long de la Meuse ont été sujettes à des expropriations afin de créer plus de plaines inondables. Une anticipation qui est selon la Ministre un exemple à suivre pour la Flandre: vu que les plaines inondables de la Meuse sont vidées et désormais non constructibles, un débordement ne signifierait la destruction “que” de 15 habitations. L’idée est donc de reporter sur la Flandre ce modèle, à l’aide d’experts qui établiront une liste des zones où nos voisins du Nord doivent intervenir pour prévenir une catastrophe. La Ministre ne souhaite pas encore en dire plus sur la nature exacte des mesures qui pourraient être soumise à la Région à partir de cet été, mais tout porte à croire que le collège d’experts plaidera a minima pour interdire ou limiter au maximum les nouvelles constructions dans les zones les plus exposées.

LIRE AUSSI

[2]Di Rupo devant la commission inondations: “En cas de crise, il faut une autorité disposant des pleins pouvoirs”

[3]Sinistrée à Trooz, Stéphanie est au bout du rouleau: “Je risque de finir à la rue et de perdre mes quatre enfants”

[4]“La Wallonie a montré des faiblesses dans la gestion de la crise”



[1] https://www.7sur7.be/belgique/nous-vivons-des-inondations-non-naturelles-et-nous-devons-reapprendre-a-les-gerer-selon-un-historien-de-l-environnement~ae2577ac/

[2] https://www.7sur7.be/belgique/di-rupo-devant-la-commission-inondations-en-cas-de-crise-il-faut-une-autorite-disposant-des-pleins-pouvoirs~acc753f5/

[3] https://www.7sur7.be/belgique/sinistree-a-trooz-stephanie-est-au-bout-du-rouleau-je-risque-de-finir-a-la-rue-et-de-perdre-mes-quatre-enfants~a06cdc76/

[4] https://www.7sur7.be/belgique/la-wallonie-a-montre-des-faiblesses-dans-la-gestion-de-la-crise~a0af2e29/



"It's the best thing since professional golfers on 'ludes."
-- Rick Obidiah