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Sortie polémique sur l’e-commerce: pourquoi Paul Magnette a-t-il osé cette déclaration?

(2022-02-10_06-30-00)


“Une Belgique sans e-commerce et avec des vrais magasins.” Le souhait de Paul Magnette, relayé par Humo, suscite de vives et nombreuses réactions depuis lundi dernier. Objectif atteint? Selon certains experts, cette sortie médiatique s'apparente à une volonté de marquer l'agenda politique et de soulever certaines questions essentielles inhérentes au commerce en ligne. Le président du PS a-t-il volontairement tapé (très) fort? Analyse.

Lundi, peu après 16 heures. Le média néerlandophone Humo partage sur ses réseaux sociaux une interview conjointe de Paul Magnette et du secrétaire d’État Thomas Dermine (PS). L’article, baptisé “Faisons de la Belgique le premier pays sans e-commerce”, provoque un emballement immédiat. En moins d’une heure, les propos du président du PS sont placardés sur la quasi-totalité des sites d’information généraliste. Les réactions pleuvent sur Twitter. Les critiques aussi, surtout.

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Sortie polémique sur l’e-commerce: les critiques fusent, Magnette nuance

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Magnette: “Faisons de la Belgique un pays sans e-commerce”

humo @Humo

[3]PS verklaart de oorlog aan pakjes geleverd aan huis: ‘Laat België maar het eerste land zonder e-commerce worden, met échte winkels’ <a href="https://t.co/lOKMsoganC">https://t.co/lOKMsoganC</a> <a href="https://t.co/as29QMvcA9">pic.twitter.com/as29QMvcA9</a>

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“Je ne suis pas dans la tête de Paul Magnette et je ne sais pas ce qu’il a voulu dire avec cette déclaration. Mais je ne pense pas qu’elle est à prendre au premier degré”, avance Ingrid Poncin, professeure à la Louvain School of Management. “La Belgique n’est pas une île et faire disparaître l’e-commerce n’est pas envisageable. Vu la situation de notre pays en Europe, c’est impossible, même d’un point de vue légal. On ne peut pas non plus aller à l’encontre de ce que veulent le marché et les consommateurs. C’est totalement irréalisable. De plus, beaucoup de petites PME disposent de sites internet pour vendre leurs produits.”

“Cela traduit un projet pas très sérieux”, avance le sociologue français Vincent Chabault, maître de conférences à la Sorbonne. “Les ventes en ligne en Belgique ne représentent que 7,2% du commerce de détail, la transaction en magasin reste clairement la norme. D'autre part, il s’agit d’une évolution commerciale déjà ancienne qui remonte au milieu des années 2000. De plus en plus d’enseignes développent une stratégie omnicanale et proposent des services en ligne. On ne peut pas opposer l'e-commerce aux magasins. Ce n’est pas possible de faire disparaître les achats en ligne.”

Citation

La formule est excessive et même un peu hypocrite (...) mais elle a le mérite de soulever des questions essentiel­les inhérentes au commerce en ligne” Vincent Chabault, Sociologue, maître de conférences à l’Université Paris Descartes - Sorbonne, chercheur au CNRS

“La formule est excessive et même un peu hypocrite quand on sait, par exemple, que le PS a salué l’implantation d’Alibaba à Liège Airport. Mais elle a le mérite de soulever des questions essentielles inhérentes au commerce en ligne”, poursuit le chercheur au CNRS (NDLR: le Centre national de la recherche scientifique en France) et auteur de “L’éloge du magasin”. “L’e-commerce n’est pas contestable dans son innovation. Mais les conditions d’emploi et de travail de ce secteur méritent un encadrement supplémentaire. Peut-être que Paul Magnette a opté pour cette déclaration afin de fixer un agenda politique destiné à évoquer certains aspects sociaux du commerce en ligne et la dévitalisation des centre-villes, notamment. Là, c’est intéressant.”

“Paul Magnette ne peut pas décider du jour au lendemain de couper internet et d’arrêter le commerce en ligne”, corrobore Ingrid Poncin. “Mais c’est possible de poser le débat et de mettre en lumière certaines questions, comme celle de la durabilité. Cet aspect est de plus en plus souvent pris en considération par les consommateurs. On ne peut changer les habitudes des gens, mais on peut les informer pour qu’ils opèrent leurs choix en toute connaissance de cause.”

“Symbole du syndrome Twitter”



Ouvrir le débat et sensibiliser, la volonté de Paul Magnette quitte à taper (très) fort d’entrée pour mener sa mission à bien? “Les erreurs de communication sont peu courantes, désormais. Tout est pesé et analysé en amont. La sortie de Paul Magnette n’était pas improvisée. Il y avait une volonté de se positionner sur certaines questions liées à l’e-commerce", expose Marc Lits, professeur émérite en communication à l’UCLouvain. “S’il avait dit ‘ l’e-commerce pose certains problèmes notamment quant aux conditions de travail’, il savait très bien que cela aurait été matérialisé en deux phrases noyées dans l’article.”

En utilisant une phrase choc, le bourgmestre de Charleroi impose donc implicitement le titre et le sujet qu’il souhaite véhiculer en priorité. “Cela a bien fonctionné. On n’a pas parlé du reste de l’interview”, souligne Marc Lits qui assimile la déclaration de Paul Magnette au symbole parfait du “syndrome Twitter”.

“Il existe ce sentiment prégnant qu’il est nécessaire de trouver une petite phrase pour capter l’attention. Ce mouvement se généralise et ne se cantonne plus aux réseaux sociaux. On l'a observé récemment avec la volonté d’Emmanuel Macron d’‘ emmerder les non-vaccinés’ , des propos tenus lors d’une interview accordée à un média de presse écrite. Cette tendance à taper (très) fort, même si la formule ne reflète pas exactement le fond de la pensée, est de plus en plus privilégiée. Cela permet d’occuper le terrain, quitte à déployer des arguments plus politiques et affinés dans un second temps.”

Une stratégie assumée et... risquée



“Il y a évidemment la possibilité que tout le monde lui tombe dessus et que certains se limitent à ‘c’est une sortie invraisemblable”. Ce genre de propos peut également complexifier de futures négociations. C’est une façon de durcir les discussions, mais cela crée des tensions et des conflits. On part de tellement haut avec ce type de positionnement stratégique destiné à provoquer de l’écho médiatique que c’est compliqué de trouver un compromis par la suite. Le récent exemple du nucléaire est assez frappant à cet égard.”

Le professeur de l’UCLouvain pointe également une volonté de se repositionner au centre du débat. “Il y a un souhait évident de réapparaître au premier plan, notamment par rapport à Georges-Louis Bouchez et Raoul Hedebouw, qui sont toujours très rapides sur la balle. Ce n’était pas le cas de Paul Magnette, dans un passé pas si lointain. Désormais, il se positionne sur l’action du Premier ministre, le nucléaire, l’e-commerce... Même si ce ne sont pas forcément ses dossiers. On ne vote que dans deux ans, mais les stratégies de positionnement s’installent déjà en vue de la campagne électorale.”

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[5]Sortie polémique sur l’e-commerce: les critiques fusent, Magnette nuance

[6]Magnette: “Faisons de la Belgique un pays sans e-commerce”



[1] https://www.7sur7.be/belgique/sortie-polemique-sur-le-commerce-les-critiques-fusent-magnette-nuance~a5c6d60d/

[2] https://www.7sur7.be/economie/magnette-faisons-de-la-belgique-un-pays-sans-e-commerce~aa1366e4/

[3] https://twitter.com/Humo/statuses/1490713223871488008

[4] https://www.7sur7.be/belgique/sortie-polemique-sur-le-commerce-pourquoi-paul-magnette-a-t-il-ose-cette-declaration~a4f1f559/#

[5] https://www.7sur7.be/belgique/sortie-polemique-sur-le-commerce-les-critiques-fusent-magnette-nuance~a5c6d60d/

[6] https://www.7sur7.be/economie/magnette-faisons-de-la-belgique-un-pays-sans-e-commerce~aa1366e4/



There are more dead people than living, and their numbers are increasing.
-- Eugene Ionesco