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  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

Armand Marchant se confie avant ses premiers Jeux: “Montrer ce qu’un Belge est capable de faire sur des skis”

(2022-02-03_13-28-00)


Entretien Sa médaille, il la tient déjà. Qu’il monte sur le podium à Pékin ou pas. Armand Marchant participera à ses premiers Jeux Olympiques d’hiver en ski alpin, cinq ans après avoir failli être perdu pour le sport à la suite d’une vilaine chute lors du slalom géant d’Adelboden qui avait entièrement détruit son genou gauche. Les images de ses cicatrices, au terme de sept opérations et de 1000 jours de convalescence, avaient d’ailleurs fait le tour du monde. C’est dire si pour le jeune homme de Thimister, 24 ans, contraint de s’expatrier en France à l’âge de 13 ans pour réussir, cette présence en Chine est un rêve qui se réalise. Et contrairement à la devise du baron Pierre de Coubertin, l’important, pour lui, ne sera pas de participer. “J’ai le ski pour rivaliser avec les meilleurs”, a-t-il confié. Et plus si affinités…

Armand, comment avez-vous découvert le ski?

Par le biais de mes parents. Je devais avoir deux ans et demi. Mon papa est marchand de veaux et ma maman était vétérinaire. Et pour décompresser de la semaine de travail, ils venaient nous récupérer ma sœur et moi le vendredi après-midi à l’école et on partait en camping-car skier le week-end dans les Alpes ou dans les Vosges. On faisait cela quasiment tout l’hiver. Ensuite, nous avons rencontré une personne qui nous a expliqué qu’il y avait un club de ski en Belgique, à Malmédy. J’ai intégré ce ski club et tout est parti de là.

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Qu’est-ce qui vous a poussé à persévérer alors qu’en Belgique, le ski n’est pas vraiment un sport très populaire, contrairement au football, au cyclisme ou au tennis?

J’ai touché à pas mal de sport différents étant gamin. J’ai fait du BMX, de la natation, de la gym et du hockey sur glace, mais j’aimais vraiment bien skier. Cela impliquait beaucoup de déplacements, mais je n’ai jamais rechigné. J’ai intégré la Fédération francophone belge de ski, où j’ai passé trois ans. Et en 2010, lors d’un stage à Tignes avec le ski club de Malmédy, j’ai rencontré mon entraîneur actuel, Raphaël Burtin, qui a participé aux Jeux Olympiques de Turin en 2006 avec l’équipe de France. Il a directement vu que j’avais un bon potentiel et il a demandé à mes parents s’il pouvait avoir carte blanche pour s’occuper de moi.

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Ivica Kostelic était mon idole. En Croatie, il n’y a quasiment rien comme infrastruc­tu­res, mais cela ne l’a pas empêché, avec l’aide de son père, de faire une carrière XXL. Armand Marchant

Comment avez-vous fait pour arriver au plus niveau ? Ce n’est pas sur les pistes de la baraque de Fraiture que vous pouviez parfaire vos gammes…

Non, c’est sûr… (sourire) C’est vraiment Raphi qui m’a amené où je suis. Il a proposé à mes parents de suivre tout le cursus qu’un skieur français devait effectuer pour espérer atteindre le haut niveau. Il a suggéré de m’héberger, chez lui, à Arenthon, en Haute-Savoie. J’ai commencé à skier 40 jours durant l’été et pendant les quatre mois d’hiver, je vivais donc à la montagne et je participais à toutes les compétitions françaises chez les jeunes. Je voulais suivre un enseignement technique en secondaire en Belgique, mais j’ai dû arrêter assez tôt, car vu la distance, il était impossible de participer aux cours pratiques.

Cela a dû nécessiter un sacré investissement. Le ski n’est pas une discipline bon marché.

En effet. Mes parents ont investi beaucoup d’argent pour que ce je réalise ce rêve, et petit à petit, j’ai reçu de l’aide d’un peu partout. J’ai pu compter sur le soutien de l’Adeps et de deux ou trois sponsors. Mais il est clair que cela a été très compliqué, car il y a eu des moments où mes parents ne pouvaient plus suivre. Et si je ne réalisais pas tel ou tel résultat, je risquais de ne plus bénéficier d’une bourse. Bref, il fallait performer, sans quoi l’histoire s’arrêtait. On a beau être le plus passionné, quand il n’y a pas d’argent, il faut passer à autre chose. »

Qu’est-ce qui vous plaît quand vous montez sur des lattes? C’est quoi votre kiff?

« Plein de choses. Il y a d’abord le panorama. Quand vous êtes dans une station ski, le paysage, avec toute cette neige, est magnifique. Ensuite, il y a évidemment la vitesse, mais une vitesse qui est naturelle, que l’on génère soi-même en glissant sur la neige. Et enfin, quand on a un peu de maîtrise avec les skis, il y a le fait de jouer littéralement avec la neige Cette prise d’angle, cette prise de carres, les endroits où l’on peut passer, toutes ces choses-là, c’est juste incroyable ! Ce sont des sensations très particulières. »

Qui était votre idole quand vous étiez gamin?

« J’étais un grand fan d’Hermann Maier quand j’étais petit. On ne le surnommait pas Herminator pour rien. C’était le skieur le plus complet, avec l’Américain Bode Miller. En grandissant, je me suis plus identifié au Croate Ivica Kostelic et il est devenu mon idole. En Croatie, il n’y a quasiment rien comme infrastructures, mais cela ne l’a pas empêché, avec son père, qui l’a entraîné lui et sa sœur (NdlR : Janica), d’arriver au sommet et de faire une carrière XXL. Il a été n°1 mondial en slalom et décroché plusieurs médailles aux Jeux. »

Qu’est-ce que vous attendez de vos premiers Jeux?

Je m’attends surtout à vivre une grosse expérience. C’est le plus grand événement sportif de la planète. Je pourrai participer à trois épreuves, le Super-G le 8 février, le géant le 13 et le slalom le 16, même si bien entendu, le slalom sera le plus important. Les deux autres courses, ce sera surtout pour se mettre dans le bain. Et au niveau de mes ambitions, j’ai envie de montrer ce qu’un Belge est capable de faire sur des skis. Je l’ai déjà fait lors de courses de Coupe du Monde, mais c’est encore autre chose de le faire aux Jeux Olympiques. Et je sais que si je réussis à bien skier, de belles choses peuvent en découler.

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Je peux monter sur le podium. J’ai déjà fini cinquième d’une course de Coupe du Monde. Il faut que toutes les pièces du puzzle s’imbriquent le jour J, mais ce n’est pas comme si je n’avais pas le niveau. Armand Marchant

En outre, vous avez été désigné porte-drapeau par le COIB, en compagnie de la patineuse Loena Hendrickx.

C’est un honneur et une fierté! Je me rappelle que Nafissatou Thiam avait été porte-drapeau et championne olympique (NdlR : à Tokyo, l’été dernier). J’espère avoir ce même destin sur ces Jeux Olympiques. (sourire) En tout cas, j’ai hâte d’y être!

Vous auriez déjà dû participer à ceux de 2018 à PyeongChang. Comment avez-vous réagi quand les médecins vous ont annoncé le verdict après votre terrible chute à Adelboden?

J’ai très vite réalisé que je pourrais faire une croix dessus, malheureusement. Après, j’ai assez rapidement réussi à évacuer cette déception, car je ne concevais pas d’aller aux Jeux Olympiques sans être à 100% de mes capacités. Et je me suis focalisé sur le travail de rééducation pour revenir au plus haut niveau. Cela a pris du temps. L’accident s’est produit en janvier 2017, j’ai repris les entraînements en fin de deuxième année, et j’ai disputé ma première compétition quasiment 1000 jours après cette blessure, fin novembre 2019, en Finlande. Cela a été une sacrée aventure, mais aussi l’un des plus beaux défis que j’ai relevé. Et j’en suis hyper fier.

Qui sera le favori du slalom, le 16 février sur le site de Yanqing? Le Norvégien Braathen?

« Je ne peux pas vraiment le dire, car sur les six dernières courses de Coupe du Monde, il y a eu six vainqueurs différents ! Et les podiums l’étaient tout autant. Après, c’est Braathen qui porte le maillot rouge de leader du classement, mais il n’a fait que deux grosses courses. Il y a l’Italien Razzoli, qui a fait quelques erreurs, mais est en forme. Franchement, je crois que le slalom est la discipline actuellement la plus compétitive et la plus ouverte. On vit une saison incroyable. C’est hyper intéressant et cela prouve que tout le monde a sa chance. »

Ramener une médaille, c’est réaliste ? Ou est-ce plus un rêve?

Non. Je pense que c’est réaliste. Je peux monter sur le podium si je suis dans un bon jour. J’ai déjà remporté des manches de Coupe du Monde, j’ai déjà fini cinquième d’une course de Coupe du Monde (NdlR : à Zagreb en janvier 2020). Lors de la première épreuve de cette saison, à Val d’Isère, j’ai encore terminé septième. Et à Schladming, dernière course avant les Jeux, j’étais parti pour faire une grosse première manche. J’étais en avance de 3 centièmes sur le premier intermédiaire, puis à 37 centièmes du Suédois Jakobsen sur le deuxième, et c’est au moment où j’ai remis du rythme dans le mur final que j’ai enfourché. J’ai donc le ski pour rivaliser avec les meilleurs. Après, il faut que toutes les pièces du puzzle s’imbriquent le jour J, mais ce n’est pas comme si je n’avais pas le niveau pour me retrouver devant.

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Une fois qu’ils arrivent en équipe nationale, les Autri­chiens et les Norvégiens n’ont plus de frais. Pour ma part, une saison de ski, c’est un investisse­ment à six chiffres. Armand Marchant

Vous allez sans doute skier sur de la neige artificielle à Pékin. Cela change la donne?

Oui. Il s’agit d’une neige un peu plus abrasive, qui est techniquement plus facile à skier. Dans le jargon, on appelle cela de la neige de cinéma. Ce n’est pas une neige que j’apprécie particulièrement, car je ne suis pas fan des neiges agressives. Je préfère de loin de la neige où il y a de la glace, quand c’est comme une vitre. (sourire) Cela demande plus de qualités techniques. Il faut être hyper juste sur le plan de l’équilibre. Maintenant, cela reste un sport d’extérieur. Il peut y avoir une grosse tempête de neige la veille, ou beaucoup de vent le jour même, ce qui peut complètement redistribuer les cartes. Et puis, on aura aussi l’occasion de s’entraîner dessus. On verra.

Qu’est-ce que les Norvégiens, Autrichiens, Français ou Italiens ont de plus d’Armand Marchant?

Honnêtement, je ne pense pas avoir grand-chose à leur envier. Évidemment, ils ont de grosses structures, avec plus de moyens, mais pour ma part, j’ai aussi tout ce dont j’ai besoin. J’ai un entraîneur ski et un kiné, qui est également mon préparateur physique. Et puis, comme nous ne sommes que trois, on a l’avantage de la flexibilité. Si la veille, on voit que les conditions de neige à l’endroit où l’on veut s’entraîner ne sont pas bonnes, on change. Le Norvégien Kristoffersen a également une structure privée, avec son père comme entraîneur, même si elle est plus complète, car il a des gens pour préparer les pistes et pour filmer. La grande différence, en fait, c’est qu’une fois qu’ils arrivent en équipe nationale, les Autrichiens et les Norvégiens n’ont plus de frais. Pour ma part, une saison de ski, c’est un investissement à six chiffres. Je dois payer mon entraîneur, mon kiné et tous mes déplacements.

Qu’est-ce qui fait votre force en tant que skieur?

Je dirais mon côté technique. Raphi m’a fait énormément skier quand j’étais jeune et je pense être devenu un des meilleurs techniciens du circuit. C’est également pour cela que je suis fort sur des neiges qui demandent beaucoup de maîtrise. J’ai de très bonnes qualités d’appuis et une manière de prendre de l’angle un peu différente des autres, mais très efficace.

Au fond, Armand, que gagne un skieur?

Cela dépend des courses. À Kitzbühel, le vainqueur du slalom, le Britannique Dave Ryding, a touché 100.000 €. À Val d’Isère, ce prize-money n’était que de 45.000 €. C’est le minimum. Cela oscille donc entre 45 et 100.000 € et les 30 premiers du classement final sont primés. Pour ma septième place à Val d’Isère, j’ai ainsi reçu 3.300 €. À côté de cela, chacun a ses sponsors, la marque de skis étant le plus important, devant le sponsor bandeau, c’est-à-dire celui que l’on porte sur le casque ou la casquette, et les sponsors vêtements. Moi, je skie par exemple avec Salomon et mon sponsor bandeau est Anzère, une station de ski en Suisse. Et je suis aussi soutenu par l’Adeps et quelques entreprises belges. En résumé, pour bien gagner sa vie, il faut faire partie des 30 meilleurs mondiaux. Un gars comme l’Autrichien Marcel Hirscher (NdlR : double champion olympique et septuple champion du monde), par exemple, a fortune faite.

Dernière question. Qu’avez-vous demandé au Père Noël pour 2022, sachant que c’est l’année des Jeux?

Je ne lui ai pas demandé grand-chose. (sourire) À l’arrivée de chaque nouvelle année, en fait, ma principale résolution est de tâcher devenir une meilleure version d’Armand Marchant. Sur des skis comme à côté. C’est le meilleur souhait que je peux avoir.

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[3]L’organisation des JO de Pékin distribue 150.000 tickets pour remplir les tribunes

[4]Jackie Chan porte la flamme olympique sur la Grande Muraille



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[2] https://www.7sur7.be/autres-sports/l-organisation-des-jo-de-pekin-distribue-150-000-tickets-pour-remplir-les-tribunes~a7a32e1f/

[3] https://www.7sur7.be/autres-sports/l-organisation-des-jo-de-pekin-distribue-150-000-tickets-pour-remplir-les-tribunes~a7a32e1f/

[4] https://www.7sur7.be/sport/jackie-chan-porte-la-flamme-olympique-sur-la-grande-muraille~a63b44c8/



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