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  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

Budget flamand : équilibre atteint, mais à quel prix pour la classe moyenne ?

([Economie, Opinions, Politique] 2026-10-01 (Het Nieuwsblad))


Après des jours d’incertitude, le ministre-président du gouvernement flamand Matthias Diependaele (N-VA) a placé sa Déclaration de septembre sous le signe de la « sécurité flamande ». Il mise sur son budget à l’équilibre pour faire passer la pilule à de nombreux Flamands.

« Nous ne pouvons pas façonner le monde à notre guise. Mais nous pouvons faire en sorte que la Flandre soit forte : avec des finances publiques saines, de l’espace pour l’emploi, des investissements dans la connaissance, l’innovation et les infrastructures, et une attention à ceux qui en ont besoin. Voilà en quoi consiste la sécurité flamande. » Hier le ministre-président du gouvernement flamand Matthias Diependaele (N-VA) résumait ainsi sa Déclaration de septembre. Le narratif convenu entre les partis de la coalition flamande, la N-VA, Vooruit et le CD&V, tient en ces mots : pour la première fois depuis des années, le budget est à l’équilibre ; cela permettra d’affronter les crises à venir. « La certitude que l’on prendra soin les uns des autres : voilà notre projet. La sécurité ne va pas de soi. Elle se construit. »

Le gouvernement flamand est donc parvenu à l’équilibre budgétaire promis. Et pas seulement pour l’année à venir, pour les deux suivantes aussi. C’était l’une des principales promesses de la N-VA dans l’accord de gouvernement. En théorie, les recettes égaleront donc les dépenses. Reste à voir si toutes les mesures produiront les effets annoncés. Quant aux investissements dans la liaison Oosterweel, à Anvers, ils sont maintenus en dehors du budget. L’année prochaine, on saura si le gouvernement flamand n’a effectivement contracté aucune nouvelle dette.

« Le gouvernement flamand est parvenu à l’équilibre budgétaire promis. Et pas seulement pour l’année à venir, pour les deux suivantes aussi. »

Pour Matthias Diependaele, en tout cas, il s’agit de « la plus grande opération d’assainissement à laquelle un gouvernement flamand ait jamais été confronté ». L’an prochain, 1,9 milliard d’euros seront économisés ; d’ici à 2029, l’effort atteindra 3,1 milliards. L’exercice n’a pas été une partie de plaisir. Et les derniers jours ont donné une image peu reluisante. Lundi, alors qu’un accord semblait imminent, la ministre Hilde Crevits (CD&V) et le chef de cabinet de Vooruit ont tous deux été pris de malaise. Le lendemain, Diependaele annonçait un accord qui allait pourtant être torpillé par les socialistes. Pendant tout ce temps, on jonglait avec les mesures et les millions. « Cela n’a pas été évident. Je n’ai aucun mal à l’admettre, en tant que ministre-président. »

[1]Négociations nocturnes au gouvernement flamand : « Autant ne pas négocier du tout »

La classe moyenne touchée



Le ministre-président flamand doit être soulagé qu’un accord ait finalement été trouvé. Pour son parti, l’équilibre budgétaire de la Flandre constitue l’un des arguments politiques massues face au gouvernement fédéral et aux autres entités fédérées du pays. Mais cet équilibre a un prix. Diependaele lui-même a reconnu que des « mesures impopulaires » avaient été prises. Une partie de l’effort sera endossée par les Flamands qui travaillent, que tous les partis disent vouloir épargner. Les économies réalisées dans le « groeipakket » (les allocations familiales flamandes), l’augmentation du prix des titres-services et la hausse des droits d’enregistrement vont directement toucher le portefeuille de la classe moyenne.

À ces mesures douloureuses, le gouvernement flamand entend clairement opposer les économies réalisées dans la fonction publique. Ce n’est pas un hasard si, dans sa Déclaration de septembre, Diependaele a commencé par mettre en exergue cet aspect de l’accord. « La sécurité commence par la crédibilité d’un pouvoir public qui s’emploie à mettre de l’ordre chez lui. Les moyens ne doivent pas être mobilisés pour des choses accessoires. » Le fonctionnement des pouvoirs publics flamands fera l’objet de 750 millions d’euros d’économies supplémentaires. Les pouvoirs locaux et le Parlement flamand contribueront eux aussi à la facture. À cela s’ajoute la suppression annoncée de 500 millions d’euros de subventions. Diependaele arrive ainsi à un total de 1,2 milliard d’euros.

« Les économies réalisées dans le « groeipakket » (les allocations familiales flamandes), l’augmentation du prix des titres-services et la hausse des droits d’enregistrement vont directement toucher le portefeuille de la classe moyenne. »

À la fin de son discours, Diependaele a énuméré les domaines dans lesquels la Flandre pourra encore investir : le Blue Deal, destiné à protéger la région contre la sécheresse et les inondations ; les moyens consacrés à la mobilité, qui sont pour l’essentiel préservés ; la technologie et l’innovation. Il a également insisté sur la hausse des dépenses dans le domaine du bien-être. Cela ne change toutefois rien au fait que la moitié de la politique d’expansion convenue à l’entame de la législature est mise en suspens. Les socialistes n’obtiendront donc plus leur trophée : un milliard d’euros de budget supplémentaire pour les soins de santé. Le ministre des Finances Ben Weyts (N-VA), quant à lui, ne pourra mettre en œuvre que la moitié de la baisse annoncée des droits de succession.

Voilà donc les ambitions du gouvernement Diependaele fortement rabotées. Qui plus est, une grande partie des dépenses supplémentaires sera désormais comptabilisée au budget 2029. Et qu’il s’agisse de l’année des élections n’a rien du hasard. Mais que se passera-t-il si, d’ici là, de nouvelles crises inattendues surgissent et si le gouvernement flamand voit ses recettes diminuer ou doit carrément mettre la main au portefeuille ?

[2]Budget flamand : des coupes draconiennes que les citoyens vont ressentir

Retour au point de départ



Reste également à voir comment l’équipe au pouvoir pourra tenir encore deux ans. Plusieurs insiders reconnaissent que les événements des derniers jours ont laissé des traces. Chez les socialistes de Vooruit, on s’interroge ouvertement sur le leadership de Diependaele, et apparemment, certains n’hésitent pas à le saper. Au CD&V, un remaniement ministériel se profile peut-être. Le ministre de l’Environnement Jo Brouns (CD&V) piaffe d’impatience à l’idée de jouer un rôle plus actif si l’actuelle vice-ministre-présidente Hilde Crevits venait à faire un pas de côté. À la N-VA, c’est surtout Zuhal Demir qui entend encore faire aboutir des réformes dans l’enseignement. En l’absence de véritable agenda commun, le gouvernement flamand risque de se retrouver livré aux aléas de l’actualité quotidienne.

Une chose est sûre : Diependaele et Weyts ont déjà atteint leur objectif principal. L’équilibre budgétaire étant désormais assuré, le gouvernement flamand peut à nouveau se focaliser sur les difficultés qui affectent les autres niveaux de pouvoir. Mais à force d’additionner de nouvelles recettes et de supprimer des dépenses, sans véritable cohérence, le gouvernement retombe dans une logique purement comptable. Or, le ministre-président l’a lui-même affirmé dans sa Déclaration de septembre : « Un budget ne se résume pas à la seule comptabilité ; il doit aussi donner un cap. » Encore faut-il préciser lequel. Car la direction indiquée par Diependaele est celle d’une « politique financière saine ». Retour à la case départ donc. Le ministre-président a certes aussi ressorti la promesse d’une Flandre « chaleureuse » et « prospère » de l’accord de gouvernement. Mais il a fait peu de cas de ce qui dysfonctionne. Pas un mot, notamment, sur le manque de places dans les soins de santé, la qualité de l’enseignement qui s’effrite ou l’économie à l’arrêt.

[3]Quel est le rôle du Parlement flamand ? Et quel impact ont les députés sur la vie quotidienne des Flamands ?



[1] https://daardaar.be/rubriques/economie/negociations-nocturnes-au-gouvernement-flamand-autant-ne-pas-negocier-du-tout/

[2] https://daardaar.be/rubriques/budget-flamand-des-coupes-draconiennes-que-les-citoyens-vont-ressentir/

[3] https://daardaar.be/rubriques/politique/quel-est-le-role-du-parlement-flamand-et-quel-impact-ont-les-deputes-sur-la-vie-quotidienne-des-flamands/



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-- Erich Maria Remarque