Les patrons flamands restent frileux face aux Wallons : comment changer les mentalités?
([Economie, Société, Travail & Santé] 2026-09-01 (DaarDaar))
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- News link: https://daardaar.be/rubriques/travail-sante/les-patrons-flamands-restent-frileux-face-aux-wallons-comment-changer-les-mentalites/
- Source link: https://www.rtbf.be/article/comment-convaincre-les-entreprises-flamandes-de-recruter-des-wallons-11778508
Accord de coopération, fin des allocations de chômage dans le temps, mission royale… les leviers se multiplient pour stimuler la mobilité interrégionale de l’emploi entre le sud et le nord du pays. Pourtant, le nombre de Wallons qui travaillent en Flandre peine à augmenter. Qu’est-ce qui bloque encore du côté des recruteurs flamands, et qu’est-ce qui pourrait faire bouger les lignes ?
« En Flandre, il y a beaucoup d’offres d’emploi. En Wallonie, il y a beaucoup de personnes qui cherchent un travail », le constat posé par Louise Devos, doctorante en économie du travail à l’UGent, est connu depuis longtemps.
[1]Louise Devos et son équipe ont soumis à 112 recruteurs flamands des CV fictifs identiques , sauf sur les signaux d’origine régionale : nom, lieu de naissance, adresse, école secondaire, langues. Verdict après 549 évaluations : les candidats perçus wallons perdent 10,7 points de pourcentage sur la probabilité d’être invités à un entretien. Ni le nom ni le lieu de naissance ne pèsent vraiment. Ce qui pèse dans la balance, c’est le diplôme secondaire wallon sans néerlandais, qui retire 15,9 points.
« On constate une forme de discrimination basée sur l’origine régionale dans le chef des employeurs flamands », résume la chercheuse. « On n’a pas seulement vu qu’ils pensent qu’un employé wallon serait moins productif. Ils disent aussi qu’ils ne veulent pas travailler avec lui, et qu’ils ont peur que les clients n’aiment pas interagir avec quelqu’un de wallon. »
Du côté du Voka, l’organisation patronale flamande, le mot « discrimination » passe mal. « Je suis assez prudente quant à l’utilisation de ce terme », prévient Sonja Teughels, experte marché du travail. « Il y a des préjugés, c’est vrai. Mais la perception, c’est encore autre chose qu’une discrimination effective. Une fois c’est le père célibataire, une fois l’ethnicité, une fois l’âge. Maintenant, les Wallons. Ça finit par ressembler à une saga sans fin… »
Les chiffres du [2]Steunpunt Werk , eux, ne se discutent pas. En 2015, 51.561 Wallons travaillaient en Flandre. En 2024, ils sont 59.832 : une hausse lente de 16%.
Rapportée au marché du travail flamand, la navette wallonne pèse toujours 2%, exactement comme il y a dix ans. Le pic date de 2023 (60.701), suivi d’un recul l’an dernier.
Dans le même temps, les Bruxellois travaillant en Flandre passaient de 42.499 à 61.220, soit 44% de plus. La capitale a décollé, la Wallonie stagne.
Une différence que Sonja Teughels explique par la méthode : « Avec Bruxelles, la collaboration entre Actiris et le VDAB a été renouvelée, et là, elle a été concrétisée avec des objectifs quantitatifs clairs », rappelle l’experte marché du travail du Voka.
[3]« Je ne trouvais pas de travail en Wallonie. En Flandre, j’ai pu commencer tout de suite. »
En décembre, les ministres flamand et wallon, Zuhal Demir et Pierre-Yves Jeholet, ont aussi signé un accord de coopération pour favoriser le travail interrégional. Le VDAB et le Forem organiseront ensemble salons de l’emploi et projets pilotes, mettront en place formations et parcours linguistiques, et échangeront automatiquement offres d’emploi et données personnelles.
Le Voka trouve que l’accord n’est pas assez abouti : « Avec Bruxelles, nous avons renouvelé la collaboration entre Actiris et le VDAB en la concrétisant par des objectifs quantitatifs clairs. La même logique devrait s’appliquer à la Wallonie », plaide Sonja Teughels. « Ce qu’on nous donne, ce sont des indicateurs d’effort : tant de réunions, de salons, de campagne. Alors qu’on ne veut savoir qu’une chose : combien de personnes avez-vous mises au travail ? »
Louise Devos, elle, y voit une bonne nouvelle : « En Flandre, il y a beaucoup de postes vacants. En Wallonie, beaucoup de gens qui cherchent un emploi. Ce serait dommage de ne pas utiliser cette ressource ». Avec une réserve : « C’est une bonne idée sur le papier, mais on ne voit pas encore les effets ».
[4]La frontière linguistique, une barrière pour l’emploi ?
Pour attirer plus de Wallons en Flandre, le Voka mise sur l’exemplarité et l’autocritique. « Il faut partir des bons exemples, montrer les entreprises où ça fonctionne », avance Sonja Teughels, qui invite les employeurs à revoir leurs annonces et à proposer des stages de découverte. « Pendant des années, on a cherché le candidat parfait. La réalité est autre : les entreprises vont devoir passer du recrutement pur à la formation. Sinon, elles resteront avec des emplois vacants ».
Louise Devos mise sur le contact : « Si vous connaissez des Wallons ambitieux et ponctuels, ça change l’idée que vous vous faites du candidat suivant ». Et sur les exigences linguistiques : « Il n’est pas toujours nécessaire de parler néerlandais pour être efficace à un poste donné. »
En parlant de contact entre le nord et le sud du pays, les 21 et 22 avril, le roi Philippe avait mené la première mission économique interrégionale du pays, organisée par le Voka et AKT for Wallonia, avec vingt patrons flamands et vingt wallons dans le même bus.
Louise Devos reste prudente quant à l’avenir : « Si la situation politique, sociale, culturelle ne change pas, ça m’étonnerait que la mentalité des employeurs flamands change. Mais j’aimerais avoir tort ». En attendant, elle reste pragmatique et conseille aux candidats wallons de ne pas préciser ni leur école ni leur lieu de résidence sur un CV envoyé en Flandre.
Sonja Teughels pense que le nombre de Wallons qui vont travailler en Flandre va augmenter, pour une raison étrangère aux bonnes intentions : la limitation des allocations de chômage dans le temps. « Ça va provoquer un choc. Une partie des demandeurs d’emploi wallons ressentira un sentiment d’urgence : il faut trouver du travail, et si c’est en Flandre, alors c’est en Flandre ». Combinée à une meilleure collaboration entre le Forem et le VDAB, elle en est convaincue, « ça doit bouger ».
Vous voulez postuler en Flandre mais vous n’avez jamais osé faire le pas ? DaarDaar propose un [5]atelier « Osez la Flandre! » pour booster votre avenir professionnel.
[1] https://www.tandfonline.com/doi/epdf/10.1080/1369183X.2026.2712093?needAccess=true
[2] https://www.steunpuntwerk.be/onderzoeksthemas/lokale-arbeidsmarkten/inzichten-vlaamse-arbeidsrekening
[3] https://daardaar.be/rubriques/travail-sante/je-ne-trouvais-pas-de-travail-en-wallonie-en-flandre-jai-pu-commencer-tout-de-suite/
[4] https://daardaar.be/rubriques/la-frontiere-linguistique-une-barriere-pour-lemploi/
[5] https://daardaar.odoo.com/osez-la-flandre
« En Flandre, il y a beaucoup d’offres d’emploi. En Wallonie, il y a beaucoup de personnes qui cherchent un travail », le constat posé par Louise Devos, doctorante en économie du travail à l’UGent, est connu depuis longtemps.
[1]Louise Devos et son équipe ont soumis à 112 recruteurs flamands des CV fictifs identiques , sauf sur les signaux d’origine régionale : nom, lieu de naissance, adresse, école secondaire, langues. Verdict après 549 évaluations : les candidats perçus wallons perdent 10,7 points de pourcentage sur la probabilité d’être invités à un entretien. Ni le nom ni le lieu de naissance ne pèsent vraiment. Ce qui pèse dans la balance, c’est le diplôme secondaire wallon sans néerlandais, qui retire 15,9 points.
« On constate une forme de discrimination basée sur l’origine régionale dans le chef des employeurs flamands », résume la chercheuse. « On n’a pas seulement vu qu’ils pensent qu’un employé wallon serait moins productif. Ils disent aussi qu’ils ne veulent pas travailler avec lui, et qu’ils ont peur que les clients n’aiment pas interagir avec quelqu’un de wallon. »
Du côté du Voka, l’organisation patronale flamande, le mot « discrimination » passe mal. « Je suis assez prudente quant à l’utilisation de ce terme », prévient Sonja Teughels, experte marché du travail. « Il y a des préjugés, c’est vrai. Mais la perception, c’est encore autre chose qu’une discrimination effective. Une fois c’est le père célibataire, une fois l’ethnicité, une fois l’âge. Maintenant, les Wallons. Ça finit par ressembler à une saga sans fin… »
Bruxelles montre la voie
Les chiffres du [2]Steunpunt Werk , eux, ne se discutent pas. En 2015, 51.561 Wallons travaillaient en Flandre. En 2024, ils sont 59.832 : une hausse lente de 16%.
Rapportée au marché du travail flamand, la navette wallonne pèse toujours 2%, exactement comme il y a dix ans. Le pic date de 2023 (60.701), suivi d’un recul l’an dernier.
Dans le même temps, les Bruxellois travaillant en Flandre passaient de 42.499 à 61.220, soit 44% de plus. La capitale a décollé, la Wallonie stagne.
Une différence que Sonja Teughels explique par la méthode : « Avec Bruxelles, la collaboration entre Actiris et le VDAB a été renouvelée, et là, elle a été concrétisée avec des objectifs quantitatifs clairs », rappelle l’experte marché du travail du Voka.
[3]« Je ne trouvais pas de travail en Wallonie. En Flandre, j’ai pu commencer tout de suite. »
L’accord de coopération, et après ?
En décembre, les ministres flamand et wallon, Zuhal Demir et Pierre-Yves Jeholet, ont aussi signé un accord de coopération pour favoriser le travail interrégional. Le VDAB et le Forem organiseront ensemble salons de l’emploi et projets pilotes, mettront en place formations et parcours linguistiques, et échangeront automatiquement offres d’emploi et données personnelles.
Le Voka trouve que l’accord n’est pas assez abouti : « Avec Bruxelles, nous avons renouvelé la collaboration entre Actiris et le VDAB en la concrétisant par des objectifs quantitatifs clairs. La même logique devrait s’appliquer à la Wallonie », plaide Sonja Teughels. « Ce qu’on nous donne, ce sont des indicateurs d’effort : tant de réunions, de salons, de campagne. Alors qu’on ne veut savoir qu’une chose : combien de personnes avez-vous mises au travail ? »
Louise Devos, elle, y voit une bonne nouvelle : « En Flandre, il y a beaucoup de postes vacants. En Wallonie, beaucoup de gens qui cherchent un emploi. Ce serait dommage de ne pas utiliser cette ressource ». Avec une réserve : « C’est une bonne idée sur le papier, mais on ne voit pas encore les effets ».
[4]La frontière linguistique, une barrière pour l’emploi ?
Changer les mentalités : comment faire ?
Pour attirer plus de Wallons en Flandre, le Voka mise sur l’exemplarité et l’autocritique. « Il faut partir des bons exemples, montrer les entreprises où ça fonctionne », avance Sonja Teughels, qui invite les employeurs à revoir leurs annonces et à proposer des stages de découverte. « Pendant des années, on a cherché le candidat parfait. La réalité est autre : les entreprises vont devoir passer du recrutement pur à la formation. Sinon, elles resteront avec des emplois vacants ».
Louise Devos mise sur le contact : « Si vous connaissez des Wallons ambitieux et ponctuels, ça change l’idée que vous vous faites du candidat suivant ». Et sur les exigences linguistiques : « Il n’est pas toujours nécessaire de parler néerlandais pour être efficace à un poste donné. »
En parlant de contact entre le nord et le sud du pays, les 21 et 22 avril, le roi Philippe avait mené la première mission économique interrégionale du pays, organisée par le Voka et AKT for Wallonia, avec vingt patrons flamands et vingt wallons dans le même bus.
Louise Devos reste prudente quant à l’avenir : « Si la situation politique, sociale, culturelle ne change pas, ça m’étonnerait que la mentalité des employeurs flamands change. Mais j’aimerais avoir tort ». En attendant, elle reste pragmatique et conseille aux candidats wallons de ne pas préciser ni leur école ni leur lieu de résidence sur un CV envoyé en Flandre.
Sonja Teughels pense que le nombre de Wallons qui vont travailler en Flandre va augmenter, pour une raison étrangère aux bonnes intentions : la limitation des allocations de chômage dans le temps. « Ça va provoquer un choc. Une partie des demandeurs d’emploi wallons ressentira un sentiment d’urgence : il faut trouver du travail, et si c’est en Flandre, alors c’est en Flandre ». Combinée à une meilleure collaboration entre le Forem et le VDAB, elle en est convaincue, « ça doit bouger ».
Vous voulez postuler en Flandre mais vous n’avez jamais osé faire le pas ? DaarDaar propose un [5]atelier « Osez la Flandre! » pour booster votre avenir professionnel.
[1] https://www.tandfonline.com/doi/epdf/10.1080/1369183X.2026.2712093?needAccess=true
[2] https://www.steunpuntwerk.be/onderzoeksthemas/lokale-arbeidsmarkten/inzichten-vlaamse-arbeidsrekening
[3] https://daardaar.be/rubriques/travail-sante/je-ne-trouvais-pas-de-travail-en-wallonie-en-flandre-jai-pu-commencer-tout-de-suite/
[4] https://daardaar.be/rubriques/la-frontiere-linguistique-une-barriere-pour-lemploi/
[5] https://daardaar.odoo.com/osez-la-flandre