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  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

Ce que la Flandre peut apprendre de la percée de l’extrême droite en Allemagne

([Politique, Société] 2026-09-01 (Het Laatste Nieuws))


La victoire électorale retentissante de l’Alternative für Deutschland (AfD), parti d’extrême droite, dans le Land de Saxe-Anhalt soulève des questions quant à l’avenir de la droite radicale en Belgique. Le politologue Carl Devos répond aux principales interrogations. Pour lui, l’AfD et le Vlaams Belang surfent sur les mêmes frustrations. La solution ? Repenser la politique migratoire et mener une politique capable de redonner aux citoyens perspectives et espoir.

Quelles leçons les partis flamands du centre peuvent-ils tirer du succès de l’AfD ?



Carl Devos : Tout d’abord, que l’extrême droite, ou la droite radicale, reste une force politique durable, même après plusieurs décennies. On a longtemps cru qu’une bonne gouvernance finirait par faire disparaître naturellement ces partis. Que les électeurs se rendraient compte du caractère irréalisable de leurs propositions populistes. Force est de constater qu’il n’en est rien. La droite radicale est là pour durer. Et lorsque les gens ont peur ou sont inquiets, ils sont davantage enclins à se tourner vers les partis radicaux.

Existe-t-il des différences fondamentales entre l’essor de l’AfD en Allemagne et celui du Vlaams Belang en Flandre ?



Les similitudes sont nombreuses. Mais le Vlaams Belang est un parti séparatiste, tandis que l’AfD ne revendique l’indépendance d’aucun Land et défend au contraire l’Allemagne dans son ensemble.

Sur le plan socio-économique, l’AfD est plus libérale et plus à droite que le Vlaams Belang, dont la ligne est assez floue et mêle des positions « sociales » de gauche à des propositions de droite. Au fil des années, le Vlaams Belang a modéré son discours et, sous la présidence de [1]Tom Van Grieken , cherche clairement à devenir « salonfähig », c’est-à-dire fréquentable. À l’inverse, depuis sa création en 2013, l’AfD n’a cessé de se radicaliser et fait désormais l’objet d’une surveillance des services de sécurité allemands en tant que parti d’extrême droite.

L’AfD est également prorusse. Le Vlaams Belang, lui, souffle le chaud et le froid sur la question.

Le terreau sur lequel prospère l’extrême droite en Allemagne est-il le même qu’en Flandre ?



Dans les grandes lignes, oui. L’immigration suscite une forte inquiétude, même si la peur est parfois plus importante que le problème réel. Il existe aussi un profond mécontentement à l’égard d’un système politique perçu comme défaillant. Le vote AfD ne se réduit donc pas à un vote de protestation, mais cette dimension joue bel et bien un rôle : c’est une manière d’adresser un doigt d’honneur aux autres partis politiques. Les électeurs cherchent ainsi à infléchir la politique dans une certaine direction, sans nécessairement croire que les solutions proposées par l’AfD sont elles-mêmes les bonnes.

Partout, la droite radicale insiste également sur une supposée perte de souveraineté : en tant que peuple, nous ne serions plus en mesure de décider nous-mêmes de notre avenir. D’autres pays, des juges, de grandes entreprises, notamment les plateformes de réseaux sociaux, des experts… décideraient à notre place.

Dans ce contexte, le discours d’un parti radical et populiste, qui avance des solutions simples et promet de replier le pays sur lui-même pour le protéger de toutes ces menaces, peut se révéler séduisant.

[2]Dring Dring #1 : Les Flamands sont-ils racistes?

Ces dernières années, les partis d’extrême droite ont également progressé en France, en Italie, en Autriche ou au Portugal. Comment les partis du centre peuvent-ils inverser cette tendance ?



En menant de meilleures politiques et en cessant de reprendre, même partiellement, le discours de ces partis. Il faut aborder autrement la question migratoire, car la politique actuelle ne fonctionne pas. Nous avons besoin d’une politique de croissance économique capable de redonner aux citoyens des perspectives et de l’espoir. Il faut aussi des réformes politiques permettant à notre modèle de gagner en efficacité, notamment grâce à des politiques plus intelligentes en matière de sécurité et de justice.

Gagner des élections est une chose, gouverner en est une autre. En Allemagne, il existe la « Brandmauer », en Belgique le cordon sanitaire. Ces barrières ne risquent-elles pas de rendre l’extrême droite encore plus attractive ?



Pour certains, le cordon sanitaire constitue une raison de ne pas voter pour le parti, puisqu’ils considèrent qu’il s’agirait d’un vote inutile. Pour d’autres, c’est au contraire une raison supplémentaire de voter pour lui afin de faire tomber ce cordon. Mais celui-ci protège aussi les partis radicaux de l’épreuve de réalité que constitue la participation au pouvoir. Il est sans doute davantage susceptible d’affaiblir le parti que de le renforcer. Ceux qui affirment qu’il faudrait laisser l’extrême droite gouverner une fois pour qu’elle se discrédite elle-même la sous-estiment. À moins qu’ils ne soient disposés à accepter cinq années de mauvaise gouvernance pour mener cette expérience.

Existe-t-il à l’étranger d’autres réponses politiques à la progression de l’extrême droite dont nos responsables pourraient s’inspirer ?



Le Danemark est souvent cité en exemple. Là-bas, les sociaux-démocrates sont parvenus à reconquérir de nombreux électeurs du Parti populaire danois, classé à droite radicale, en reprenant une partie de ses recettes et en les combinant avec leurs propres propositions de gauche. Mais ils sont aussi vivement critiqués pour être allés trop loin dans la reprise des politiques de la droite radicale.

Les adversaires du cordon sanitaire estiment que l’extrême droite s’affaiblirait si elle était associée au pouvoir. Est-ce réaliste ?



Certains pays tentent cette stratégie. En Suède, par exemple, la droite radicale soutient le gouvernement sans y participer directement. En France, à l’inverse, les autres partis ont cherché à former un front (républicain) contre l’extrême droite. Aux Pays-Bas, le gouvernement Schoof n’a pas vraiment constitué une publicité très convaincante en la matière lors de la participation au pouvoir du PVV, le parti de la droite radicale de Wilders. Aux élections de 2025, celui-ci a perdu onze sièges, mais en restant la première force politique du pays, à égalité avec D66.

Il est extrêmement difficile de prévoir les effets d’une participation au pouvoir. On ne peut pas simplement partir du principe que ces partis gouverneront mal. Et nos citoyens ont-ils vraiment envie de servir de cobayes à une telle expérience pédagogique ? Il y a fort à parier que les partis radicaux retourneraient précisément la situation à leur avantage : « On nous a enfin permis de gouverner, mais les autres nous ont mis des bâtons dans les roues du début à la fin. » Dans ce cas, beaucoup d’électeurs pourraient bien décider de sanctionner d’abord les autres partis.

[3]Vlaams Belang en campagne : « Le cordon sanitaire est sur le point d’exploser. »



[1] https://daardaar.be/rubriques/politique/qui-est-tom-van-grieken-le-president-du-vlaams-belang-qui-a-ressuscite-un-parti-a-lagonie/

[2] https://daardaar.be/daardaar/episode-1-les-flamands-sont-ils-racistes/

[3] https://daardaar.be/rubriques/politique/vlaams-belang-en-campagne-le-cordon-sanitaire-est-sur-le-point-dexploser/



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