News: 2026-09_Belgaimage-181184066-255x170

  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

Biodiversité : la Flandre ne rend pas son plan nature à temps et les critiques pleuvent

([Environnement, Politique] 2026-09-01 (De Morgen))


Notre pays a dépassé les délais pour soumettre son plan de restauration de la nature à la Commission européenne. L’approche du ministre de l’Environnement Jo Brouns (CD&V) fait l’objet de vives critiques. « La Flandre préfère prendre du retard, multiplier les exceptions et proposer un plan sans budget à la hauteur des enjeux », déplorent les défenseurs de la nature.

Malgré de farouches oppositions, le Parlement européen a adopté la loi sur la restauration de la nature en 2024. Volet essentiel du Green Deal, elle doit permettre de sauver la nature en Europe. Plus de 80 pour cent de nos tourbières, prairies et autres habitats sont actuellement dégradés. Leur restauration est cruciale pour stopper la perte de biodiversité. De nombreuses espèces d’oiseaux, d’abeilles et d’autres animaux sont menacées.

Des mesures de restauration doivent être mises en œuvre dans au moins 30 pour cent des zones naturelles détériorées d’ici 2030. Il faut entre autres éradiquer les plantes non indigènes, remettre en eau les tourbières asséchées et établir des corridors entre les zones naturelles morcelées. L’objectif est fixé à 90 pour cent d’ici 2050. Les États membres doivent s’attaquer en priorité aux zones protégées Natura 2000.

Comment ? Ils devaient le faire savoir avant le 1er septembre à la Commission européenne, mais la Belgique n’a pas respecté cette date limite. Ni la Flandre, ni Bruxelles, ni la Wallonie n’ont rendu leur copie dans les temps. Notre pays n’est certes pas le seul dans ce cas au sein de l’Union. Néanmoins, les associations environnementales crient au scandale. En effet, quelles leçons avons-nous tirées des canicules et incendies de cet été ?

Selon Sciensano, durant la vague de chaleur de fin juin, notre pays a enregistré une surmortalité de 2 035 décès, soit le taux le plus élevé d’Europe (48,8 pour cent). Les refuges pour les oiseaux et la faune sauvage ont, de leur côté, tourné à plein régime. De plus, 3 000 hectares d’une nature exceptionnelle sont partis en fumée en l’espace d’un seul week-end, explique Heleen De Smet de l’association Bond Beter Leefmilieu. « Et pourtant, les pouvoirs publics négligent notre arme la plus puissante et la moins coûteuse pour lutter contre les phénomènes climatiques extrêmes : la restauration de la nature. »

[1]La Flandre veut convaincre la Wallonie et le Fédéral de bloquer un projet de loi européen sur la biodiversité

Aucun intérêt



La Coalition belge pour la biodiversité, qui réunit entre autres Greenpeace, Natuurpunt et le WWF, a elle aussi vivement réagi au non-respect de l’échéance : « On en est arrivés à un point où restaurer la nature est devenu une question de vie ou de mort, pas seulement pour demain, mais pour le vivant d’aujourd’hui : la faune, la flore, et nous-mêmes, affirme Laurence Drèze, la coordinatrice. Nous avons besoin de davantage de nature et d’écosystèmes sains pour maintenir des températures supportables. »

Alors que les gouvernements bruxellois et wallon ont l’intention de boucler leur plan à l’automne, Jo Brouns, le ministre flamand de l’Environnement (CD&V), a présenté dès le mois de mai un premier projet à plusieurs comités consultatifs, dont le Conseil de l’environnement et de la nature de la Flandre et le Conseil socio-économique de la Flandre (SERV). Publiés en ligne en juin, leurs avis s’avèrent particulièrement critiques.

« Restaurer la nature est devenu une question de vie ou de mort, pas seulement pour demain, mais pour le vivant d’aujourd’hui. »

« Incomplet » et « insuffisamment étayé », voilà leur verdict. Il manque des éléments essentiels, tels qu’arguments scientifiques, volet financier ou encore analyse coûts-bénéfices pour la société. Les organisations fustigent également « l’absence de sentiment d’urgence » de Jo Brouns.

« Brouns ne montre absolument aucun intérêt pour la restauration de la nature », a déclaré Mieke Schauvliege, cheffe du groupe parlementaire de Groen, après avoir examiné le document. Selon elle, Brouns est en revanche « particulièrement créatif » avec les chiffres. « Il affirme que nous avons déjà atteint les principaux objectifs fixés pour 2030, sous prétexte que les mesures sont déjà prises sur le papier. Alors que, sur le terrain, on ne constate encore aucun résultat. Il espère s’en tirer facilement de la sorte. »

Les critiques des écologistes vont à l’encontre des préoccupations du syndicat agricole Boerenbond et de l’organisation patronale Voka. Eux craignent au contraire qu’une mise en œuvre trop ambitieuse de la loi de restauration de la nature ne paralyse la Flandre, comme lors de [2]la crise de l’azote . Cependant, les deux camps s’accordent sur un point : le projet de plan de Brouns est insuffisamment étayé.

[3]Crise de l’azote en Flandre: privilégier l’industrie ou les services, le dilemme

Une source supplémentaire d’exaspération



Le cabinet de Brouns a fait savoir qu’il tiendrait compte de ces recommandations : « L’objectif est de soumettre dès que possible au gouvernement flamand un projet adapté. » D’après le cabinet, il s’agit d’un document volumineux de plus de mille pages. « Nous voulons l’étayer correctement afin qu’il passe le test de l’Europe. »

Pourtant, les associations de défense de l’environnement ne font plus guère confiance au ministre du CD&V. Elles manifestent aujourd’hui devant son cabinet. Selon De Smet, « il est tout à fait irresponsable que la Flandre préfère prendre du retard, multiplier les exceptions et proposer un plan sans budget à la hauteur des enjeux. »

« Il est tout à fait irresponsable que la Flandre préfère prendre du retard, multiplier les exceptions et proposer un plan sans budget à la hauteur des enjeux. »

D’autant plus qu’elles ont encore des comptes à régler avec Brouns. En effet, le ministre tarde à statuer sur l’agrément et le financement des associations. En principe, il aurait dû désigner avant le 10 juillet celles qui seraient retenues et pourraient prétendre à une part des 8,8 millions d’euros qui leur sont réservés. Mais il explique vouloir attendre l’issue des discussions budgétaires flamandes.

Le projet du gouvernement flamand d’accorder aux agriculteurs un droit de préemption lors de la mise en vente de terres agricoles est une source supplémentaire d’exaspération. Si Natuurpunt souhaite acquérir un terrain grâce à des subventions flamandes, celui-ci devra d’abord être proposé aux agriculteurs intéressés de la région.

Les critiques se multiplient : Brouns n’en fait pas assez pour la nature. Son cabinet les balaie d’un revers de main : « Faux, nous sommes ambitieux. En 2025, nous avons consacré plus de 174 millions d’euros à la gestion et la restauration de la nature, à l’acquisition de terrains et à la plantation de nouvelles forêts. Soit près de 47 pour cent de plus qu’en 2020. »

Retrouvez la chronique de notre rédactrice en chef Joyce Azar sur le même sujet :

<br />



[1] https://daardaar.be/rubriques/politique/la-flandre-veut-convaincre-la-wallonie-et-le-federal-de-bloquer-un-projet-de-loi-europeen-sur-la-biodiversite/

[2] https://daardaar.be/rubriques/politique/crise-de-lazote-en-flandre-privilegier-lindustrie-ou-les-services-le-dilemme/

[3] https://daardaar.be/rubriques/politique/crise-de-lazote-en-flandre-privilegier-lindustrie-ou-les-services-le-dilemme/



Celebrate Hannibal Day this year. Take an elephant to lunch.