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  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

Anvers, la ville où les mendiants ont disparu du décor

([Politique, Société] 2026-08-01 (DaarDaar))


Le Conseil de l’Europe l’affirme : mendier est un droit humain, et les règlements communaux qui le restreignent violent la Charte sociale européenne. À Anvers, trois pages de règles éloignent les plus pauvres des zones touristiques. La bourgmestre n’a pourtant pas l’intention d’y toucher.

Vous êtes-vous déjà rendu à Anvers pour une visite de la ville ? Quand vous sortez de la gare, aucun mendiant en vue et ce n’est pas un hasard. Sur l' »axe touristique » qui relie Anvers-Central au château Het Steen, mendier est interdit. Idem dans les rues commerçantes, autour des stades de football et à moins de cent mètres des gares.

Le règlement de police anversois y ajoute par ailleurs la notion très extensible de « mendicité agressive » : aborder les passants, circuler entre les tables d’une terrasse ou mendier en présence d’un enfant.

Ces règles sont illégales, a tranché le Comité européen des droits sociaux, organe du Conseil de l’Europe, dans [1]une décision prise le 17 août . Les règlements communaux qui interdisent ou limitent la mendicité portent atteinte au droit à la protection contre la pauvreté, garanti par l’article 30 de la Charte que la Belgique a ratifiée en 1990.

Le recours avait été introduit par la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et le Mouvement international ATD Quart Monde. Il s’appuie sur [2]une étude de 2023 de l’Institut fédéral des droits humains et du Service de lutte contre la pauvreté : sur les 305 règlements de mendicité recensés en Belgique, 83% sont contraires aux droits humains.

« En Belgique, la mendicité a longtemps été un délit. Ça a été aboli depuis 1993. Mais dans les années qui ont suivi, plusieurs communes et villes ont quand même introduit des formes locales d’interdiction », rappelle Mieke Schrooten, chercheuse à l’Université d’Anvers et à la Haute-école Odisee.

Pourquoi les gens mendient ?



« Mendier, c’est souvent le dernier recours d’obtenir un revenu », poursuit Mieke Schrooten, également coautrice d’un livre sur le sujet : « Zichtbaar onzichtbaar, bedelen in onze samenleving » (Visiblement invisibles : mendier dans notre société »).

Dans le cadre de ses recherches, elle a interrogé une soixantaine de personnes qui faisaient la manche à Bruxelles. Son constat balaie certains clichés : « C’est un groupe très divers. Certains n’ont pas de titre de séjour et donc aucun accès à une aide de l’État. D’autres cumulent travail au noir et mendicité parce que le revenu ne suffit pas. D’autres encore ont enchaîné les coups durs : perte d’emploi, maladie, rupture… »

Et les présumés réseaux qui déposeraient les mendiants en BMW ? « Ce serait un modèle économique stupide. Les gens gagnent parfois 25 euros par jour, certains jours 5, d’autres 50 », ajoute-t-elle.

Niek Everts, coordinatrice de l’asbl anversoise ‘t Vlot, explique au quotidien Gazet Van Antwerpen une réalité que peu de gens mesurent : à Anvers, l’accueil de nuit coûte désormais 4,50 euros. « Mendier devient la seule manière honnête de réunir cet argent. Sinon, c’est dealer ou voler. »

[3]Les familles défavorisées, nouveaux boucs émissaires de la politique flamande

La pauvreté doit rester invisible



« Les autorités ne se demandent pas pourquoi les gens mendient, ils ne s’intéressent pas à la cause du problème, mais à l’image de la ville auprès des touristes », lance une source active dans l’aide aux personnes vulnérables qui préfère rester anonyme. Son organisation est en effet couverte par une convention avec la ville d’Anvers : toute communication externe doit être avalisée par la ville, sinon elle risque de perdre des soutiens financiers.

La source décrit une politique sociale à deux visages dans la métropole. D’un côté, des investissements records dans l’aide aux sans-abri, comme des « Zorghostel », des centres d’hébergements médicalisés ouverts 24h/24, 7 jours sur 7, avec des équipes multidisciplinaires.

« Les mendiants ne disparaissent pas, on les chasse hors du champ de vision. »

De l’autre, une logique d’ordre public, poursuit cette même source : « On garde la ville belle et propre pour les touristes et les habitants. Toutes les mesures sont avant tout prises pour réduire les nuisances. Les mendiants ne disparaissent pas, on les chasse hors du champ de vision. »

L’architecture hostile : un autre « outil » pour cacher la misère



Interdire la mendicité n’est qu’un outil parmi d’autres pour effacer la précarité du paysage urbain. Mieke Schrooten en pointe un second, plus discret mais tout aussi efficace : l’architecture hostile. « On le voit se produire de différentes manières : des bancs publics dans les parcs ou sur les places conçus de telle sorte qu’on ne puisse pas s’y allonger. Les personnes sans abri ne peuvent donc pas les utiliser pour dormir. On les rend délibérément inconfortables, ou trop petits. »

L’exemple anversois le plus parlant se trouve à deux pas de la sortie de la gare, dans la Pelikaanstraat. Au mois de mai, la SNCB a testé, en concertation avec la Ville, des câbles métalliques tendus au-dessus de l’un des larges rebords de fenêtre qui longent le flanc d’Anvers-Central. Objectif assumé : empêcher sans-abri, jeunes qui traînent et usagers de drogue de s’y asseoir ou d’y dormir.

Mieke Schrooten raconte : « Qui se sent en insécurité, et dans quelle mesure les mesures sont-elles proportionnées ? Si des touristes se sentent en insécurité parce que quelqu’un demande calmement de l’argent en rue avec un gobelet, ce n’est pas vraiment dangereux. Devons-nous seulement donner la belle image de la ville ? La ville n’est pas seulement belle et riche. »

Contactée en vain à plusieurs reprises par nos soins, la bourgmestre d’Anvers Els van Doesburg (N-VA), n’a pas donné suite. Elle a expliqué dans une courte réaction à la [4]Gazet van Antwerpen qu’elle ne compte pas adapter les règles qui limitent la mendicité.

À relire aussi :

[5]À Anvers, Bart De Wever transgresse le droit à la mendicité



[1] https://rm.coe.int/cc-233-2023-decision-sur-le-bien-fonde-fr/48802cf863

[2] https://luttepauvrete.be/wp-content/uploads/sites/2/2023/05/230504-CP-cahier-mendicite-1.pdf

[3] https://daardaar.be/rubriques/politique/les-familles-defavorisees-nouveaux-boucs-emissaires-de-la-politique-flamande/

[4] https://www.gva.be/regio/antwerpen/regio-antwerpen/antwerpen/antwerpse-regels-rond-bedelen-druisen-in-tegen-europese-mensenrechtenverdragen-toch-worden-ze-niet-aangepast/160231823.html

[5] https://daardaar.be/rubriques/politique/a-anvers-bart-de-wever-transgresse-le-droit-a-la-mendicite/



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-- Bob "Mountain" Beck