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  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

Les zomerscholen : un pansement sur un calendrier scolaire déséquilibré

([Opinions, Politique, Société] 2026-08-01 (De Morgen))


« Je veux contribuer à un monde meilleur et je suis convaincu que la transmission de compétences et de connaissances mène les gens au respect mutuel, au bonheur, à l’émancipation, à de meilleures chances dans la vie et, par extension, à la paix. » Cette citation est issue d’un livre intitulé « 100 redenen om leraar te worden » (100 raisons de devenir prof), de Brigitte Vermeersch et Greet Decin. Même pendant les grandes vacances, certains enseignants continuent de donner cours dans des écoles prévues à cet effet. Leur objectif est de donner à tous les élèves l’occasion d’aborder la rentrée scolaire en toute sérénité.

Oui, c’est une belle idée d’instaurer des zomerscholen , des « écoles d’été ». Et il est bon de voir que la ministre Zuhal Demir (N-VA) accorde beaucoup d’attention à cette initiative importante pour les élèves les plus défavorisés. En même temps, nous nous demandons si nous ne pouvons pas renforcer les effets positifs de ces écoles d’été, qui permettent à des enfants et des ados des quatre coins de la Flandre et de Bruxelles de passer dix jours de congé estival à apprendre et à s’amuser ensemble, afin d’affronter la rentrée plus forts.

Trop de perte pendant l’été



De nombreux enseignants s’inquiètent, à juste titre, du retard accumulé par les élèves pendant les neuf semaines de congé. Les chercheurs en pédagogie affirment depuis longtemps qu’en raison de la longueur excessive des grandes vacances, un fossé cognitif se creuse entre classes sociales défavorisées et privilégiées. Une perte estimée à trois mois d’apprentissage.

Pour des cours aussi essentiels que le néerlandais ou les mathématiques, c’est dramatique. Au point que les enseignants de la périphérie bruxelloise se sentent démunis. À cause de la « croissance exponentielle » du plurilinguisme dans leurs classes, environ 70 pour cent d’entre eux se disent insuffisamment préparés et ne savent pas comment s’y prendre.

Les chercheurs en pédagogie affirment depuis longtemps qu’en raison de la longueur excessive des grandes vacances, un fossé cognitif se creuse entre classes sociales défavorisées et privilégiées.

En Wallonie, la rentrée aura lieu le 24 août. La Flandre reprend une semaine plus tard, le 1 er septembre. Soulignons également que les congés d’automne débuteront après sept semaines de cours en Wallonie et qu’ils dureront deux semaines, du 19 octobre au 1 er novembre. En Flandre, l’année scolaire commence par 9 semaines de cours consécutives suivies d’une seule semaine de repos. Ce n’est pas un détail dans l’une des périodes les plus intenses de l’année, où les problèmes linguistiques à Bruxelles et en périphérie sont les plus criants.

Par conséquent, pourquoi ne pas opter pour des écoles d’été combinées à des vacances plus courtes ? Certes, l’utilité de ces écoles est avérée, mais elles ne représentent en définitive qu’une mesure isolée, un emplâtre sur une jambe de bois. Vu le caractère volontaire de la participation, elles ne touchent pas spécialement les élèves qui ont le plus besoin d’aide. En outre, comme l’organisation repose souvent sur les épaules des pouvoirs locaux et d’enseignants enthousiastes, l’offre se retrouve géographiquement fragmentée.

[1]Calendriers scolaires : une pétition veut remettre Flamands et francophones au même rythme

Surtout, les écoles d’été, sous leur forme actuelle, ne font que combattre des symptômes. Elles ont pour ambition de pallier les dommages causés par une période de vacances tout simplement trop longue. C’est pourquoi les écoles d’été, plutôt que de remédier à un calendrier obsolète, doivent servir de levier et s’accompagner structurellement d’un raccourcissement des vacances.

Aujourd’hui, un nombre suffisant d’enseignants en sont convaincus. Un sondage de la Arteveldehogeschool indique en effet qu’une petite majorité d’enseignants se prononceraient pour un raccourcissement des congés d’été. Ce résultat, assez éloquent dans un secteur généralement conservateur, marque une évolution claire en quelques années à peine.

Apaisement



En définitive, il n’y a rien d’étonnant à ce que des enseignants qui bénéficient de davantage de repos tout au long de l’année contribuent à l’apaisement du système scolaire. Ce sont surtout les enseignants en début de carrière qui profiteraient d’une refonte du régime de congés. Ils pourraient ainsi mettre à profit leurs congés d’automne plus longs pour se reposer une semaine et dès lors mieux préparer leurs cours la semaine suivante.

Cela engendrerait d’autres effets positifs moins évidents à première vue. À Bruxelles et dans la périphérie, des acteurs de la société aussi variés que les mouvements de jeunesse, les parents d’élèves, les directions d’écoles et les entreprises, entre autres, se plaignent de l’impossibilité de s’organiser avec deux régimes de vacances différents dans un pays grand comme un mouchoir de poche.

Pour donner un exemple : les enseignants qui travaillent simultanément dans les deux systèmes d’enseignement n’ont presque jamais une semaine de repos. Quant à la maîtrise du néerlandais, elle progresserait également si les calendriers scolaires venaient à s’harmoniser. Pensons aux mouvements de jeunesse, qui pourraient mieux s’organiser et créer un contexte plus propice aux échanges linguistiques, ou aux parents qui, ne devant plus se creuser la tête pour faire garder leurs enfants, pourraient trouver le temps de les aider à combler leurs lacunes en néerlandais… Une société plus sereine contribuera aussi aux priorités de Zuhal Demir.

[2]La ministre Demir rassemble 124 profs dans le cadre du premier « Conseil des enseignants »

De plus en plus de grands acteurs de l’enseignement flamand, des associations d’élèves aux associations de parents en passant par les différents réseaux (officiel, catholique, etc.) se disent prêts à discuter du raccourcissement des vacances d’été. D’ailleurs, certains de ces acteurs sont en ce moment même en train de sonder leur base.

Un calendrier scolaire équilibré n’améliore pas seulement la qualité de l’enseignement, il apporte aussi un apaisement dans un système en surchauffe. Les questions sont sur la table, de plus en plus d’acteurs y sont favorables et la nécessité est évidente. Quand la ministre Zuhal Demir osera-t-elle affronter ses peurs et se mêler réellement au débat ?

Cette initiative est portée et signée par un large groupe de plus de 25 enseignants, experts de l’enseignement, pédagogues et personnes impliquées sur le terrain.



[1] https://daardaar.be/rubriques/societe/calendriers-scolaires-une-petition-veut-remettre-flamands-et-francophones-au-meme-rythme/

[2] https://daardaar.be/rubriques/la-ministre-demir-rassemble-124-profs-dans-le-cadre-du-premier-conseil-des-enseignants/



i'm living so far beyond my income that we may almost be said to be
living apart.
-- e. e. cummings