Euromillions : des jackpots moins scandaleux pour plus de gagnants ? L’idée qui fait débat
([Economie, Société] 2026-08-01 (DaarDaar))
- Reference: 2026-08_Belgaimage-33547845-255x170
- News link: https://daardaar.be/rubriques/societe/euromillions-des-jackpots-moins-scandaleux-pour-plus-de-gagnants-lidee-qui-fait-debat/
- Source link: https://www.rtbf.be/article/euromillions-faut-il-plafonner-les-jackpots-a-10-millions-pour-avoir-plus-de-gagnants-11772135
À Hoogstraten, en Campine, un groupe de 43 personnes a remporté plus de 80 millions d’euros à l’Euromillions début juillet. Le 8 août, un ticket belge a décroché 111 millions. Depuis le début de l’année, quatre jackpots sont tombés en Belgique, un record. Et si on limitait les gains à 10 millions pour changer plus de vies ? C’est la proposition d’un économiste de l’UGent, qui fait débat en Flandre.
« Avec 111 millions, vous entrez d’un coup dans le top 0,01% européen. Même les 17 millions du jackpot minimum vous placent dans le top 0,1%. Ce sont des montants vertigineux », lance Jonas Van der Slycken, professeur d’économie durable à l’UGent.
Dans son livre « Schandalig rijk of ongelijk ? Het lot van onze maatschappij » (« Scandaleusement riche ou inégal ? Le sort de notre société »), le professeur propose de plafonner le jackpot de l’Euromillions à 10 millions d’euros. Depuis sa sortie en décembre, le débat animait la Flandre, mais n’a pas encore traversé la frontière linguistique.
Ce plafond n’est pas choisi au hasard. Des psychologues de l’UGent ont demandé aux Belges leur jackpot idéal, sans limite maximale. Résultat : 10 millions d’euros en moyenne. « Au-delà, les gens estiment que l’argent apporte surtout des soucis : comment le gérer, comment se protéger… Il y a une limite à ce qui est souhaitable », poursuit Jonas Van der Slycken.
Concrètement, l’économiste propose de redistribuer les 10 millions qui s’ajoutent à chaque tirage sans gagnant : « Plutôt que d’accumuler, on pourrait garantir dix gagnants à 1 million, vingt à un demi-million ou mille à 10.000 euros. Plus de gagnants, c’est aussi plus de vies qui progressent réellement. »
« Au-delà de 10 millions, les gens estiment que l’argent apporte surtout des soucis : comment le gérer, comment se protéger… Il y a une limite à ce qui est souhaitable. »
Autre son de cloche du côté du porte-parole de la Loterie nationale, Jérémy Demeyer : « L’effet jackpot, c’est un fait. Plus les montants sont élevés, plus le nombre de joueurs augmente. »
L’Euromillion est organisé dans neuf pays par dix loteries réunies en consortium, aux dynamiques très différentes. Sous l’impulsion de l’Angleterre, le plafond du jackpot est ainsi passé de 200 à 250 millions d’euros. « Cela risque même d’augmenter à l’avenir », prévient Jérémy Demeyer.
Et si la Belgique faisait cavalier seul ? « Rien n’empêcherait le joueur belge de tenter sa chance ailleurs », rétorque le porte-parole.
À la Loterie Nationale, on défend le modèle existant : « Le hasard fait bien les choses. Nous créons quelques très grands gagnants, et les bénéfices sont reversés à la société. C’est un outil collectif : environ 350 millions d’euros sont réinjectés chaque année dans le sport, la culture, l’associatif », répond son porte-parole, Jérémy Demeyer.
Avant de poursuivre : « Le Lotto, c’est un nouveau millionnaire toutes les deux semaines et un jackpot qui dépasse rarement les 10 millions. Le Belge joue d’ailleurs dans la philosophie de l’économiste : bon nombre de collègues ou amis se cotisent pour tenter ensemble de gagner le jackpot, comme c’était le cas à Hoogstraten cet été. Au final, Lotto et Euromillions font quasi-jeu égal en parts de marché. »
Par ailleurs, la Loterie nationale a aussi lancé les « Lucky codes » en 2021 pour offrir aux joueurs une chance supplémentaire de gain. À chaque tirage, elle attribue des centaines ou des milliers de petits et moyens gains, ainsi qu’un budget spécial pour la « maison de vos rêves » de 750.000 € le dernier samedi de chaque mois.
Jonas Van der Slycken rappelle qu’un million d’euros, c’est déjà la cour des grands dans notre pays. « En Belgique, quiconque dépasse ce seuil rejoint le top 7% des plus fortunés du pays. Un montant qui, à lui seul, fait déjà rêver bon nombre de Belges. »
Pour rappel : si vous jouez au Lotto, vous avez une chance sur 9 millions de remporter le jackpot. Pour l’Euromillions, c’est une chance sur 140 millions.
[1]Comment ça, plus d’argent pour aider la population?
Le titre du livre du professeur à l’UGent est un clin d’œil à l’ancien slogan de l’Euromillions, « Scandaleusement riche », incarné par Paul : un ultra-riche absurde dont la mère préparait encore les tartines, coincé dans les embouteillages avec son jet privé. « C’était une campagne tournée sur l’auto-dérision des ultra-riches. Un slogan fort, qui disait la vérité », assume Jérémy Demeyer.
Depuis 2024, le marketing a pourtant changé de slogan : « Place aux petits bonheurs, comme « ton café du matin avec 130 millions en poche ». Le récit a changé, mais pas les montants », pointe Jonas Van der Slycken.
L’économiste compare aussi le système belge de taxation des jeux de hasard avec les pays voisins : « Aux Pays-Bas, les gains sont taxés à 37% dès 449 euros. En Belgique, aucune taxe n’est appliquée. Si plafonner l’Euromillions au sein du consortium est trop compliqué pour l’instant, une taxe serait un premier pas pragmatique pour distribuer les prix à plus de gagnants. »
Le porte-parole de la Loterie nationale conclut : « Même si le gain n’est pas taxé, le fruit du gain l’est ensuite. L’actionnaire de la Loterie nationale, c’est l’État à 100%. S’il décide d’adapter le système, nous nous y conformerons. »
[2]15% des ménages belges peuvent se dire millionnaires
[1] https://daardaar.be/rubriques/economie/comment-ca-plus-dargent-pour-aider-la-population/
[2] https://daardaar.be/rubriques/societe/15-des-menages-belges-peuvent-se-dire-millionnaires/
« Avec 111 millions, vous entrez d’un coup dans le top 0,01% européen. Même les 17 millions du jackpot minimum vous placent dans le top 0,1%. Ce sont des montants vertigineux », lance Jonas Van der Slycken, professeur d’économie durable à l’UGent.
Dans son livre « Schandalig rijk of ongelijk ? Het lot van onze maatschappij » (« Scandaleusement riche ou inégal ? Le sort de notre société »), le professeur propose de plafonner le jackpot de l’Euromillions à 10 millions d’euros. Depuis sa sortie en décembre, le débat animait la Flandre, mais n’a pas encore traversé la frontière linguistique.
Vers un plafond de 10 millions ?
Ce plafond n’est pas choisi au hasard. Des psychologues de l’UGent ont demandé aux Belges leur jackpot idéal, sans limite maximale. Résultat : 10 millions d’euros en moyenne. « Au-delà, les gens estiment que l’argent apporte surtout des soucis : comment le gérer, comment se protéger… Il y a une limite à ce qui est souhaitable », poursuit Jonas Van der Slycken.
Concrètement, l’économiste propose de redistribuer les 10 millions qui s’ajoutent à chaque tirage sans gagnant : « Plutôt que d’accumuler, on pourrait garantir dix gagnants à 1 million, vingt à un demi-million ou mille à 10.000 euros. Plus de gagnants, c’est aussi plus de vies qui progressent réellement. »
« Au-delà de 10 millions, les gens estiment que l’argent apporte surtout des soucis : comment le gérer, comment se protéger… Il y a une limite à ce qui est souhaitable. »
Autre son de cloche du côté du porte-parole de la Loterie nationale, Jérémy Demeyer : « L’effet jackpot, c’est un fait. Plus les montants sont élevés, plus le nombre de joueurs augmente. »
L’Euromillion est organisé dans neuf pays par dix loteries réunies en consortium, aux dynamiques très différentes. Sous l’impulsion de l’Angleterre, le plafond du jackpot est ainsi passé de 200 à 250 millions d’euros. « Cela risque même d’augmenter à l’avenir », prévient Jérémy Demeyer.
Et si la Belgique faisait cavalier seul ? « Rien n’empêcherait le joueur belge de tenter sa chance ailleurs », rétorque le porte-parole.
« Le hasard fait bien les choses »
À la Loterie Nationale, on défend le modèle existant : « Le hasard fait bien les choses. Nous créons quelques très grands gagnants, et les bénéfices sont reversés à la société. C’est un outil collectif : environ 350 millions d’euros sont réinjectés chaque année dans le sport, la culture, l’associatif », répond son porte-parole, Jérémy Demeyer.
Avant de poursuivre : « Le Lotto, c’est un nouveau millionnaire toutes les deux semaines et un jackpot qui dépasse rarement les 10 millions. Le Belge joue d’ailleurs dans la philosophie de l’économiste : bon nombre de collègues ou amis se cotisent pour tenter ensemble de gagner le jackpot, comme c’était le cas à Hoogstraten cet été. Au final, Lotto et Euromillions font quasi-jeu égal en parts de marché. »
Par ailleurs, la Loterie nationale a aussi lancé les « Lucky codes » en 2021 pour offrir aux joueurs une chance supplémentaire de gain. À chaque tirage, elle attribue des centaines ou des milliers de petits et moyens gains, ainsi qu’un budget spécial pour la « maison de vos rêves » de 750.000 € le dernier samedi de chaque mois.
Jonas Van der Slycken rappelle qu’un million d’euros, c’est déjà la cour des grands dans notre pays. « En Belgique, quiconque dépasse ce seuil rejoint le top 7% des plus fortunés du pays. Un montant qui, à lui seul, fait déjà rêver bon nombre de Belges. »
Pour rappel : si vous jouez au Lotto, vous avez une chance sur 9 millions de remporter le jackpot. Pour l’Euromillions, c’est une chance sur 140 millions.
[1]Comment ça, plus d’argent pour aider la population?
Scandaleusement riche… puis raisonnable ?
Le titre du livre du professeur à l’UGent est un clin d’œil à l’ancien slogan de l’Euromillions, « Scandaleusement riche », incarné par Paul : un ultra-riche absurde dont la mère préparait encore les tartines, coincé dans les embouteillages avec son jet privé. « C’était une campagne tournée sur l’auto-dérision des ultra-riches. Un slogan fort, qui disait la vérité », assume Jérémy Demeyer.
Depuis 2024, le marketing a pourtant changé de slogan : « Place aux petits bonheurs, comme « ton café du matin avec 130 millions en poche ». Le récit a changé, mais pas les montants », pointe Jonas Van der Slycken.
L’économiste compare aussi le système belge de taxation des jeux de hasard avec les pays voisins : « Aux Pays-Bas, les gains sont taxés à 37% dès 449 euros. En Belgique, aucune taxe n’est appliquée. Si plafonner l’Euromillions au sein du consortium est trop compliqué pour l’instant, une taxe serait un premier pas pragmatique pour distribuer les prix à plus de gagnants. »
Le porte-parole de la Loterie nationale conclut : « Même si le gain n’est pas taxé, le fruit du gain l’est ensuite. L’actionnaire de la Loterie nationale, c’est l’État à 100%. S’il décide d’adapter le système, nous nous y conformerons. »
[2]15% des ménages belges peuvent se dire millionnaires
[1] https://daardaar.be/rubriques/economie/comment-ca-plus-dargent-pour-aider-la-population/
[2] https://daardaar.be/rubriques/societe/15-des-menages-belges-peuvent-se-dire-millionnaires/