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  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

Le néerlandais, éternel angle mort de la Belgique francophone

([Opinions] 2026-08-01 (Het Laatste Nieuws))


Alors, erop of eronder ? Comme dans sa chanson, pour Pommelien Thijs, partir à la conquête du public francophone, c’était un peu « vaincre ou périr ». Mais au Ronquières Festival, ce fut bel et bien erop . Enfin ! Car si même un groupe britannique de folk-rock tel que Mumford & Sons parvient à s’inviter sur scène à ses côtés à Rock Werchter, il était temps que la Wallonie s’y mette. Il aura quand même fallu cravacher, concède notre journaliste présente sur place, mais l’«opération séduction» a été un succès, titre de son côté la RTBF.

C’est nouveau, et même historique. Pommelien Thijs est la première chanteuse néerlandophone à se produire en néerlandais au festival de Ronquières. Et probablement l’une des toutes premières à le faire dans un grand festival wallon. Car soyons de bon compte: même une superstar de la trempe de Koen Wauters pourrait aller commander une bière dans un bar de Wallonie sans que personne ne le reconnaisse. Lorsque j’avais demandé un jour aux auditeurs de la RTBF de citer des icônes de la culture belge contemporaine, ils m’avaient répondu Arno et Axelle Red. Soit des Flamands qui chantent en français, ce qui en fait immédiatement un patrimoine culturel commun.

[1]Oui, il existe (de nouveau) une culture belge

Dans l’autre sens ? Cela arrive rarement, pour ne pas dire jamais. Alors qu’Angèle remplit depuis longtemps le Sportpaleis et que Stromae est présenté en Flandre comme un Jacques Brel des temps modernes. Même le New York Times s’est étonné de l’imperméabilité de cette ligne de démarcation culturelle.

Il faudra toutefois plus qu’un passage électrisant de Pommelien dans un festival wallon pour effacer les crispations communautaires. La polémique linguistique autour du nouveau sélectionneur des Diables rouges, Mark van Bommel, en apporte une nouvelle fois la preuve. Un sondage réalisé auprès des lecteurs de La Dernière Heure révélait ainsi que pas moins de 90 % d’entre eux ne voyaient pas en lui un bon sélectionneur. Son principal péché ? Van Bommel ne parle pas encore français.

Je ne me risquerai pas à juger ses compétences tactiques, mais on peut difficilement lui reprocher son rapport aux langues. Van Bommel parle néerlandais, anglais, espagnol, allemand et même un peu italien. Cinq langues. Et il veut désormais apprendre le français. Qui peut en dire autant ? Certainement pas Rudi Garcia, l’ancien sélectionneur. Le Français avait certes tenté de charmer ses joueurs avec quelques mots de néerlandais, mais il n’était guère allé plus loin. A-t-on entendu beaucoup de Flamands se plaindre de ses compétences linguistiques ? Pas vraiment.

Faut-il y voir un vieux réflexe communautaire ? Une pointe de complexe d’infériorité ? Ou cette illusion tenace selon laquelle le monde s’arrêterait aux frontières de la francophonie ?

Quoi qu’il en soit, il ne s’agit pas ici de l’éternelle complainte d’une Flamande frustrée réclamant davantage de reconnaissance. Nous aimons Angèle autant que Pommelien Thijs. Parler la langue de l’autre est un atout. C’est d’ailleurs pour cette raison que les enfants scolarisés en Flandre ont l’obligation d’apprendre le français à partir de 10 ans.

Francophones et Flamands gouvernent ensemble un pays compliqué. Vivre ensemble commence par la compréhension mutuelle, et donc par la connaissance de la langue de l’autre. Mais si un Néerlandais fait un point d’honneur à apprendre le français, qu’est-ce qui empêche les Belges francophones d’adopter à leur tour le néerlandais ? Ils n’auront alors plus à écouter Pommelien Thijs comme si elle venait d’un pays lointain, et dont ils ne comprennent pas davantage les paroles que celles du groupe islandais Sigur Rós. Ils pourront ainsi profiter non seulement de sa musique, mais aussi de sa poésie.

[2]En Belgique, la frontière linguistique est-elle aussi une frontière musicale?



[1] https://daardaar.be/rubriques/culture-et-medias/oui-il-existe-de-nouveau-une-culture-belge/

[2] https://daardaar.be/rubriques/culture-et-medias/en-belgique-la-frontiere-linguistique-est-elle-aussi-une-frontiere-musicale/



Memories of you remind me of you.
-- Karl Lehenbauer