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  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

Les pouvoirs publics injectent des millions dans le cinéma flamand, mais les salles restent désespérément vides

([Culture et Médias] 2026-07-01 (Het Laatste Nieuws))


Lundi 15 décembre, en soirée. Alors que Toby Alderweireld, Urbanus et Peter Van den Begin prennent la pose devant les photographes sur le tapis rouge, Radioman , le très attendu nouveau film de Frank Van Passel consacré à la Seconde Guerre mondiale, est projeté en avant-première. Malgré une importante couverture médiatique, le film n’avait attiré, quelques semaines auparavant, que 42 000 spectateurs en salles. Un score particulièrement faible au regard des généreux financements publics dont il a bénéficié : pas moins de 925 000 euros.

Et il y a pire. Skiff , de la réalisatrice gantoise Cecilia Verheyden, a quitté les salles dans une quasi-indifférence après avoir réuni à peine 3 000 spectateurs. Montant des aides du VAF : 627 500 euros.

Autre exemple récent : Clean , un drame familial mettant scène un policier dont la vie s’effondre lorsque son frère héroïnomane fait irruption lors d’un repas de Noël. Lui aussi n’a attiré que 3 000 spectateurs, malgré 625 000 euros de subventions.

Flops à répétition



Le constat est sévère : le premier semestre du cinéma flamand s’apparente à un véritable fiasco. Et ce n’est pas une exception. À l’exception de Zillion , aucun film flamand n’a réussi, ces cinq dernières années, à attirer massivement le public dans les salles.

L’année écoulée confirme cette tendance, selon le rapport annuel du VAF tout juste publié. En 2025, les films flamands ont totalisé 843 256 entrées, dont près de 200 000 pour Patsers , d’Adil El Arbi et Bilall Fallah, qui avait bénéficié de 985 000 euros de subventions entre 2023 et 2024. Deux autres projets ont reçu, sur la même période, des montants comparables : Massacre and Revolution , de Felix Van Groeningen (985 000 euros), et Coward , de Lukas Dhont (970 000 euros). Tous deux doivent encore sortir en salles.

Pour un autre film, en revanche, le verdict est déjà tombé. Team Spirit Nxt G3n , de Jan Verheyen et Anne-Marie Brandstötter, avait obtenu 685 000 euros d’aides publiques, mais n’a convaincu qu’environ 80 000 spectateurs. D’autres sorties récentes ont elles aussi déçu.

Sélectionné au prestigieux Festival international du film de Berlin, Dust n’a attiré que 10 000 spectateurs. Zondag de Negenste , avec Peter Van den Begin et Josse De Pauw, s’est arrêté à 30 000 entrées. Quant à Real Faces, premier long métrage de Leni Huyghe, il a bénéficié d’une aide du VAF de 250 000 euros pour seulement 1 700 spectateurs.

[1]Le film flamand « Zillion » est en passe de devenir le blockbuster de 2022

Comment en est-on arrivé là ? Pour de nombreux observateurs, le cinéma flamand est en train de mourir. Ou, plus précisément, le cinéma flamand populaire. Tous pointent du doigt le Fonds audiovisuel flamand, qui injecte chaque année des millions d’euros dans la production cinématographique. Selon eux, une grande partie de ces subventions est engloutie dans un puits sans fond.

Le réalisateur Marc Punt, connu notamment pour Frits & Freddy et Bowling Balls , rappelle que le marché flamand est trop petit pour permettre à un film de rentabiliser son budget sans aide publique. Ces subventions, financées par les contribuables et accordées par le VAF pour le compte de la Communauté flamande, ont une double vocation : permettre la production de films et faire en sorte qu’ils soient vus par le plus grand nombre possible de Flamands.

La première sélection est opérée par un comité de présélection. En 2024, celui-ci a examiné 81 projets, dont 42 ont été retenus. Les projets sont ensuite soumis à deux commissions distinctes : l’une chargée des aides à l’écriture, l’autre des aides au développement et à la promotion. Toujours en 2024, 24 projets ont reçu un avis favorable pour une aide au scénario, contre 16 avis négatifs. Vient ensuite l’étape décisive : la Commission Fiction 2, qui statue sur les aides à la production. L’an dernier, 53 projets ont été recalés, contre 17 ayant obtenu un feu vert.

Faire des films ou toucher le public ?

Les films flamands continuent d’être produits en nombre respectable, la plupart avec le soutien du VAF. Mais selon les critiques, l’autre mission du Fonds – permettre au plus grand nombre de Flamands d’y avoir accès – n’est plus remplie. Est-ce réellement le cas ? Het Laatste Nieuws a analysé l’ensemble des aides accordées par le VAF au cours des cinq dernières années. Depuis 2021, la Commission Fiction a sélectionné 83 projets, auxquels elle a attribué 31,3 millions d’euros d’aides à la production. Fait notable : seuls 22 de ces films sont, à ce jour, sortis en salles.

Pourtant, alors que le VAF investit depuis des années des millions d’euros dans le cinéma flamand, le constat est sans appel : année après année, les films flamands attirent de moins en moins de spectateurs. Entre 2008 et 2018, le nombre annuel d’entrées pour les films flamands oscillait entre 1,7 et 2,4 millions. Après la crise du Covid, l’année 2022 a connu un sursaut – largement porté par le succès de Zillion – avec 1,8 million de spectateurs. Mais un an plus tard, ce chiffre était retombé à 1,1 million. En 2024, il s’est effondré à 803 000 entrées, soit une baisse de 55 % en seulement deux ans : une humiliation ! En 2025, la fréquentation a légèrement rebondi pour atteindre 843 000 spectateurs.

[2]Oui, il existe (de nouveau) une culture belge

Comment expliquer une telle évolution ? Les Flamands se détournent-ils du cinéma local ou le VAF subventionne-t-il les mauvais films ? Pour Marc Punt, la réponse ne fait aucun doute. « Le VAF refuse de financer les films flamands qui cherchent à toucher un large public. Résultat : ces projets ne trouvent plus de financement. »

Le réalisateur Jan Verheyen partage cette analyse.« Le problème, c’est que les pouvoirs publics, mais aussi l’immense majorité des réalisateurs, veulent faire de l’art et décrocher des sélections dans les festivals. Pourtant, la mission du VAF est aussi d’atteindre un large public. C’est inscrit noir sur blanc dans son contrat de gestion avec le gouvernement flamand. Or on n’y parviendra pas uniquement en misant sur des films d’auteur hermétiques, sombres et centrés sur de grandes thématiques. Il faut les deux. On ne peut pas non plus prétendre être pertinent lorsqu’on attire en moyenne moins de 1 % du public flamand dans les salles. Un pour cent ! »

Les mêmes noms qui reviennent sans cesse



Les critiques dénoncent régulièrement le fait que les mêmes réalisateurs et producteurs reviennent systématiquement chercher des subventions auprès du VAF. Het Laatste Nieuws a analysé le registre des aides accordées entre 2021 et 2026 et a rapidement constaté une forte concentration.

À elles seules, deux sociétés de production, Menuetto et A Private View / Lemming Film, sont à l’origine de 19 des 83 projets soutenus, soit près d’un quart des productions subventionnées. Si l’on y ajoute quatre autres sociétés, on arrive à 37 projets, soit près de 45 % de l’ensemble des films flamands ayant bénéficié d’une aide publique. Le reste se répartit entre 33 producteurs.

Un nom retient particulièrement l’attention. À la tête de Menuetto, premier bénéficiaire des aides à la production, se trouve Hans Everaert. Celui-ci a été directeur financier du VAF pendant près de dix ans avant de quitter l’institution en 2017 pour créer sa propre société de production. Depuis lors, Menuetto a produit quinze longs métrages. Depuis 2021, Hans Everaert a obtenu 5,2 millions d’euros d’aides à la production du VAF. À ce jour, un seul de ces films est sorti en salles : Mexico 86, qui n’a attiré que 7 000 spectateurs. Hans Everaert intervient également comme coproducteur sur de nombreux autres projets.

[3]La professionnalisation du cinéma flamand porte ses fruits

On peut donc logiquement se demander si l’argent public est utilisé à bon escient. En tout état de cause, la question de l’utilisation de ces fonds publics revient avec une insistance croissante. D’autant que de plus en plus de producteurs se tournent vers les coproductions internationales. Dans certains cas, ces films dits « flamands » contiennent très peu de dialogues en néerlandais, voire aucun, tout en étant financés par des subsides de la Communauté flamande.

Trois exemples illustrent particulièrement cette évolution : Julian , de Cato Kusters, essentiellement tourné en français ; Coward , de Lukas Dhont, qui réunit lui aussi de nombreux acteurs francophones ; et Let Love In , de Felix Van Groeningen, dont l’univers est très largement italien. Les deux derniers sortiront en salles cet automne.

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Autre sujet de mécontentement chez les détracteurs du système : depuis quelques années, le VAF finance également les centres culturels et les cinémas qui programment des films flamands. « Une tentative désespérée de vendre malgré tout quelques billets », estime, sous couvert d’anonymat, un observateur du secteur. « On aboutit à un système pervers : les pouvoirs publics financent d’abord des films que personne ne souhaite voir, puis dépensent encore de l’argent pour qu’ils soient malgré tout projetés quelque part. » Il arrive même que les spectateurs eux-mêmes bénéficient d’un soutien indirect, grâce à des opérations promotionnelles du type « un ticket acheté, le deuxième offert ».

[4]Cérémonie des Ensor : des prix non genrés, mais les actrices rentrent bredouilles…



[1] https://daardaar.be/rubriques/culture-et-medias/le-film-flamand-zillion-est-en-passe-de-devenir-le-blockbuster-de-2022/

[2] https://daardaar.be/rubriques/culture-et-medias/oui-il-existe-de-nouveau-une-culture-belge/

[3] https://daardaar.be/rubriques/culture-et-medias/la-professionnalisation-du-cinema-flamand-porte-ses-fruits/

[4] https://daardaar.be/rubriques/culture-et-medias/ceremonie-des-ensor-des-prix-non-genres-mais-les-actrices-rentrent-bredouilles/



Stealing a rhinoceros should not be attempted lightly.