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  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

Tesla autonome en Flandre : un feu vert qui brûle les étapes

([Politique, Société] 2026-07-01 (De Morgen))


Les voitures autonomes sont-elles vraiment aussi sûres que l’affirment les géants de la tech ? Face à un lobbying appuyé et à des promesses douteuses, les experts appellent à la prudence. « Il est crucial que les pouvoirs publics jouent un rôle très actif », prévient Steven Latré, responsable de l’IA à l’imec.

La Flandre s’est-elle emballée trop vite pour la Tesla autonome ? C’est Vooruit — parti qui siège au gouvernement flamand — qui pose la question après que De Morgen a révélé que la ministre de la Mobilité, Annick De Ridder (N-VA), avait balayé plusieurs réserves sérieuses formulées par sa propre administration à l’égard de ces voitures. Durant la phase d’essai, le système d’aide à la conduite, notamment, n’est pas toujours parvenu à interpréter les panneaux de signalisation ou les marquages au sol.

« Voilà qui interroge sur la rapidité du feu vert accordé par De Ridder », réagit la députée Stephanie Vanden Eede (Vooruit). « Il y a même eu des problèmes aux passages à niveau. Là où, précisément, la marge d’erreur doit être nulle. Le calendrier aussi soulève des questions : l’approbation de la ministre est tombée le jour même de l’avis. La décision était-elle déjà scellée ? Les questions touchant aux nouvelles technologies et à la sécurité routière ne méritent-elles pas au moins une nuit de réflexion? »

Vanden Eede n’est pas la seule à s’interroger sur la vitesse à laquelle le constructeur américain prend pied en Europe avec son système de conduite entièrement autonome supervisée (FSD pour Full Self-Driving Supervised ). En l’absence d’une homologation à l’échelle de l’Union européenne, c’est par une procédure exceptionnelle que les Pays-Bas sont devenus, en avril, le premier pays du continent à l’autoriser. Depuis, la Lituanie, l’Estonie, le Danemark et la Belgique lui ont emboîté le pas.

Belles promesses de sécurité



À chaque fois, on prétend nous donner des gages de sécurité. Mardi, sur Radio 1, De Ridder répétait encore que la technologie de conduite autonome de Tesla rendrait les routes de Flandre plus sûres. « À travers le monde, des milliards de kilomètres ont déjà été parcourus. Et partout, le même constat s’impose : il y a six à sept fois moins d’accidents que lorsqu’on conduit soi-même. »

Le 12 juin, pourtant, le Conseil européen pour la sécurité des transports (ETSC), organisme qui fait autorité en matière de sécurité routière, adressait une lettre aux ministres européens de la Mobilité pour les mettre en garde contre ce type d’affirmations. « Après les Pays-Bas, plusieurs États membres ont déjà entrepris de reprendre cette homologation sur leur territoire. Nous vous recommandons de vous en abstenir tant que certaines questions n’auront pas reçu de réponse publique — et d’une autre bouche que celle du constructeur. »

À ce jour, souligne l’ETSC, aucune preuve publique ne vient étayer l’affirmation selon laquelle ce système renforcerait la sécurité. Bien au contraire : des études américaines et des images de routes néerlandaises tendraient à démontrer qu’il engendre justement de nouveaux risques. Aux États-Unis, le logiciel fait d’ailleurs l’objet de deux enquêtes. « L’une sur le non-respect des feux rouges, l’autre sur l’absence d’alerte au conducteur lorsque les caméras tombent en panne. »

Interpellée au parlement par Frédéric Erens (Vlaams Belang) sur les mises en garde de l’ETSC, De Ridder a répondu ceci : « Il y a beaucoup de lobbyistes dans cet organisme. »

[1]Quand une ministre flamande doit prouver qu’elle ne sniffe pas de coke

Du lobbying ? C’est très exactement ce que font aussi les constructeurs. Le Premier ministre, Bart De Wever (N-VA), racontait ainsi récemment, dans un podcast de MNM, une mémorable virée en voiture avec le patron de Tesla, Elon Musk. « J’ai fait un tour avec lui sur les quais de l’Escaut », confiait-il. « J’ai vu ma vie défiler devant moi. Il a demandé s’il pouvait passer en conduite autonome, puis il a pivoté de 90 degrés et s’est mis à discuter sans plus jeter un regard à la route. J’avais déjà compris, à l’époque, qu’il était un peu fou. »

Bart De Wever, Geert Bourgeois (N-VA), Annemie Turtelboom (Anders), Ben Weyts (N-VA) : tous s’étaient pressés ce jour de 2015 autour du patron dans l’espoir de voir Tesla implanter une usine à Anvers. L’ancien Premier ministre Alexander De Croo a lui aussi eu droit, en 2022, à une rencontre « mémorable » — l’adjectif est de lui — avec Elon Musk.

Cette symbiose entre magnats de la tech et responsables politiques opère dans les deux sens, observe Steven Latré, responsable de l’IA au centre interuniversitaire de recherche en nanoélectronique établi à Louvain (imec). « On a vu Sam Altman, Tim Cook et consorts au premier rang lors de l’investiture de Donald Trump. Ainsi vont les choses, tout simplement. Car la technologie cherche parfois les limites de ce qui est juridiquement possible aujourd’hui. Pas forcément parce que ce serait mal, mais parce que les textes de loi n’existent pas encore. »

Statistiques trompeuses



Et pour plier cette législation à leurs vues, certains sont prêts à aller très loin. Le mois dernier, l’agence de presse Reuters a ainsi révélé que Tesla utilisait des statistiques trompeuses dans le but de rallier les autorités à sa cause.

« Pour ces entreprises, tout tourne autour des données », décrypte Steven Latré. « La technologie actuelle n’est qu’un tout premier pas vers la voiture entièrement autonome. Pour franchir le suivant, une société comme Tesla a besoin de quantités massives de données. Concrètement, il faut que le logiciel engrange un maximum de kilomètres sur les routes belges. C’est comme ça que le système apprend. »

La vente de fonctionnalités payantes pèse, elle aussi, de plus en plus lourd. « La conduite autonome, voilà une option pour laquelle beaucoup de gens sont prêts à payer un supplément », poursuit le spécialiste. « Sachant que le FSD coûte 99 euros par mois en Belgique, on arrive à près de 5 000 euros sur une durée de vie de quatre ans. Ça commence à chiffrer. »

Face à ce big business se dressent des intérêts publics tout aussi considérables. D’où la revendication, portée de longue date par les syndicats notamment, de ne pas abandonner au seul marché la transition vers la voiture autonome. Un argument qui, de l’avis de Steven Latré, tient parfaitement la route. « Une chose ne fait aucun doute : il est crucial que les pouvoirs publics jouent un rôle très actif. »

[2]Vignette routière: la fausse bonne idée qui ne résoudra rien?



[1] https://daardaar.be/rubriques/politique/quand-une-ministre-flamande-doit-prouver-quelle-ne-sniffe-pas-de-coke/

[2] https://daardaar.be/rubriques/societe/vignette-routiere-la-fausse-bonne-idee-qui-ne-resoudra-rien/



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