Bart De Wever et le roi Philippe, un tandem au service de la Belgique
([Opinions, Politique] 2026-07-01 (De Tijd))
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Lors du sommet de l’OTAN organisé au début du mois à Ankara, la plupart des participants redoutaient surtout les imprévisibles réactions du président américain Donald Trump. Pour le Premier ministre Bart De Wever (N-VA), ces grandes réunions internationales sont avant tout l’occasion de mener, en coulisses, une multitude de discussions, petites ou grandes. Défendre les intérêts belges à l’étranger constitue en effet l’une des missions essentielles d’un chef de gouvernement.
Sur la scène européenne, Bart De Wever a d’ailleurs déjà démontré son habileté, notamment dans le dossier Euroclear. Il avait également joué un rôle important dans les tractations menées en coulisses, notamment auprès du propriétaire chinois, afin de préserver l’usine Volvo de Gand. Que les interlocuteurs soient chinois n’a pas semblé déranger : lorsqu’il est question de défendre les intérêts économiques de la Belgique, Bart De Wever ne fait pas la fine bouche.
Comme le rappelait déjà l’empereur romain Vespasien au Ier siècle après Jésus-Christ, l’argent n’a pas d’odeur ( pecunia non olet ). Lorsque son fils Titus s’indignait de l’impôt prélevé sur les urinoirs publics, Vespasien lui aurait tendu une pièce en lui demandant si elle sentait l’urine dont provenait cet argent.
Le roi Philippe, de son côté, ne rechigne pas davantage à soutenir les dossiers susceptibles de servir les intérêts du pays. Ce week-end, il assistait pour la première fois au Grand Prix de Belgique de Formule 1 sur le circuit de Spa-Francorchamps, où il a notamment visité les paddocks de Mercedes-AMG et Ferrari.
L’essentiel s’est toutefois joué loin des caméras : le souverain devait rencontrer Stefano Domenicali, président-directeur général de Formula One Group, ainsi que Mohammed Ben Sulayem, président de la Fédération internationale de l’automobile (FIA). Il entendait plaider auprès d’eux pour le maintien du Grand Prix de Belgique à Spa-Francorchamps, et surtout pour inscrire durablement cette épreuve au calendrier de la Formule 1.
[1]Monarchie : la réelle influence du roi Philippe
Ce 21 juillet, le roi Philippe prendra place aux côtés du Premier ministre Bart De Wever lors du défilé militaire de la fête nationale. Ensemble, ils assisteront notamment au premier survol des nouveaux avions de chasse américains F-35. Les critiques suscitées par les milliards investis dans la Défense à l’initiative du ministre Theo Francken (N-VA), alors même que le gouvernement réduit les dépenses consacrées aux pensions ou aux allocations de chômage, ne devraient guère troubler la fête nationale de notre souverain.
Depuis les élections de 2024, une véritable symbiose semble s’être installée entre le roi Philippe et le nationaliste flamand Bart De Wever, que le Palais a lui-même contribué à installer au poste de Premier ministre. Depuis lors, le souverain n’a commis aucun faux pas. Il accepte pleinement que Bart De Wever dirige l’action politique. Une attitude qui semble avoir préservé non seulement la stabilité de la Belgique, mais aussi celle de la monarchie.
Après la pause estivale, le Premier ministre et le roi devront cependant plus que jamais agir de concert pour préserver la stabilité du pays pendant la difficile recherche de 10 milliards d’euros d’économies. Le Palais devra toutefois faire preuve d’une extrême prudence si les négociations dégénèrent en partie de poker, comme lors de la précédente cure d’austérité. Il lui faudra éviter d’offrir malgré lui un terrain favorable à une remise en cause de l’unité du pays
Car si les discussions budgétaires échouaient, les tensions communautaires pourraient rapidement refaire surface. Le Parti socialiste est prêt à reprendre à la MR sa place de première force politique du sud du pays. Les nationalistes flamands pourraient alors délaisser leur agenda de réformes socio-économiques, aujourd’hui porté avec les libéraux francophones, pour revenir à leur projet confédéral, cette fois susceptible d’être négocié avec les socialistes francophones.
À l’automne, la recherche de 10 milliards d’euros d’économies pourrait ainsi se transformer en véritable partie de poker politique. Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, ne croit pas que Bart De Wever dispose d’un véritable plan B avec le PS. Pour réformer l’État, une majorité des deux tiers est indispensable, et celle-ci est impossible sans les libéraux. Georges-Louis Bouchez le sait parfaitement.
C’est pourquoi celui qui est aujourd’hui l’allié indispensable de Bart De Wever dans les réformes pourrait redevenir son interlocuteur le plus difficile. Qui est prêt à parier que, cette fois, Georges-Louis Bouchez acceptera finalement de nouvelles recettes de TVA ou d’autres hausses d’impôts destinées à combler les déficits budgétaires ? Et même si Bart De Wever franchissait cet automne cette étape budgétaire hors catégorie, la partie serait loin d’être gagnée.
[2]Mission économique : si le roi s’érige en trait d’union, c’est qu’il y a quelque chose à faire tenir
Après les vacances parlementaires pourrait en effet s’ouvrir un chantier encore plus délicat : celui de la réforme de la concertation salariale. Le sujet avait déjà été longuement abordé lors des négociations gouvernementales, mais les divergences entre gauche et droite sur l’indexation automatique des salaires et sur la loi de 1996 n’avaient pu être surmontées.
Le dossier avait finalement été renvoyé aux partenaires sociaux, où beaucoup pensaient qu’il finirait par s’enliser. Depuis plusieurs années, syndicats et organisations patronales ne parviennent plus à conclure d’accords sur les salaires. Ils affirment pourtant être aujourd’hui en mesure d’y parvenir.
Leur objectif est de reprendre la main sur les négociations salariales, cœur même de la concertation sociale. Ils se disent encouragés par l’accord inattendu qu’ils ont récemment trouvé autour d’une alternative au fameux « centenindex » proposé par le gouvernement qui vise à limiter l’indexation des salaires et des prestations sociales. Bart De Wever a toutefois rejeté la proposition des partenaires sociaux, estimant qu’elle menaçait la cohésion de la coalition Arizona. Pour les socialistes de Vooruit, il était hors de question de toucher au mécanisme d’indexation.
Si syndicats et employeurs revenaient cet automne avec une proposition commune de réforme de l’indexation automatique et de la loi de 1996 (celle par laquelle le Premier ministre Jean-Luc Dehaene (CD&V) avait fortement encadré les négociations salariales en obligeant les syndicats et le patronat à respecter un plafond maximal pour les augmentations (ndlr)), cette réforme pourrait bien constituer l’épreuve de trop pour la coalition réunissant la N-VA, le MR, Vooruit, le CD&V et Les Engagés. Croire que Vooruit se ralliera sans réserve à un accord conclu entre syndicats et patronat sur une modification de l’indexation automatique relève sans doute de l’illusion.
Chacun défend désormais son pré carré. Le fait que toute l’attention se concentre sur Bart De Wever, sans que celui-ci cherche véritablement à mettre en valeur les autres membres du gouvernement, nourrit des frustrations croissantes parmi ses partenaires flamands. Les dossiers sont de plus en plus liés les uns aux autres, chacun bloque les avancées de ses « rivaux », ce qui nuit au fonctionnement de l’ensemble du gouvernement. Une escapade à Tomorrowland serait-elle de nature à détendre l’atmosphère ?
[3]Flamands de droite et Wallons de gauche, vraiment ? Cette étude déconstruit les clichés
[1] https://daardaar.be/rubriques/opinions/monarchie-la-reelle-influence-du-roi-philippe/
[2] https://daardaar.be/rubriques/economie/mission-economique-si-le-roi-serige-en-trait-dunion-cest-quil-y-a-quelque-chose-a-faire-tenir/
[3] https://daardaar.be/rubriques/societe/flamands-de-droite-et-wallons-de-gauche-vraiment-cette-etude-deconstruit-les-cliches/
Sur la scène européenne, Bart De Wever a d’ailleurs déjà démontré son habileté, notamment dans le dossier Euroclear. Il avait également joué un rôle important dans les tractations menées en coulisses, notamment auprès du propriétaire chinois, afin de préserver l’usine Volvo de Gand. Que les interlocuteurs soient chinois n’a pas semblé déranger : lorsqu’il est question de défendre les intérêts économiques de la Belgique, Bart De Wever ne fait pas la fine bouche.
Comme le rappelait déjà l’empereur romain Vespasien au Ier siècle après Jésus-Christ, l’argent n’a pas d’odeur ( pecunia non olet ). Lorsque son fils Titus s’indignait de l’impôt prélevé sur les urinoirs publics, Vespasien lui aurait tendu une pièce en lui demandant si elle sentait l’urine dont provenait cet argent.
Le roi Philippe, de son côté, ne rechigne pas davantage à soutenir les dossiers susceptibles de servir les intérêts du pays. Ce week-end, il assistait pour la première fois au Grand Prix de Belgique de Formule 1 sur le circuit de Spa-Francorchamps, où il a notamment visité les paddocks de Mercedes-AMG et Ferrari.
L’essentiel s’est toutefois joué loin des caméras : le souverain devait rencontrer Stefano Domenicali, président-directeur général de Formula One Group, ainsi que Mohammed Ben Sulayem, président de la Fédération internationale de l’automobile (FIA). Il entendait plaider auprès d’eux pour le maintien du Grand Prix de Belgique à Spa-Francorchamps, et surtout pour inscrire durablement cette épreuve au calendrier de la Formule 1.
[1]Monarchie : la réelle influence du roi Philippe
Un retour de vacances parlementaires périlleux
Ce 21 juillet, le roi Philippe prendra place aux côtés du Premier ministre Bart De Wever lors du défilé militaire de la fête nationale. Ensemble, ils assisteront notamment au premier survol des nouveaux avions de chasse américains F-35. Les critiques suscitées par les milliards investis dans la Défense à l’initiative du ministre Theo Francken (N-VA), alors même que le gouvernement réduit les dépenses consacrées aux pensions ou aux allocations de chômage, ne devraient guère troubler la fête nationale de notre souverain.
Depuis les élections de 2024, une véritable symbiose semble s’être installée entre le roi Philippe et le nationaliste flamand Bart De Wever, que le Palais a lui-même contribué à installer au poste de Premier ministre. Depuis lors, le souverain n’a commis aucun faux pas. Il accepte pleinement que Bart De Wever dirige l’action politique. Une attitude qui semble avoir préservé non seulement la stabilité de la Belgique, mais aussi celle de la monarchie.
Après la pause estivale, le Premier ministre et le roi devront cependant plus que jamais agir de concert pour préserver la stabilité du pays pendant la difficile recherche de 10 milliards d’euros d’économies. Le Palais devra toutefois faire preuve d’une extrême prudence si les négociations dégénèrent en partie de poker, comme lors de la précédente cure d’austérité. Il lui faudra éviter d’offrir malgré lui un terrain favorable à une remise en cause de l’unité du pays
Car si les discussions budgétaires échouaient, les tensions communautaires pourraient rapidement refaire surface. Le Parti socialiste est prêt à reprendre à la MR sa place de première force politique du sud du pays. Les nationalistes flamands pourraient alors délaisser leur agenda de réformes socio-économiques, aujourd’hui porté avec les libéraux francophones, pour revenir à leur projet confédéral, cette fois susceptible d’être négocié avec les socialistes francophones.
À l’automne, la recherche de 10 milliards d’euros d’économies pourrait ainsi se transformer en véritable partie de poker politique. Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, ne croit pas que Bart De Wever dispose d’un véritable plan B avec le PS. Pour réformer l’État, une majorité des deux tiers est indispensable, et celle-ci est impossible sans les libéraux. Georges-Louis Bouchez le sait parfaitement.
C’est pourquoi celui qui est aujourd’hui l’allié indispensable de Bart De Wever dans les réformes pourrait redevenir son interlocuteur le plus difficile. Qui est prêt à parier que, cette fois, Georges-Louis Bouchez acceptera finalement de nouvelles recettes de TVA ou d’autres hausses d’impôts destinées à combler les déficits budgétaires ? Et même si Bart De Wever franchissait cet automne cette étape budgétaire hors catégorie, la partie serait loin d’être gagnée.
[2]Mission économique : si le roi s’érige en trait d’union, c’est qu’il y a quelque chose à faire tenir
L’indexation des salaires, éternelle pierre d’achoppement
Après les vacances parlementaires pourrait en effet s’ouvrir un chantier encore plus délicat : celui de la réforme de la concertation salariale. Le sujet avait déjà été longuement abordé lors des négociations gouvernementales, mais les divergences entre gauche et droite sur l’indexation automatique des salaires et sur la loi de 1996 n’avaient pu être surmontées.
Le dossier avait finalement été renvoyé aux partenaires sociaux, où beaucoup pensaient qu’il finirait par s’enliser. Depuis plusieurs années, syndicats et organisations patronales ne parviennent plus à conclure d’accords sur les salaires. Ils affirment pourtant être aujourd’hui en mesure d’y parvenir.
Leur objectif est de reprendre la main sur les négociations salariales, cœur même de la concertation sociale. Ils se disent encouragés par l’accord inattendu qu’ils ont récemment trouvé autour d’une alternative au fameux « centenindex » proposé par le gouvernement qui vise à limiter l’indexation des salaires et des prestations sociales. Bart De Wever a toutefois rejeté la proposition des partenaires sociaux, estimant qu’elle menaçait la cohésion de la coalition Arizona. Pour les socialistes de Vooruit, il était hors de question de toucher au mécanisme d’indexation.
Si syndicats et employeurs revenaient cet automne avec une proposition commune de réforme de l’indexation automatique et de la loi de 1996 (celle par laquelle le Premier ministre Jean-Luc Dehaene (CD&V) avait fortement encadré les négociations salariales en obligeant les syndicats et le patronat à respecter un plafond maximal pour les augmentations (ndlr)), cette réforme pourrait bien constituer l’épreuve de trop pour la coalition réunissant la N-VA, le MR, Vooruit, le CD&V et Les Engagés. Croire que Vooruit se ralliera sans réserve à un accord conclu entre syndicats et patronat sur une modification de l’indexation automatique relève sans doute de l’illusion.
Chacun défend désormais son pré carré. Le fait que toute l’attention se concentre sur Bart De Wever, sans que celui-ci cherche véritablement à mettre en valeur les autres membres du gouvernement, nourrit des frustrations croissantes parmi ses partenaires flamands. Les dossiers sont de plus en plus liés les uns aux autres, chacun bloque les avancées de ses « rivaux », ce qui nuit au fonctionnement de l’ensemble du gouvernement. Une escapade à Tomorrowland serait-elle de nature à détendre l’atmosphère ?
[3]Flamands de droite et Wallons de gauche, vraiment ? Cette étude déconstruit les clichés
[1] https://daardaar.be/rubriques/opinions/monarchie-la-reelle-influence-du-roi-philippe/
[2] https://daardaar.be/rubriques/economie/mission-economique-si-le-roi-serige-en-trait-dunion-cest-quil-y-a-quelque-chose-a-faire-tenir/
[3] https://daardaar.be/rubriques/societe/flamands-de-droite-et-wallons-de-gauche-vraiment-cette-etude-deconstruit-les-cliches/