Rapport confidentiel: les enseignants flamands ne sont pas moins bien payés que le privé
([Politique, Société] 2026-06-01 (Het Laatste Nieuws))
- Reference: 2026-06_kateryna-hliznitsova-547EgPtePjU-unsplash-255x170
- News link: https://daardaar.be/rubriques/societe/rapport-confidentiel-les-enseignants-flamands-ne-sont-pas-moins-bien-payes-que-le-prive/
- Source link: https://www.hln.be/binnenland/exclusief-deel-van-leerkrachten-verdient-bovengemiddeld-veel-geheim-rapport-legt-verschil-tussen-lonen-in-onderwijs-en-prive-bloot~a979a1a7/?referrer=https%3A%2F%2Fwww.google.com%2F&slug_rd=1
Pour un enseignant exerçant en Flandre, il n’y a guère de raison d’envier financièrement une carrière dans le secteur privé. Telle est la principale conclusion d’une étude commandée en 2024 par la ministre Zuhal Demir au cabinet de ressources humaines Hudson. Soucieuse de savoir si la politique salariale pouvait expliquer la pénurie d’enseignants, la ministre a demandé une comparaison détaillée entre les conditions de rémunération dans l’enseignement et celles du marché privé.
Le rapport a été remis en juin 2025, mais est resté confidentiel depuis lors. « Je ne souhaitais pas le rendre public avant les négociations relatives au nouveau pacte de carrière », explique aujourd’hui la ministre. Or ces discussions s’éternisent depuis des mois. Le quotidien HLN a pu consulter le document dans l’intervalle et en révèle aujourd’hui les principales conclusions.
L’intérêt de cette étude réside dans le fait qu’elle ne se limite pas aux salaires bruts. L’ensemble des avantages dont bénéficient les enseignants et les salariés du privé a été pris en compte. Pour l’économiste Kristof De Witte (KU Leuven), spécialisé dans ce domaine, cet aspect est essentiel.
« Tout a été intégré dans l’analyse, pas seulement le salaire. Même les avantages qui alimentent régulièrement les débats, ce qui permet d’obtenir une comparaison particulièrement complète. La dernière étude de ce type remontait à 2001. »
Pour les salariés du privé, Hudson a ainsi tenu compte des bonus, des chèques-repas, des voitures de société, des indemnités de frais ainsi que des pensions complémentaires financées par l’employeur. Pour les enseignants, les chercheurs ont intégré dans leurs calculs la nomination à titre définitif, les jours de congé supplémentaires, la pension de fonctionnaire et même l’indemnité mensuelle pour l’accès à internet.
Le verdict est globalement favorable aux enseignants. Qu’ils exercent dans l’enseignement maternel, primaire ou secondaire, leur rémunération est, en moyenne, conforme au marché. Autrement dit, ils gagnent à peu près autant qu’un salarié du privé disposant de compétences comparables.
Pour beaucoup, ces résultats seront sans doute surprenants, estime Kristof De Witte.
« L’idée selon laquelle les enseignants seraient sous-payés est très répandue. Or cette étude la remet sérieusement en question. Une recherche que nous avions menée l’an dernier à la KU Leuven pour le compte de la ministre allait déjà dans le même sens. L’enseignement flamand se défend plutôt bien face aux autres secteurs. »
Une partie du corps enseignant est même mieux lotie que les travailleurs du privé. C’est notamment le cas des enseignants du secondaire titulaires d’un diplôme de master. Selon Hudson, leur package salarial dépasse en moyenne de 11 % la zone de rémunération considérée comme conforme au marché dans le privé.
Les chercheurs estiment ainsi que ces salaires se situent « dans le haut du marché ». Concrètement, ces enseignants perçoivent une rémunération supérieure à la moyenne. S’ils quittaient l’enseignement pour exercer une fonction comparable dans une entreprise privée, ils risqueraient même de perdre une partie de leurs revenus.
Pour De Witte, cela ne pose aucun problème. « Les diplômés universitaires sont très recherchés sur le marché du travail et particulièrement difficiles à retenir dans l’enseignement. Les études précédentes l’ont déjà montré. Il existe donc de bons arguments pour les rémunérer davantage. »
[1]Vu de Flandre : « La grève est un droit, mais le droit à l’éducation l’est aussi »
L’étude met également en lumière l’équilibre relativement subtil qui caractérise la rémunération des enseignants. Certains avantages présents dans le privé leur échappent, mais ils sont compensés par d’autres dont seuls les membres du personnel enseignant bénéficient.
La nomination à titre définitif est l’exemple le plus frappant. Elle garantit une sécurité d’emploi que les salariés ordinaires ne possèdent pas. Les chercheurs lui attribuent une valeur équivalente à 5 % de l’ensemble du package salarial. À l’inverse, l’absence de bonus réduit également d’environ 5 % la valeur financière du package. Au final, les deux effets se compensent.
L’absence de voiture de société, de chèques-repas ou d’indemnités de frais pèse certes négativement dans la comparaison, mais Hudson estime que ces désavantages sont largement compensés par un salaire de base plus élevé, davantage de congés et une pension plus favorable.
Les chercheurs ont calculé que les enseignants bénéficient chaque année de 29 jours de congé supplémentaires par rapport aux salariés du privé. Quant à leur pension, sa valeur moyenne est estimée à 6,5 % de plus que celle de leurs homologues du privé, même après prise en compte des pensions complémentaires souvent accordées dans les entreprises.
Une précision importante s’impose toutefois : l’étude a été réalisée avant la réforme fédérale des pensions. Cet avantage de 6,5 % a donc pu être réduit depuis lors. Selon Hudson, cela ne modifierait cependant pas fondamentalement les conclusions de l’étude : même sans cet avantage pension, la rémunération globale des enseignants demeure compétitive.
Le constat est tout autre pour les directeurs d’établissement.
Selon Hudson, ils sont sous-rémunérés à pratiquement tous les niveaux. La situation est particulièrement marquée dans l’enseignement secondaire, où leur package salarial se situe de 24 à 28 % en dessous de la zone de rémunération observée pour des profils comparables dans le secteur privé.
Dans l’enseignement primaire, la situation n’est guère meilleure. Un directeur titulaire d’un master y gagne en moyenne 11 % de moins qu’un cadre exerçant dans le privé. Seuls les directeurs d’école fondamentale titulaires d’un bachelier bénéficient d’une rémunération conforme au marché.
Le rapport montre clairement que les entreprises privées rémunèrent mieux leurs cadres. « Elles disposent également de davantage de leviers, souligne Kristof De Witte. Elles peuvent octroyer des bonus et toute une série d’avantages extralégaux. Une large majorité des managers flamands bénéficient par exemple d’une voiture de société ou d’une rémunération variable en plus de leur salaire annuel brut. L’enseignement flamand ne peut pas offrir ce type d’avantages. »
Pour l’économiste, cette sous-rémunération des directeurs constitue un véritable problème. « Les recherches montrent que la qualité de la direction joue un rôle déterminant dans les performances d’une école. Les établissements souffrant d’un leadership insuffisant connaissent davantage de pénuries d’enseignants et obtiennent de moins bons résultats scolaires. Il est difficile de surestimer l’importance de cette fonction. »
Une « Commission des sages » avait déjà recommandé à la ministre de mieux rémunérer et soutenir les directions d’école. De Witte continue à défendre cette idée : « Il faudrait au minimum un écart de 35 % entre le package salarial d’un directeur et celui d’un enseignant afin d’attirer suffisamment de candidats compétents. »
[2]Enseignement flamand : une année scolaire qui commence déjà dans le rouge
Pour Kristof De Witte, cette étude constitue une base de réflexion importante pour la ministre Demir, les réseaux d’enseignement et les syndicats.
« Il apparaît clairement qu’un débat s’impose sur la rémunération des directions. Mais je peux aussi imaginer que ce rapport suscite des discussions sur l’organisation du travail des enseignants du secondaire. Puisqu’ils sont rémunérés au-dessus de la moyenne du marché, on peut se demander si leur charge de travail est aujourd’hui organisée de la manière la plus pertinente. »
L’étude souligne également l’importance des avantages spécifiques à l’enseignement.
« Les congés supplémentaires, la pension plus favorable ou encore la nomination à titre définitif jouent un rôle essentiel. Si vous supprimez ces éléments, le package salarial cesse d’être compétitif par rapport au secteur privé. Si l’on devait par exemple supprimer la nomination définitive, il faudrait la compenser par d’autres avantages, comme des chèques-repas. »
Pour l’économiste, le principal mérite du rapport est d’avoir enfin dressé un tableau complet de la situation. « Tout est désormais clairement chiffré. Reste à voir ce que les pouvoirs publics et le monde de l’enseignement décideront d’en faire. »
[3]Grèves dans l’enseignement francophone : alors, on n’est pas bien en Flandre ?
[1] https://daardaar.be/rubriques/societe/vu-de-flandre-la-greve-est-un-droit-mais-le-droit-a-leducation-lest-aussi/
[2] https://daardaar.be/rubriques/societe/enseignement-flamand-une-annee-scolaire-qui-commence-deja-dans-le-rouge/
[3] https://daardaar.be/rubriques/societe/greves-dans-lenseignement-francophone-alors-on-nest-pas-bien-en-flandre/
Le rapport a été remis en juin 2025, mais est resté confidentiel depuis lors. « Je ne souhaitais pas le rendre public avant les négociations relatives au nouveau pacte de carrière », explique aujourd’hui la ministre. Or ces discussions s’éternisent depuis des mois. Le quotidien HLN a pu consulter le document dans l’intervalle et en révèle aujourd’hui les principales conclusions.
Une comparaison particulièrement complète
L’intérêt de cette étude réside dans le fait qu’elle ne se limite pas aux salaires bruts. L’ensemble des avantages dont bénéficient les enseignants et les salariés du privé a été pris en compte. Pour l’économiste Kristof De Witte (KU Leuven), spécialisé dans ce domaine, cet aspect est essentiel.
« Tout a été intégré dans l’analyse, pas seulement le salaire. Même les avantages qui alimentent régulièrement les débats, ce qui permet d’obtenir une comparaison particulièrement complète. La dernière étude de ce type remontait à 2001. »
Pour les salariés du privé, Hudson a ainsi tenu compte des bonus, des chèques-repas, des voitures de société, des indemnités de frais ainsi que des pensions complémentaires financées par l’employeur. Pour les enseignants, les chercheurs ont intégré dans leurs calculs la nomination à titre définitif, les jours de congé supplémentaires, la pension de fonctionnaire et même l’indemnité mensuelle pour l’accès à internet.
Le verdict est globalement favorable aux enseignants. Qu’ils exercent dans l’enseignement maternel, primaire ou secondaire, leur rémunération est, en moyenne, conforme au marché. Autrement dit, ils gagnent à peu près autant qu’un salarié du privé disposant de compétences comparables.
Les titulaires d’un master particulièrement favorisés
Pour beaucoup, ces résultats seront sans doute surprenants, estime Kristof De Witte.
« L’idée selon laquelle les enseignants seraient sous-payés est très répandue. Or cette étude la remet sérieusement en question. Une recherche que nous avions menée l’an dernier à la KU Leuven pour le compte de la ministre allait déjà dans le même sens. L’enseignement flamand se défend plutôt bien face aux autres secteurs. »
Une partie du corps enseignant est même mieux lotie que les travailleurs du privé. C’est notamment le cas des enseignants du secondaire titulaires d’un diplôme de master. Selon Hudson, leur package salarial dépasse en moyenne de 11 % la zone de rémunération considérée comme conforme au marché dans le privé.
Les chercheurs estiment ainsi que ces salaires se situent « dans le haut du marché ». Concrètement, ces enseignants perçoivent une rémunération supérieure à la moyenne. S’ils quittaient l’enseignement pour exercer une fonction comparable dans une entreprise privée, ils risqueraient même de perdre une partie de leurs revenus.
Pour De Witte, cela ne pose aucun problème. « Les diplômés universitaires sont très recherchés sur le marché du travail et particulièrement difficiles à retenir dans l’enseignement. Les études précédentes l’ont déjà montré. Il existe donc de bons arguments pour les rémunérer davantage. »
[1]Vu de Flandre : « La grève est un droit, mais le droit à l’éducation l’est aussi »
La valeur de la nomination à titre définitif
L’étude met également en lumière l’équilibre relativement subtil qui caractérise la rémunération des enseignants. Certains avantages présents dans le privé leur échappent, mais ils sont compensés par d’autres dont seuls les membres du personnel enseignant bénéficient.
La nomination à titre définitif est l’exemple le plus frappant. Elle garantit une sécurité d’emploi que les salariés ordinaires ne possèdent pas. Les chercheurs lui attribuent une valeur équivalente à 5 % de l’ensemble du package salarial. À l’inverse, l’absence de bonus réduit également d’environ 5 % la valeur financière du package. Au final, les deux effets se compensent.
L’absence de voiture de société, de chèques-repas ou d’indemnités de frais pèse certes négativement dans la comparaison, mais Hudson estime que ces désavantages sont largement compensés par un salaire de base plus élevé, davantage de congés et une pension plus favorable.
Les chercheurs ont calculé que les enseignants bénéficient chaque année de 29 jours de congé supplémentaires par rapport aux salariés du privé. Quant à leur pension, sa valeur moyenne est estimée à 6,5 % de plus que celle de leurs homologues du privé, même après prise en compte des pensions complémentaires souvent accordées dans les entreprises.
Une précision importante s’impose toutefois : l’étude a été réalisée avant la réforme fédérale des pensions. Cet avantage de 6,5 % a donc pu être réduit depuis lors. Selon Hudson, cela ne modifierait cependant pas fondamentalement les conclusions de l’étude : même sans cet avantage pension, la rémunération globale des enseignants demeure compétitive.
Les directeurs d’école à la traîne
Le constat est tout autre pour les directeurs d’établissement.
Selon Hudson, ils sont sous-rémunérés à pratiquement tous les niveaux. La situation est particulièrement marquée dans l’enseignement secondaire, où leur package salarial se situe de 24 à 28 % en dessous de la zone de rémunération observée pour des profils comparables dans le secteur privé.
Dans l’enseignement primaire, la situation n’est guère meilleure. Un directeur titulaire d’un master y gagne en moyenne 11 % de moins qu’un cadre exerçant dans le privé. Seuls les directeurs d’école fondamentale titulaires d’un bachelier bénéficient d’une rémunération conforme au marché.
Le rapport montre clairement que les entreprises privées rémunèrent mieux leurs cadres. « Elles disposent également de davantage de leviers, souligne Kristof De Witte. Elles peuvent octroyer des bonus et toute une série d’avantages extralégaux. Une large majorité des managers flamands bénéficient par exemple d’une voiture de société ou d’une rémunération variable en plus de leur salaire annuel brut. L’enseignement flamand ne peut pas offrir ce type d’avantages. »
Pour l’économiste, cette sous-rémunération des directeurs constitue un véritable problème. « Les recherches montrent que la qualité de la direction joue un rôle déterminant dans les performances d’une école. Les établissements souffrant d’un leadership insuffisant connaissent davantage de pénuries d’enseignants et obtiennent de moins bons résultats scolaires. Il est difficile de surestimer l’importance de cette fonction. »
Une « Commission des sages » avait déjà recommandé à la ministre de mieux rémunérer et soutenir les directions d’école. De Witte continue à défendre cette idée : « Il faudrait au minimum un écart de 35 % entre le package salarial d’un directeur et celui d’un enseignant afin d’attirer suffisamment de candidats compétents. »
[2]Enseignement flamand : une année scolaire qui commence déjà dans le rouge
Un rapport qui ouvre le débat
Pour Kristof De Witte, cette étude constitue une base de réflexion importante pour la ministre Demir, les réseaux d’enseignement et les syndicats.
« Il apparaît clairement qu’un débat s’impose sur la rémunération des directions. Mais je peux aussi imaginer que ce rapport suscite des discussions sur l’organisation du travail des enseignants du secondaire. Puisqu’ils sont rémunérés au-dessus de la moyenne du marché, on peut se demander si leur charge de travail est aujourd’hui organisée de la manière la plus pertinente. »
L’étude souligne également l’importance des avantages spécifiques à l’enseignement.
« Les congés supplémentaires, la pension plus favorable ou encore la nomination à titre définitif jouent un rôle essentiel. Si vous supprimez ces éléments, le package salarial cesse d’être compétitif par rapport au secteur privé. Si l’on devait par exemple supprimer la nomination définitive, il faudrait la compenser par d’autres avantages, comme des chèques-repas. »
Pour l’économiste, le principal mérite du rapport est d’avoir enfin dressé un tableau complet de la situation. « Tout est désormais clairement chiffré. Reste à voir ce que les pouvoirs publics et le monde de l’enseignement décideront d’en faire. »
[3]Grèves dans l’enseignement francophone : alors, on n’est pas bien en Flandre ?
[1] https://daardaar.be/rubriques/societe/vu-de-flandre-la-greve-est-un-droit-mais-le-droit-a-leducation-lest-aussi/
[2] https://daardaar.be/rubriques/societe/enseignement-flamand-une-annee-scolaire-qui-commence-deja-dans-le-rouge/
[3] https://daardaar.be/rubriques/societe/greves-dans-lenseignement-francophone-alors-on-nest-pas-bien-en-flandre/