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  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

Transparence salariale : un tabou bien de chez nous

([Economie, Opinions] 2026-06-01 (Het Laatste Nieuws))


La patronne de Payflip, Maura Nachtergaele, affiche ouvertement son salaire. C’est évidemment un bon coup de pub pour sa société. Mais elle s’attaque aussi à un tabou tenace. D’ailleurs, les réactions qu’a suscitées son geste en disent long. Plutôt que d’être saluée pour sa transparence, elle reçoit une volée de bois vert sur les réseaux sociaux. D’aucuns estiment ainsi qu’avec un salaire de 10 000 euros brut par mois, il est impossible qu’elle soit réellement à la tête d’une grande entreprise. Comme si la Flandre ne reposait pas sur des milliers de PME. Comme si on n’était vraiment un dirigeant qu’à partir d’un certain niveau de rémunération. D’autres imaginent toutes sortes de montages : le salaire d’un PDG doit forcément être plus élevé que ce montant-là.

Ces réactions en disent davantage sur notre rapport à l’argent que sur la fiche de paie de la patronne de 33 ans. En Flandre, parler ouvertement de salaires reste tabou. La transparence a pourtant ses vertus. Le climat de méfiance s’en trouve apaisé et les promotions gagnent en clarté, par exemple. Elle permet aussi — et surtout — de mettre en lumière des inégalités persistantes, par exemple le fait qu’à fonctions égales, les femmes gagnent systématiquement moins que leurs collègues masculins. Enfin, briser le tabou des salaires des dirigeants devrait permettre de s’intéresser davantage à leurs responsabilités plutôt que de simplement les envier. Un patron est mieux payé, mais il porte aussi la charge des revenus de dizaines, voire de centaines de familles.

[1]Égalité salariale : beaucoup de bruit pour pas grand-chose ?

Cependant, la voie à suivre n’est pas celle d’un texte imposé d’en haut par l’Union européenne. Certes, la directive sur la transparence des rémunérations poursuit un noble objectif : l’égalité salariale entre les hommes et les femmes. Mais toutes les règles naissent d’une intention respectable. Et c’est précisément parce qu’elles sont trop nombreuses que les entreprises européennes étouffent. C’est pour cette raison que des chefs d’État ou de gouvernement européens veulent en simplifier ou en supprimer certaines. Quelle idée, alors, d’en rajouter une couche avec ce texte ? La loi sur la transparence des rémunérations promet un surcroît de charges et de paperasse. Quand on sait que la Commission européenne a dû organiser pas moins de cinq ateliers pour expliquer aux États membres comment transposer la directive, on devine que l’opération vire à l’usine à gaz.

Les règles sont une chose, mais une telle loi risque de cadenasser encore davantage la formation des salaires en Belgique. Or, selon des économistes comme [2]Gert Peersman , c’est déjà un frein à la productivité. La fameuse loi sur la norme salariale de 1996 fixe la marge dans laquelle les rémunérations peuvent évoluer. Et les employeurs redoutent que le texte européen n’ajoute encore de la rigidité au système et ne réduise les possibilités de récompenser individuellement les travailleurs.

La question n’est pas de savoir si la transparence peut être bénéfique. La question, c’est de savoir comment l’organiser. Il faut la laisser se développer dans les entreprises elles-mêmes,

avec l’adhésion des travailleurs. De là peut naître une autre culture d’entreprise. À l’inverse, si la transparence est imposée comme une obligation juridique, elle ne pourra que prendre la

forme d’un simple fichier Excel destiné aux RH et d’un énième dossier dans les placards du juriste d’entreprise.



[1] https://daardaar.be/rubriques/politique/egalite-salariale-beaucoup-de-bruit-pour-pas-grand-chose/

[2] https://daardaar.be/rubriques/economie/baisse-de-linflation-cinq-questions-pour-ne-pas-se-rejouir-trop-vite/



The eye is a menace to clear sight, the ear is a menace to subtle hearing,
the mind is a menace to wisdom, every organ of the senses is a menace to its
own capacity. ... Fuss, the god of the Southern Ocean, and Fret, the god
of the Northern Ocean, happened once to meet in the realm of Chaos, the god
of the center. Chaos treated them very handsomely and they discussed together
what they could do to repay his kindness. They had noticed that, whereas
everyone else had seven apertures, for sight, hearing, eating, breathing and
so on, Chaos had none. So they decided to make the experiment of boring holes
in him. Every day they bored a hole, and on the seventh day, Chaos died.
-- Chuang Tzu