Négociations avec les Talibans : « La seule option possible »
([Politique] 2026-06-01 (Het Laatste Nieuws))
- Reference: 2026-06_Belgaimage-178964599-255x170
- News link: https://daardaar.be/rubriques/politique/negociations-avec-les-talibans-la-seule-option-possible/
- Source link: https://www.hln.be/opinie/isolde-van-den-eynde-terwijl-sommigen-moord-en-brand-schreeuwen-over-de-taliban-in-brussel-maken-we-ons-straks-op-voor-een-economische-missie-naar-saoedi-arabie~a1754c11/
Les Talibans se sont installés à Bruxelles pour une journée afin de s’entretenir avec la Commission européenne. Et d’ici peu, la Belgique enverra une mission économique en Arabie saoudite. Avec le temps, va, tout s’en va…
Une visite des Talibans ? Oui, c’est une première. Une douloureuse première. Ce régime, nous l’avons combattu pendant vingt ans. Au sens propre du terme. Après vingt ans de guerre, les gouvernements occidentaux ont abandonné la lutte et en 2021, les extrémistes se sont retrouvés exactement là d’où l’Occident avait tenté de les chasser. Et cinq ans plus tard, les voici à Bruxelles. Donc oui, diplomatiquement, c’est une génuflexion face à des misogynes islamistes dont on préférerait se débarrasser. Mais il convient toutefois de se demander si la génuflexion est la pire des solutions.
L’invitation s’explique par les difficultés rencontrées par les États membres de l’UE pour gérer les Afghans déboutés du droit d’asile. En Belgique, c’est un organisme indépendant qui décide en matière d’asile, et non le gouvernement. Les personnes déboutées doivent en principe quitter le territoire. Mais sans coopération du régime afghan, ce n’est pas possible. Conséquence : on estime à 7 000 le nombre d’Afghans qui vivent aujourd’hui dans les zones grises de notre société. Comme l’Europe accorde presque toujours l’asile aux femmes afghanes, ce sont surtout des hommes. Cette situation n’est pas viable, et nos politiques, eux, font l’autruche. Quand une personne vit sans papiers, elle tombe rapidement dans la criminalité ou devient victime du trafic d’êtres humains. Pour sortir de cette impasse, il existe deux options. La première, c’est de discuter avec un régime que l’on abhorre. Quitte à participer à la normalisation des Talibans, oui. Car ce faisant, nous donnerons aux Talibans l’occasion de se gargariser de cette première visite éclair. On se bouche le nez, mais c’est du donnant-donnant.
[1]Taliban Airlines : symbole d’une Europe en panne de morale
L’autre option consiste à régulariser les demandeurs d’asile afghans déboutés, à leur donner des papiers. Et donc à piétiner les textes de loi et jeter aux oubliettes nos règles en matière d’immigration. L’Europe perdrait ainsi de facto le contrôle de ses frontières, tandis que des régimes tyranniques maîtriseraient les leurs. En effet, s’ils refusent de coopérer, tous leurs citoyens exilés recevront des papiers. C’est pourquoi vingt pays européens préfèrent malgré tout la piste du dialogue avec les Talibans. Le nez bouché. Le dilemme est cornélien, et c’est ce choix-là qui s’est imposé. Car jusqu’à présent, nous n’avons pas voulu voir ces personnes à qui on refusait de donner des papiers et qui disparaissaient sous les radars. Nous regardions ailleurs. Nous étions hypocrites.
Cette concertation avec les Talibans n’est pas un incident isolé. Prenons par exemple la mission économique que nous envoyons en Arabie saoudite. Exécutions, enfermement et torture de dissidents, liberté d’expression cadenassée, c’est le quotidien dans ces deux pays. L’Arabie saoudite n’est pas non plus connue pour son respect de l’égalité des genres. Mais alors que certains disent pis que pendre des négociations avec les Talibans à Bruxelles, nous nous préparons, sans que cela ne soit critiqué, à partir en mission économique en Arabie saoudite. Bienvenue au bal des hypocrites.
[1] https://daardaar.be/rubriques/opinions/taliban-airlines-symbole-dune-europe-en-panne-de-morale/
Une visite des Talibans ? Oui, c’est une première. Une douloureuse première. Ce régime, nous l’avons combattu pendant vingt ans. Au sens propre du terme. Après vingt ans de guerre, les gouvernements occidentaux ont abandonné la lutte et en 2021, les extrémistes se sont retrouvés exactement là d’où l’Occident avait tenté de les chasser. Et cinq ans plus tard, les voici à Bruxelles. Donc oui, diplomatiquement, c’est une génuflexion face à des misogynes islamistes dont on préférerait se débarrasser. Mais il convient toutefois de se demander si la génuflexion est la pire des solutions.
L’invitation s’explique par les difficultés rencontrées par les États membres de l’UE pour gérer les Afghans déboutés du droit d’asile. En Belgique, c’est un organisme indépendant qui décide en matière d’asile, et non le gouvernement. Les personnes déboutées doivent en principe quitter le territoire. Mais sans coopération du régime afghan, ce n’est pas possible. Conséquence : on estime à 7 000 le nombre d’Afghans qui vivent aujourd’hui dans les zones grises de notre société. Comme l’Europe accorde presque toujours l’asile aux femmes afghanes, ce sont surtout des hommes. Cette situation n’est pas viable, et nos politiques, eux, font l’autruche. Quand une personne vit sans papiers, elle tombe rapidement dans la criminalité ou devient victime du trafic d’êtres humains. Pour sortir de cette impasse, il existe deux options. La première, c’est de discuter avec un régime que l’on abhorre. Quitte à participer à la normalisation des Talibans, oui. Car ce faisant, nous donnerons aux Talibans l’occasion de se gargariser de cette première visite éclair. On se bouche le nez, mais c’est du donnant-donnant.
[1]Taliban Airlines : symbole d’une Europe en panne de morale
L’autre option consiste à régulariser les demandeurs d’asile afghans déboutés, à leur donner des papiers. Et donc à piétiner les textes de loi et jeter aux oubliettes nos règles en matière d’immigration. L’Europe perdrait ainsi de facto le contrôle de ses frontières, tandis que des régimes tyranniques maîtriseraient les leurs. En effet, s’ils refusent de coopérer, tous leurs citoyens exilés recevront des papiers. C’est pourquoi vingt pays européens préfèrent malgré tout la piste du dialogue avec les Talibans. Le nez bouché. Le dilemme est cornélien, et c’est ce choix-là qui s’est imposé. Car jusqu’à présent, nous n’avons pas voulu voir ces personnes à qui on refusait de donner des papiers et qui disparaissaient sous les radars. Nous regardions ailleurs. Nous étions hypocrites.
Cette concertation avec les Talibans n’est pas un incident isolé. Prenons par exemple la mission économique que nous envoyons en Arabie saoudite. Exécutions, enfermement et torture de dissidents, liberté d’expression cadenassée, c’est le quotidien dans ces deux pays. L’Arabie saoudite n’est pas non plus connue pour son respect de l’égalité des genres. Mais alors que certains disent pis que pendre des négociations avec les Talibans à Bruxelles, nous nous préparons, sans que cela ne soit critiqué, à partir en mission économique en Arabie saoudite. Bienvenue au bal des hypocrites.
[1] https://daardaar.be/rubriques/opinions/taliban-airlines-symbole-dune-europe-en-panne-de-morale/