Aide publique pour Volvo Gand: la Flandre en voie de «wallonisation»?
([Opinions, Politique] 2026-06-01 (De Standaard))
- Reference: 2026-06_Belgaimage-115518005-255x170
- News link: https://daardaar.be/rubriques/politique/aide-publique-pour-volvo-gand-la-flandre-en-voie-de-wallonisation/
- Source link: https://www.standaard.be/opinies/overheidssteun-voor-volvo-gent-vlaanderen-is-aan-het-walloniseren/156152323.html
Chaque réforme de l’État s’est accompagnée du même slogan : ce que nous (lire : La Flandre, ndlr) faisons nous-mêmes, nous le faisons mieux, et nous en tirons davantage de bénéfices. Aujourd’hui, plusieurs universitaires plaident pour une nouvelle réforme de l’État, mais avec un objectif radicalement différent : sauver les finances fédérales. Une intention louable, responsable, et parfaitement justifiée.
Autant dire d’emblée qu’elle a peu de chances d’aboutir. Pour la Flandre, les réformes institutionnelles n’ont jamais eu pour vocation de transférer davantage de dépenses fédérales vers le la Flandre. Bien au contraire : elles devaient permettre à la Flandre de disposer de davantage de moyens. Reconstituer aujourd’hui ce qui a été patiemment découpé revient à vouloir recoller un gâteau déjà partagé.
Ces réformes étaient aussi censées libérer la Flandre de ce que l’on présentait comme les travers wallons : étatisme, clientélisme, arrangements entre amis négociés autour de repas bien arrosés, culture politique dont le PS aurait porté l’art à son plus haut degré.
Certes, ce clientélisme à la sauce socialiste subsiste peut-être encore à Bruxelles. Mais en Flandre, il appartient largement au passé. Nul besoin aujourd’hui d’une carte de parti pour obtenir un logement social, ni même pour décrocher une nomination après avoir passé des nuits à coller des affiches électorales.
La question qu’on doit se poser est la suivante : une plus grande autonomie ne devait-elle pas également déboucher sur une meilleure gouvernance ? Sur une utilisation plus efficace de l’argent public ? Sur davantage de rigueur et d’évaluation, à l’image des Pays-Bas, où l’on préfère lorsqu’il s’agit de dépenser l’argent du contribuable les faits aux intuitions ?
[1]La Flandre et la Wallonie n’ont jamais été aussi proches
Force est de constater que ce n’est pas vraiment le cas en Flandre, où le gouvernement s’est certes appuyé sur certaines recommandations scientifiques, notamment en matière de politique de l’emploi, mais où la gouvernance « fondée sur le preuves » ( evidence-based policy making ) reste loin d’être systématique. Il suffit de consulter le Plan flamand de lutte contre la pauvreté : on n’y trouve pratiquement aucun objectif concret, encore moins de référence à des mesures dont l’efficacité aurait été démontrée. Il s’agit davantage d’un catalogue de bonnes intentions que d’une stratégie fondée sur des données probantes.
La Flandre ne s’est d’ailleurs jamais dotée d’un véritable bureau d’études socio-économiques comparable au Sociaal-Cultureel Planbureau néerlandais. Pourtant, savoir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas permet aussi d’économiser de l’argent. Au lieu de cela, une grande partie des politiques publiques continue d’être bricolée dans les cabinets ministériels, souvent tard dans la nuit, avec sur la table davantage de pizzas et de frites que d’analyses empiriques. La dernière déclaration de septembre du gouvernement flamand n’a d’ailleurs pas échappé à cette tradition.
Plus préoccupant encore : la Flandre semble incapable de se défaire de certains réflexes qui ont précisément conduit la Wallonie là où elle se trouve aujourd’hui.
Il y a quelques jours, on apprenait ainsi que le gouvernement flamand envisageait de mobiliser 119 millions d’euros en faveur de l’usine Volvo Cars Gent. Une formule commode qui donne l’impression que cet argent pousse sur les arbres, alors qu’il provient évidemment de la poche des contribuables.
Pourquoi soutenir une usine automobile ? Parce qu’elle emploie 6 500 personnes. Parce que l’industrie conserverait un statut quasi sacré.
C’est précisément ce type de raisonnement qui a longtemps prévalu en Wallonie. Pendant des décennies, des milliards d’euros ont été injectés dans des entreprises comme Caterpillar, alors que leur déclin paraissait inéluctable. L’industrie constituait la fierté régionale. Les emplois devaient être « sauvés ». Le résultat est connu : la Wallonie figure aujourd’hui parmi les régions les plus fragiles du continent en matière d’emploi.
[2]Chômage, monolinguisme, routes trouées : Alain Gerlache s’est penché sur les clichés sur la Wallonie
La recherche économique explique pourquoi. Retarder les ajustements ne fait souvent qu’aggraver les problèmes. Les aides publiques accordées à des entreprises condamnées se traduisent par une pression fiscale plus forte sur les entreprises et les travailleurs productifs. Elles freinent ainsi l’émergence de nouveaux acteurs innovants et limitent leur capacité à attirer les talents.
Le gouvernement flamand pourrait rétorquer que nous vivons désormais dans une époque où les subventions industrielles se généralisent. La « wallonisation » gagnerait même le monde entier. La Chine soutient massivement son industrie automobile, et Volvo, propriété chinoise, est habitué à ce type de mécanismes.
Mais la comparaison a ses limites. Produire des voitures dans un pays en industrialisation rapide comme la Chine n’est pas la même chose que maintenir artificiellement une activité dans un pays où l’automobile a progressivement disparu. Toutes les grandes usines automobiles belges ont fini par fermer. Aujourd’hui, les contribuables flamands sont invités à financer la bataille de Volvo Gand contre un concurrent slovaque. Et chacun sait probablement comment cette histoire se terminera.
Selon l’auteur, ces 119 millions d’euros seraient peut-être mieux investis dans des soins palliatifs que dans la prolongation artificielle d’une activité condamnée.
Pendant ce temps, la facture de la liaison Oosterweel (périphérique d’Anvers, ndlr) continue de grimper, le gouvernement flamand subventionne des aéroports régionaux déficitaires et investit également dans l’aéroport national. Avant d’imaginer une nouvelle réforme de l’État, la Flandre ferait peut-être bien de commencer par tenir les promesses des précédentes.
[3]La Wallonie n’existe pas. Amis flamands, croyez-moi, j’y suis allé.
[1] https://daardaar.be/rubriques/economie/la-flandre-et-la-wallonie-nont-jamais-ete-aussi-proches/
[2] https://daardaar.be/rubriques/societe/chomage-monolinguisme-routes-trouees-alain-gerlache-sest-penche-sur-les-cliches-sur-la-wallonie/
[3] https://daardaar.be/rubriques/culture-et-medias/la-wallonie-nexiste-pas-amis-flamands-croyez-moi-jy-suis-alle/
Autant dire d’emblée qu’elle a peu de chances d’aboutir. Pour la Flandre, les réformes institutionnelles n’ont jamais eu pour vocation de transférer davantage de dépenses fédérales vers le la Flandre. Bien au contraire : elles devaient permettre à la Flandre de disposer de davantage de moyens. Reconstituer aujourd’hui ce qui a été patiemment découpé revient à vouloir recoller un gâteau déjà partagé.
Ces réformes étaient aussi censées libérer la Flandre de ce que l’on présentait comme les travers wallons : étatisme, clientélisme, arrangements entre amis négociés autour de repas bien arrosés, culture politique dont le PS aurait porté l’art à son plus haut degré.
Certes, ce clientélisme à la sauce socialiste subsiste peut-être encore à Bruxelles. Mais en Flandre, il appartient largement au passé. Nul besoin aujourd’hui d’une carte de parti pour obtenir un logement social, ni même pour décrocher une nomination après avoir passé des nuits à coller des affiches électorales.
La question qu’on doit se poser est la suivante : une plus grande autonomie ne devait-elle pas également déboucher sur une meilleure gouvernance ? Sur une utilisation plus efficace de l’argent public ? Sur davantage de rigueur et d’évaluation, à l’image des Pays-Bas, où l’on préfère lorsqu’il s’agit de dépenser l’argent du contribuable les faits aux intuitions ?
[1]La Flandre et la Wallonie n’ont jamais été aussi proches
Force est de constater que ce n’est pas vraiment le cas en Flandre, où le gouvernement s’est certes appuyé sur certaines recommandations scientifiques, notamment en matière de politique de l’emploi, mais où la gouvernance « fondée sur le preuves » ( evidence-based policy making ) reste loin d’être systématique. Il suffit de consulter le Plan flamand de lutte contre la pauvreté : on n’y trouve pratiquement aucun objectif concret, encore moins de référence à des mesures dont l’efficacité aurait été démontrée. Il s’agit davantage d’un catalogue de bonnes intentions que d’une stratégie fondée sur des données probantes.
La Flandre ne s’est d’ailleurs jamais dotée d’un véritable bureau d’études socio-économiques comparable au Sociaal-Cultureel Planbureau néerlandais. Pourtant, savoir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas permet aussi d’économiser de l’argent. Au lieu de cela, une grande partie des politiques publiques continue d’être bricolée dans les cabinets ministériels, souvent tard dans la nuit, avec sur la table davantage de pizzas et de frites que d’analyses empiriques. La dernière déclaration de septembre du gouvernement flamand n’a d’ailleurs pas échappé à cette tradition.
Plus préoccupant encore : la Flandre semble incapable de se défaire de certains réflexes qui ont précisément conduit la Wallonie là où elle se trouve aujourd’hui.
Il y a quelques jours, on apprenait ainsi que le gouvernement flamand envisageait de mobiliser 119 millions d’euros en faveur de l’usine Volvo Cars Gent. Une formule commode qui donne l’impression que cet argent pousse sur les arbres, alors qu’il provient évidemment de la poche des contribuables.
Pourquoi soutenir une usine automobile ? Parce qu’elle emploie 6 500 personnes. Parce que l’industrie conserverait un statut quasi sacré.
C’est précisément ce type de raisonnement qui a longtemps prévalu en Wallonie. Pendant des décennies, des milliards d’euros ont été injectés dans des entreprises comme Caterpillar, alors que leur déclin paraissait inéluctable. L’industrie constituait la fierté régionale. Les emplois devaient être « sauvés ». Le résultat est connu : la Wallonie figure aujourd’hui parmi les régions les plus fragiles du continent en matière d’emploi.
[2]Chômage, monolinguisme, routes trouées : Alain Gerlache s’est penché sur les clichés sur la Wallonie
La recherche économique explique pourquoi. Retarder les ajustements ne fait souvent qu’aggraver les problèmes. Les aides publiques accordées à des entreprises condamnées se traduisent par une pression fiscale plus forte sur les entreprises et les travailleurs productifs. Elles freinent ainsi l’émergence de nouveaux acteurs innovants et limitent leur capacité à attirer les talents.
Le gouvernement flamand pourrait rétorquer que nous vivons désormais dans une époque où les subventions industrielles se généralisent. La « wallonisation » gagnerait même le monde entier. La Chine soutient massivement son industrie automobile, et Volvo, propriété chinoise, est habitué à ce type de mécanismes.
Mais la comparaison a ses limites. Produire des voitures dans un pays en industrialisation rapide comme la Chine n’est pas la même chose que maintenir artificiellement une activité dans un pays où l’automobile a progressivement disparu. Toutes les grandes usines automobiles belges ont fini par fermer. Aujourd’hui, les contribuables flamands sont invités à financer la bataille de Volvo Gand contre un concurrent slovaque. Et chacun sait probablement comment cette histoire se terminera.
Selon l’auteur, ces 119 millions d’euros seraient peut-être mieux investis dans des soins palliatifs que dans la prolongation artificielle d’une activité condamnée.
Pendant ce temps, la facture de la liaison Oosterweel (périphérique d’Anvers, ndlr) continue de grimper, le gouvernement flamand subventionne des aéroports régionaux déficitaires et investit également dans l’aéroport national. Avant d’imaginer une nouvelle réforme de l’État, la Flandre ferait peut-être bien de commencer par tenir les promesses des précédentes.
[3]La Wallonie n’existe pas. Amis flamands, croyez-moi, j’y suis allé.
[1] https://daardaar.be/rubriques/economie/la-flandre-et-la-wallonie-nont-jamais-ete-aussi-proches/
[2] https://daardaar.be/rubriques/societe/chomage-monolinguisme-routes-trouees-alain-gerlache-sest-penche-sur-les-cliches-sur-la-wallonie/
[3] https://daardaar.be/rubriques/culture-et-medias/la-wallonie-nexiste-pas-amis-flamands-croyez-moi-jy-suis-alle/