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  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

Ils ne diront plus jamais « À ce soir »

([Opinions, Société] 2026-05-01 (Het Laatste Nieuws))


Cela devait être un trajet scolaire ordinaire, un jour de semaine comme tant d’autres. Des parents ont laissé monter leurs adolescents dans le bus. L’accompagnatrice, âgée d’à peine 27 ans, a pris place à bord. Le chauffeur, 49 ans seulement, a démarré avant de percuter les barrières d’un passage à niveau. Deux adolescents, le chauffeur et l’accompagnatrice ne rentreront plus jamais à la maison. « À ce soir ? » Des mots à la résonance désormais tragique. Ce drame en a éclipsé un autre, le même matin sur l’E19. Un terrible accident de la route a coûté la vie à une personne et grièvement blessé quatre autres. Plus d’ « À ce soir » non plus pour cette victime.

Ministres et présidents de parti : tous ont exprimé leur compassion. L’émotion a aussi gagné le sud du pays. La famille royale a réagi, tout comme la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Antonio Costa. L’Europe partage le deuil de la Belgique. L’accident ne laisse personne indifférent, du plus anonyme au plus influent. Heureusement, la plupart des responsables politiques se sont contentés de messages en ligne. La communauté peut se passer d’une procession de ministres suivis de caméras sur les lieux du drame.

[1]Des radars pour remplir les caisses des communes, pas pour sauver des vies

Car après une telle tragédie, le temps se fige d’abord. Beaucoup sont sous le choc. Il faut réaliser ce qui vient de se passer, laisser la place au deuil. Ensuite viendront les questions politiques. Pour l’heure, chacun veut comprendre ce qui est arrivé au chauffeur. A-t-il fait un malaise ? A-t-il été aveuglé par le soleil ? Regardait-il son téléphone ? Mais après un accident d’une telle ampleur s’imposent aussi les analyses. Ce n’est pas le premier drame qui survient à un passage à niveau. L’an dernier encore, 29 s’y sont produits, malgré les nombreuses campagnes de prévention. Si notre pays devait aujourd’hui construire son réseau ferroviaire, il serait sans passages à niveau. Ils sont aussi désastreux pour la sécurité que pour la ponctualité. Les lignes à grande vitesse en sont déjà dépourvues, et certains ont déjà été supprimés. Mais les remplacer par des ponts ou des tunnels coûte des millions dans une Belgique densément bâtie et se heurte souvent à l’opposition des riverains. Notre pays veut-il, peut-il et ose-t-il faire ce choix ?

Les regards se tourneront bientôt aussi vers le transport scolaire de l’enseignement spécialisé. Car il faut remuer ciel et terre pour faire rouler les minibus destinés aux élèves de cet

enseignement. Jour après jour, les enfants les plus vulnérables de notre société — enfants porteurs d’un handicap physique, atteints d’autisme ou nécessitant des soins particuliers —

montent dans des bus pour des trajets parfois éprouvants. Les temps de parcours interminables sont un problème ancien. Les chauffeurs et accompagnateurs manquent. Les flexi-jobs

apportent certes un peu de répit, sans être la solution miracle.

[2]Dring Dring #3 : Les trajets en bus interminables de l’enseignement spécialisé flamand

L’accident de Buggenhout est peut-être un tragique coup du sort, mais il révèle toute la difficulté pour ces minibus de se frayer quotidiennement un chemin dans notre circulation pour assembler, jour après jour, un puzzle impossible. Cela demande un effort considérable des élèves, des accompagnateurs et du chauffeur. « À ce soir ? » Pour trop de personnes dans

ce bus, cette phrase de tous les jours s’est transformée en adieu. Et nous ne pouvons pas l’oublier.



[1] https://daardaar.be/rubriques/societe/des-radars-pour-remplir-les-caisses-des-c-ommunes-pas-pour-sauver-des-vies/

[2] https://daardaar.be/rubriques/societe/dring-dring-3-les-trajets-en-bus-interminables-de-lenseignement-specialise-flamand/



Money may buy friendship but money cannot buy love.