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  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

“Pas assez Belges”? Ces talents issus de la migration qui choisissent un autre destin

([Société, Sport] 2026-04-01 (De Standaard))


Rayane Bounida est né et a grandi à Vilvorde. Pendant des années, il a été l’un des plus beaux fleurons de la formation des jeunes à Anderlecht, avant d’être transféré à l’Ajax. La semaine dernière, il a décidé de manière définitive de jouer pour le Maroc plutôt que pour le pays où il est né. Des U16 jusqu’aux espoirs, il avait pourtant porté les couleurs de la Belgique.

Bounida est loin d’être le premier jeune footballeur à faire pareille volte-face : ces dernières années, d’autres prodiges du ballon rond tels que Kos ­Karetsas (Grèce), Bilal El Khannous (Maroc), Chemsdine Talbi (Maroc) et Noah Sadiki (Congo), entre autres, ont eux aussi tourné le dos à la Belgique. Sur le site web allemand Transfermarkt , ces jeunes joueurs possèdent une valeur marchande cumulée qui avoisine les 130 millions. Celle de Bounida n’est pour l’heure estimée qu’à 5 millions d’euros, mais il ne fait guère de doute qu’elle va très vite grimper.

Chaque fois qu’un espoir du football ayant la double nationalité décide de ne pas représenter la Belgique, le débat glisse aussitôt du sport vers l’identité. Pourquoi n’a-t-il pas choisi de jouer pour les Diables rouges ? Ne se sent-il pas Belge ? Ces interrogations refont surface à chaque nouveau cas, mais elles partent d’une prémisse erronée. Choisir l’équipe nationale que l’on veut représenter est un processus émotionnel. Pour Bounida également, la décision a été difficile, dit-on. En arrière-plan, on entend chaque fois circuler des rumeurs d’incitants financiers que les fédérations offriraient aux joueurs afin de tenter de les convaincre de se rallier à leur projet. Ces incitants jouent peut-être un rôle dans la décision finale, mais d’autres paramètres entrent en ligne de compte.

[1]Pourquoi beaucoup de Marocains d’Europe préfèrent jouer sous les couleurs du Maroc

Chadli et Fellaini



La percée de joueurs belgo-marocains est un phénomène relativement récent dans le football belge. Dans les années quatre-vingts, Momo Lashaf, qui avait fait ses classes à Anderlecht avant de porter les vareuses de l’Antwerp et du Standard, avait été le premier Belge d’origine marocaine à évoluer en première division, mais sans jamais réellement être en position de revendiquer une convocation chez les Diables rouges. Nordin Jbari fera mieux dans les années nonante en devenant le premier Belge d’origine marocaine à porter la vareuse noir-jaune-rouge (deux caps).

Avec Nacer Chadli et Marouane Fellaini, on entre dans une nouvelle dimension. Ces deux joueurs ont en effet grandement contribué à la brillante épopée des Diables rouges lors de la coupe du monde 2018. Avant d’opter pour la Belgique, Chadli avait disputé un match amical avec le Maroc. Quant à Fellaini, il revêtira finalement 87 fois le maillot des Diables rouges tout en faisant la pluie et le beau temps dans tous les clubs où il évoluera. Pour l’un comme pour l’autre, jouer pour la Belgique plutôt que pour le Maroc n’a pas été une décision facile. Tant Chadli que Fellaini ont subi une forte pression morale de la part du Maroc mais sportivement parlant, leur choix était logique : il y a quinze ans, les Lions de l’Atlas ne jouaient pas dans la même cour que les Diables rouges.

Aujourd’hui, la donne est différente : l’équipe nationale marocaine a pris du galon et le Maroc a beaucoup investi en infrastructures et dans la professionnalisation de sa fédération dans l’optique, entre autres, de la coupe du monde 2030 qu’il organisera avec l’Espagne et le Portugal. Sous l’impulsion de son directeur technique, le Belge Chris Van Puyvelde, la fédération marocaine s’est pliée en quatre pour convaincre des joueurs issus de la diaspora marocaine de porter la vareuse des Lions de l’Atlas. Ces efforts se sont révélés payants puisque l’équipe qui a terminé quatrième à la coupe du monde 2022 comptait dans ses rangs, outre El Khannous, des éléments tels qu’Anass Zaroury, Ilias Chair et Selim Amallah, qui ont tous vu le jour, grandi et été formés en Belgique, ainsi que plusieurs joueurs issus de la diaspora marocaine en France et aux Pays-Bas.

Le choix de Bounida en faveur du Maroc est donc plus facile à comprendre, mais cela n’empêche pas le débat de déraper de nouveau. Sur les réseaux sociaux, une certaine Flandre s’est répandue, comme on pouvait s’y attendre, en commentaires indignés et autres insinuations racistes. En filigrane, on retrouve toujours la même question : si beaucoup de joueurs choisissent de représenter le pays de leurs parents ou de leurs grands-parents, cela ne prouve-t-il pas que l’intégration est un échec ? En réalité, c’est tout le contraire.

Des décennies durant, le débat sur l’intégration a été fortement dominé par les chiffres de l’enseignement. Le faible niveau d’instruction des enfants de migrants était considéré comme la preuve la plus manifeste de l’existence d’un problème d’intégration. Les chiffres à cet égard n’incitent toujours pas à un optimisme béat, mais les choses sont en train de changer avec la troisième génération, où l’on observe de plus en plus de profils hautement qualifiés, polyglottes et qui n’hésitent pas à embrasser une carrière internationale. Cette tendance se dessine non seulement dans le football, mais également dans des secteurs tels que la technologie, la consultance, la science et l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, les enfants de la migration qui réussissent ne sont plus du tout des exceptions.

[2]Le Maroc gagne sur le terrain, mais écorne sérieusement son image en dehors

« Pas des vrais Belges »



Si vous vous rendez à Molenbeek, par exemple, pratiquement tous les trentenaires issus de la migration que vous rencontrerez vous parleront de copains de leur âge et d’amis d’enfance partis travailler à Londres, à Dubaï, à Montréal ou aux USA. Il s’agit souvent de travailleurs actifs dans la haute technologie, avec un profil qui serait très intéressant pour l’économie et le marché du travail belges. Plusieurs raisons expliquent leur départ. L’argent joue bien entendu un rôle. À diplôme égal, le salaire est souvent nettement plus attractif à l’étranger. Qui plus est, dénicher un emploi bien rémunéré est encore et toujours plus facile à l’étranger qu’en Belgique. Mais un autre élément a également son importance : nombre de ces jeunes professionnels décident de s’expatrier afin d’échapper au débat public dans un pays où ils continuent d’être réduits à la question de leur origine. Pour beaucoup, les discussions sans fin à propos de l’identité, de la loyauté et des « vrais Belges » constituent une sorte de bruit de fond permanent alors qu’ils ne veulent qu’une chose : progresser sur l’échelle socioéconomique.

À cet égard, les footballeurs avec une double nationalité sont la partie visible d’une évolution sociétale plus large. Tout comme un ingénieur bruxellois hautement qualifié peut donner un coup d’accélérateur à sa carrière en allant travailler dans la Silicon Valley, un footballeur possédant plusieurs nationalités peut opter pour le projet d’équipe nationale qu’il jugera le plus attrayant. Il n’en demeure pas moins regrettable de se dire que des joueurs du calibre d’El Khannous, de Karetsas ou de Bounida n’enfileront jamais le maillot des Diables rouges, car ils auraient donné à notre équipe nationale un élan qui lui fait défaut aujourd’hui.

Le fait que les règles actuelles de la Fifa autorisent un joueur à changer d’équipe nationale jusqu’à un âge relativement élevé continue de poser problème. Cela crée un climat malsain, avec des fédérations qui essaient de convaincre des joueurs d’opter pour leur projet, font du lobbying ou les mettent sous pression. La conséquence est qu’un choix sportif personnel dégénère toujours en débat de société stérile sur les questions d’identité et de loyauté. C’est pourquoi la Fifa devrait clarifier les règles en matière de choix en faveur d’une équipe nationale. Tant que cette clarté fera défaut, des décisions telles que celle de Bounida donneront toujours lieu à des commentaires qui parasiteront le débat et ne feront pas avancer le schmilblick.

[3]D’allochtone à expatriée : une promotion ?



[1] https://daardaar.be/rubriques/sport/pourquoi-beaucoup-de-marocains-deurope-preferent-jouer-sous-les-couleurs-du-maroc/

[2] https://daardaar.be/rubriques/sport/le-maroc-gagne-sur-le-terrain-mais-ecorne-serieusement-son-image-en-dehors/

[3] https://daardaar.be/rubriques/societe/dallochtone-a-expatriee-une-promotion/



There was, it appeared, a mysterious rite of initiation through which,
in one way or another, almost every member of the team passed. The term
that the old hands used for this rite -- West invented the term, not the
practice -- was `signing up.' By signing up for the project you agreed
to do whatever was necessary for success. You agreed to forsake, if
necessary, family, hobbies, and friends -- if you had any of these left
(and you might not, if you had signed up too many times before).
-- Tracy Kidder, "The Soul of a New Machine"