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  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

Premier citoyen de Belgique, Peter De Roover n’a pas renoncé au rêve flamand

([Opinions, Politique] 2026-04-01 (De Standaard))


Grand hall du Palais des Nations, en haut du célèbre escalier menant à l’hémicycle. « Entre vous et moi, je m’étonne encore régulièrement de la carrière qui a été la mienne », confie d’emblée le vétéran de la N-VA Peter De Roover (63 ans). Son passage en ces lieux sera prochainement immortalisé par un portrait, placé aux côtés de ses illustres prédécesseurs. Un comble pour cet ancien militant du Vlaamse Volksbeweging (VVB), qui s’est pourtant parfaitement reconverti en président de la Chambre des représentants et, à ce titre, en premier citoyen de Belgique.

Le nationaliste flamand que vous êtes se sent-il à l’aise dans ce fauteuil, le plus important du pays?

À l’aise… Disons que cette institution gère de nombreuses compétences qui sont essentielles pour les Flamands, comme les pensions, la fiscalité ou la défense. La N-VA doit donc veiller à être présente en nombre dans cette enceinte. Je donne régulièrement des conférences dans nos sections locales, où j’explique toujours la différence entre la Flandre et les Flamands. La Flandre ne gère qu’une partie des compétences qui concernent les Flamands, et pas les plus importantes. Pour cela, il faut être ici, au Parlement fédéral. La réalité est ce qu’elle est.

Il reste selon vous nécessaire de le rappeler à vos militants?

Quand on explique la situation, tout le monde comprend les enjeux. Personne ne pense que nous devrions truster cette instance.

Pourtant, on ne peut nier que cette enceinte reste très éloignée des idées les plus radicales avec lesquelles vous-mêmes et la N-VA êtes entrés en politique….

C’est une question délicate, car je me considère fondamentalement comme anti-révolutionnaire. Les révolutions sont intéressantes à étudier, les livres qui traitent de ce sujet sont fascinants, mais les soulèvements suscitent toujours des frustrations. Bien sûr, nous voulons que le plus grand nombre de compétences possible soient transférées à la Flandre. Mais pour l’instant, il existe très peu de leviers pour y parvenir. Il faut trouver des majorités politiques, et les esprits ne sont pas mûrs aujourd’hui. Nos alliés au sud du pays (les partis de la coalition, à savoir le MR et Les Engagés , ndlr) sont peut-être des alliés sur le plan socio-économique, mais ils ne le sont certainement pas sur le plan institutionnel. Regardez les difficultés que nous avons rencontrées autour de la suppression du Sénat, alors qu’il ne s’agissait encore que d’un détail.

[1]« Chaleureux », « inclusif », « au centre » : voilà comment la N-VA se présente aux francophones

En attendant, vous vous contentez d’occuper le fort?

« Nous nous heurtons à des limites, ce que je m’efforce de faire comprendre à notre base. Nous sommes le plus grand parti de Flandre et le plus grand parti de Belgique. Or nous avons, même en comptant Jean-Marie Dedecker, à peine 24 sièges sur 150 à la Chambre. Il ne faut donc pas promettre aux gens des choses que l’on ne peut pas réaliser.

La N-VA a fait le choix de la realpolitik, mais cette approche ne nuit-il pas au sentiment nationaliste en Flandre?

Le sentiment d’appartenance classique, celui qui consiste à se sentir flamand, ne diminue pas au sein de la population. En revanche, la politisation de ce sentiment, qui a tant posé problème dans le contexte belge, s’atténue. Nous ne vivons plus dans la Belgique d’autrefois, notre marche à travers les institutions est clairement un succès. Et pourtant, aujourd’hui encore, nous continuons à nous heurter aux limites de cette structure étatique. Nous le constatons souvent au sein de notre bureau de parti, ce que notre présidente Valerie Van Peel souligne également.

« Dans la Belgique actuelle, même Bart De Wever atteint ses limites » et « c’est se battre contre des moulins à vent », déclarait récemment cette dernière dans le quotidien Het Nieuwsblad. On a connu plus convaincant, comme succès…

La différence essentielle avec le gouvernement De Croo, c’est que le gouvernement De Wever dispose d’un agenda de réformes ambitieux, dont il en a déjà mis une grande partie en œuvre. En réalité, le gouvernement est déjà allé au-delà de l’accord de coalition, avec de nouveaux défis à relever. Mais soyons honnêtes : l’homogénéité de cette coalition Arizona (avec la N-VA, Vooruit, le CD&V, le MR et Les Engagés, ndlr) a été surestimée après les élections.

Par De Wever également?

Bart, trop optimiste? Voilà un reproche qu’on ne lui a encore jamais adressé ! ( rires ) De mon côté, je suis toujours resté assez serein. Certains en étaient même venus à penser que toute personne en Belgique francophone qui ne votait pas pour le PS était en quelque sorte un demi-sympathisant de la N-VA.

Le réveil a été brutal. C’est précisément le MR, votre supposé allié socio-économique, qui freine aujourd’hui le plus. Qu’avez-vous pensé en voyant son président, Georges-Louis Bouchez, s’en prendre ouvertement à De Wever au Parlement?

En tant que président de la Chambre, j’apprécie les caractères forts et les débats houleux. En tant que membre de la N-VA, évidemment, un peu moins. Cela ne fait pas avancer la discussion, mais ce n’est pas à moi d’expliquer à Bouchez comment faire de la politique. Je suis déjà heureux que Valerie Van Peel, notre présidente, reste un peu au-dessus de la mêlée et ne se demande pas chaque soir si elle a lancé une nouvelle idée dans la journée. Pour le reste, les groupes de l’Arizona sont assez disciplinés. La majorité des parlementaires parvient à travailler dans un climat relativement serein.

« Si nous ne pouvons pas réformer profondeur, ce jeu n’en vaut pas la chandelle pas », a un jour déclaré De Wever, ce qui alimente les spéculations selon lesquelles la N-VA envisagerait des élections anticipées pour renforcer encore son mandat.

Il faut se méfier des calculs politiques, et j’ignore si Bart lui-même compte vraiment sur pareil scénario. Ce que je sais, en revanche, c’est qu’il est pleinement engagé dans le jeu gouvernemental des compromis. Bart a lui-même dit qu’il lui faudrait dix ans pour mener à bien sa politique de redressement. Mais le gouvernement Arizona doit tout de même aboutir à quelque chose. Il ne veut pas seulement porter la carte de visite de Premier ministre pendant dix ans, son ambition va bien au-delà.

Pensez-vous toujours que ce gouvernement pourra trouver cinq milliards d’euros à l’automne et aller au bout de la législature?

Ce que je peux prédire, c’est que ce gouvernement restera une guimbarde qui crachote et qui couine tout au long du périple ! Mais, à ce qu’il paraît, ce sont celles-là qui durent le plus longtemps. » ( sourire )

Rouler des années dans un tacot qui grince n’est pas une perspective très réjouissante.

Certes, mais tant que la machine continue d’avancer… Je pense malgré tout qu’il serait bon pour ce gouvernement que tous les partis cessent de communiquer comme si des élections se tenaient chaque week-end.

A ce propos, avec sa métaphore du « chameau qui pue » (à propos de la réforme de la TVA, ndlr), Bart ne s’est pas rendu service. Une métaphore savoureuse dont Bart a le secret, mais qui le poursuit aujourd’hui. Au point qu’il ne parvient plus à s’en débarrasser, l’odeur de ce chameau s’est propagée partout ! Or, cette réforme de la TVA étai le résultat d’un compromis, même s’il s’agissait d’un compromis peu réussi.

[2]« L’occupation du fort » : voici la stratégie de la N-VA pour conquérir la Belgique

À choisir, n’espérez-vous pas, au fond, que le PS redevienne le premier parti du côté francophone, afin de pouvoir relancer la question institutionnelle?

Avec le PS, il est impossible de mener une politique socio-économique cohérente. Mon côté rêveur me dit qu’il serait magnifique que les électeurs redistribuent les cartes de telle sorte que nous nous retrouvions dans une position de négociation incontournable sur le plan institutionnel. Mais les rêves restent des rêves ! ( rires ) Le réaliste en moi se dit qu’il serait tout aussi beau de pouvoir poursuivre l’expérience Arizona pendant dix ans.

Vous donnez presque l’impression que, pour des politiques, avoir des rêves a un côté honteux.

Le problème, c’est surtout que les politiques ont aujourd’hui tendance à se présenter comme des machines à solutions. Notre pouvoir est surestimé, il y a des limites, tout simplement. Le fossé entre la rue de la Loi et la rue du Village est avant tout un fossé entre les attentes et les réalisations finales. Oui, nous pouvons toujours faire davantage, mais peut-être devrions-nous aussi créer un peu moins d’attentes.

Par exemple?

En tant que président de la Chambre, je n’ai pas à m’exprimer sur le sujet, mais regardez la crise énergétique. Lorsque les prix flambent au niveau international, nous ne devons pas donner ici l’impression qu’il existerait quelque part une manne d’argent permettant de tout résoudre. Nous sommes en train de nous appauvrir. En tant que responsable politique, il faut avoir l’honnêteté et le courage de le dire aux citoyens. Et en Belgique, notre réserve financière est épuisée depuis longtemps. Sur ce point, la N-VA est la plus réaliste. Mais, évidemment, ce genre de discours ne fait pas battre le tambour dans les rues.

Revenons à cette vénérable institution : êtes-vous satisfait, en tant que président de la Chambre, du parlement belge?

Tout peut toujours être amélioré. J’ai moi-même lancé ce que j’appelle l’algorithme De Roover, que je recommande à tout le monde. Avant de prendre une initiative, les parlementaires devraient se poser quatre questions. Le problème de départ constitue-t-il réellement un problème? Ce problème doit-il être résolu par « le politique » ou le citoyen peut-il le résoudre lui-même? La solution proposée résout-elle effectivement le problème? Et cette solution vaut-elle les nouveaux problèmes qu’elle engendre? Si nous appliquions ces quatre questions, 80 % des initiatives parlementaires pourraient être écartées. Et nous pourrions alors travailler plus sérieusement sur les 20 % d’initiatives réellement pertinentes.

[3]Entretien avec Anneleen Van Bossuyt (N-VA), ministre de l’Asile et de la Migration. «La Belgique a été trop longtemps un pays de Cocagne. Il était temps que les choses changent»

Y a-t-il donc tant de travail inutile au Parlement?

Nous sommes tout simplement beaucoup trop nombreux ! Plus il y a de parlementaires, plus le Parlement est affaibli. Aujourd’hui, chacun veut se montrer et donner sur les réseaux sociaux l’impression qu’il résout quelque chose, alors que ses propositions n’aboutiront très probablement jamais. Cela absorbe énormément d’énergie que nous ferions mieux de consacrer à des problèmes plus importants.

Quel serait, selon vous, le nombre idéal de parlementaires?

« Très franchement? Une cinquantaine. Cinquante personnalités fortes et responsables. Pas des démagogues et encore moins des suiveurs dont l’avis change au gré du vent. Des gens qui ont l’instinct et le cran de dire : nous allons faire ceci et ne pas faire cela. Et il faudrait en outre donner à chacun de ces cinquante parlementaires un petit cabinet de collaborateurs. Aujourd’hui, un parlementaire n’a droit qu’à un seul collaborateur. Dans ces conditions, ils sont relativement impuissants face aux administrations fédérales et aux cabinets ministériels qui débordent de personnel. Même si ces cabinets ont déjà été quelque peu réduits par ce gouvernement.

Le gouvernement témoigne-t-il aujourd’hui d’un respect suffisant envers le Parlement? Bart De Wever est parfois critiqué pour son absence lors de débats importants.

Je vais reprendre une formule que j’ai déjà utilisée : « On n’attire pas De Wever au Parlement à coup de bâton, mais une fois qu’il y est, on ne le fait pas sortir à coup de bâton. » C’est un débatteur né, qui rend coup pour coup lors les débats parlementaires. Un Premier ministre peut parfois choisir les débats auxquels il participe lui-même et ceux qu’il délègue. Il doit rester prudent. Je pense néanmoins qu’il pourrait parfois monter davantage lui-même au créneau. En tant que président de la Chambre, j’insiste également sur ce point.

En tant que président, parvenez-vous à entretenir de bonnes relations avec tous les parlementaires?

J’essaie d’entretenir des relations respectueuses et si possible cordiales avec chacune et chacun, et je pense que c’est apprécié. Je ne prétends pas que la N-VA est le parti le plus engageant de l’échiquier politique. Il y a, au PS, des membres aussi très agréables, si pas plus, que certains membres de la N-VA. Le chef de groupe Pierre-Yves Dermagne, par exemple. Et j’entretiens également de bonnes relations avec le président du PTB, Raoul Hedebouw. Je lui ai même demandé de me prévenir un jour à l’avance lorsque sa glorieuse révolution communiste éclatera, afin que je puisse quitter le pays à temps ! Il m’a promis de le faire. Vous voyez comme il est important d’entretenir de bons contacts avec tout le monde. » ( rires )

[4]27 ans d’écart, le couple N-VA qui incarne la politique spectacle à la flamande



[1] https://daardaar.be/rubriques/politique/chaleureux-inclusif-au-centre-voila-comment-la-n-va-se-presente-aux-francophones/

[2] https://daardaar.be/rubriques/politique/loccupation-du-fort-voici-la-strategie-de-la-n-va-pour-conquerir-la-belgique/

[3] https://daardaar.be/rubriques/politique/entretien-avec-anneleen-van-bossuyt-n-va-ministre-de-lasile-et-de-la-migration-la-belgique-a-ete-trop-longtemps-un-pays-de-cocagne-il-etait-temps-que-les-choses-changent/

[4] https://daardaar.be/rubriques/culture-et-medias/27-ans-decart-le-couple-n-va-qui-incarne-la-politique-spectacle-a-la-flamande/



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