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  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

Anneleen Van Bossuyt, la ministre au-dessus des lois

([Opinions, Politique] 2026-03-01 (De Morgen))


« Je fais ce que je veux. » Voilà comment on pourrait, en quelques mots, résumer la politique d’Anneleen Van Bossuyt, ministre (N-VA) en charge de l’Asile et de la Migration. Un juge la rappelle à l’ordre ? Qu’à cela ne tienne, elle persiste et signe. Sa politique migratoire, qu’elle qualifie elle-même de « la plus rigoureuse jamais menée dans ce pays », donne surtout l’impression qu’elle ignore complètement que les demandeurs d’asile ont, eux aussi, des droits.

Depuis cet été, les demandeurs d’asile ne peuvent plus être accueillis dans notre pays s’ils ont obtenu au préalable une forme de protection dans un autre État membre de l’UE. Alors que font-ils ? Ils dorment dans la rue. Selon Anneleen Van Bossuyt, vu que ces migrants pourraient simplement retourner d’où ils viennent, c’est qu’ils le veulent bien. La ministre oublie un détail plutôt crucial : ces demandeurs d’asile viennent précisément chez nous parce qu’ils dormaient déjà dans la rue dans leur « premier » pays. Qui choisirait de passer la nuit sur un sol glacé par pur plaisir ?

La semaine dernière, la mesure en question a fait l’objet d’une suspension par la Cour constitutionnelle, qui a demandé à la Cour de justice de l’Union européenne si une telle décision était réellement recevable. Dans l’attente de cet avis, Mme Van Bossuyt ne peut refuser l’accueil à ce groupe précis de demandeurs d’asile.

« Je fais ce que je veux. »

Mais l’intéressée n’en a cure. Même pas une semaine après la décision de la Cour constitutionnelle, un nouvel article de loi est tombé du ciel, qui lui permettrait malgré tout de parvenir à ses fins. Quelle étonnante coïncidence ! Ou peut-être pas : le raisonnement mis en avant par Van Bossuyt pour justifier sa décision avait déjà été utilisé par ses avocats dans la procédure devant la Cour constitutionnelle ; soit précisément celui que l’Europe a été invitée à examiner.

La ministre le sait évidemment très bien. D’ici à ce que cette nouvelle décision soit à son tour bloquée, elle pourra encore un bon moment faire ce qu’elle n’a pas le droit de faire, mais qu’elle veut faire quand même. Il importe d’agir de la sorte, justifie la ministre elle-même, car ces mesures « produisent leurs effets ».

Mme Van Bossuyt est passée maître dans l’art d’ignorer les décisions des tribunaux. Elle en a fait un passe-temps. Il y a quelque temps, elle avait déjà refusé de payer les millions d’euros d’astreintes lorsque des demandeurs d’asile s’étaient vu évincer à tort. Ces astreintes sont toujours impayées à ce jour. Selon la justice, il faudra bien les payer un jour. Mais la ministre n’en fait qu’à sa tête et ne paie donc pas. Personne ne l’admettra publiquement, mais même au 16, rue de la Loi, on constate que l’État de droit ne semble plus s’appliquer aux demandeurs d’asile.

[1]Taliban Airlines : symbole d’une Europe en panne de morale

Pourtant, les choses ne fonctionnent pas ainsi. Les ministres sont soumis aux mêmes lois et aux mêmes règles que le reste de la population. Et jusqu’à nouvel, les sans-abri, quand bien même viennent-ils d’un autre continent, ne sont pas encore des hors-la-loi. Une ministre qui décide d’ignorer les tribunaux au motif que sa politique « produit ses effets »… Jusqu’où cette logique peut-elle mener ?

Désormais, le ministre Jan Jambon pourra vous retirer votre pension, car c’est la façon la plus efficace de financer le système de sécurité sociale. Problème réglé. Et pour aider les jeunes à trouver un logement, on pourrait aussi expulser les personnes âgées de leur maison et les placer d’office en maison de repos. Et si un tribunal impose ensuite une astreinte, il suffira de l’ignorer.

Visiblement, c’est permis. Car un ministre a tous les droits.



[1] https://daardaar.be/rubriques/opinions/taliban-airlines-symbole-dune-europe-en-panne-de-morale/



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-- Comedian Jay Leno