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Flamands de droite et Wallons de gauche, vraiment ? Cette étude déconstruit les clichés

([Société] 2026-03-01 (DaarDaar))


Derrière des résultats électoraux très contrastés, une étude de la KU Leuven vient bousculer les clichés : les Flamands et les Belges francophones ne pensent pas si différemment… ce sont surtout leurs systèmes politiques et médiatiques qui creusent l’écart.

Les Flamands de droite et les Wallons de gauche ? Ces clichés sont bien ancrés dans l’imaginaire collectif… Et pourtant, Daan Delespaul, chercheur à la KULeuven et auteur de [1]l’étude « Two worlds, one nation ? Comparing the political spaces of Flanders and Francophone Belgium » invite à la nuance.

Un socle commun sous-estimé



Dans cette étude, Daan Delespaul, sociologue politique, explique que les différences entre Flamands et Belges francophones sont souvent moins marquées qu’on ne le pense. Qu’il s’agisse d’égalité de genre, d’immigration ou d’accueil des réfugiés… les attitudes restent étonnamment similaires des deux côtés de la frontière linguistique : « Si l’on regarde les attitudes culturelles sur la manière dont la société doit être organisée, on observe très peu de différences entre la Flandre et la Wallonie », assure le chercheur.

« L’idée que tous les Flamands sont à droite sur le plan économique n’est pas nécessairement vraie. »

Les écarts apparaissent davantage sur le terrain économique, même s’ils restent nuancés. « Si les Belges francophones ont tendance à être un peu plus à gauche, l’idée que tous les Flamands sont à droite sur le plan économique n’est pas nécessairement vraie. Il y a par exemple un fort soutien pour l’égalitarisme et l’État providence en Flandre », précise Daan Delespaul.

Ces écarts s’expliquent surtout par des différences sociales, poursuit-il : « Les électeurs francophones ont plus souvent des revenus plus faibles ou un niveau d’éducation plus bas, ce qui renforce certaines positions économiques. »

Avant d’ajouter : « L’idée que la Belgique serait composée de deux électorats totalement distincts n’est pas confirmée empiriquement ». Le fossé serait donc moins idéologique que politique.

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La Wallonie, ce « village gaulois » politique



Autre différence majeure de part et d’autre de la frontière linguistique : la stabilité électorale. Là où la Flandre a connu une forte recomposition politique, la Wallonie fait figure d’exception.

« Si l’on remonte à 1945, les partis traditionnels en Belgique francophone sont restés remarquablement stables, avec une baisse d’à peine 2% », souligne Daan Delespaul. À l’inverse, en Flandre, l’érosion est bien plus importante, portée par la montée de nouveaux partis.

Dans un contexte européen marqué par la progression de l’extrême droite, la Wallonie apparaît presque comme un cas à part. Le chercheur parle même d’un « village gaulois », tant le paysage politique y résiste encore aux grandes vagues de transformation.

[2]À bas LE Wallon ! Ou comment une sphère publique belge plus forte peut briser les clichés

Tous unis contre l’immigration



Sur un autre point, le constat est net : la méfiance vis-à-vis de l’immigration est largement partagée au nord et au sud du pays. « La majorité des Belges regardent l’immigration d’un mauvais œil… il n’y a qu’environ un Belge sur cinq qui y est favorable », constate Daan Delespaul.

Mais pourquoi, ce thème pèse-t-il plus en Flandre ? La réponse tient à sa visibilité. « En Belgique francophone, on parle beaucoup moins de migration dans les médias qu’en Flandre, où le paysage médiatique est plus ouvert sur cette question. »

Les partis politiques jouent aussi un rôle clé. Au sud, ils ont longtemps évité d’en faire un sujet central. Au nord, au contraire, « plusieurs formations comme le CD&V ou l’Open VLD ont très tôt mis la migration au cœur du débat », rappelle le sociologue.

Résultat : le sujet s’impose dans l’esprit des électeurs flamands, jusqu’à devenir prioritaire pour près d’un sur quatre. « En Wallonie, 7,1% des répondants estiment que la migration est le thème le plus important. Les Belges francophones se concentrent davantage sur des enjeux économiques, comme l’inflation et le pouvoir d’achat », compare Daan Delespaul.

Pourquoi l’extrême droite perce au nord… et pas au sud



Même si la grande majorité des Flamands et des Belges francophones voient l’immigration d’un mauvais œil, le Vlaams Belang est le deuxième parti en Flandre alors que l’extrême droite ne parvient pas à s’implanter en Wallonie.

Malgré cette différence dans les urnes, Daan Delespaul estime que les électeurs wallons et flamands sont plus proches qu’on ne le pense : « si l’on compare un électeur moyen du PS à un électeur moyen du Vlaams Belang, il y a en réalité moins de différences que prévu : tous deux combinent souvent des positions économiques plutôt à gauche et des attitudes plus conservatrices sur les questions culturelles, comme l’immigration. La différence tient surtout au fait que certains partis ont perdu ce public. »

En Flandre, le parti social-démocrate Vooruit s’est progressivement tourné vers des électeurs de classe moyenne, plus diplômés et un peu plus à droite économiquement, rompant notamment ses liens traditionnels avec les syndicats. « Résultat : depuis les années 1990, une partie de son électorat populaire s’est déplacée vers l’extrême droite », remarque le chercheur.

À l’inverse, le PS a maintenu son cap. « Il a continué à se présenter comme le défenseur de ‘la classe ouvrière’, en insistant sur les salaires, l’indexation ou les allocations sociales. Une stratégie payante : lorsqu’un parti social-démocrate reste focalisé sur son électorat de base, il peut parvenir à le conserver. »

[3]Chômage, monolinguisme, routes trouées : Alain Gerlache s’est penché sur les clichés sur la Wallonie

Un équilibre fragile : les électeurs commencent à bouger



Historiquement caractérisés par une stabilité électorale, les électeurs wallons ont majoritairement voté pour des partis de (centre-) droite. « Le MR a par exemple progressé dans les bastions PS, notamment dans les anciens bassins industriels le long de la Meuse, en attirant des électeurs populaires, souvent plus conservateurs sur le plan idéologique », souligne Delespaul, « ces électeurs ne sont plus fidèles au PS, mais ne sont pas non plus solidement ancrés au MR. Ils sont prêts à changer de parti. »

Dès lors, un scénario devient plausible à l’avenir, prévient Daan Delespaul : « si une offre politique apparaît à droite du MR, ces électeurs pourraient à nouveau se déplacer. Dans un contexte où la volatilité électorale est pour une fois plus haute dans le sud que dans le nord du pays, cette mobilité nouvelle pourrait rebattre les cartes et, à terme, ouvrir la voie à une percée de l’extrême droite en Wallonie. »



[1] https://lirias.kuleuven.be/retrieve/bbd98368-57ba-4aa2-9310-1b881e5b1235

[2] https://daardaar.be/rubriques/politique/a-bas-le-wallon-ou-comment-une-sphere-publique-belge-plus-forte-peut-briser-les-cliches/

[3] https://daardaar.be/rubriques/societe/chomage-monolinguisme-routes-trouees-alain-gerlache-sest-penche-sur-les-cliches-sur-la-wallonie/



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