La réforme pension de Jan Jambon : les petites princesses du temps partiel
([Opinions, Politique] 2026-03-01 (De Morgen))
- Reference: 2026-03_Belgaimage-166545119-255x170
- News link: https://daardaar.be/rubriques/politique/la-reforme-pension-de-jan-jambon-les-petites-princesses-du-temps-partiel/
- Source link: https://www.demorgen.be/nieuws/beste-jan-jij-denkt-wellicht-dat-die-parttimeprinsesjes-hun-dagen-vullen-met-yoga-en-matcha-nee-helaas-was-het-maar-zo~b5c233d1b/
Jan Jambon (N-VA) espère voir les femmes changer rapidement d’attitude. C’est vrai, au fond, qu’est-ce qu’elles s’imaginent ? Pauvres représentantes de la moitié sous-payée de la population mondiale qu’elles sont… De quel droit ces mères au foyer et autres divas du temps partiel osent-elles prétendre à une pension de retraite équivalente ?
« Les femmes devront, à l’instar des hommes, tenir compte des nouvelles règles du jeu et s’y conformer », a ainsi proclamé le ministre des Finances et des Pensions. De quelles « règles du jeu » parle-t-on exactement ? De la capacité à pouvoir s’appuyer sur le travail non rémunéré d’une d’autre pour passer sa semaine au bureau ? À pouvoir sauter prestement dans un train, en costume soigneusement repassé, puis rentrer tranquillement le soir et glisser les pieds sous la table ? À s’attendre à des applaudissements nourris pour avoir enfin pris le temps de remplacer l’ampoule du couloir, pendant que d’autres sont irrémédiablement emportées dans l’interminable tourbillon du « trier, laver, plier, repasser, ranger » ? Pour sûr, ça fait rêver.
Mon cher Jan – si tu m’autorises cette familiarité – sais-tu ce que font les femmes lorsqu’elles ne sont pas « au travail » ? Eh bien, elles travaillent quand même, sauf qu’elles ne sont pas payées.
[1]Le « malus pension », une mesure qui discrimine les femmes
Tu t’imagines sans doute que ces petites princesses du temps partiel passent leurs journées entre yoga et matcha. Tu vas être déçu. Si seulement c’était possible. Quand j’ai lu tes déclarations dans le journal, j’avais déjà accumulé plus de deux heures de travail non rémunéré. Car non, remplir des boîtes à tartines, préparer les livres à ramener à la bibliothèque, ajouter du détergent à la liste des courses et convaincre un enfant de 4 ans de l’utilité de mettre un pull avant de partir à l’école, ce n’est pas – je sais, c’est difficile à croire – un hobby.
C’est du travail.
Et si tu ne considères pas cela comme du travail, c’est sans doute parce que tu n’as jamais vraiment essayé. Après, si tu préfères te fier à la parole des hommes, tu peux toujours poser la question à mon mari. Lui aussi considère que c’est du travail. Et même parfois pas le plus gratifiant qui soit. Parce que oui, tu n’es pas rémunéré pour le faire, il ne compte pas pour ta pension et, selon un groupe toujours plus large d’admirateurs d’Andrew Tate, c’est une tâche dont seules les femmes devraient de préférence se charger.
« Mon cher Jan – si tu m’autorises cette familiarité – sais-tu ce que font les femmes lorsqu’elles ne sont pas « au travail » ? »
Pour lever toute ambiguïté : je ne suis pas d’accord. Je pense que les hommes devraient s’occuper autant que les femmes de soigner, consoler ou ranger. Mieux encore : je pense qu’ils ont tout à y gagner et je constate même que certains d’entre eux font très consciemment ce choix.
Ils restent malheureusement des exceptions. Selon les derniers chiffres, les femmes consacrent encore en moyenne 9,5 heures de plus par semaine que les hommes aux tâches ménagères et familiales. Et, soit dit en passant, ce n’est pas un luxe qui doit être sanctionné dans le calcul des pensions, mais dans la plupart des cas une inégalité dans laquelle les femmes sont poussées malgré elles.
C’est pourquoi cette réforme est si problématique. Elle témoigne d’un mépris inouï pour le travail non rémunéré qui, jour après jour, fait tourner cette société. Un travail accompli par des femmes et par des hommes, et qui représente 60 % de notre économie.
En Islande, en 1975, les femmes ont cessé tout travail pendant une journée. Même le travail non rémunéré. Résultat ? Une loi garantissant l’égalité des droits a été votée. Peut-être devrions-nous faire la même chose chez nous. Pas une journée, mais un mois, histoire de bien faire comprendre dans la situation. On verra alors qui devra « s’adapter aux nouvelles règles du jeu ».
[2]Les Flamands comprennent les grévistes, beaucoup moins leurs actions
[1] https://daardaar.be/rubriques/societe/le-malus-pension-une-mesure-qui-discrimine-les-femmes/
[2] https://daardaar.be/rubriques/societe/flamands-grevistes-actions/
« Les femmes devront, à l’instar des hommes, tenir compte des nouvelles règles du jeu et s’y conformer », a ainsi proclamé le ministre des Finances et des Pensions. De quelles « règles du jeu » parle-t-on exactement ? De la capacité à pouvoir s’appuyer sur le travail non rémunéré d’une d’autre pour passer sa semaine au bureau ? À pouvoir sauter prestement dans un train, en costume soigneusement repassé, puis rentrer tranquillement le soir et glisser les pieds sous la table ? À s’attendre à des applaudissements nourris pour avoir enfin pris le temps de remplacer l’ampoule du couloir, pendant que d’autres sont irrémédiablement emportées dans l’interminable tourbillon du « trier, laver, plier, repasser, ranger » ? Pour sûr, ça fait rêver.
Mon cher Jan – si tu m’autorises cette familiarité – sais-tu ce que font les femmes lorsqu’elles ne sont pas « au travail » ? Eh bien, elles travaillent quand même, sauf qu’elles ne sont pas payées.
[1]Le « malus pension », une mesure qui discrimine les femmes
Tu t’imagines sans doute que ces petites princesses du temps partiel passent leurs journées entre yoga et matcha. Tu vas être déçu. Si seulement c’était possible. Quand j’ai lu tes déclarations dans le journal, j’avais déjà accumulé plus de deux heures de travail non rémunéré. Car non, remplir des boîtes à tartines, préparer les livres à ramener à la bibliothèque, ajouter du détergent à la liste des courses et convaincre un enfant de 4 ans de l’utilité de mettre un pull avant de partir à l’école, ce n’est pas – je sais, c’est difficile à croire – un hobby.
C’est du travail.
Et si tu ne considères pas cela comme du travail, c’est sans doute parce que tu n’as jamais vraiment essayé. Après, si tu préfères te fier à la parole des hommes, tu peux toujours poser la question à mon mari. Lui aussi considère que c’est du travail. Et même parfois pas le plus gratifiant qui soit. Parce que oui, tu n’es pas rémunéré pour le faire, il ne compte pas pour ta pension et, selon un groupe toujours plus large d’admirateurs d’Andrew Tate, c’est une tâche dont seules les femmes devraient de préférence se charger.
« Mon cher Jan – si tu m’autorises cette familiarité – sais-tu ce que font les femmes lorsqu’elles ne sont pas « au travail » ? »
Pour lever toute ambiguïté : je ne suis pas d’accord. Je pense que les hommes devraient s’occuper autant que les femmes de soigner, consoler ou ranger. Mieux encore : je pense qu’ils ont tout à y gagner et je constate même que certains d’entre eux font très consciemment ce choix.
Ils restent malheureusement des exceptions. Selon les derniers chiffres, les femmes consacrent encore en moyenne 9,5 heures de plus par semaine que les hommes aux tâches ménagères et familiales. Et, soit dit en passant, ce n’est pas un luxe qui doit être sanctionné dans le calcul des pensions, mais dans la plupart des cas une inégalité dans laquelle les femmes sont poussées malgré elles.
C’est pourquoi cette réforme est si problématique. Elle témoigne d’un mépris inouï pour le travail non rémunéré qui, jour après jour, fait tourner cette société. Un travail accompli par des femmes et par des hommes, et qui représente 60 % de notre économie.
En Islande, en 1975, les femmes ont cessé tout travail pendant une journée. Même le travail non rémunéré. Résultat ? Une loi garantissant l’égalité des droits a été votée. Peut-être devrions-nous faire la même chose chez nous. Pas une journée, mais un mois, histoire de bien faire comprendre dans la situation. On verra alors qui devra « s’adapter aux nouvelles règles du jeu ».
[2]Les Flamands comprennent les grévistes, beaucoup moins leurs actions
[1] https://daardaar.be/rubriques/societe/le-malus-pension-une-mesure-qui-discrimine-les-femmes/
[2] https://daardaar.be/rubriques/societe/flamands-grevistes-actions/