Images générées par IA: des caricatures qui ne font pas rire tout le monde
([Opinions, Société] 2026-02-01 (Het Nieuwsblad))
- Reference: 2026-02_photosplitter-1770821528941-255x170
- News link: https://daardaar.be/rubriques/societe/images-generees-par-ia-des-caricatures-qui-ne-font-pas-rire-tout-le-monde/
- Source link: https://www.nieuwsblad.be/binnenland/bvs-maken-lustig-ai-karikaturen-maar-niet-iedereen-kan-ermee-lachen-om-ons-zorgen-over-te-maken/131035276.html
Sur Facebook et Insta, difficile d’y échapper. Depuis quelques semaines, les internautes partagent massivement des images générées par ChatGPT qui les transforment en caricatures sur leur lieu de travail. La ministre flamande de la Mobilité Annick De Ridder (N-VA) s’est prêtée au jeu, tout comme des animateurs de radio et d’autres célébrités. Pour élaborer ces dessins, ChatGPT s’appuie sur l’historique de vos interactions passées. Il suffit de formuler le prompt : «Fais une caricature de moi et de mon travail en te fondant sur tout ce que tu sais de moi.» En quelques secondes apparaît alors un dessin qui vaut son pesant de likes et de «lol».
Il faut l’admettre : il est tentant de savoir comment GPT vous « voit » sur le plan professionnel. De leur côté, les caricaturistes et illustrateurs de chair et d’os sont moins enthousiastes. «Pour le grand public, ces portraits générés par IA ne sont qu’une plaisanterie sans gravité, écrit le célèbre dessinateur américain Cully Hamner. Mais pour les artistes, c’est du vol. L’IA vole notre art et détruit notre métier.»
Un message relayé par l’illustratrice Caroline Vermeir, de Studio Caro. «Il faut qu’on parle davantage de l’usage récréatif de l’IA. L’IA générative peut être utile, mais nous devons garder notre esprit critique. Voulons-nous vraiment vivre dans une société où tout serait généré par l’IA? Une société où l’on peut créer une caricature de soi en deux secondes à peine? Et la qualité, qui s’en soucie? Ces caricatures GPT ont toutes le même teint jaunâtre. Elles sont toutes les mêmes, ces dessins n’ont aucune âme. Est-ce vraiment ce que nous voulons? En acceptant ces tendances sans réfléchir, elles s’imposeront demain à nous comme une nouvelle réalité.»
A relire
[1]Intelligence artificielle: pourquoi ne pas plutôt remplacer les PDG?
L’illustratrice Eva Mouton ne se montre pas plus élogieuse vis-à-vis de ces caricatures. «Je comprends le phénomène, les gens aiment expérimenter. Comme autrefois avec Paint, le logiciel de dessin de Microsoft. Mais où est l’authenticité ? Sans parler de l’appauvrissement du langage visuel. Essayez donc de vous dessiner vous-même : même si vous êtes nul en dessin, votre œuvre aura plus de personnalité que celles de ces productions. L’IA est encore incapable de faire preuve d’originalité. Mais il est évident qu’on perd des commandes. Les gens préfèrent utiliser l’IA eux-mêmes, font moins appel à nous.»
Auteur de bande dessinée ( Dickie, notamment) , Pieter De Poortere partage ces inquiétudes. «Les gens ne réalisent pas toujours le temps que nous consacrons à une image. Ils ne perçoivent plus la valeur ajoutée de notre travail ou ne voient même pas la différence entre notre travail et celui de l’IA. C’est très frustrant pour le secteur.»
Même son de cloche du côté du caricaturiste Marec. «C’est une évolution inquiétante. Je me demande parfois si les images générées par IA ne sont pas en train de devenir une nouvelle norme. On les partage massivement, partout dans le monde. Pour nous, artistes, il devient difficile de nous défendre, car tout le monde se croit aujourd’hui dessinateur. Un jour, une connaissance a demandé à l’IA d’imiter mon style. Elle n’y est pas arrivée. Heureusement. Mais pour combien de temps ?»
Laura Janssens, autrice de la bande dessinée en ligne Niet nu Laura , ne craint pas de perdre son emploi, mais a néanmoins jugé utile d’exprimer ses critiques sur Instagram. «Devinez donc qui peut désormais dessiner des cartoons en quelques prompts ? Pour moi, il s’agit avant tout de respect envers l’acte de création. J’ose croire que personne ne suit sur cette tendance pour rabaisser les illustrateurs. Mais ne laissez pas l’IA devenir le produit final, la créativité doit rester profondément humaine. Je m’étonne aussi de voir d’autres créateurs se laissent entraîner par cette mode. Ce n’est ni utile ni créatif, sans parler des données personnelles qu’on met massivement à disposition des géants de la tech.»
La tendance s’accompagne en effet d’un problème de confidentialité, également souligné par le magazine américain Forbes . Jeroen Baert, expert en IA, confirme : «Il est préoccupant de voir la quantité d’informations que les gens confient à ces bots sans réfléchir. La mode des caricatures décuple encore la quantité de données que nous confions gratuitement et qui seront ensuite revendues. Notons encore que les moteurs IA sont entraînés à partir du travail d’autrui, en s’alimentant d’énormes volumes de données, y compris des caricaturistes. On fait donc face à une forme de plagiat. Et puis, il y a aussi la question des émissions. Selon des études récentes, la génération d’une seule image consommerait autant d’énergie que de recharger complètement son smartphone.»
«Contrairement à ChatGPT, ajoute Laura Janssens, je supprime toutes les photos de mes clients une fois la commande livrée. Ne serait-ce que pour éviter que mon cloud n’arrive à saturation ! Je suis sans doute plus chère que ChatGPT, mais au moins, je ne reverse pas une partie de mes honoraires pour financer les campagnes de Trump».
A relire
[2]Les robots peuvent-ils accoucher de chefs-d’œuvre littéraires ?
[1] https://daardaar.be/rubriques/societe/pourquoi-ne-pas-plutot-remplacer-les-pdg-par-lia/
[2] https://daardaar.be/rubriques/culture-et-medias/les-robots-peuvent-ils-accoucher-de-chefs-doeuvre-litteraires/
Il faut l’admettre : il est tentant de savoir comment GPT vous « voit » sur le plan professionnel. De leur côté, les caricaturistes et illustrateurs de chair et d’os sont moins enthousiastes. «Pour le grand public, ces portraits générés par IA ne sont qu’une plaisanterie sans gravité, écrit le célèbre dessinateur américain Cully Hamner. Mais pour les artistes, c’est du vol. L’IA vole notre art et détruit notre métier.»
Un message relayé par l’illustratrice Caroline Vermeir, de Studio Caro. «Il faut qu’on parle davantage de l’usage récréatif de l’IA. L’IA générative peut être utile, mais nous devons garder notre esprit critique. Voulons-nous vraiment vivre dans une société où tout serait généré par l’IA? Une société où l’on peut créer une caricature de soi en deux secondes à peine? Et la qualité, qui s’en soucie? Ces caricatures GPT ont toutes le même teint jaunâtre. Elles sont toutes les mêmes, ces dessins n’ont aucune âme. Est-ce vraiment ce que nous voulons? En acceptant ces tendances sans réfléchir, elles s’imposeront demain à nous comme une nouvelle réalité.»
A relire
[1]Intelligence artificielle: pourquoi ne pas plutôt remplacer les PDG?
Moins de travail
L’illustratrice Eva Mouton ne se montre pas plus élogieuse vis-à-vis de ces caricatures. «Je comprends le phénomène, les gens aiment expérimenter. Comme autrefois avec Paint, le logiciel de dessin de Microsoft. Mais où est l’authenticité ? Sans parler de l’appauvrissement du langage visuel. Essayez donc de vous dessiner vous-même : même si vous êtes nul en dessin, votre œuvre aura plus de personnalité que celles de ces productions. L’IA est encore incapable de faire preuve d’originalité. Mais il est évident qu’on perd des commandes. Les gens préfèrent utiliser l’IA eux-mêmes, font moins appel à nous.»
Auteur de bande dessinée ( Dickie, notamment) , Pieter De Poortere partage ces inquiétudes. «Les gens ne réalisent pas toujours le temps que nous consacrons à une image. Ils ne perçoivent plus la valeur ajoutée de notre travail ou ne voient même pas la différence entre notre travail et celui de l’IA. C’est très frustrant pour le secteur.»
Même son de cloche du côté du caricaturiste Marec. «C’est une évolution inquiétante. Je me demande parfois si les images générées par IA ne sont pas en train de devenir une nouvelle norme. On les partage massivement, partout dans le monde. Pour nous, artistes, il devient difficile de nous défendre, car tout le monde se croit aujourd’hui dessinateur. Un jour, une connaissance a demandé à l’IA d’imiter mon style. Elle n’y est pas arrivée. Heureusement. Mais pour combien de temps ?»
Inutile
Laura Janssens, autrice de la bande dessinée en ligne Niet nu Laura , ne craint pas de perdre son emploi, mais a néanmoins jugé utile d’exprimer ses critiques sur Instagram. «Devinez donc qui peut désormais dessiner des cartoons en quelques prompts ? Pour moi, il s’agit avant tout de respect envers l’acte de création. J’ose croire que personne ne suit sur cette tendance pour rabaisser les illustrateurs. Mais ne laissez pas l’IA devenir le produit final, la créativité doit rester profondément humaine. Je m’étonne aussi de voir d’autres créateurs se laissent entraîner par cette mode. Ce n’est ni utile ni créatif, sans parler des données personnelles qu’on met massivement à disposition des géants de la tech.»
La tendance s’accompagne en effet d’un problème de confidentialité, également souligné par le magazine américain Forbes . Jeroen Baert, expert en IA, confirme : «Il est préoccupant de voir la quantité d’informations que les gens confient à ces bots sans réfléchir. La mode des caricatures décuple encore la quantité de données que nous confions gratuitement et qui seront ensuite revendues. Notons encore que les moteurs IA sont entraînés à partir du travail d’autrui, en s’alimentant d’énormes volumes de données, y compris des caricaturistes. On fait donc face à une forme de plagiat. Et puis, il y a aussi la question des émissions. Selon des études récentes, la génération d’une seule image consommerait autant d’énergie que de recharger complètement son smartphone.»
«Contrairement à ChatGPT, ajoute Laura Janssens, je supprime toutes les photos de mes clients une fois la commande livrée. Ne serait-ce que pour éviter que mon cloud n’arrive à saturation ! Je suis sans doute plus chère que ChatGPT, mais au moins, je ne reverse pas une partie de mes honoraires pour financer les campagnes de Trump».
A relire
[2]Les robots peuvent-ils accoucher de chefs-d’œuvre littéraires ?
[1] https://daardaar.be/rubriques/societe/pourquoi-ne-pas-plutot-remplacer-les-pdg-par-lia/
[2] https://daardaar.be/rubriques/culture-et-medias/les-robots-peuvent-ils-accoucher-de-chefs-doeuvre-litteraires/