Bruxelles se meurt et les médias flamands regardent ailleurs
([Opinions, Politique] 2026-02-01 (Doorbraak))
- Reference: 2026-02_openclipart-vectors-test-pattern-152459_1280-255x170
- News link: https://daardaar.be/rubriques/politique/bruxelles-se-meurt-et-les-medias-flamands-regardent-ailleurs/
- Source link: https://doorbraak.be/onze-media-lijken-meer-begaan-met-amerika-dan-met-brussel
Ces dernières semaines, ceux qui se donnent encore la peine de regarder les journaux télévisés flamands doivent se dire que le téléspectateur est informé avec une minutie rare de tout ce qui se passe aux États-Unis d’Amérique. Parfois, on dirait même que le futur 51 e État de ce pays n’est pas le Groenland ni le Canada, mais bien la Flandre.
Chaque mouvement de la politique intérieure américaine est suivi à la trace, avec évidemment un reporter sur place qui nous tient informés pendant de longues minutes de tous les retournements de situation et de toutes les intrigues possibles à la Maison-Blanche.
Epstein ou Bruxelles ?
Que l’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit : ce qui se passe en Amérique peut effectivement s’avérer important pour nous. Le pays est le plus puissant du monde, et lorsqu’une personnalité aussi fantasque que Donald Trump y fait la pluie et le beau temps, il convient de rester attentif. Lorsqu’il pleut en Amérique, il bruine en Flandre. Et lorsque l’ICE se comporte comme des unités de choc sans formation et que le Vlaams Belang est séduit par l’idée, il va de soi qu’il vaut mieux rester au courant de l’actualité d’outre-Atlantique. Seulement, l’équilibre entre les informations tend à se perdre. En effet, depuis quelques temps, on en sait davantage sur la ville de Minneapolis que sur notre propre capitale, Bruxelles. Je n’oserais imaginer que ce soit intentionnel.
Le 30 janvier, une petite équipe de la VRT se tenait devant la Bourse de Bruxelles pour filmer en direct la plus grande manifestation citoyenne à ce jour face à l’absence de gouvernement régional. Le compteur atteignait alors le seuil symbolique des 600 jours, du jamais vu dans notre Belgique fédérale. Jamais encore une entité fédérée n’avait été ingérable si longtemps. Malheureusement pour l’équipe de la VRT, en début de soirée (mais en matinée aux États-Unis), des millions de documents du dossier Epstein ont été déclassifiés et l’intervention en direct sur la crise bruxelloise fut jetée aux oubliettes.
Les bavardages de Conner Rousseau
Le même jour, Conner Rousseau fut l’invité principal de l’émission de débat « De afspraak op Vrijdag ». L’émission commença par une discussion décousue sur tout ce qui se passe aux États-Unis. Pendant plusieurs minutes, Rousseau a eu l’occasion de nous « informer » sur le sujet. Quand a-t-il visité ce pays pour la dernière fois ? Je l’ignore. Ce que je sais bien, par contre, c’est qu’il ne lit pas de livres. Et donc pas de livres sur l’Amérique ni sur le fascisme. Heureusement que le politologue Ive Marx était présent sur le plateau pour porter la contradiction face aux hyperboles du socialiste qui dénonçait le fascisme des États-Unis, où les violences policières seraient monnaie courante.
Au cours de l’émission, pas la moindre question intéressante ne fut posée sur Bruxelles. Pourtant, il aurait été pertinent de demander à Rousseau s’il est exact qu’il a lui-même torpillé la tentative de formation à gauche du socialiste Ahmed Laaouej. Est-il vrai qu’il a convenu avec la N-VA que les nationalistes ne pouvaient s’allier nulle part au Vlaams Belang, et qu’en contrepartie, Vooruit ne s’allierait pas avec le PTB localement ? Cet accord, au demeurant, ne devrait valoir que pour la Flandre, car à Bruxelles, Vooruit forme des coalitions avec le PTB tant à Molenbeek qu’à Forest.
L’extension des problèmes bruxellois
Depuis lors, Stephen Miller, le serviteur de Trump en Flandre, s’est forgé un nom dans l’opinion publique, bien davantage que Nawal Ben Hamou. La secrétaire d’État PS aurait bien aimé quitter le gouvernement bruxellois pour devenir échevine à la Ville de Bruxelles, mais ses collègues, qui souhaiteraient aussi quitter l’exécutif, le lui en empêchent. L’épisode Ben Hamou illustre à merveille la dégradation des hostilités entre le PS et le MR. Les deux partis ont résolument décidé d’importer à Bruxelles la guerre qu’ils se livrent au fédéral. Et ce faisant, ils condamnent notre capitale flamande à rester ingouvernable, tandis que nous nous contentons de regarder.
Certes, force est de reconnaître que la Flandre s’est totalement détachée de sa propre capitale au cours des dernières décennies. À telle enseigne qu’au JT, l’actualité bruxelloise s’apparente presque à l’actualité étrangère. Mais cela découle en partie des choix réalisés par nos principaux médias. Et ces choix pourraient s’avérer lourds de conséquences.
Ne pas parler de Bruxelles, ce n’est pas un choix politiquement neutre, dans la mesure où cela renforce l’impression que la Flandre n’a pas voix au chapitre à Bruxelles. Rien n’est moins vrai. Les problèmes bruxellois ne restent pas à Bruxelles, car tôt ou tard, ils deviennent des problèmes flamands, comme l’a encore rappelé récemment la bourgmestre de Hal.
[1]Bruxelles est-elle réellement un problème pour la périphérie flamande?
Une réforme de l’État cruciale pour Bruxelles
La stratégie du pourrissement menée par le PS conduira inéluctablement à une réforme de l’État après la petite sauterie belge de 2030, et la question de Bruxelles sera assurément à l’ordre du jour. Une opinion publique flamande qui en sait plus sur Minneapolis que sur Bruxelles, c’est le scénario rêvé pour le PS et les autres partis francophones, qui tenteront les politiques flamands à faire des concessions fatales sans que cela ne dérange le citoyen flamand.
Les demandes de plus en plus fréquentes de réformes du système électoral, avec des listes bilingues par exemple, ne sont destinées qu’à effacer complètement le pouvoir flamand de Bruxelles. La N-VA et le Vlaams Belang resteraient ainsi sous le seuil électoral et les autres partis « flamands » ne seraient plus que des appendices négligeables de leurs partis « frères » francophones. Si nous ne voulons pas nous laisser réduire à cette position, il est grand temps que les médias flamands s’intéressent le plus possible à Bruxelles. Car en définitive, la Communauté flamande reste compétente à Bruxelles, et non à Minneapolis.
[2]Pourquoi la Flandre ne peut pas « laisser tomber » Bruxelles
[1] https://daardaar.be/rubriques/societe/bruxelles-est-elle-reellement-un-probleme-pour-la-peripherie-flamande/
[2] https://daardaar.be/rubriques/politique/pourquoi-la-flandre-ne-peut-pas-laisser-tomber-bruxelles/
Chaque mouvement de la politique intérieure américaine est suivi à la trace, avec évidemment un reporter sur place qui nous tient informés pendant de longues minutes de tous les retournements de situation et de toutes les intrigues possibles à la Maison-Blanche.
Epstein ou Bruxelles ?
Que l’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit : ce qui se passe en Amérique peut effectivement s’avérer important pour nous. Le pays est le plus puissant du monde, et lorsqu’une personnalité aussi fantasque que Donald Trump y fait la pluie et le beau temps, il convient de rester attentif. Lorsqu’il pleut en Amérique, il bruine en Flandre. Et lorsque l’ICE se comporte comme des unités de choc sans formation et que le Vlaams Belang est séduit par l’idée, il va de soi qu’il vaut mieux rester au courant de l’actualité d’outre-Atlantique. Seulement, l’équilibre entre les informations tend à se perdre. En effet, depuis quelques temps, on en sait davantage sur la ville de Minneapolis que sur notre propre capitale, Bruxelles. Je n’oserais imaginer que ce soit intentionnel.
« Depuis quelques temps, on en sait davantage sur la ville de Minneapolis que sur notre propre capitale. »
Le 30 janvier, une petite équipe de la VRT se tenait devant la Bourse de Bruxelles pour filmer en direct la plus grande manifestation citoyenne à ce jour face à l’absence de gouvernement régional. Le compteur atteignait alors le seuil symbolique des 600 jours, du jamais vu dans notre Belgique fédérale. Jamais encore une entité fédérée n’avait été ingérable si longtemps. Malheureusement pour l’équipe de la VRT, en début de soirée (mais en matinée aux États-Unis), des millions de documents du dossier Epstein ont été déclassifiés et l’intervention en direct sur la crise bruxelloise fut jetée aux oubliettes.
Les bavardages de Conner Rousseau
Le même jour, Conner Rousseau fut l’invité principal de l’émission de débat « De afspraak op Vrijdag ». L’émission commença par une discussion décousue sur tout ce qui se passe aux États-Unis. Pendant plusieurs minutes, Rousseau a eu l’occasion de nous « informer » sur le sujet. Quand a-t-il visité ce pays pour la dernière fois ? Je l’ignore. Ce que je sais bien, par contre, c’est qu’il ne lit pas de livres. Et donc pas de livres sur l’Amérique ni sur le fascisme. Heureusement que le politologue Ive Marx était présent sur le plateau pour porter la contradiction face aux hyperboles du socialiste qui dénonçait le fascisme des États-Unis, où les violences policières seraient monnaie courante.
Au cours de l’émission, pas la moindre question intéressante ne fut posée sur Bruxelles. Pourtant, il aurait été pertinent de demander à Rousseau s’il est exact qu’il a lui-même torpillé la tentative de formation à gauche du socialiste Ahmed Laaouej. Est-il vrai qu’il a convenu avec la N-VA que les nationalistes ne pouvaient s’allier nulle part au Vlaams Belang, et qu’en contrepartie, Vooruit ne s’allierait pas avec le PTB localement ? Cet accord, au demeurant, ne devrait valoir que pour la Flandre, car à Bruxelles, Vooruit forme des coalitions avec le PTB tant à Molenbeek qu’à Forest.
L’extension des problèmes bruxellois
Depuis lors, Stephen Miller, le serviteur de Trump en Flandre, s’est forgé un nom dans l’opinion publique, bien davantage que Nawal Ben Hamou. La secrétaire d’État PS aurait bien aimé quitter le gouvernement bruxellois pour devenir échevine à la Ville de Bruxelles, mais ses collègues, qui souhaiteraient aussi quitter l’exécutif, le lui en empêchent. L’épisode Ben Hamou illustre à merveille la dégradation des hostilités entre le PS et le MR. Les deux partis ont résolument décidé d’importer à Bruxelles la guerre qu’ils se livrent au fédéral. Et ce faisant, ils condamnent notre capitale flamande à rester ingouvernable, tandis que nous nous contentons de regarder.
« Ne pas parler de Bruxelles, ce n’est pas un choix politiquement neutre, dans la mesure où cela renforce l’impression que la Flandre n’a pas voix au chapitre à Bruxelles. Rien n’est moins vrai. Les problèmes bruxellois ne restent pas à Bruxelles, car tôt ou tard, ils deviennent des problèmes flamands. »
Certes, force est de reconnaître que la Flandre s’est totalement détachée de sa propre capitale au cours des dernières décennies. À telle enseigne qu’au JT, l’actualité bruxelloise s’apparente presque à l’actualité étrangère. Mais cela découle en partie des choix réalisés par nos principaux médias. Et ces choix pourraient s’avérer lourds de conséquences.
Ne pas parler de Bruxelles, ce n’est pas un choix politiquement neutre, dans la mesure où cela renforce l’impression que la Flandre n’a pas voix au chapitre à Bruxelles. Rien n’est moins vrai. Les problèmes bruxellois ne restent pas à Bruxelles, car tôt ou tard, ils deviennent des problèmes flamands, comme l’a encore rappelé récemment la bourgmestre de Hal.
[1]Bruxelles est-elle réellement un problème pour la périphérie flamande?
Une réforme de l’État cruciale pour Bruxelles
La stratégie du pourrissement menée par le PS conduira inéluctablement à une réforme de l’État après la petite sauterie belge de 2030, et la question de Bruxelles sera assurément à l’ordre du jour. Une opinion publique flamande qui en sait plus sur Minneapolis que sur Bruxelles, c’est le scénario rêvé pour le PS et les autres partis francophones, qui tenteront les politiques flamands à faire des concessions fatales sans que cela ne dérange le citoyen flamand.
Les demandes de plus en plus fréquentes de réformes du système électoral, avec des listes bilingues par exemple, ne sont destinées qu’à effacer complètement le pouvoir flamand de Bruxelles. La N-VA et le Vlaams Belang resteraient ainsi sous le seuil électoral et les autres partis « flamands » ne seraient plus que des appendices négligeables de leurs partis « frères » francophones. Si nous ne voulons pas nous laisser réduire à cette position, il est grand temps que les médias flamands s’intéressent le plus possible à Bruxelles. Car en définitive, la Communauté flamande reste compétente à Bruxelles, et non à Minneapolis.
[2]Pourquoi la Flandre ne peut pas « laisser tomber » Bruxelles
[1] https://daardaar.be/rubriques/societe/bruxelles-est-elle-reellement-un-probleme-pour-la-peripherie-flamande/
[2] https://daardaar.be/rubriques/politique/pourquoi-la-flandre-ne-peut-pas-laisser-tomber-bruxelles/