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  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

Droit à l’autodétermination des mères : un débat éthique sur lequel Vooruit et N-VA se rejoignent

([Opinions] 2026-02-01 (Het Laatste Nieuws))


Chaque semaine ou presque, en Flandre, un nouveau-né est pris en charge par l’hôpital parce qu’il vient au monde dans un environnement familial jugé dangereux. Et tous les deux jours en moyenne, un juge de la jeunesse doit trouver une solution d’accueil pour un nourrisson de moins d’un an. Des chiffres édifiants, que Vooruit brandit aujourd’hui pour relancer un débat éthique délicat : faut-il soumettre les mères lourdement dépendantes à un accompagnement obligatoire dès le début de leur grossesse ?

Les contre-arguments sont bien connus. Une telle mesure pourrait détourner les femmes enceintes de l’aide qui leur est proposée et favoriser une défiance envers l’État, par crainte que celui-ci ne leur retire leur enfant. Or, cet État le fait déjà aujourd’hui, parfois immédiatement après l’accouchement, comme le montrent donc ces chiffres. Et ce pratiquement une fois par semaine. On touche ici à la crainte d’une étatisation excessive de cette problématique. Je ne suis pas partisane d’un État qui s’immisce dans les moindres détails de l’existence, a fortiori dans des choix de vie fondamentaux comme l’éducation d’un enfant. Il le fait toutefois déjà, comme dans le cas de la vaccination obligatoire, par exemple.

Le droit à l’autodétermination de la mère



L’argument le plus fort reste celui du droit à l’autodétermination de la mère. Le corps de la femme et celui du fœtus sont en effet indissociables. Les féministes les plus engagées redoutent qu’en touchant à ce principe, on fragilise aussi le droit à l’avortement. Tant que le fœtus n’est pas viable, il est juridiquement considéré comme faisant partie du corps de la femme, ce qui fonde le droit à l’interruption volontaire de grossesse. Mais cette logique conduit à un étrange paradoxe : une femme peut choisir d’avorter sous certaines conditions – et c’est bien normal –, mais si elle décide de mener la grossesse à terme, elle ne peut être contrainte d’accepter l’aide dont elle a besoin pour garantir la santé de l’enfant à naître. D’où cette question, qui relève de l’aporie éthique ultime : peut-on reconnaître des droits prénataux à un enfant sans porter atteinte à l’autonomie corporelle de la mère ?

Il est tout aussi essentiel d’éviter que des enfants ne viennent au monde dans un état de dépendance sévère



Certes, le droit à l’autodétermination de la femme est une valeur cardinale. Mais lorsque, presque chaque semaine, un nourrisson est placé, peut-on continuer à détourner le regard ? Faut-il considérer cela comme un dommage collatéral inévitable d’un droit intangible ? Non, évidemment. Il est essentiel de préserver le droit à l’avortement, mais il est tout aussi essentiel d’éviter que des enfants ne viennent au monde dans un état de dépendance sévère. On ne peut affirmer que l’avortement a des limites tout en soutenant que la maltraitance d’un fœtus n’en a pas.

Oui, il s’agit d’un débat éthique difficile. Mais c’est aussi un débat sur lequel la gauche (Vooruit) et la droite (N-VA) se rejoignent. Ces deux partis cherchent une voie permettant d’aider à la fois les mères et les enfants, sans remettre en cause d’autres droits fondamentaux des femmes. Et oui, c’est un terrain glissant, sur lequel l’État doit avancer avec la plus grande prudence. Il ne saurait être question de réduire les moyens alloués à la prévention de proximité pour recourir ensuite à la contrainte. Mais si c’est cela, la grande étatisation tant redoutée, alors je peux aisément m’en accommoder.



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