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  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

« F*CK Vlaams Belang »: quand le rappeur Baloji irrite l’extrême droite aux MIA’s

([Culture et Médias] 2026-02-01 (DaarDaar))


En lançant un cinglant « F*CK Vlaams Belang » sur la scène des MIA’s, le rappeur Baloji a provoqué l’ire du parti d’extrême droite flamand. Une polémique révélatrice de la volonté du Vlaams Belang de peser sur le monde médiatique et culturelle.

« Le hip hop, c’est un acte politique. C’est une musique qui ose dire ‘F*CK Vlaams Belang !' », a lancé le rappeur francophone Baloji lors de la dernière cérémonie de la musique flamande, les MIA’s, la semaine dernière.

Invité sur scène pour remettre le prix du « Meilleur Hip-Hop », l’ancien membre du groupe Starflam a mis en rage le Vlaams Belang. Un discours en français qui est passé inaperçu du côté des médias francophones, [1]la couverture se limitant à l’annonce des gagnants des MIA’s .

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Son président Tom Van Grieken a republié le passage sur Instagram avec le message : « L’élite culturelle autoproclamée ne peut s’empêcher d’insulter un million de Flamands lors des MIA’s, et en français en plus. Les soi-disant ‘rassembleurs’ et ‘tolérants’ montrent une fois de plus leur vraie nature . »

« C’est une recette classique du Vlaams Belang » explique Ico Maly, professeur associé à l’université de Tilburg et spécialiste de la rhétorique de l’extrême droite. « Comme souvent, ils décrivent l’élite culturelle comme intolérante et déconnectée de la réalité et l’oppose au Vlaams Belang qui, selon eux, est le véritable défenseur de la démocratie, le parti qui représente le peuple. »

Liberté d’expression à géométrie variable



Interrogé par nos soins, le parti d’extrême droite dénonce surtout le fait que la VRT ait laissé passer ce message : « Cet homme est évidemment en droit de penser et de dire ça, mais pas lors d’un événement financé par l’argent des contribuables flamands. Qu’une personne abuse précisément de cette tribune payée avec l’argent des contribuables flamands pour insulter pas moins d’un million Flamands électeurs du Vlaams Belang est inacceptable. »

Selon le professeur Ico Maly, le Vlaams Belang (VB) souhaite faire passer la VRT pour une institution antidémocratique : « Selon eux, c’est la politique qui doit déterminer les règles que les médias doivent appliquer pour réduire in fine la liberté des médias. C’est la même logique qu’ils appliquent au monde universitaire qu’ils qualifient de ‘woke' ».

[2]Tom Van Grieken (VB) : « Notre programme n’a pas changé, il fallait juste le présenter différemment »

Lors de son intervention, Baloji a d’ailleurs souligné ses origines et son séjour illégal en Belgique : « C’est un ancien réfugié, un ancien illégal qui vous dit ça ce soir . »Un élément que la porte-parole du VB ne manque d’utiliser dans sa réponse : « Ce rappeur a autrefois été illégal dans le pays, alors même que la facture de l’asile est en grande partie payée avec l’argent des contribuables flamands… »

Ico Maly, anthropologue linguistique de formation, estime qu’il s’agit bien plus que d’une attaque envers le rappeur : « Ils veulent mettre la pression sur la chaîne publique pour que son personnel réfléchisse à deux fois avant de diffuser. Ils veulent par ailleurs saboter la légitimité du média en faisant croire au complot contre eux . »

D’autres artistes flamands luttent contre le racisme



Ce n’est pas la première fois que des artistes du nord du pays se mobilisent contre le racisme ou s’en prennent ouvertement à l’extrême droite dans leur chanson. On peut par exemple citer quelques chansons comme « Cous-cous kreten » du groupe De Kreuners (1982), « Blank of Zwart » d’Isabelle A (1991) ou encore « L’étranger, c’est mon ami » de Raymond van het Groenewoud (1993).

En 2006, des dizaines de chanteurs flamands dont Arno et Tom Barman, fondateur du groupe dEUS, se sont aussi mobilisés lors d’un festival gratuit à la suite du meurtre de la Malienne enceinte Oulematou Niangadou.

Ce festival appelé 0110 plaidait « pour la tolérance, contre le racisme, contre l’extrémisme, contre la violence gratuite », avec des concerts qui ont eu lieu à Anvers, Bruxelles, Gand et Charleroi le 1er octobre (d’où le nom, 01-10).

Zwangere Guy, le Bruxellois antifasciste



Plus récemment, dans la même tradition que le festival 0110, des dizaines d’artistes se sont réunis à Anvers le 5 mai 2024 pour des « Concerts pour l’humanité ». Parmi ces artistes, un certain Zwangere Guy, le rappeur bruxellois y proclamait ouvertement son aversion envers la haine : « F*ck tous les fascistes et les racistes. »

Toutes celles et ceux qui écoutent avec attention les paroles du gagnant du prix « Meilleur Hip Hop » des MIA’s de cette année auront remarqué que Zwangere Guy s’engage ouvertement contre l’extrême droite. Il n’hésite pas non plus à s’en prendre clairement à Tom Van Grieken, Dries Van Langenhove ou Filip De Winter, comme ce fut le cas dans la chanson « Overtreders » : « 30 kilo minder, Fuck Filip Dewinter ».

[3]Quand le hip-hop flamand passe de l’underground au mainstream

Les MIA’s : une cérémonie engagée



Alors que le Vlaams Belang se plaint du message politique de Baloji, le rappeur belgo-congolais est loin d’être le seul artiste à avoir partagé ses opinions lors des MIA’s. Le rappeur Zwangere Guy s’en est par exemple pris à la classe politique bruxelloise : « Réveillez-vous ! »

Pour sa part, Pommelien Thijs, l’Angèle flamande, ne s’est pas exprimé ouvertement sur la politique, mais portait une chaîne autour du cou avec l’inscription « Free Palestine ». La chanteuse Kaat Van Straelen a aussi demandé qu’on accorde plus d’attention aux guerres dans le monde : « La guerre est réelle, le génocide est réel, le Soudan est réel, l’Iran est réel, Gaza est réel . »

Le Vlaams Belang assure de son côté : « Nous allons mettre ce sujet sur la table par l’intermédiaire de nos représentants au Conseil d’administration de la VRT . »

Ico Maly conclut : « C’est la même tactique depuis 30 ans : discréditer les médias. C’est ce que Donald Trump fait aux États-Unis en qualifiant certains médias de ‘fake news’. Ils veulent bousculer l’ordre établi. Ils essaient par ailleurs de le faire depuis l’intérieur avec leurs sièges au sein du Conseil d’administration de la VRT… »

[4]Semaine de la musique belge : et pourquoi pas écouter les gagnants des MIA’s ?



[1] https://www.rtbf.be/article/%22Le%20hip%20hop,%20c%E2%80%99est%20un%20acte%20politique.%20C%E2%80%99est%20une%20musique%20qui%20ose%20dire%20%22F*CK%20Vlaams%20Belang!%22%22,%20a%20lanc%C3%A9%20le%20rappeur%20francophone%20Baloji%20lors%20de%20la%20derni%C3%A8re%20c%C3%A9r%C3%A9monie%20de%20la%20musique%20flamande,%20les%20MIA%E2%80%99s.%20%20%20%20Invit%C3%A9%20sur%20sc%C3%A8ne%20pour%20remettre%20le%20prix%20du%20%22Meilleur%20Hip-Hop%22,%20l%E2%80%99ancien%20membre%20du%20groupe%20Starflam%20a%20mis%20en%20rage%20le%20Vlaams%20Belang.%20Un%20discours%20en%20fran%C3%A7ais%20qui%20est%20pass%C3%A9%20inaper%C3%A7u%20du%20c%C3%B4t%C3%A9%20des%20m%C3%A9dias%20francophones,%20la%20couverture%20se%20limitant%20%C3%A0%20la%20mention%20des%20gagnants%20des%20MIA's.

[2] https://daardaar.be/rubriques/politique/notre-programme-na-pas-change-il-fallait-juste-le-presenter-differemment/

[3] https://daardaar.be/rubriques/culture-et-medias/quand-le-hip-hop-flamand-passe-de-lunderground-au-mainstream/

[4] https://daardaar.be/rubriques/culture-et-medias/semaine-de-la-musique-belge-et-pourquoi-pas-ecouter-les-gagnants-des-mias/



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