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Bruxelles est-elle réellement un problème pour la périphérie flamande?

([Opinions, Politique, Société] 2026-02-01 (De Morgen))


« Bruxelles est un problème. Pour le Rand [périphérie flamande, ndlr]. Pour la Flandre. Pour le pays. Une tache d’huile qui ne cesse de s’étendre ». Dans une publication Facebook au ton particulièrement virulent, Eva Demesmaeker, bourgmestre de Hal et députée fédérale (N-VA), tire à boulets rouges sur les jeunes « venus d’Anderlecht ou de Vilvorde » qui fréquentent les écoles de Hal et provoquent des troubles.

« La bourgmestre devait bien réagir, non ? », nous glisse une habitante qui préfère garder l’anonymat. En route vers le supermarché, elle traîne son chariot sur les pavés de la place de la gare de Hal. « Le vrai problème, c’est d’abord la drogue. Et il touche tout le pays. Il faudrait s’attaquer à la source du mal, mais je crains qu’il ne soit déjà trop tard », ajoute-t-elle.

Mais qu’est-ce que la bourgmestre a dit, exactement ? « Bruxelles est un problème. Pour le Rand [périphérie flamande, ndlr]. Pour la Flandre. Pour le pays. Une tache d’huile qui ne cesse de s’étendre. Et si nous n’assumons pas nos responsabilités, nous finirons tous par en payer le prix »

Dans une publication Facebook au ton particulièrement virulent, Eva Demesmaeker, bourgmestre de Hal et députée fédérale (N-VA), tire à boulets rouges sur les jeunes « venus d’Anderlecht ou de Vilvorde » qui fréquentent les écoles de Hal et provoquent des troubles après les cours. « En moins de trois mois, 111 faits ont été recensés à Hal. Il ne s’agit pas de simples incivilités, mais d’actes graves : nuisances importantes, vols avec violence, coups et blessures, et agressions sexuelles. »

En début d’année, un jeune a été roué de coups pour avoir refusé de donner sa pizza à ses agresseurs. Jeudi dernier encore, un adolescent de seize ans a été poignardé à la sortie de l’école.

Croissance démographique

Eva Demesmaeker s’en prend ainsi directement à la politique menée à Bruxelles, qu’elle juge à la fois trop à gauche et trop permissive. Du côté bruxellois, la réaction ne s’est pas fait attendre : plusieurs responsables politiques ont dénoncé des propos stigmatisants, inacceptables et teintés de racisme.

[1]Pourquoi la Flandre ne peut pas « laisser tomber » Bruxelles

Les relations entre le Vlaamse Rand et la capitale [en français dans le texte, ndlr] sont tendues depuis longtemps. L’expansion continue de l’agglomération urbaine se fait au détriment du caractère plus rural que la périphérie flamande revendique, ou entend du moins préserver. Selon un rapport de l’Agence flamande de l’Administration intérieure, la croissance démographique y est désormais plus rapide qu’à Bruxelles même. Cette hausse de population s’accompagne inévitablement de défis typiquement urbains, et force est de constater que cette évolution fait grincer des dents.

« La question linguistique s’est déjà déplacée de Bruxelles vers la périphérie, mais elle n’est plus le seul enjeu, à présent. Le logement, le chômage et la sécurité posent eux aussi problème », déplorait Eva Demesmaeker dans l’émission De zevende dag sur la VRT. Contactée par De Morgen, elle n’a pas souhaité faire d’autres commentaires.

Dans ce contexte, l’arrivée de nouveaux Bruxellois est loin de faire l’unanimité. Récemment encore, le projet de tram rapide reliant Willebroek à Bruxelles via l’A12 a été définitivement abandonné après douze ans de discussions. Des incertitudes entouraient notamment la partie bruxelloise du tracé. Si les 600 jours sans gouvernement n’ont guère favorisé les avancées, le projet manquait aussi cruellement de soutien auprès des autorités locales concernées. En clair, le Rand ne veut pas se transformer en banlieue de Bruxelles.

[2]Le grand méchant tram : « Un tram rapide depuis Bruxelles ? C’est chercher les emmerdes ! »

Des écoles et des clubs de sport plébiscités

Mais qu’est-ce qui pousse des Bruxellois à s’installer dans des communes de la périphérie, comme Hal ? La recherche d’une place dans l’enseignement néerlandophone ou d’un club sportif sans liste d’attente figure souvent en tête des motivations. Selon Sigrid Sadones, directrice coordinatrice du réseau scolaire Kardinaal Cardijn, qui regroupe huit écoles dans la région, il convient tout de même de relativiser. « Dans nos trois écoles à Hal, un élève sur deux est originaire de la commune. Les autres viennent principalement d’autres localités de la périphérie, et seule une proportion infime arrive directement de Bruxelles. »

Le flux inverse est nettement plus important. Selon des chiffres datant de 2021, pas moins de 26.195 élèves de la périphérie flamande se rendent chaque jour à Bruxelles pour y suivre leur scolarité, soit environ cinq fois plus que dans l’autre sens.

« On ne peut accuser Bruxelles de tous les maux », poursuit Sigrid Sadones. « Dans un tel climat, tous les jeunes qui ne sont pas originaires de Halle sont alors considérés comme suspects, alors que les comportements déviants ne concernent qu’une infime minorité. Une réalité que l’on retrouve dans l’ensemble de la société. »

Depuis la semaine dernière, Hal a mis en place des mesures policières supplémentaires. Des contrôles d’identité systématiques sont désormais autorisés dans le quartier de la gare, le centre-ville et aux abords des établissements scolaires. Reste à savoir si ces dispositifs permettront d’apaiser la situation. « Il faut bien sûr agir, mais la prévention reste cruciale pour éviter que les jeunes ne s’engagent sur une mauvaise voie », conclut Sigrid Sadones.



[1] https://daardaar.be/rubriques/politique/pourquoi-la-flandre-ne-peut-pas-laisser-tomber-bruxelles/

[2] https://daardaar.be/rubriques/societe/le-grand-mechant-tram-un-tram-rapide-depuis-bruxelles-cest-chercher-les-emmerdes/



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