Est-ce vraiment trop demander que le ministre-président bruxellois parle néerlandais?
([Opinions, Politique] 2026-02-01 (Het Laatste Nieuws))
- Reference: 2026-02_Belgaimage-163368758-255x170
- News link: https://daardaar.be/rubriques/politique/est-ce-vraiment-trop-demander-que-le-ministre-president-bruxellois-parle-neerlandais/
- Source link: https://www.hln.be/opinie/tweetaligheid-is-geen-communautair-spierballengerol-maar-een-minimale-vereiste~af9be2a8/
Est-ce vraiment trop demander que le ministre-président bruxellois parle néerlandais? La barre ne doit pas être placée très haut, nous n’exigeons aucune virtuosité linguistique, juste la capacité de comprendre une question simple, même pas politique. Lorsqu’une journaliste de la VRT demande à Boris Dilliès (MR) s’il est surpris par sa nouvelle fonction, l’homme balbutie : « Ik weet het niet. We zullen zien. » Je ne sais pas. Nous verrons bien. Une réponse qui démontre que son néerlandais n’est pas – comme il le prétend – « rouillé », mais inexistant ou presque. Cette critique suscitera sans doute l’agacement de certains, y compris de Georges-Louis Bouchez (MR).
Dans ce pays, les Flamands ne sont plus des citoyens opprimés. À Bruxelles, de plus en plus de francophones apprennent le néerlandais dans des écoles flamandes. Tandis que l’enseignement néerlandophone dans la capitale continue de croître, son pendant francophone plafonne. Près d’un Bruxellois sur cinq fréquente désormais une école néerlandophone. La Flandre mobilise toute sa force de frappe démocratique pour donner un cap au pays à travers le poste de Premier ministre. Elle use de sa puissance économique pour devenir actionnaire principal de l’aéroport de Zaventem. Les Flamands n’ont donc aujourd’hui plus aucune raison de jouer les caliméros.
Pour autant, le désintérêt pour le néerlandais et pour la culture flamande n’a pas disparu. Même si le nouveau ministre-président bruxellois considère lui-même que parler néerlandais relève de la politesse la plus élémentaire – ce qu’il l’aurait confié récemment à son président de parti et nous sommes bien d’accord –, ni l’un ni l’autre n’a finalement jugé d’en tenir compte dans l’attribution du poste. De toute façon, les Flamands râlent tout le temps… Ah oui ? Si on suit la logique, le ministre-président semble être au moins aussi tatillon. Et pourtant, il ne restera bientôt plus aucun ministre francophone au gouvernement bruxellois qui soit capable de s’exprimer en néerlandais.
A relire
[1]Le mépris du néerlandais chez les politiques francophones: une menace pour la Belgique
Dans ce contexte, comment voir encore Bruxelles comme un modèle de la Belgique? Tout francophone qui célèbre notre pays doit aussi s’approprier la langue de la Flandre. Tout comme la Flandre doit investir davantage dans l’apprentissage de la langue de Molière. En l’absence de maîtrise linguistique suffisante, on passe à côté des nuances, des codes implicites, de la charge émotionnelle d’une culture. Maggie De Block paraissait abrupte aux yeux des francophones ; alors que la « vraie » Maggie De Block était l’une des personnalités les plus appréciées du nord du pays. Le Flamand qui tutoie trop rapidement passe pour un impoli dans le monde francophone, tandis que le vouvoiement est perçu en Flandre comme trop rigide et guindé. Une politique d’austérité, en Belgique francophone, est une mesure qui sonne comme un reproche rigoriste. En Flandre, son équivalent besparingspolitiek – politique de l’économie, de la parcimonie – n’a pas cette connotation négative. Autrement dit, on peut apprécier une culture sans connaître sa langue, mais on ne pourra jamais la comprendre pleinement.
Si un nationaliste flamand comme Bart De Wever jongle sans difficulté entre nos trois langues nationales, il est permis d’attendre quelques mots de néerlandais de la part du ministre-président bruxellois. Exiger le bilinguisme n’a rien d’une démonstration de force aux relents identitaires, c’est un minimum pour quiconque souhaite gouverner une région bilingue. Et de grâce, épargnez-nous les beaux discours sur le multilinguisme dans la capitale, qui sert bien trop souvent de prétexte dans ce pays pour éviter de parler de la nécessité du bilinguisme.
[2]Séries, podcasts, sites web… voici nos idées pour apprendre le néerlandais en s’amusant !
[1] https://daardaar.be/rubriques/politique/le-mepris-du-neerlandais-chez-les-politiques-francophones-une-menace-pour-la-belgique/
[2] https://daardaar.be/daardaar/series-podcasts-sites-web-voici-nos-idees-pour-apprendre-le-neerlandais-en-samusant/
Dans ce pays, les Flamands ne sont plus des citoyens opprimés. À Bruxelles, de plus en plus de francophones apprennent le néerlandais dans des écoles flamandes. Tandis que l’enseignement néerlandophone dans la capitale continue de croître, son pendant francophone plafonne. Près d’un Bruxellois sur cinq fréquente désormais une école néerlandophone. La Flandre mobilise toute sa force de frappe démocratique pour donner un cap au pays à travers le poste de Premier ministre. Elle use de sa puissance économique pour devenir actionnaire principal de l’aéroport de Zaventem. Les Flamands n’ont donc aujourd’hui plus aucune raison de jouer les caliméros.
Pour autant, le désintérêt pour le néerlandais et pour la culture flamande n’a pas disparu. Même si le nouveau ministre-président bruxellois considère lui-même que parler néerlandais relève de la politesse la plus élémentaire – ce qu’il l’aurait confié récemment à son président de parti et nous sommes bien d’accord –, ni l’un ni l’autre n’a finalement jugé d’en tenir compte dans l’attribution du poste. De toute façon, les Flamands râlent tout le temps… Ah oui ? Si on suit la logique, le ministre-président semble être au moins aussi tatillon. Et pourtant, il ne restera bientôt plus aucun ministre francophone au gouvernement bruxellois qui soit capable de s’exprimer en néerlandais.
A relire
[1]Le mépris du néerlandais chez les politiques francophones: une menace pour la Belgique
Dans ce contexte, comment voir encore Bruxelles comme un modèle de la Belgique? Tout francophone qui célèbre notre pays doit aussi s’approprier la langue de la Flandre. Tout comme la Flandre doit investir davantage dans l’apprentissage de la langue de Molière. En l’absence de maîtrise linguistique suffisante, on passe à côté des nuances, des codes implicites, de la charge émotionnelle d’une culture. Maggie De Block paraissait abrupte aux yeux des francophones ; alors que la « vraie » Maggie De Block était l’une des personnalités les plus appréciées du nord du pays. Le Flamand qui tutoie trop rapidement passe pour un impoli dans le monde francophone, tandis que le vouvoiement est perçu en Flandre comme trop rigide et guindé. Une politique d’austérité, en Belgique francophone, est une mesure qui sonne comme un reproche rigoriste. En Flandre, son équivalent besparingspolitiek – politique de l’économie, de la parcimonie – n’a pas cette connotation négative. Autrement dit, on peut apprécier une culture sans connaître sa langue, mais on ne pourra jamais la comprendre pleinement.
Si un nationaliste flamand comme Bart De Wever jongle sans difficulté entre nos trois langues nationales, il est permis d’attendre quelques mots de néerlandais de la part du ministre-président bruxellois. Exiger le bilinguisme n’a rien d’une démonstration de force aux relents identitaires, c’est un minimum pour quiconque souhaite gouverner une région bilingue. Et de grâce, épargnez-nous les beaux discours sur le multilinguisme dans la capitale, qui sert bien trop souvent de prétexte dans ce pays pour éviter de parler de la nécessité du bilinguisme.
[2]Séries, podcasts, sites web… voici nos idées pour apprendre le néerlandais en s’amusant !
[1] https://daardaar.be/rubriques/politique/le-mepris-du-neerlandais-chez-les-politiques-francophones-une-menace-pour-la-belgique/
[2] https://daardaar.be/daardaar/series-podcasts-sites-web-voici-nos-idees-pour-apprendre-le-neerlandais-en-samusant/