Images pédopornographiques dans la cellule de Dutroux : le vrai scandale est ailleurs
([Opinions, Société] 2026-02-01 (Het Laatste Nieuws))
- Reference: 2026-02_Belgaimage-147925334-255x170
- News link: https://daardaar.be/rubriques/societe/images-pedopornographiques-dans-la-cellule-de-dutroux-le-vrai-scandale-est-ailleurs/
- Source link: https://www.hln.be/opinie/isolde-van-den-eynde-dutroux-krijgt-verboden-fotos-in-zijn-cel-en-plots-zijn-we-verontwaardigd~a034997f/?slug_rd=1
Admettons-le. C’est parce qu’il s’agit de Marc Dutroux que l’affaire fait du bruit. C’est parce que le dossier concerne le violeur et l’assassin de jeunes filles le plus tristement célèbre du pays que la presse s’intéresse aux documents compromettants retrouvés dans sa cellule. Très compromettants, même : des images pédopornographiques. Leur détention constitue un délit. Il n’y a pas le moindre doute là-dessus.
Cela dit, est-il vraiment inhabituel que des objets interdits passent les murs d’une prison ? Au contraire : c’est plutôt monnaie courante. Rien que dans celle d’Anvers, en 2023, pas moins de 445 téléphones ont été saisis — ils servent souvent à continuer de piloter à distance un juteux trafic de stupéfiants. La même année, 13 kilos de drogue, destinés tantôt à la revente, tantôt à un usage personnel, ont été interceptés. Selon une étude de l’Université de Gand, un tiers des détenus consomment d’ailleurs des substances illicites. Il est donc naïf d’imaginer que l’introduction de telles images serait une première. Nous nous sommes tout simplement habitués à ce trafic. Des marchandises sont jetées par-dessus les murs. Ou furtivement livrées par drone. Et on hausse les épaules : c’est comme ça.
Dutroux prétend qu’on a voulu lui tendre un piège. Mais pour quelle raison, au juste ? Il a été condamné à la réclusion à perpétuité assortie de dix ans de mise à disposition. Et en l’absence du moindre remords, la probabilité qu’il bénéficie d’une libération anticipée est quasi nulle. Qu’il s’agisse ou non d’un traquenard ne change donc rien à l’affaire. Ce n’est de toute façon pas lui qui a imprimé ces images. Avec ou sans son accord, quelqu’un a bien dû les lui apporter.
[1]Des regrets, Dutroux ? Balivernes !
Ce tueur d’enfants est à l’isolement. Seul même pour ses repas et ses promenades, il n’a pratiquement aucun contact avec les autres criminels. Nul besoin d’être un fin limier pour en déduire que les enveloppes ont très probablement été introduites dans sa cellule par un gardien. Ce ne serait pas le premier incident de ce genre. En septembre dernier, lors d’une descente dans la prison de Haren, des enquêteurs ont arrêté 12 personnes, dont des agents pénitentiaires. Ces derniers avaient accepté des pots-de-vin pour faire passer de la drogue, des téléphones et d’autres objets interdits. En 2015, des surveillants ont laissé un détenu gérer un bordel à l’aide d’un téléphone portable introduit clandestinement, en échange de visites gratuites. Dans le cas de Dutroux, sous les verrous depuis 1996, reste à savoir quelle a bien pu être la monnaie d’échange.
« Notre appareil judiciaire n’est pas en mesure d’empêcher que des images pédopornographiques soient transmises, jusque dans sa cellule, au criminel le plus honni du pays »
Quoi qu’il en soit, le vrai scandale, ce n’est pas qu’un pédophile comme Marc Dutroux ait commis un délit, mais que ce trafic ne soit vu comme un problème que lorsqu’il s’agit de lui. Dans le cas d’autres criminels, on n’est pas loin de considérer que cela fait partie du folklore carcéral. La ministre de la Justice, Annelies Verlinden (CD&V), a bien d’autres dossiers à traiter que les détenus dormant à même le sol ou la liste d’attente des peines à exécuter. Il n’y a pas de solution toute faite. Et la contrebande se pratiquait déjà avant l’explosion des taux d’occupation. Mais le constat demeure, implacable : notre appareil judiciaire n’est pas en mesure d’empêcher que des images pédopornographiques soient transmises, jusque dans sa cellule, au criminel le plus honni du pays.
[2][Analyse] Pourquoi ne rend-on pas les magistrats responsables de leurs erreurs ?
[1] https://daardaar.be/rubriques/societe/des-regrets-dutroux-balivernes/
[2] https://daardaar.be/rubriques/societe/analyse-pourquoi-ne-rend-on-pas-les-magistrats-responsables-de-leurs-erreurs/
Cela dit, est-il vraiment inhabituel que des objets interdits passent les murs d’une prison ? Au contraire : c’est plutôt monnaie courante. Rien que dans celle d’Anvers, en 2023, pas moins de 445 téléphones ont été saisis — ils servent souvent à continuer de piloter à distance un juteux trafic de stupéfiants. La même année, 13 kilos de drogue, destinés tantôt à la revente, tantôt à un usage personnel, ont été interceptés. Selon une étude de l’Université de Gand, un tiers des détenus consomment d’ailleurs des substances illicites. Il est donc naïf d’imaginer que l’introduction de telles images serait une première. Nous nous sommes tout simplement habitués à ce trafic. Des marchandises sont jetées par-dessus les murs. Ou furtivement livrées par drone. Et on hausse les épaules : c’est comme ça.
Dutroux prétend qu’on a voulu lui tendre un piège. Mais pour quelle raison, au juste ? Il a été condamné à la réclusion à perpétuité assortie de dix ans de mise à disposition. Et en l’absence du moindre remords, la probabilité qu’il bénéficie d’une libération anticipée est quasi nulle. Qu’il s’agisse ou non d’un traquenard ne change donc rien à l’affaire. Ce n’est de toute façon pas lui qui a imprimé ces images. Avec ou sans son accord, quelqu’un a bien dû les lui apporter.
[1]Des regrets, Dutroux ? Balivernes !
Ce tueur d’enfants est à l’isolement. Seul même pour ses repas et ses promenades, il n’a pratiquement aucun contact avec les autres criminels. Nul besoin d’être un fin limier pour en déduire que les enveloppes ont très probablement été introduites dans sa cellule par un gardien. Ce ne serait pas le premier incident de ce genre. En septembre dernier, lors d’une descente dans la prison de Haren, des enquêteurs ont arrêté 12 personnes, dont des agents pénitentiaires. Ces derniers avaient accepté des pots-de-vin pour faire passer de la drogue, des téléphones et d’autres objets interdits. En 2015, des surveillants ont laissé un détenu gérer un bordel à l’aide d’un téléphone portable introduit clandestinement, en échange de visites gratuites. Dans le cas de Dutroux, sous les verrous depuis 1996, reste à savoir quelle a bien pu être la monnaie d’échange.
« Notre appareil judiciaire n’est pas en mesure d’empêcher que des images pédopornographiques soient transmises, jusque dans sa cellule, au criminel le plus honni du pays »
Quoi qu’il en soit, le vrai scandale, ce n’est pas qu’un pédophile comme Marc Dutroux ait commis un délit, mais que ce trafic ne soit vu comme un problème que lorsqu’il s’agit de lui. Dans le cas d’autres criminels, on n’est pas loin de considérer que cela fait partie du folklore carcéral. La ministre de la Justice, Annelies Verlinden (CD&V), a bien d’autres dossiers à traiter que les détenus dormant à même le sol ou la liste d’attente des peines à exécuter. Il n’y a pas de solution toute faite. Et la contrebande se pratiquait déjà avant l’explosion des taux d’occupation. Mais le constat demeure, implacable : notre appareil judiciaire n’est pas en mesure d’empêcher que des images pédopornographiques soient transmises, jusque dans sa cellule, au criminel le plus honni du pays.
[2][Analyse] Pourquoi ne rend-on pas les magistrats responsables de leurs erreurs ?
[1] https://daardaar.be/rubriques/societe/des-regrets-dutroux-balivernes/
[2] https://daardaar.be/rubriques/societe/analyse-pourquoi-ne-rend-on-pas-les-magistrats-responsables-de-leurs-erreurs/