Le grand méchant tram : « Un tram rapide depuis Bruxelles ? C’est chercher les emmerdes ! »
([Société] 2026-01-01 (De Standaard))
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- News link: https://daardaar.be/rubriques/societe/le-grand-mechant-tram-un-tram-rapide-depuis-bruxelles-cest-chercher-les-emmerdes/
- Source link: https://www.standaard.be/binnenland/wie-is-bang-van-de-brusselaar-een-sneltram-uit-brussel-is-vragen-om-problemen/124009824.html
C’est officiel : le projet de tram rapide Willebroek-Bruxelles est enterré. Malgré plusieurs dizaines d’expropriations et 20 millions d’euros dépensés. « Des jeunes de Bruxelles, ici, on en a déjà bien assez. »
Martine Janssens (66 ans), d’Eversem, ne mâche pas ses mots : « Annulé par manque d’intérêt, le projet de tram ? Et c’est maintenant qu’ils s’en rendent compte ? Quand ils ont présenté le projet, il y a dix ans, nous le savions déjà, nous, que personne n’en voulait. Mais les politiques s’en fichaient. Tous ces millions investis, ces dizaines de gens expropriés. Pour en arriver là ? Quelle blague ! »
Installée avec une voisine au comptoir du Benelux, un café-bar de Wolvertem proche de l’A12, notre interlocutrice rit jaune. Un arrêt était prévu juste devant leur bistrot favori, et la patronne, Maria Londono, se réjouissait déjà de cette clientèle supplémentaire. Mais pas ses clientes. « À ton avis, qui est-ce qu’on aurait vu débarquer ? » Elles sont d’accord : tout sauf des enfants de chœur.
[1]Pascal Smet : « RER = Réseau Éternellement Retardé »
C’est la ministre de la Mobilité, Annick De Ridder (N-VA) qui a officiellement annoncé l’abandon de ce projet, déjà remisé au placard depuis un moment. Il est maintenant définitivement au rebut, faute d’intérêt. Dans le parti de la ministre, on s’en réjouit. Comme la bourgmestre N-VA de Meise, Gerda Van den Brande, soulagée, s’exprimant au micro du journal de la VRT : « Les gens de Meise vont à Bruxelles, c’est entendu, mais qui ce tram aurait-il amené chez nous ? »
[2]Sur papier , pourtant, le projet paraissait séduisant. Le site d’information consacré aux travaux du ring de Bruxelles le mentionne encore, en termes élogieux [3][1] : Willebroek-Bruxelles en 40 minutes, le long de cette A12 si encombrée, avec notamment des arrêts à Londerzeel, Wolvertem et Meise. « Une liaison rapide, confortable, écologique, à haute capacité. Et logique, puisque son implantation le long d’une autoroute diminuait le nombre de croisements – et donc d’obstacles potentiels. »
Des dizaines de personnes ont été expropriées ; au moins vingt maisons, dont plusieurs déjà démolies. Les douze maisons encore debout, mal situées, seront abattues aussi. Deux autres, à Meise, seront remises en vente.
C’est d’autant plus pénible, nous dit une habitante de Londerzeel, 65 ans. À l’ombre de la voie ferrée, trois maisons abandonnées se désagrègent près du passage à niveau. « Ma voisine a vécu toute sa vie dans celle de gauche. Être expropriée lui a causé tant de peine… Tout ça pour apprendre par la presse qu’il n’y aura jamais de tram. Vous pensez bien que personne n’est venu le lui dire. Comment expliquer une chose pareille… ? »
Notre interlocutrice préfère rester anonyme, en raison de ce qu’elle a encore à dire. « Ces expropriations inutiles, c’est vraiment douloureux… Nous étions tous contre ce projet. Des jeunes de Bruxelles, ici, nous en avons déjà plus qu’assez. » Selon elle, des Bruxellois causent régulièrement des incidents à la gare de Londerzeel et ce tram supplémentaire n’aurait qu’aggravé les choses.
« Ces expropriations inutiles, c’est vraiment douloureux… Nous étions tous contre ce projet. Des jeunes de Bruxelles, ici, nous en avons déjà plus qu’assez. »
C’est également l’avis de Guust (66 ans), également de Londerzeel, qui entend lui aussi rester anonyme. Il ne se considère pas comme raciste, mais « on pourrait qualifier mon opinion de raciste. J’ai plusieurs voisins issus de l’immigration, et je m’entends bien avec eux. Mais ces gens se réunissent souvent en famille. Si la commune devient plus facile d’accès demain, vont-ils tous débarquer à Londerzeel ? »
Plus loin, derrière une clôture, un chien aboie. À part la circulation qui défile à toute allure, rien ne bouge, ou presque. « Quand je me suis installé à Londerzeel, ajoute Guust, je n’avais pas l’intention de vivre dans un quartier multiculturel ». C’est surtout l’islam qui l’inquiète. « La Belgique est un pays catholique et nous n’avons aucun problème avec les musulmans, mais l’inverse n’est pas vrai : les musulmans, eux, veulent nous convertir. » Questionné sur l’origine de cette conviction, il n’a pas de réponse immédiate. « Mes voisins n’essaient pas de me convertir, c’est plutôt ce que j’entends à la télévision. »
[4]La théorie du « grand remplacement » fait son retour en Flandre
À Willebroek, le terminus initialement prévu est un terrain vague proche du Fort de Breendonk. « L’abandon du projet me désole », soupire le directeur du site, Jef Vrelust (49 ans). « C’était l’occasion de redessiner ce quartier plutôt moche de Willebroek. » Depuis le parking du Fort, le directeur scrute l’A12. « Une infrastructure de transports en commun aurait été bien utile. Aujourd’hui, les écoles se déplacent surtout en autocar – c’est cher et compliqué. Le tram, c’est tellement plus pratique pour des sorties en famille. J’entends bien qu’il y a des activités plus agréables que venir se plonger dans notre passé guerrier, mais garder cette mémoire vivante, n’est-ce pas justement essentiel aujourd’hui ? »
Encore une dernière question. Cela n’intéresse-t-il pas les habitants des communes concernées d’accéder facilement à la capitale ? Pour visiter l’Atomium, par exemple ? « Je ne pense pas. », répond Sandra Desmedt (56 ans), employée à Wolvertem. « Moi, je ne mets plus les pieds à Bruxelles. Je ne m’y sens pas bien, ni en sécurité, ni à l’aise. Et cette ambiance-là, je n’en veux pas ici. C’est aussi simple que ça : rien de tel que la vie au village. »
[5][1] La page visée a été bloquée depuis la publication de l’article original du Standaard.
[1] https://daardaar.be/rubriques/societe/pascal-smet-rer-reseau-eternellement-retarde/
[2] https://web.archive.org/web/20211202022122/https://www.werkenaandering.be/nl/werken-aan/openbaar-vervoer/sneltram
[3] https://daardaar.be/rubriques/societe/le-grand-mechant-tram-un-tram-rapide-depuis-bruxelles-cest-chercher-les-emmerdes/#_ftn1
[4] https://daardaar.be/rubriques/politique/la-theorie-du-grand-remplacement-fait-son-retour-en-flandre/
[5] https://daardaar.be/rubriques/societe/le-grand-mechant-tram-un-tram-rapide-depuis-bruxelles-cest-chercher-les-emmerdes/#_ftnref1
Martine Janssens (66 ans), d’Eversem, ne mâche pas ses mots : « Annulé par manque d’intérêt, le projet de tram ? Et c’est maintenant qu’ils s’en rendent compte ? Quand ils ont présenté le projet, il y a dix ans, nous le savions déjà, nous, que personne n’en voulait. Mais les politiques s’en fichaient. Tous ces millions investis, ces dizaines de gens expropriés. Pour en arriver là ? Quelle blague ! »
Installée avec une voisine au comptoir du Benelux, un café-bar de Wolvertem proche de l’A12, notre interlocutrice rit jaune. Un arrêt était prévu juste devant leur bistrot favori, et la patronne, Maria Londono, se réjouissait déjà de cette clientèle supplémentaire. Mais pas ses clientes. « À ton avis, qui est-ce qu’on aurait vu débarquer ? » Elles sont d’accord : tout sauf des enfants de chœur.
[1]Pascal Smet : « RER = Réseau Éternellement Retardé »
C’est la ministre de la Mobilité, Annick De Ridder (N-VA) qui a officiellement annoncé l’abandon de ce projet, déjà remisé au placard depuis un moment. Il est maintenant définitivement au rebut, faute d’intérêt. Dans le parti de la ministre, on s’en réjouit. Comme la bourgmestre N-VA de Meise, Gerda Van den Brande, soulagée, s’exprimant au micro du journal de la VRT : « Les gens de Meise vont à Bruxelles, c’est entendu, mais qui ce tram aurait-il amené chez nous ? »
[2]Sur papier , pourtant, le projet paraissait séduisant. Le site d’information consacré aux travaux du ring de Bruxelles le mentionne encore, en termes élogieux [3][1] : Willebroek-Bruxelles en 40 minutes, le long de cette A12 si encombrée, avec notamment des arrêts à Londerzeel, Wolvertem et Meise. « Une liaison rapide, confortable, écologique, à haute capacité. Et logique, puisque son implantation le long d’une autoroute diminuait le nombre de croisements – et donc d’obstacles potentiels. »
Des maisons abattues
Des dizaines de personnes ont été expropriées ; au moins vingt maisons, dont plusieurs déjà démolies. Les douze maisons encore debout, mal situées, seront abattues aussi. Deux autres, à Meise, seront remises en vente.
C’est d’autant plus pénible, nous dit une habitante de Londerzeel, 65 ans. À l’ombre de la voie ferrée, trois maisons abandonnées se désagrègent près du passage à niveau. « Ma voisine a vécu toute sa vie dans celle de gauche. Être expropriée lui a causé tant de peine… Tout ça pour apprendre par la presse qu’il n’y aura jamais de tram. Vous pensez bien que personne n’est venu le lui dire. Comment expliquer une chose pareille… ? »
Notre interlocutrice préfère rester anonyme, en raison de ce qu’elle a encore à dire. « Ces expropriations inutiles, c’est vraiment douloureux… Nous étions tous contre ce projet. Des jeunes de Bruxelles, ici, nous en avons déjà plus qu’assez. » Selon elle, des Bruxellois causent régulièrement des incidents à la gare de Londerzeel et ce tram supplémentaire n’aurait qu’aggravé les choses.
« Ces expropriations inutiles, c’est vraiment douloureux… Nous étions tous contre ce projet. Des jeunes de Bruxelles, ici, nous en avons déjà plus qu’assez. »
C’est également l’avis de Guust (66 ans), également de Londerzeel, qui entend lui aussi rester anonyme. Il ne se considère pas comme raciste, mais « on pourrait qualifier mon opinion de raciste. J’ai plusieurs voisins issus de l’immigration, et je m’entends bien avec eux. Mais ces gens se réunissent souvent en famille. Si la commune devient plus facile d’accès demain, vont-ils tous débarquer à Londerzeel ? »
Plus loin, derrière une clôture, un chien aboie. À part la circulation qui défile à toute allure, rien ne bouge, ou presque. « Quand je me suis installé à Londerzeel, ajoute Guust, je n’avais pas l’intention de vivre dans un quartier multiculturel ». C’est surtout l’islam qui l’inquiète. « La Belgique est un pays catholique et nous n’avons aucun problème avec les musulmans, mais l’inverse n’est pas vrai : les musulmans, eux, veulent nous convertir. » Questionné sur l’origine de cette conviction, il n’a pas de réponse immédiate. « Mes voisins n’essaient pas de me convertir, c’est plutôt ce que j’entends à la télévision. »
[4]La théorie du « grand remplacement » fait son retour en Flandre
Visiter l’Atomium
À Willebroek, le terminus initialement prévu est un terrain vague proche du Fort de Breendonk. « L’abandon du projet me désole », soupire le directeur du site, Jef Vrelust (49 ans). « C’était l’occasion de redessiner ce quartier plutôt moche de Willebroek. » Depuis le parking du Fort, le directeur scrute l’A12. « Une infrastructure de transports en commun aurait été bien utile. Aujourd’hui, les écoles se déplacent surtout en autocar – c’est cher et compliqué. Le tram, c’est tellement plus pratique pour des sorties en famille. J’entends bien qu’il y a des activités plus agréables que venir se plonger dans notre passé guerrier, mais garder cette mémoire vivante, n’est-ce pas justement essentiel aujourd’hui ? »
Encore une dernière question. Cela n’intéresse-t-il pas les habitants des communes concernées d’accéder facilement à la capitale ? Pour visiter l’Atomium, par exemple ? « Je ne pense pas. », répond Sandra Desmedt (56 ans), employée à Wolvertem. « Moi, je ne mets plus les pieds à Bruxelles. Je ne m’y sens pas bien, ni en sécurité, ni à l’aise. Et cette ambiance-là, je n’en veux pas ici. C’est aussi simple que ça : rien de tel que la vie au village. »
[5][1] La page visée a été bloquée depuis la publication de l’article original du Standaard.
[1] https://daardaar.be/rubriques/societe/pascal-smet-rer-reseau-eternellement-retarde/
[2] https://web.archive.org/web/20211202022122/https://www.werkenaandering.be/nl/werken-aan/openbaar-vervoer/sneltram
[3] https://daardaar.be/rubriques/societe/le-grand-mechant-tram-un-tram-rapide-depuis-bruxelles-cest-chercher-les-emmerdes/#_ftn1
[4] https://daardaar.be/rubriques/politique/la-theorie-du-grand-remplacement-fait-son-retour-en-flandre/
[5] https://daardaar.be/rubriques/societe/le-grand-mechant-tram-un-tram-rapide-depuis-bruxelles-cest-chercher-les-emmerdes/#_ftnref1