Un même pays, deux politiques : le statut de sportif de haut niveau impossible à harmoniser
([Opinions, Sport] 2026-01-01 (De Morgen))
- Reference: 2026-01_Belgaimage-96930753-255x170
- News link: https://daardaar.be/rubriques/sport/un-meme-pays-deux-politiques-le-statut-de-sportif-de-haut-niveau-impossible-a-harmoniser/
- Source link: https://www.demorgen.be/meningen/hoewel-franstalig-belgie-een-topsportwoestijn-is-staan-daar-zowaar-tachtig-topsporters-op-de-salarislijst~b3e58604/
La semaine dernière, Sport Vlaanderen a levé le voile sur sa politique de subventionnement du sport de haut niveau. Celle-ci se compose de deux volets : les salaires qu’elle verse aux athlètes qui atteignent un niveau suffisamment élevé, d’une part, et un montant beaucoup plus important pour l’encadrement du sport de haut niveau au sein des fédérations concernées, d’autre part.
Comme chaque année, c’est surtout la divulgation de la liste des athlètes qui bénéficieront d’un soutien financier qui a intéressé les médias, même si cet investissement ne représente même pas un dixième du budget total dévolu au sport de haut niveau. On ne se bousculait guère au portillon, par contre, pour savoir quels sports seront subventionnés, et à quelle hauteur. Au total, il y en aura 31. Ces subventionnements concernent-ils tous des fédérations de sport de haut niveau ? On peut en douter, mais le fait est là. Les aides s’échelonneront de 30.000 euros (le montant minimum) pour les fédérations qui ne comptent qu’une poignée d’athlètes jusqu’à près de 2 millions d’euros pour les grandes fédérations sportives telles que Gymnastiek Vlaanderen (gymnastique), Cycling Vlaanderen (cyclisme), Volley Vlaanderen (volleyball), Atletiek Vlaanderen (athlétisme) et la Vlaamse Hockey Liga (hockey).
Plusieurs fédérations et leur coupole nationale (hockey, cyclisme) considèrent encore ces moyens financiers comme un droit acquis. Il en va de même pour un certain nombre de sportifs en ce qui concerne leur salaire. 14 d’entre eux ont perdu leur contrat ; dans l’autre sens, la Flandre s’est engagée à soutenir financièrement 17 nouveaux sportifs. Au total, 75 sportifs supposés de haut niveau sont aujourd’hui sous contrat de travail avec le gouvernement flamand.
[1]L’affaire Thiam au Parlement flamand : « N’en faisons pas un jeu communautaire »
Ce constat amène une première réflexion : par comparaison avec une nation telle que les Pays-Bas, par exemple, nous nous montrons trop généreux dans notre politique de subventions directes. Trop d’athlètes reçoivent trop d’argent. Trop souvent, leur préoccupation première n’est pas, dès lors, de s’améliorer afin de devenir autonomes financièrement, mais de conserver le statut qu’il ont acquis et l’argent facile qui en découle.
Les sportifs mécontents de voir leur robinet coupé peuvent aller frapper à la porte de l’ADEPS, le pendant francophone de Sport Vlaanderen. Bien que la Fédération Wallonie-Bruxelles soit un désert en matière de sport de haut niveau si on la compare à la Flandre, qui ne brille pourtant pas non plus dans ce domaine, son payroll recense pas moins de 80 sportifs « de haut niveau » salariés. Jusqu’à présent, toutes les tentatives de mettre en place une politique uniforme de part et d’autre de la frontière linguistique ont échoué.
Un autre problème avec cette politique de contrats pour sportifs de haut niveau réside dans l’inégalité des salaires octroyés. Cette inégalité ne s’explique pas par des différences en matière de performances, mais bien de diplôme. Un athlète habitué au podium lors de grandes compétitions mais ne disposant que d’un certificat de l’enseignement secondaire supérieur percevra un salaire sensiblement moins élevé qu’un concurrent sportivement moins performant, mais diplômé d’une université
Que les athlètes qui perdent leur statut de sportif de haut niveau et le salaire qui va avec soient déçus, est compréhensible. La réaction des médias l’est moins, eux qui préfèrent s’intéresser à un grand nom tout juste rayé de la liste des sportifs soutenus financièrement qu’à des « petits nouveaux » comme les sœurs Gilis, en squash.
[2]Les volleyeuses de l’équipe nationale, des « branleuses de merde » bien courageuses
Rejoindre le perchiste Ben Broeders devant le mur des lamentations et lui offrir une tribune est un exercice qui, journalistiquement, ne recèle pas beaucoup de courage.
Avoir mis fin à son contrat de sportif de haut niveau est une décision logique dans le cadre d’une politique cohérente et crédible. Broeders a le sentiment que son talent et ses performances ne sont pas reconnus à leur juste valeur et nous assure que le niveau en saut à la perche est incroyablement élevé. Ce point de vue ne vaut toutefois que pour un seul acrobate du plateau, et celui-ci n’a malheureusement pas pour nom Ben Broeders, mais Armand « Mondo » Duplantis.
Et encore : même les performances de Duplantis ne sont pas aussi exceptionnelles que cela. Si vous représentez sur un graphique les records du monde qu’il a battus, vous constaterez qu’ils s’inscrivent dans une évolution normale depuis 35 ans et l’avènement d’un certain Serguei Bubka. Et à l’exception de Mondo, force est de reconnaître que le saut à la perche est une discipline qui n’a guère progressé depuis un quart de siècle.
Il y a plus de trente ans, Bubka était déjà capable de s’élever au-dessus d’une barre à 6,14 mètres. L’été dernier, lors des championnats du monde d’athlétisme à Tokyo, Duplantis a certes franchi 6,30 mètres, mais les deux autres perchistes médaillés se sont contentés de sauts à 6 mètres et 5,95 mètres. À l’exception du phénomène suédois, la densité en saut à la perche a rarement été aussi faible et même face à cette concurrence peu relevée, Broeders n’est pas parvenu à remplir les critères.
[3]DAZN-Pro League: l’impact social ne doit pas être sous-estimé
Le principal intéressé ne conteste d’ailleurs pas son échec. Mais alors qu’il est « busé » pour la deuxième année consécutive, il se borne à évoquer « une barre qu’il a échoué une seule fois à franchir ». Avant que la commission des sports du Parlement flamand hume le parfum d’un nouveau scandale et veuille y mettre son grain de sel, précisons que ce n’est pas demain qu’on retrouvera Broeders en train de dormir sous un pont, car il pourra toujours compter sur un budget pour ses entraînements et ses stages.
Les athlètes dans sa situation peuvent également bénéficier du filet de sécurité qu’offre le statut VDAB et d’un revenu de remplacement, mais pas Broeders, car il vit aux Pays-Bas chez sa compagne Femke Bol.
Pourquoi ne pas adopter la nationalité néerlandaise, alors ?
Malheureusement pour lui, il n’aurait pas non plus droit à un salaire aux Pays-Bas. Le stipendium , comme ils disent outre-Moerdijk, est moins généreux que les salaires flamands et est réservé aux athlètes qui émargent au top 8 mondial. Or, Broeders plafonne depuis quelques années aux alentours du vingtième rang dans la hiérarchie planétaire.
Pour retrouver son statut perdu, Broeders n’a donc pas 36.000 solutions : il va devoir sauter plus haut.
[1] https://daardaar.be/rubriques/sport/laffaire-thiam-au-parlement-flamand-nen-faisons-pas-un-jeu-communaitaire/
[2] https://daardaar.be/rubriques/sport/les-volleyeuses-de-lequipe-nationale-des-branleuses-de-merde-bien-courageuses/
[3] https://daardaar.be/rubriques/sport/dazn-pro-league-limpact-social-ne-doit-pas-etre-sous-estime/
Comme chaque année, c’est surtout la divulgation de la liste des athlètes qui bénéficieront d’un soutien financier qui a intéressé les médias, même si cet investissement ne représente même pas un dixième du budget total dévolu au sport de haut niveau. On ne se bousculait guère au portillon, par contre, pour savoir quels sports seront subventionnés, et à quelle hauteur. Au total, il y en aura 31. Ces subventionnements concernent-ils tous des fédérations de sport de haut niveau ? On peut en douter, mais le fait est là. Les aides s’échelonneront de 30.000 euros (le montant minimum) pour les fédérations qui ne comptent qu’une poignée d’athlètes jusqu’à près de 2 millions d’euros pour les grandes fédérations sportives telles que Gymnastiek Vlaanderen (gymnastique), Cycling Vlaanderen (cyclisme), Volley Vlaanderen (volleyball), Atletiek Vlaanderen (athlétisme) et la Vlaamse Hockey Liga (hockey).
Plusieurs fédérations et leur coupole nationale (hockey, cyclisme) considèrent encore ces moyens financiers comme un droit acquis. Il en va de même pour un certain nombre de sportifs en ce qui concerne leur salaire. 14 d’entre eux ont perdu leur contrat ; dans l’autre sens, la Flandre s’est engagée à soutenir financièrement 17 nouveaux sportifs. Au total, 75 sportifs supposés de haut niveau sont aujourd’hui sous contrat de travail avec le gouvernement flamand.
[1]L’affaire Thiam au Parlement flamand : « N’en faisons pas un jeu communautaire »
Ce constat amène une première réflexion : par comparaison avec une nation telle que les Pays-Bas, par exemple, nous nous montrons trop généreux dans notre politique de subventions directes. Trop d’athlètes reçoivent trop d’argent. Trop souvent, leur préoccupation première n’est pas, dès lors, de s’améliorer afin de devenir autonomes financièrement, mais de conserver le statut qu’il ont acquis et l’argent facile qui en découle.
Les sportifs mécontents de voir leur robinet coupé peuvent aller frapper à la porte de l’ADEPS, le pendant francophone de Sport Vlaanderen. Bien que la Fédération Wallonie-Bruxelles soit un désert en matière de sport de haut niveau si on la compare à la Flandre, qui ne brille pourtant pas non plus dans ce domaine, son payroll recense pas moins de 80 sportifs « de haut niveau » salariés. Jusqu’à présent, toutes les tentatives de mettre en place une politique uniforme de part et d’autre de la frontière linguistique ont échoué.
Un autre problème avec cette politique de contrats pour sportifs de haut niveau réside dans l’inégalité des salaires octroyés. Cette inégalité ne s’explique pas par des différences en matière de performances, mais bien de diplôme. Un athlète habitué au podium lors de grandes compétitions mais ne disposant que d’un certificat de l’enseignement secondaire supérieur percevra un salaire sensiblement moins élevé qu’un concurrent sportivement moins performant, mais diplômé d’une université
Que les athlètes qui perdent leur statut de sportif de haut niveau et le salaire qui va avec soient déçus, est compréhensible. La réaction des médias l’est moins, eux qui préfèrent s’intéresser à un grand nom tout juste rayé de la liste des sportifs soutenus financièrement qu’à des « petits nouveaux » comme les sœurs Gilis, en squash.
[2]Les volleyeuses de l’équipe nationale, des « branleuses de merde » bien courageuses
Rejoindre le perchiste Ben Broeders devant le mur des lamentations et lui offrir une tribune est un exercice qui, journalistiquement, ne recèle pas beaucoup de courage.
Avoir mis fin à son contrat de sportif de haut niveau est une décision logique dans le cadre d’une politique cohérente et crédible. Broeders a le sentiment que son talent et ses performances ne sont pas reconnus à leur juste valeur et nous assure que le niveau en saut à la perche est incroyablement élevé. Ce point de vue ne vaut toutefois que pour un seul acrobate du plateau, et celui-ci n’a malheureusement pas pour nom Ben Broeders, mais Armand « Mondo » Duplantis.
Et encore : même les performances de Duplantis ne sont pas aussi exceptionnelles que cela. Si vous représentez sur un graphique les records du monde qu’il a battus, vous constaterez qu’ils s’inscrivent dans une évolution normale depuis 35 ans et l’avènement d’un certain Serguei Bubka. Et à l’exception de Mondo, force est de reconnaître que le saut à la perche est une discipline qui n’a guère progressé depuis un quart de siècle.
Il y a plus de trente ans, Bubka était déjà capable de s’élever au-dessus d’une barre à 6,14 mètres. L’été dernier, lors des championnats du monde d’athlétisme à Tokyo, Duplantis a certes franchi 6,30 mètres, mais les deux autres perchistes médaillés se sont contentés de sauts à 6 mètres et 5,95 mètres. À l’exception du phénomène suédois, la densité en saut à la perche a rarement été aussi faible et même face à cette concurrence peu relevée, Broeders n’est pas parvenu à remplir les critères.
[3]DAZN-Pro League: l’impact social ne doit pas être sous-estimé
Le principal intéressé ne conteste d’ailleurs pas son échec. Mais alors qu’il est « busé » pour la deuxième année consécutive, il se borne à évoquer « une barre qu’il a échoué une seule fois à franchir ». Avant que la commission des sports du Parlement flamand hume le parfum d’un nouveau scandale et veuille y mettre son grain de sel, précisons que ce n’est pas demain qu’on retrouvera Broeders en train de dormir sous un pont, car il pourra toujours compter sur un budget pour ses entraînements et ses stages.
Les athlètes dans sa situation peuvent également bénéficier du filet de sécurité qu’offre le statut VDAB et d’un revenu de remplacement, mais pas Broeders, car il vit aux Pays-Bas chez sa compagne Femke Bol.
Pourquoi ne pas adopter la nationalité néerlandaise, alors ?
Malheureusement pour lui, il n’aurait pas non plus droit à un salaire aux Pays-Bas. Le stipendium , comme ils disent outre-Moerdijk, est moins généreux que les salaires flamands et est réservé aux athlètes qui émargent au top 8 mondial. Or, Broeders plafonne depuis quelques années aux alentours du vingtième rang dans la hiérarchie planétaire.
Pour retrouver son statut perdu, Broeders n’a donc pas 36.000 solutions : il va devoir sauter plus haut.
[1] https://daardaar.be/rubriques/sport/laffaire-thiam-au-parlement-flamand-nen-faisons-pas-un-jeu-communaitaire/
[2] https://daardaar.be/rubriques/sport/les-volleyeuses-de-lequipe-nationale-des-branleuses-de-merde-bien-courageuses/
[3] https://daardaar.be/rubriques/sport/dazn-pro-league-limpact-social-ne-doit-pas-etre-sous-estime/