Grève du rail: 630 euros par an et par foyer pour la SNCB, et qu’obtient-on en échange?
([Opinions, Société] 2026-01-01 (Het Laatste Nieuws))
- Reference: 2026-01_Belgaimage-159504548-255x170
- News link: https://daardaar.be/rubriques/societe/greve-du-rail-630-euros-par-an-et-par-foyer-pour-la-sncb-et-quobtient-on-en-echange/
- Source link: https://www.hln.be/binnenland/stijn-baert-over-spoorstaking-blijven-we-630-euro-per-jaar-per-gezin-betalen-voor-een-spoor-dat-de-reiziger-bijzaak-vindt~a652dd8b/
Hier matin, exceptionnellement, nous sommes allés à la crèche à trois. Grâce à la grève du personnel ferroviaire, ma tendre moitié a pu m’accompagner. Depuis notre réveil par les gazouillis de bébé à 6h30, nous avions assisté à une série d’annulations en cascade au départ de Gand. Résultat : le premier train pour Bruxelles n’a pu partir qu’aux alentours de 9 heures.
Là où une telle action aurait autrefois suscité la colère ou la frustration, je ne percevais plus à présent qu’indifférence. Une semaine entière de grève, et le pire, c’est que ce n’est même plus surprenant. Si, demain, les trains ne servaient plus qu’à acheminer les syndicalistes vers des manifestations ou d’autres fêtes de la bière, le quotidien Het Laatste Nieuws s’en ferait certainement l’écho. À vrai dire, cette observation résume à elle seule le problème. Pour les syndicats, un poste aux chemins de fer belges, avec tous les avantages, c’est la belle vie. Les voyageurs ? Un détail presque encombrant.
En agissant ainsi, les syndicats scient eux-mêmes la branche sur laquelle ils sont assis : les fonds publics, qui comblent chaque année le déficit des chemins de fer, n’existent que grâce au soutien des contribuables… ces mêmes voyageurs qu’ils malmènent aujourd’hui.
Mener une grève de cinq jours ne se résume donc pas à ne plus contrôler les billets ou en laissant tourner en boucle le dernier album de Clouseau dans les haut-parleurs. Non, il leur faut impérativement paralyser le réseau ferroviaire, soit leur propre source de revenus, quitte à laisser les voyageurs sur le quai, au propre comme au figuré.
Les syndicats n’hésitent pas, pour servir leur cause, à marteler aux voyageurs que le rail n’est pas fiable. Si le gouvernement ne cède pas sur ses réformes – ce qu’il ne fera pas –, ils semblent prêts à durcir encore le mouvement dans les mois à venir. Grâce aux caisses syndicales, que nous avons tous bien remplies ces dernières années et qui sont désormais quasi inépuisables. Au besoin, ils iront jusqu’à ce qu’il ne reste plus, peut-être, qu’un ministre de la Mobilité pour emprunter les trains, en imaginant que ce poste revienne encore un jour à Groen ou Ecolo.
Reste à savoir si les partenaires de coalition de la ministre concernée accepteront toujours de débourser 3 milliards d’euros par an pour subsidier la SNCB et Infrabel – soit 630 euros par ménage et par an. Sans oublier que les voyageurs, eux, paient déjà leurs billets et abonnements… pour un service où les trains circulent certains jours, et pas d’autres.
A relire
[1]Préavis de grève à la SNCB: un cadeau inespéré pour le gouvernement De Wever
Faut-il vraiment être si sévère envers les syndicats ? Après tout, personne n’aime voir son confort se dégrader, et le droit de grève est légitime. C’est vrai. Mais les voyageurs, dans tout ça ? Ces journées de grève, au final, servent surtout à défendre des privilèges dont ne bénéficient pas ceux qui les financent – à savoir les contribuables, souvent étrangers à ce secteur ferroviaire.
Prenons l’exemple des réformes des pensions, principale pomme de discorde. Avant les mesures du gouvernement De Wever, le personnel roulant de la SNCB – accompagnateurs et conducteurs – pouvait prendre sa pension à 55 ans après 30 ans de carrière. 55 ans ! Et, cerise sur le gâteau, il pouvait toucher une pension complète grâce à des « tantièmes avantageux » taillés sur mesure : une astuce qui lui donnait droit au pack complet au bout d’une carrière de 36 ans seulement. Contrairement à la majorité des voyageurs, dont la pension fond chaque année qu’ils n’alignent pas 45 ans de carrière.
C’est donc pour perpétuer un tel système, financé par les contribuables, qu’on prend le brave citoyen en otage. Combien de temps va-t-il encore se laisser faire ?
Il est vrai que le personnel ferroviaire – qu’il soit gréviste ou non – s’est considérablement amélioré dans sa relation avec les voyageurs ces dix dernières années. Mais à l’échelon supérieur, malgré les milliards de fonds publics injectés, la situation reste décevante. Une connexion Internet fiable dans les trains, comme c’est le cas ailleurs ? Abandonnée. Des wagons silencieux, où il fait si bon travailler, comme aux Pays-Bas ? Annoncés par des affiches sur les vitres, mais ignorés dans les faits. Ici non plus, le voyageur n’est pas une priorité.
Et pourtant, je suis un amoureux des chemins de fer. Quand je me promène, c’est généralement le long des voies et des particularités qu’elles ont laissées dans le paysage. L’îlot qu’ils forment à Gand a même fait de la Eugene Zetternamstraat mon lieu de méditation préféré (dans le monde entier). Et samedi, en me rendant à la cérémonie de remise des Kastaars, j’ai écouté un podcast sur l’histoire des chemins de fer belges.
La question reste de savoir si ceux qui font grève aujourd’hui nous vouent un amour réciproque. On peut sérieusement en douter. D’autant que cet amour à sens unique, je le paie déjà 630 euros, jours de grève non compris, et pas vraiment de gaieté de cœur.
A relire
[2]Faire grève trop tôt, c’est envoyer un mauvais signal
[1] https://daardaar.be/rubriques/societe/preavis-de-greve-a-la-sncb-un-cadeau-inespere-pour-le-gouvernement-de-wever/
[2] https://daardaar.be/rubriques/societe/faire-greve-trop-tot-cest-envoyer-un-mauvais-signal/
Là où une telle action aurait autrefois suscité la colère ou la frustration, je ne percevais plus à présent qu’indifférence. Une semaine entière de grève, et le pire, c’est que ce n’est même plus surprenant. Si, demain, les trains ne servaient plus qu’à acheminer les syndicalistes vers des manifestations ou d’autres fêtes de la bière, le quotidien Het Laatste Nieuws s’en ferait certainement l’écho. À vrai dire, cette observation résume à elle seule le problème. Pour les syndicats, un poste aux chemins de fer belges, avec tous les avantages, c’est la belle vie. Les voyageurs ? Un détail presque encombrant.
En agissant ainsi, les syndicats scient eux-mêmes la branche sur laquelle ils sont assis : les fonds publics, qui comblent chaque année le déficit des chemins de fer, n’existent que grâce au soutien des contribuables… ces mêmes voyageurs qu’ils malmènent aujourd’hui.
Mener une grève de cinq jours ne se résume donc pas à ne plus contrôler les billets ou en laissant tourner en boucle le dernier album de Clouseau dans les haut-parleurs. Non, il leur faut impérativement paralyser le réseau ferroviaire, soit leur propre source de revenus, quitte à laisser les voyageurs sur le quai, au propre comme au figuré.
Les syndicats n’hésitent pas, pour servir leur cause, à marteler aux voyageurs que le rail n’est pas fiable. Si le gouvernement ne cède pas sur ses réformes – ce qu’il ne fera pas –, ils semblent prêts à durcir encore le mouvement dans les mois à venir. Grâce aux caisses syndicales, que nous avons tous bien remplies ces dernières années et qui sont désormais quasi inépuisables. Au besoin, ils iront jusqu’à ce qu’il ne reste plus, peut-être, qu’un ministre de la Mobilité pour emprunter les trains, en imaginant que ce poste revienne encore un jour à Groen ou Ecolo.
Reste à savoir si les partenaires de coalition de la ministre concernée accepteront toujours de débourser 3 milliards d’euros par an pour subsidier la SNCB et Infrabel – soit 630 euros par ménage et par an. Sans oublier que les voyageurs, eux, paient déjà leurs billets et abonnements… pour un service où les trains circulent certains jours, et pas d’autres.
A relire
[1]Préavis de grève à la SNCB: un cadeau inespéré pour le gouvernement De Wever
Faut-il vraiment être si sévère envers les syndicats ? Après tout, personne n’aime voir son confort se dégrader, et le droit de grève est légitime. C’est vrai. Mais les voyageurs, dans tout ça ? Ces journées de grève, au final, servent surtout à défendre des privilèges dont ne bénéficient pas ceux qui les financent – à savoir les contribuables, souvent étrangers à ce secteur ferroviaire.
Prenons l’exemple des réformes des pensions, principale pomme de discorde. Avant les mesures du gouvernement De Wever, le personnel roulant de la SNCB – accompagnateurs et conducteurs – pouvait prendre sa pension à 55 ans après 30 ans de carrière. 55 ans ! Et, cerise sur le gâteau, il pouvait toucher une pension complète grâce à des « tantièmes avantageux » taillés sur mesure : une astuce qui lui donnait droit au pack complet au bout d’une carrière de 36 ans seulement. Contrairement à la majorité des voyageurs, dont la pension fond chaque année qu’ils n’alignent pas 45 ans de carrière.
C’est donc pour perpétuer un tel système, financé par les contribuables, qu’on prend le brave citoyen en otage. Combien de temps va-t-il encore se laisser faire ?
Il est vrai que le personnel ferroviaire – qu’il soit gréviste ou non – s’est considérablement amélioré dans sa relation avec les voyageurs ces dix dernières années. Mais à l’échelon supérieur, malgré les milliards de fonds publics injectés, la situation reste décevante. Une connexion Internet fiable dans les trains, comme c’est le cas ailleurs ? Abandonnée. Des wagons silencieux, où il fait si bon travailler, comme aux Pays-Bas ? Annoncés par des affiches sur les vitres, mais ignorés dans les faits. Ici non plus, le voyageur n’est pas une priorité.
Et pourtant, je suis un amoureux des chemins de fer. Quand je me promène, c’est généralement le long des voies et des particularités qu’elles ont laissées dans le paysage. L’îlot qu’ils forment à Gand a même fait de la Eugene Zetternamstraat mon lieu de méditation préféré (dans le monde entier). Et samedi, en me rendant à la cérémonie de remise des Kastaars, j’ai écouté un podcast sur l’histoire des chemins de fer belges.
La question reste de savoir si ceux qui font grève aujourd’hui nous vouent un amour réciproque. On peut sérieusement en douter. D’autant que cet amour à sens unique, je le paie déjà 630 euros, jours de grève non compris, et pas vraiment de gaieté de cœur.
A relire
[2]Faire grève trop tôt, c’est envoyer un mauvais signal
[1] https://daardaar.be/rubriques/societe/preavis-de-greve-a-la-sncb-un-cadeau-inespere-pour-le-gouvernement-de-wever/
[2] https://daardaar.be/rubriques/societe/faire-greve-trop-tot-cest-envoyer-un-mauvais-signal/