Sammy Mahdi (CD&V) vise la lune et suscite le malaise à plusieurs niveaux
([Opinions, Politique] 2026-01-01 (De Tijd))
- Reference: 2026-01_Belgaimage-158467360-255x170
- News link: https://daardaar.be/rubriques/politique/sammy-mahdi-cdv-vise-la-lune-et-suscite-le-malaise-a-plusieurs-niveaux/
- Source link: https://www.tijd.be/politiek-economie/belgie/federaal/mahdi-doet-grote-beloftes-maar-cd-v-dreigt-die-moeilijk-te-kunnen-waarmaken/10645550.html
Ce ne sont pas des idées ni des propositions, ce sont des « moonshots ». Des ambitions qui visent la lune. C’est le nouveau mot à la mode qu’a utilisé Sammy Mahdi, président des chrétiens-démocrates flamands, à la réception de Nouvel An du CD&V à Louvain, pour désigner les trois nouveaux fers de lance de son parti. Ces moonshots constituent le point de départ d’un renouveau idéologique, que le CD&V entend accomplir pour le congrès de 2027.
Aujourd’hui, le CD&V a déjà de « grands rêves ». Il faut moderniser la concertation sociale. Chaque village doit « grandir d’une rue », pour reprendre les termes du CDA, le parti chrétien-démocrate des Pays-Bas. Chaque Flamand doit pouvoir accéder à la propriété avant son 30 e anniversaire. Et la Belgique doit avoir les pensions les plus élevées d’Europe. « Si ça, ce ne sont pas des moonshots . »
Voilà qui illustre bien l’assertivité de Mahdi, surtout depuis les derniers sondages qui donnent le CD&V à 13,9 pour cent, soit plus que Vooruit. La prochaine étape, c’est de gagner des sièges en 2029. En 2024, après le pire résultat électoral de l’histoire du parti, Mahdi a encore pu se réfugier derrière des excuses : il n’était président que depuis deux ans, et à son entrée en fonction, les sondages étaient encore moins bons. Mais dans trois ans, place au véritable test.
Pour les questions de fond, le CD&V regarde de l’autre côté de la frontière. Après une débâcle électorale en 2023, le leader du CDA, Henri Bontenbal, a redonné une nouvelle vie à sa formation, qui est repassée de 3 à 12 pour cent, après deux ans de cure d’opposition.
Cependant, les grandes promesses du CD&V risquent de se heurter à la réalité. Dans une Flandre densément peuplée, peu de choses sont possibles, a fortiori la création d’un demi-million de logements. Le ministre de l’Environnement l’a appris à ses dépens, à l’heure de réformer les permis de bâtir. Quant à l’ambition d’augmenter les pensions, elle doit tenir compte du déficit budgétaire persistant et du déraillement actuel des coûts du vieillissement.
A relire
[1]Le CD&V face à un choix existentiel après le succès des démocrates-chrétiens néerlandais
Dans l’émission De Afspraak op Vrijdag , Mahdi a formulé une autre grande promesse : il faut « absolument » réformer le décret azote. Ce décret est né de la précédente législature, avec l’aval du CD&V, après trois accords rudement contestés au sein du gouvernement flamand. Des exploitations devaient disparaître en raison de leurs émissions d’azote, mais finalement, le CD&V a obtenu que le décret puisse sauver certaines d’entre elles, au grand dam de ses partenaires de coalition, la N-VA et Vooruit.
Aujourd’hui, le président du CD&V ne dit pas qu’il faut annuler le décret, précise le parti. Mahdi se serait référé implicitement au passage de l’accord de gouvernement en vertu duquel dès 2031, on ne s’intéressera plus à l’azote relâché dans la nature, mais uniquement aux émissions. C’est ce qui avait aussi été conclu dans l’accord sur l’azote de 2023.
Ce n’est que si la Cour constitutionnelle tire bientôt un trait sur le décret azote que cette nouvelle politique pourra entrer en vigueur plus tôt. En tout état de cause, le ministre de l’Environnement et de l’Agriculture, Jo Brouns (CD&V) ne compte pas modifier le décret de si tôt, ce qui rend la polémique stérile.
Cela démontre que le style incisif du président suscite le malaise et nuit à la fiabilité des dirigeants politiques. Dans les coulisses s’exprime aussi un mécontentement sur le positionnement du CD&V à propos du dossier du Mercosur. Docilement, les ténors du parti, dont la vice-ministre-présidente flamande Hilde Crevits, qui avait entretenu des relations difficiles avec Mahdi au départ, répètent débat après débat que l’accord provoque une concurrence déloyale pour les agriculteurs flamands.
Hors micro, certains admettent qu’il est stupide, en cette époque de turbulences géopolitiques, de ne pas se ranger derrière cet accord. Cela fait quelque temps que la communication tranchée du président et sa tendance à trop se préoccuper des sondages font grincer des dents au sein du parti. Ses déclarations ont semé le trouble au sein de plusieurs coalitions, notamment ses propos sur la guerre à Gaza l’été dernier ou sur le dossier de l’azote au sein du précédent exécutif flamand.
Au fond, le CD&V occupe toujours une position pénible. Avec Bart De Wever qui draine beaucoup d’attention médiatique en tant que Premier ministre et Valerie Van Peel, présidente de la N-VA, qui couvre le flanc social, la N-VA se profile en nouveau parti populaire et occupe une grande partie du centre du spectre politique. Le CD&V, lui, s’adresse à des cibles particulières, comme les bourgmestres, le secteur de la santé et les agriculteurs.
Mais la victoire ne viendra pas d’un repli vers la ruralité, comme l’ont démontré, selon certains, les dernières élections. Plutôt que de suivre les traces du CDA, les chrétiens-démocrates flamands risquent donc de suivre celles du BBB, le parti néerlandais des agriculteurs, qui a perdu de très nombreux sièges au mois d’octobre.
A relire
[2]Sammy Mahdi (CD&V) : « Pour les francophones de Bruxelles, la politique flamande, c’est une autre planète »
[1] https://daardaar.be/rubriques/politique/le-cdv-face-a-un-choix-existentiel-apres-le-succes-des-democrates-chretiens-neerlandais/
[2] https://daardaar.be/rubriques/politique/sammy-mahdi-cdv-pour-les-francophones-de-bruxelles-la-politique-flamande-cest-une-autre-planete/
Aujourd’hui, le CD&V a déjà de « grands rêves ». Il faut moderniser la concertation sociale. Chaque village doit « grandir d’une rue », pour reprendre les termes du CDA, le parti chrétien-démocrate des Pays-Bas. Chaque Flamand doit pouvoir accéder à la propriété avant son 30 e anniversaire. Et la Belgique doit avoir les pensions les plus élevées d’Europe. « Si ça, ce ne sont pas des moonshots . »
Le véritable test
Voilà qui illustre bien l’assertivité de Mahdi, surtout depuis les derniers sondages qui donnent le CD&V à 13,9 pour cent, soit plus que Vooruit. La prochaine étape, c’est de gagner des sièges en 2029. En 2024, après le pire résultat électoral de l’histoire du parti, Mahdi a encore pu se réfugier derrière des excuses : il n’était président que depuis deux ans, et à son entrée en fonction, les sondages étaient encore moins bons. Mais dans trois ans, place au véritable test.
Pour les questions de fond, le CD&V regarde de l’autre côté de la frontière. Après une débâcle électorale en 2023, le leader du CDA, Henri Bontenbal, a redonné une nouvelle vie à sa formation, qui est repassée de 3 à 12 pour cent, après deux ans de cure d’opposition.
Cependant, les grandes promesses du CD&V risquent de se heurter à la réalité. Dans une Flandre densément peuplée, peu de choses sont possibles, a fortiori la création d’un demi-million de logements. Le ministre de l’Environnement l’a appris à ses dépens, à l’heure de réformer les permis de bâtir. Quant à l’ambition d’augmenter les pensions, elle doit tenir compte du déficit budgétaire persistant et du déraillement actuel des coûts du vieillissement.
A relire
[1]Le CD&V face à un choix existentiel après le succès des démocrates-chrétiens néerlandais
Un décret azote ?
Dans l’émission De Afspraak op Vrijdag , Mahdi a formulé une autre grande promesse : il faut « absolument » réformer le décret azote. Ce décret est né de la précédente législature, avec l’aval du CD&V, après trois accords rudement contestés au sein du gouvernement flamand. Des exploitations devaient disparaître en raison de leurs émissions d’azote, mais finalement, le CD&V a obtenu que le décret puisse sauver certaines d’entre elles, au grand dam de ses partenaires de coalition, la N-VA et Vooruit.
Aujourd’hui, le président du CD&V ne dit pas qu’il faut annuler le décret, précise le parti. Mahdi se serait référé implicitement au passage de l’accord de gouvernement en vertu duquel dès 2031, on ne s’intéressera plus à l’azote relâché dans la nature, mais uniquement aux émissions. C’est ce qui avait aussi été conclu dans l’accord sur l’azote de 2023.
Ce n’est que si la Cour constitutionnelle tire bientôt un trait sur le décret azote que cette nouvelle politique pourra entrer en vigueur plus tôt. En tout état de cause, le ministre de l’Environnement et de l’Agriculture, Jo Brouns (CD&V) ne compte pas modifier le décret de si tôt, ce qui rend la polémique stérile.
Séduire la ruralité
Cela démontre que le style incisif du président suscite le malaise et nuit à la fiabilité des dirigeants politiques. Dans les coulisses s’exprime aussi un mécontentement sur le positionnement du CD&V à propos du dossier du Mercosur. Docilement, les ténors du parti, dont la vice-ministre-présidente flamande Hilde Crevits, qui avait entretenu des relations difficiles avec Mahdi au départ, répètent débat après débat que l’accord provoque une concurrence déloyale pour les agriculteurs flamands.
Hors micro, certains admettent qu’il est stupide, en cette époque de turbulences géopolitiques, de ne pas se ranger derrière cet accord. Cela fait quelque temps que la communication tranchée du président et sa tendance à trop se préoccuper des sondages font grincer des dents au sein du parti. Ses déclarations ont semé le trouble au sein de plusieurs coalitions, notamment ses propos sur la guerre à Gaza l’été dernier ou sur le dossier de l’azote au sein du précédent exécutif flamand.
Au fond, le CD&V occupe toujours une position pénible. Avec Bart De Wever qui draine beaucoup d’attention médiatique en tant que Premier ministre et Valerie Van Peel, présidente de la N-VA, qui couvre le flanc social, la N-VA se profile en nouveau parti populaire et occupe une grande partie du centre du spectre politique. Le CD&V, lui, s’adresse à des cibles particulières, comme les bourgmestres, le secteur de la santé et les agriculteurs.
Mais la victoire ne viendra pas d’un repli vers la ruralité, comme l’ont démontré, selon certains, les dernières élections. Plutôt que de suivre les traces du CDA, les chrétiens-démocrates flamands risquent donc de suivre celles du BBB, le parti néerlandais des agriculteurs, qui a perdu de très nombreux sièges au mois d’octobre.
A relire
[2]Sammy Mahdi (CD&V) : « Pour les francophones de Bruxelles, la politique flamande, c’est une autre planète »
[1] https://daardaar.be/rubriques/politique/le-cdv-face-a-un-choix-existentiel-apres-le-succes-des-democrates-chretiens-neerlandais/
[2] https://daardaar.be/rubriques/politique/sammy-mahdi-cdv-pour-les-francophones-de-bruxelles-la-politique-flamande-cest-une-autre-planete/