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  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

Les Kastaars! : le grand cirque des prix de l’audiovisuel en Flandre

([Culture et Médias, Opinions] 2026-01-01 (De Morgen))


Chaque année en janvier, une dissonance cognitive se répand dans les médias flamands comme un redoutable virus. Comment expliquer qu’à chaque fois, nos plus brillants artistes enfilent leur tenue de soirée pour assister à une cérémonie truquée de bout en bout, si ce n’est par la psychose collective (ou de délicieux amuse-bouche frits, servis après le gala) ?

Nommons une fois de plus l’éléphant dans la pièce : depuis la deuxième édition des Kastaars !, un « jury professionnel » anonyme attribue le même nombre de nominations aux organisateurs Play, la VRT et DPG Media dans les catégories principales. Chaque année, d’excellentes productions passent ainsi à la trappe, sacrifiées sur l’autel de la « pax media ».

Comme baromètre de la qualité, les Kastaars ! ne valent donc strictement rien. Ce qui ne devrait pas nécessairement entamer la valeur du divertissement proposé. Après tout, les Golden Globes sont devenus un phénomène mondial alors que les trophées ont été remis, pendant des années, par 87 journalistes à ragots.

Le souci c’est que les producteurs des Kastaars ! n’arrivent jamais à se décider entre offrir un spectacle tout en légèreté ou une réflexion sérieuse sur le paysage médiatique. Le Kastaar de cristal décerné par hasard aux K3 Originals, par exemple, semble être un prétexte à peine masqué pour prolonger la présence du groupe dans l’émission. Difficile ensuite pour le jury d’enchainer, sans ciller, avec le prix Impact remis à l’émission [1]Basisschool Balder .

Numéros musicaux délirants et discours solennels se succèdent sans transition, au détriment des uns comme des autres. Dans cette quatrième édition, on retient surtout l’absence totale de cohérence qui transforme les Kastaars ! en interminable épreuve. Des sketches d’une rare médiocrité – une version IA de Thuis et un groupe de parole pour figures médiatiques mises au rebut – alternent avec des vidéos faisant la promotion de nouveaux programmes et des apparitions aléatoires d’invités.

Ainsi Francisco Schuster et Camille Dhont entonnent « You’ve Got a Friend in Me » de Toy Story parce que, et bien, ils sont amis. Histoire de rappeler au public qui finance la fête, même la séquence souvenir est chantée par des visages familiers des studios des trois chaînes organisatrices. Car peut-on vraiment reposer en paix si on n’a pas vu figurer son nom sur un fauteuil de coach à The Voice  ?

A relire

[2]Cérémonie des MIA’s: voici les stars de l’industrie musicale en Flandre

Fil rouge

Si l’émission a pour fil rouge le mauvais goût, on ne peut le reprocher aux lauréats, précisons-le. Les plumitifs de la « presse de qualité » ont beau pester autant qu’ils veulent : lorsqu’on donne le dernier mot au public, il faut accepter que Thuis (série flamande très populaire) soit sacrée meilleure série de fiction.

La superficialité des Kastaars ! tient plutôt à leur conception, au désintérêt grandiose pour les producteurs indépendants et à un humour tantôt stupide, tantôt à côté de la plaque. La brigade woke ne travaille peut-être pas le week-end, mais la plaisanterie selon laquelle Annemie Struyf était à l’antenne en 1932 était has been avant l’an 2000. Le malaise s’accroit encore lorsqu’en recevant le prix couronnant sa carrière, elle souligne que « l’on mène parfois la vie très dure aux femmes dans les médias ».

Pour terminer cette soirée folle, la VRT, DPG Media et Play repartent chacun avec trois Kastaars. Bravo aux organisateurs : ce scénario, nous n’aurions pas osé l’écrire nous-mêmes.



[1] https://www.vrt.be/vrtmax/a-z/basisschool-balder/

[2] https://daardaar.be/rubriques/culture-et-medias/ceremonie-des-mias-voici-les-stars-de-lindustrie-musicale-en-flandre/



All a man needs out of life is a place to sit 'n' spit in the fire.