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  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

Réveillon de Nouvel An: comment la violence s’installe dans les grandes villes

([Rubriques] 2025-12-01 (Gazet van Antwerpen))


Des dizaines de voitures incendiées. Des policiers, des pompiers et des ambulanciers pris pour cible à coups de pétards, de fusées, de pierres et de cocktails Molotov. Rien que lors du dernier passage à la nouvelle année, la Flandre et Bruxelles ont comptabilisé 208 arrestations. Principalement des jeunes, dont une bonne partie de mineurs. Anvers et Bruxelles concentrent l’essentiel de ces incidents.

Aux yeux de Jelle Janssens, criminologue à l’UGent, il est connu que de nombreux jeunes nourrissent un profond sentiment de frustration dans plusieurs quartiers de ces grandes villes. Ce qu’il juge plus difficile à expliquer, en revanche, c’est que ce mécontentement trouve depuis plusieurs années une expression quasi rituelle dans les émeutes de la nuit de la Saint-Sylvestre. Il invoque d’emblée la « théorie des activités routinières », bien connue en criminologie, comme élément d’explication possible. « Selon cette théorie, la criminalité apparaît lorsque trois facteurs se conjuguent : un délinquant motivé, une cible attractive et accessible, et l’absence d’un gardien compétent. »

Des jeunes en colère



En résumé, ce soir-là, toutes les conditions sont réunies pour que les choses dérapent. « Les délinquants motivés, ce sont ces jeunes en colère qui viennent exprimer leur frustration. La police et les services de secours constituent, dans ce contexte, des cibles appropriées. En s’attaquant à eux, les jeunes s’en prennent symboliquement à la société et à l’État, envers lesquels ils nourrissent souvent un profond ressentiment, pour toute une série de raisons. Quant au contrôle efficace, il est largement absent. » À cela s’ajoute le fait que la nuit du Nouvel An voit affluer beaucoup de monde dans l’espace public et que des feux d’artifice sont facilement disponibles, souvent utilisés comme armes par les émeutiers.

Mattias De Backer, professeur de criminologie à la VUB, abonde en ce sens, rappelant en effet que « l’occasion fait le larron ». À ses yeux cependant, ce phénomène ne se produit pas qu’au passage à l’An neuf. Pour lui, « il faut distinguer l’événement des fauteurs de troubles. On observe ainsi des actes de vandalisme et des émeutes lors d’autres manifestations ou rassemblements. Souvenez-vous par exemple des célébrations qui avaient ponctué la campagne du Maroc lors de la Coupe du monde de football. Là aussi, des troubles avaient éclaté. »

A relire

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« Certains événements sont propices aux violences, ajoute-t-il. Comme lorsque vous avez d’un côté beaucoup de gens venus faire la fête, et de l’autre, une minorité qui profite de cette occasion pour venir semer le chaos. De véritables « casseurs », presque professionnels, qui instrumentalisent l’événement pour commettre des actes criminels. Et ils ne sont pas forcément du quartier, parfois même pas de la même ville.»

Les deux criminologues soulignent dans ce cadre l’importance d’un ancrage local fort pour prévenir, détecter, et désamorcer ce type de violences. « Par le passé, des voisins, des membres de la famille ou des éducateurs de rue, parvenaient à éviter les escalades, rappelle Jelle Janssens. Ils formaient une sorte de rempart entre le chat et la souris. En discutant avec les jeunes qu’ils connaissaient, en les isolant des chefs de bande. »

Prévention, plutôt que répression



« Il en faut peu pour que certains s’enflamment », observe Mattias De Backer, qui regrette les coupes budgétaires effectuées dans le domaine de la prévention. « Ces mesures portent préjudice au travail de longue haleine des éducateurs de rue ». Pour le criminologue, les partis de droite se trompent en privilégiant la voie de la répression. « Le drame de la prévention, c’est que ses effets sont difficiles, voire impossibles, à mesurer ou à démontrer. Pourquoi une ville choisirait-elle de financer cinq éducateurs de rue pendant un an, alors qu’elle peut acheter deux drones de patrouille supplémentaires et tenter de faire régner l’ordre à moindre coût ? Politiquement, c’est pourtant se tirer une balle dans le pied. Mes recherches montrent clairement que le travail de proximité porte ses fruits.»

« L’accompagnement des jeunes du quartier ne s’improvise pas trois semaines avant le Nouvel An. En travaillant sur le long terme, les éducateurs de rue peuvent éviter que ces jeunes ne décrochent complètement ou ne deviennent des proies faciles pour les casseurs. À l’inverse, si personne ne les connaît, personne ne peut les aider.»

Mattias De Backer reconnaît toutefois que le travail des éducateurs de rue ne constitue pas une solution miracle. « C’est pourquoi je ne suis pas totalement opposé aux assignations à résidence, même si leurs effets positifs ne sont pas encore pleinement établis. Cette méthode n’a cependant de sens que si la sélection est extrêmement ciblée. Autrement dit, si seuls les récidivistes et les chefs de meute se voient imposer une interdiction de sortie. En d’autres termes, il faut mettre les gratteurs d’allumettes hors d’état de nuire avant que le reste du groupe s’embrase.»

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<Manoj> shaleh: I am not, despite your implication, God