Le mouvement nationaliste en déclin face au succès de la N-VA
([Opinions, Politique] 2025-12-01 (De Standaard))
- Reference: 2025-12_Belgaimage-1242311-255x170
- News link: https://daardaar.be/rubriques/politique/le-mouvement-nationaliste-en-declin-face-au-succes-de-la-n-va/
- Source link: https://www.standaard.be/politiek/hoe-de-vlaamse-volksbeweging-wegkwijnt-in-de-schaduw-van-de-n-va-de-dertigers-veertigers-en-vijftigers-zijn-afwezig/96050509.html
Le déclin du Vlaamse Volksbeweging (VVB), association majeure du mouvement nationaliste flamand, met en lumière tout le talent que la N-VA est parvenue à siphonner dans ses rangs. « Pour réussir, il faut peser. »
« Quoi qu’il advienne, nous continuerons », assure Michael Discart, le président combatif du Vlaamse Volksbeweging (VVB). Mais lorsque l’organisation sera privée de ses subsides annuels de 280 000 euros, elle devra limiter ses activités et se verra réduite à la mendicité. « Ce ne sera pas de tout repos. » Ce n’est pourtant pas faute d’avoir fait du lobbying auprès de la N-VA. « Je leur ai dit : imaginez que vous mettiez sur la paille toute une série d’associations socialistes. C’est exactement ce que fait Gennez (Caroline Gennez, ministre Vooruit de la Culture, NDLR) avec le pilier nationaliste. C’est horrible. »
Le gouvernement flamand n’a toujours pas pris de décision définitive sur le subventionnement du travail socioculturel pour adultes. Le lobbying du VVB a au moins produit un effet ralentissant. La bataille des subsides entre la N-VA et la ministre de tutelle Caroline Gennez (Vooruit) n’est pas terminée. Si l’on se fie aux rapports d’évaluation, le pilier nationaliste flamand a du souci à se faire. Outre le VVB, d’autres associations risquent de voir leurs subsides coupés par la ministre, entre autres : Cultuurlab Vlaanderen, Cultuursmakers et Het Vlaamse Kruis. Le succès de la N-VA n’est pas étranger à ce phénomène.
Le VVB ne subira pas de pertes d’emploi. Depuis une évaluation négative en 2023, l’organisation est tenue de suivre un parcours de remédiation. Des têtes sont déjà tombées et le personnel a été réduit à 2,5 équivalents temps plein. Autant dire que l’association risque de se retrouver aux soins palliatifs. Discart souligne que depuis deux ans, le VVB est à nouveau parvenu à se faire remarquer médiatiquement, entre autres en raison de ses actions sur les hôpitaux bruxellois. Mais il ne nie pas les difficultés pour autant : dans le climat actuel, il devient impossible d’attirer du sang neuf.
Le dernier rapport d’évaluation reconnaît les progrès réalisés, mais les juge insuffisants. Parmi les écueils, il reste notamment le manque de diversité. À ce sujet, Discart se cabre : « Nous voulons tendre la main à d’autres groupes qui luttent pour leur émancipation, comme les Kurdes ou les Yézidis. Visiblement, ce n’est pas assez. Et concernant la diversité : pour la première fois de son histoire, le VVB est dirigé par un homosexuel. Mais le rapport n’en tient pas compte. La moitié des Flamands votent pour des partis nationalistes, et pourtant, le pilier flamand va devoir y passer. »
A relire
[1]Appel au mouvement flamand: cessez de rêver d’indépendance, réformez plutôt Bruxelles
Parmi les organisations du Mouvement flamand touchées, le VVB jouit sans doute de la plus grande notoriété. En 1998, Bart De Wever (N-VA), en tant qu’historien, y avait consacré un article exhaustif dans l’Encyclopédie du Mouvement flamand (le père De Wever siégeait d’ailleurs au comité du VVB). Peu après sa fondation, il y a près de septante ans, celui qui allait devenir neuf fois premier ministre, Wilfried Martens (CD&V), y avait fait ses premiers pas en politique. En 1962, il y défendait un fédéralisme d’union, ce qui revenait alors à cracher dans la soupe belge. L’organisation avançait toute une série de revendications flamandes qui transcendaient les partis, mais moins à gauche cependant. En plaidant pour une réforme structurelle de la Belgique, l’association avait dépassé le stade du discours traditionnel de l’émancipation culturelle.
Le VVB a joué un rôle non négligeable dans le déclenchement des diverses réformes de l’État. Mais plus les partis se sont emparés du sujet (surtout la Volksunie et le CD&V), plus le VVB a perdu de son influence. Cette tendance s’est inversée à la fin des années 1980 lorsque la machine communautaire s’est grippée et que la Volksunie (VU) a entamé son combat pour sa survie. Jan Jambon et Peter De Roover, tous deux déçus par la VU, ont fomenté un putsch pour reprendre les rênes du VVB, afin de poursuivre leur engagement politique. Le VVB s’est alors mué en refuge pour politiques coincés entre un Vlaams Blok trop dur et une VU trop molle. « Ces deux hommes au dynamisme incroyable ont revitalisé le Mouvement flamand, qui s’était assoupi. (…) Et moi, le petit jeune de 22 ans, je voulais absolument en être », se souvient De Wever, cité par l’hebdomadaire Humo.
En 1991, après avoir brillamment retissé tout un réseau, Jambon et De Roover ont durci le message du mouvement : pour une Flandre indépendante. La machine à recruter était relancée. À peine le nouveau siècle entamé, ils ont réussi à rameuter 5 000 militants pour manifester contre les accords du Lambermont conclus par le gouvernement Verhofstadt. Face à l’ampleur de l’événement, même Geert Bourgeois, alors député VU, n’a pas pu résister et a rejoint le mouvement. Alors qu’il était censé soutenir la réforme, il a refusé et a rapidement fondé la N-VA. La VU a chaviré, la N-VA a surclassé le reste. Jambon et De Wever se sont immédiatement affiliés. De Roover suivit en 2014, lorsqu’on lui proposa une place éligible sur les listes. Ce fut un coup de maître : le plus fervent critique du mouvement était muselé. Mais l’actuel président de la Chambre n’était pas seul. La N-VA a siphonné tous les talents de l’association. Sous l’arbre de la N-VA, plus rien ne pousse désormais. C’est ainsi que l’influence du VVB, organisation non partisane, s’est estompée.
A relire
[2]Le sentiment national flamand : un concept flexible à souhait
En 2025, nous ne voyons pas arriver de jeune cavalerie dynamique capable de sauver la mise. De Roover ne voit rien arriver non plus : « Le succès du VVB était dû à un malaise politique, mais aujourd’hui c’est l’inverse. » Les jeunes ambitieux peuvent s’inscrire directement à la N-VA, qui partage les draps aux niveaux fédéral et flamand, et qui doit donc remplir ses cabinets (et le Vlaams Belang ne manque pas d’argent non plus). Karl Drabbe, de la maison d’édition Ertsberg, a longtemps milité au sein du VVB. « Je ne remets pas en question le VVB, mais pour réussir, il faut peser, il faut des membres. Pour participer au débat, il faut une force de frappe. Cela demande du talent. Par ailleurs, personne, dans le Mouvement flamand, n’ose critiquer De Wever. »
Les nationalistes flamands comme Bart Maddens (KU Leuven) déplorent le « dépérissement » du débat communautaire. Avec un premier ministre et un ministre-président dans ses rangs, il n’est ni facile ni souhaitable de mettre la pression pour l’instant. De Roover souligne qu’au sein de son parti règne un « consensus délibéré ». « Nous sommes réalistes, nous ne nous enfermons pas dans quelque chose qui ne fonctionne pas. Il faut se demander s’il est possible d’agir même si le rêve d’indépendance reste dissimulé derrière les nuages. Nous menons une politique au service de la prospérité flamande, avec la majorité qui s’est présentée. Cela n’aurait aucun sens de rester sur la touche jusqu’à ce que nous puissions réaliser notre programme communautaire. »
Drabbe, qui se qualifie lui-même de « plus vieux, plus triste et plus sage », voit en outre d’importants défis se profiler à l’horizon. De Wever, lors d’une conférence récente à Gand, a cherché des solutions au niveau européen plutôt que dans le confédéralisme. Cela implique une rupture avec le passé eurosceptique, et fait de la N-VA un parti conservateur traditionnel. Ce qui frappe, c’est que même le média flamingant Doorbraak, qui s’était détaché en 2013 du VVB, aborde de moins en moins de thématiques communautaires.
Le VVB n’a jamais attiré de très nombreux membres : dix mille tout au plus à son apogée. Discart garde « la confidentialité » sur les chiffres actuels. Il observe toutefois une augmentation de 10 pour cent, après des années de chute libre. On peut sans doute tabler sur deux mille affiliés environ. Le président, qui ne nie pas « l’absence de trentenaires, de quadragénaires et de quinquagénaires », voit l’avenir de son association comme une sorte d’institut de formation. Et il n’exclut pas des collaborations avec des organisations sœurs, entre autres sur des thèmes tels que l’immigration. De Roover, lui, n’y croit pas : « Trop politique. Le pèlerinage de l’Yser également a tenté de se ressourcer, avec la paix pour valeur centrale. Mais sans succès. » L’organisation fut elle aussi touchée par des suppressions de subsides.
A relire
[3]« L’occupation du fort » : voici la stratégie de la N-VA pour conquérir la Belgique
[1] https://daardaar.be/rubriques/politique/appel-au-mouvement-flamand-cessez-de-rever-dindependance-reformez-plutot-bruxelles/
[2] https://daardaar.be/rubriques/culture-et-medias/le-sentiment-national-flamand-un-concept-flexible-a-souhait/
[3] https://daardaar.be/rubriques/politique/loccupation-du-fort-voici-la-strategie-de-la-n-va-pour-conquerir-la-belgique/
« Quoi qu’il advienne, nous continuerons », assure Michael Discart, le président combatif du Vlaamse Volksbeweging (VVB). Mais lorsque l’organisation sera privée de ses subsides annuels de 280 000 euros, elle devra limiter ses activités et se verra réduite à la mendicité. « Ce ne sera pas de tout repos. » Ce n’est pourtant pas faute d’avoir fait du lobbying auprès de la N-VA. « Je leur ai dit : imaginez que vous mettiez sur la paille toute une série d’associations socialistes. C’est exactement ce que fait Gennez (Caroline Gennez, ministre Vooruit de la Culture, NDLR) avec le pilier nationaliste. C’est horrible. »
Le gouvernement flamand n’a toujours pas pris de décision définitive sur le subventionnement du travail socioculturel pour adultes. Le lobbying du VVB a au moins produit un effet ralentissant. La bataille des subsides entre la N-VA et la ministre de tutelle Caroline Gennez (Vooruit) n’est pas terminée. Si l’on se fie aux rapports d’évaluation, le pilier nationaliste flamand a du souci à se faire. Outre le VVB, d’autres associations risquent de voir leurs subsides coupés par la ministre, entre autres : Cultuurlab Vlaanderen, Cultuursmakers et Het Vlaamse Kruis. Le succès de la N-VA n’est pas étranger à ce phénomène.
Le VVB ne subira pas de pertes d’emploi. Depuis une évaluation négative en 2023, l’organisation est tenue de suivre un parcours de remédiation. Des têtes sont déjà tombées et le personnel a été réduit à 2,5 équivalents temps plein. Autant dire que l’association risque de se retrouver aux soins palliatifs. Discart souligne que depuis deux ans, le VVB est à nouveau parvenu à se faire remarquer médiatiquement, entre autres en raison de ses actions sur les hôpitaux bruxellois. Mais il ne nie pas les difficultés pour autant : dans le climat actuel, il devient impossible d’attirer du sang neuf.
Le dernier rapport d’évaluation reconnaît les progrès réalisés, mais les juge insuffisants. Parmi les écueils, il reste notamment le manque de diversité. À ce sujet, Discart se cabre : « Nous voulons tendre la main à d’autres groupes qui luttent pour leur émancipation, comme les Kurdes ou les Yézidis. Visiblement, ce n’est pas assez. Et concernant la diversité : pour la première fois de son histoire, le VVB est dirigé par un homosexuel. Mais le rapport n’en tient pas compte. La moitié des Flamands votent pour des partis nationalistes, et pourtant, le pilier flamand va devoir y passer. »
A relire
[1]Appel au mouvement flamand: cessez de rêver d’indépendance, réformez plutôt Bruxelles
Le putsch de Peter et Jan
Parmi les organisations du Mouvement flamand touchées, le VVB jouit sans doute de la plus grande notoriété. En 1998, Bart De Wever (N-VA), en tant qu’historien, y avait consacré un article exhaustif dans l’Encyclopédie du Mouvement flamand (le père De Wever siégeait d’ailleurs au comité du VVB). Peu après sa fondation, il y a près de septante ans, celui qui allait devenir neuf fois premier ministre, Wilfried Martens (CD&V), y avait fait ses premiers pas en politique. En 1962, il y défendait un fédéralisme d’union, ce qui revenait alors à cracher dans la soupe belge. L’organisation avançait toute une série de revendications flamandes qui transcendaient les partis, mais moins à gauche cependant. En plaidant pour une réforme structurelle de la Belgique, l’association avait dépassé le stade du discours traditionnel de l’émancipation culturelle.
Le VVB a joué un rôle non négligeable dans le déclenchement des diverses réformes de l’État. Mais plus les partis se sont emparés du sujet (surtout la Volksunie et le CD&V), plus le VVB a perdu de son influence. Cette tendance s’est inversée à la fin des années 1980 lorsque la machine communautaire s’est grippée et que la Volksunie (VU) a entamé son combat pour sa survie. Jan Jambon et Peter De Roover, tous deux déçus par la VU, ont fomenté un putsch pour reprendre les rênes du VVB, afin de poursuivre leur engagement politique. Le VVB s’est alors mué en refuge pour politiques coincés entre un Vlaams Blok trop dur et une VU trop molle. « Ces deux hommes au dynamisme incroyable ont revitalisé le Mouvement flamand, qui s’était assoupi. (…) Et moi, le petit jeune de 22 ans, je voulais absolument en être », se souvient De Wever, cité par l’hebdomadaire Humo.
En 1991, après avoir brillamment retissé tout un réseau, Jambon et De Roover ont durci le message du mouvement : pour une Flandre indépendante. La machine à recruter était relancée. À peine le nouveau siècle entamé, ils ont réussi à rameuter 5 000 militants pour manifester contre les accords du Lambermont conclus par le gouvernement Verhofstadt. Face à l’ampleur de l’événement, même Geert Bourgeois, alors député VU, n’a pas pu résister et a rejoint le mouvement. Alors qu’il était censé soutenir la réforme, il a refusé et a rapidement fondé la N-VA. La VU a chaviré, la N-VA a surclassé le reste. Jambon et De Wever se sont immédiatement affiliés. De Roover suivit en 2014, lorsqu’on lui proposa une place éligible sur les listes. Ce fut un coup de maître : le plus fervent critique du mouvement était muselé. Mais l’actuel président de la Chambre n’était pas seul. La N-VA a siphonné tous les talents de l’association. Sous l’arbre de la N-VA, plus rien ne pousse désormais. C’est ainsi que l’influence du VVB, organisation non partisane, s’est estompée.
A relire
[2]Le sentiment national flamand : un concept flexible à souhait
Le dépérissement
En 2025, nous ne voyons pas arriver de jeune cavalerie dynamique capable de sauver la mise. De Roover ne voit rien arriver non plus : « Le succès du VVB était dû à un malaise politique, mais aujourd’hui c’est l’inverse. » Les jeunes ambitieux peuvent s’inscrire directement à la N-VA, qui partage les draps aux niveaux fédéral et flamand, et qui doit donc remplir ses cabinets (et le Vlaams Belang ne manque pas d’argent non plus). Karl Drabbe, de la maison d’édition Ertsberg, a longtemps milité au sein du VVB. « Je ne remets pas en question le VVB, mais pour réussir, il faut peser, il faut des membres. Pour participer au débat, il faut une force de frappe. Cela demande du talent. Par ailleurs, personne, dans le Mouvement flamand, n’ose critiquer De Wever. »
Les nationalistes flamands comme Bart Maddens (KU Leuven) déplorent le « dépérissement » du débat communautaire. Avec un premier ministre et un ministre-président dans ses rangs, il n’est ni facile ni souhaitable de mettre la pression pour l’instant. De Roover souligne qu’au sein de son parti règne un « consensus délibéré ». « Nous sommes réalistes, nous ne nous enfermons pas dans quelque chose qui ne fonctionne pas. Il faut se demander s’il est possible d’agir même si le rêve d’indépendance reste dissimulé derrière les nuages. Nous menons une politique au service de la prospérité flamande, avec la majorité qui s’est présentée. Cela n’aurait aucun sens de rester sur la touche jusqu’à ce que nous puissions réaliser notre programme communautaire. »
Drabbe, qui se qualifie lui-même de « plus vieux, plus triste et plus sage », voit en outre d’importants défis se profiler à l’horizon. De Wever, lors d’une conférence récente à Gand, a cherché des solutions au niveau européen plutôt que dans le confédéralisme. Cela implique une rupture avec le passé eurosceptique, et fait de la N-VA un parti conservateur traditionnel. Ce qui frappe, c’est que même le média flamingant Doorbraak, qui s’était détaché en 2013 du VVB, aborde de moins en moins de thématiques communautaires.
Le VVB n’a jamais attiré de très nombreux membres : dix mille tout au plus à son apogée. Discart garde « la confidentialité » sur les chiffres actuels. Il observe toutefois une augmentation de 10 pour cent, après des années de chute libre. On peut sans doute tabler sur deux mille affiliés environ. Le président, qui ne nie pas « l’absence de trentenaires, de quadragénaires et de quinquagénaires », voit l’avenir de son association comme une sorte d’institut de formation. Et il n’exclut pas des collaborations avec des organisations sœurs, entre autres sur des thèmes tels que l’immigration. De Roover, lui, n’y croit pas : « Trop politique. Le pèlerinage de l’Yser également a tenté de se ressourcer, avec la paix pour valeur centrale. Mais sans succès. » L’organisation fut elle aussi touchée par des suppressions de subsides.
A relire
[3]« L’occupation du fort » : voici la stratégie de la N-VA pour conquérir la Belgique
[1] https://daardaar.be/rubriques/politique/appel-au-mouvement-flamand-cessez-de-rever-dindependance-reformez-plutot-bruxelles/
[2] https://daardaar.be/rubriques/culture-et-medias/le-sentiment-national-flamand-un-concept-flexible-a-souhait/
[3] https://daardaar.be/rubriques/politique/loccupation-du-fort-voici-la-strategie-de-la-n-va-pour-conquerir-la-belgique/