«Ostbelgien» : vitrine efficace ou étiquette trompeuse ?
([Opinions] 2025-08-01 (GrenzEcho))
- Reference: 2025-08_Capture-255x170
- News link: https://daardaar.be/rubriques/opinions/ostbelgien-vitrine-efficace-ou-etiquette-trompeuse/
- Source link: https://www.grenzecho.net/126719/artikel/2025-07-30/pro-contra-ist-die-marke-ostbelgien-sinnvoll
DG ? Une abréviation qui évoque plusieurs choses : Dolce & Gabbana, Direction générale, décigramme… mais rarement la Communauté germanophone de Belgique ( Deutschsprachige Gemeinschaft ). Et c’est là tout le problème. Un abrégé aussi obscur, qui soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses, peut difficilement s’imposer auprès du public. La solution trouvée : « Ostbelgien ». Un mot plus simple, plus parlant, qui situe géographiquement et qui, surtout, fonctionne mieux. Dans la publicité comme dans la vie de tous les jours, en Belgique comme à l’étranger. Car Gemeinschaft (communauté en français), certes correct sur le plan juridique, est un terme rébarbatif et dénué d’émotion. À l’étranger, la DG est souvent confondue avec deutsche Gemeinde ou deutschprachige Gemeinde , c’est-à-dire commune allemande ou germanophone, ce qui est plutôt gênant et imprécis. « Ostbelgien », en revanche, évoque d’emblée une réalité : l’est du pays, la singularité culturelle, la proximité avec l’Allemagne, le Luxembourg et la France.
Le flou de cette appellation est même un atout : quand la DG a des frontières bien définies, « Ostbelgien » reste un concept aux contours plus vagues. Et c’est précisément ce qui en fait la force. Rien de choquant, par exemple, à promouvoir Spa-Francorchamps ou le fromage de Herve sous cette bannière, même si ces fleurons ne se situent pas en Communauté germanophone. Plus qu’un territoire administratif, Ostbelgien désigne un espace de vie, une identité, un sentiment. Cette ouverture permet aussi aux communes limitrophes d’y trouver leur place.
Rappelons toutefois que les termes Ostbelgien et Communauté germanophone (DG) ne se recoupent pas exactement. Et c’est là que la stratégie atteint ses limites. Trop souvent, le gouvernement a confondu les deux. Parler d’ ostbelgische Regierung (gouvernement de l’Ostbelgien) ou d’ ostbelgisches Ministerium (ministère de l’Ostbelgien) est non seulement imprécis mais incorrect au regard de la Constitution. Ostbelgien est un concept réussi, à condition d’en faire bon usage : comme vitrine, comme outil de promotion, comme marque d’identité mais pas comme trompe-l’œil institutionnel. Si l’on prend soin de respecter cette distinction et d’éviter la confusion, alors oui, le choix d’« Ostbelgien » comme positionnement clair et lisible était le bon.
A relire
[1]100 ans des Cantons de l’Est: une population fière d’être Belge
Depuis 2017, la Communauté germanophone se présente vers l’extérieur sous l’appellation « Ostbelgien » : plus simple, plus moderne, plus géographique. Mais ce choix a un prix. En gommant la référence linguistique, on risque d’affaiblir ce qui fonde précisément l’identité de cette Communauté : sa langue et sa culture. Le terme « Communauté germanophone » est peut-être lourd, mais il touche à l’essence-même de l’autonomie revendiquée.
« Ostbelgien » n’est pas faux, mais il change la perspective : l’appartenance à une communauté linguistique cède le pas à un label régional. Or, le fédéralisme belge ne repose pas sur des logiques territoriales, mais sur la reconnaissance de différences linguistiques et culturelles. C’est ce qui en fait un modèle unique en Europe. Dans quel pays, une minorité aussi réduite bénéficie d’un tel degré d’autonomie, avec son propre gouvernement, son administration, son enseignement ? La Communauté germanophone n’est pas une périphérie orientale de la Belgique : elle est l’exemple vivant qu’une communauté culturelle distincte, dotée de compétences, d’un parlement et d’un gouvernement, peut non seulement exister, mais aussi participer activement à la gestion d’un État fédéral grâce à ses institutions propres.
Les mots ne sont jamais neutres. Ils façonnent la perception, racontent une histoire et orientent l’interprétation politique. « Ostbelgien » sonne bien, mais traduit surtout une logique de marketing qui passe à côté de l’essentiel : ce qui fait la spécificité de notre autonomie. La force de la Communauté germanophone n’est pas sa situation géographique, mais bien sa langue et l’identité culturelle qui s’est construite au travers d’elle. Si l’on veut la préserver, il faut l’énoncer clairement. Le prix de la modernité ne peut être l’ambiguïté. Le nom ne fait pas tout mais dans ce cas, il est plus qu’une simple étiquette.
A relire
[2]Luc Frank, député germanophone : « Mon lobby pour l’Ostbelgien à la Chambre commence maintenant »
[1] https://daardaar.be/rubriques/societe/100-ans-des-cantons-de-lest-une-population-fiere-detre-belge/
[2] https://daardaar.be/rubriques/politique/luc-frank-depute-germanophone-mon-lobby-pour-lostbelgien-a-la-chambre-commence-maintenant/
Le flou de cette appellation est même un atout : quand la DG a des frontières bien définies, « Ostbelgien » reste un concept aux contours plus vagues. Et c’est précisément ce qui en fait la force. Rien de choquant, par exemple, à promouvoir Spa-Francorchamps ou le fromage de Herve sous cette bannière, même si ces fleurons ne se situent pas en Communauté germanophone. Plus qu’un territoire administratif, Ostbelgien désigne un espace de vie, une identité, un sentiment. Cette ouverture permet aussi aux communes limitrophes d’y trouver leur place.
Rappelons toutefois que les termes Ostbelgien et Communauté germanophone (DG) ne se recoupent pas exactement. Et c’est là que la stratégie atteint ses limites. Trop souvent, le gouvernement a confondu les deux. Parler d’ ostbelgische Regierung (gouvernement de l’Ostbelgien) ou d’ ostbelgisches Ministerium (ministère de l’Ostbelgien) est non seulement imprécis mais incorrect au regard de la Constitution. Ostbelgien est un concept réussi, à condition d’en faire bon usage : comme vitrine, comme outil de promotion, comme marque d’identité mais pas comme trompe-l’œil institutionnel. Si l’on prend soin de respecter cette distinction et d’éviter la confusion, alors oui, le choix d’« Ostbelgien » comme positionnement clair et lisible était le bon.
A relire
[1]100 ans des Cantons de l’Est: une population fière d’être Belge
Contre — Kurt Pothen
Depuis 2017, la Communauté germanophone se présente vers l’extérieur sous l’appellation « Ostbelgien » : plus simple, plus moderne, plus géographique. Mais ce choix a un prix. En gommant la référence linguistique, on risque d’affaiblir ce qui fonde précisément l’identité de cette Communauté : sa langue et sa culture. Le terme « Communauté germanophone » est peut-être lourd, mais il touche à l’essence-même de l’autonomie revendiquée.
« Ostbelgien » n’est pas faux, mais il change la perspective : l’appartenance à une communauté linguistique cède le pas à un label régional. Or, le fédéralisme belge ne repose pas sur des logiques territoriales, mais sur la reconnaissance de différences linguistiques et culturelles. C’est ce qui en fait un modèle unique en Europe. Dans quel pays, une minorité aussi réduite bénéficie d’un tel degré d’autonomie, avec son propre gouvernement, son administration, son enseignement ? La Communauté germanophone n’est pas une périphérie orientale de la Belgique : elle est l’exemple vivant qu’une communauté culturelle distincte, dotée de compétences, d’un parlement et d’un gouvernement, peut non seulement exister, mais aussi participer activement à la gestion d’un État fédéral grâce à ses institutions propres.
Les mots ne sont jamais neutres. Ils façonnent la perception, racontent une histoire et orientent l’interprétation politique. « Ostbelgien » sonne bien, mais traduit surtout une logique de marketing qui passe à côté de l’essentiel : ce qui fait la spécificité de notre autonomie. La force de la Communauté germanophone n’est pas sa situation géographique, mais bien sa langue et l’identité culturelle qui s’est construite au travers d’elle. Si l’on veut la préserver, il faut l’énoncer clairement. Le prix de la modernité ne peut être l’ambiguïté. Le nom ne fait pas tout mais dans ce cas, il est plus qu’une simple étiquette.
A relire
[2]Luc Frank, député germanophone : « Mon lobby pour l’Ostbelgien à la Chambre commence maintenant »
[1] https://daardaar.be/rubriques/societe/100-ans-des-cantons-de-lest-une-population-fiere-detre-belge/
[2] https://daardaar.be/rubriques/politique/luc-frank-depute-germanophone-mon-lobby-pour-lostbelgien-a-la-chambre-commence-maintenant/