Comment les fans de fitness font grimper le prix du beurre
([Société] 2025-07-01 (De Tijd))
- Reference: 2025-07_getty-images-1Rt5wkcGyrU-unsplash-255x170
- News link: https://daardaar.be/rubriques/societe/comment-les-fans-de-fitness-font-grimper-le-prix-du-beurre/
- Source link: https://www.tijd.be/ondernemen/algemeen/hoe-fitnessrage-en-kaasliefhebbers-uw-pakje-boter-duurder-maken/10615322.html
« Ne touchez à rien, vous risquez de vous brûler ! » La voix de Louis Ska résonne au-dessus du vacarme assourdissant des machines. Nous sommes à Libramont, en plein cœur des Ardennes belges. C’est là, dans l’usine de transformation de la coopérative laitière Laiterie des Ardennes , que 1,6 milliard de litres de lait cru sont traités chaque année.
« La moitié du lait stérilisé vendu en Belgique vient d’ici, affirme-t-il en nous guidant à travers l’exploitation. Nous collectons environ 30 % du lait cru produit en Belgique, auprès de quelque 2 000 éleveurs. Chaque année, nous produisons 50 000 tonnes de beurre, 180 millions de litres de lait, 100 000 tonnes de lait en poudre et 30 000 tonnes de mozzarella », énumère fièrement ce Liégeois, actif dans le secteur depuis plus de vingt ans.
La coopérative est rentable : avec un chiffre d’affaires de 917 millions d’euros, elle a dégagé l’an dernier un bénéfice net de 6,9 millions. Mais malgré les 8 000 kilos de beurre que fait sortir chaque heure Solarec, la filiale de transformation de la coopérative, ce n’est pas là que les marges sont les plus intéressantes. « C’est le fromage qui rapporte le plus, confie-t-il. Et c’est logique : à la tête d’une coopérative, sa mission est d’assurer aux producteurs un revenu aussi stable et élevé que possible.
En mai, Solarec a donc annoncé un investissement de plus de 100 millions d’euros dans une nouvelle fromagerie à Saint-Ghislain, près de Mons. Objectif : doubler la production d’ici à 2028. Mais ce choix stratégique tient aussi à un phénomène inattendu : la folie des protéines, qui bat son plein. « Le petit-lait, résidu de la fabrication du fromage, est un ingrédient de base des produits protéinés », explique-t-il. Résultat : la passion des amateurs de fitness pour les shakes hyperprotéinés détourne les transformateurs laitiers du beurre.
Roel Vaes, conseiller en élevage à la Boerenbond, confirme : « Le beurre laisse un sous-produit moins attractif, le lait écrémé, qui est transformé en poudre de lait. Or ce secteur traverse des années difficiles. » Louis renchérit : « Jusqu’à 80 % de notre poudre de lait écrémé est exportée hors d’Europe, principalement vers l’Asie, mais ces dernières années, la concurrence s’intensifie, notamment en provenance d’anciens pays importateurs comme la Chine et l’Inde. »
A relire
[1]Recommendations alimentaires: le ministre flamand Jo Brouns défend son bifteck
Mais le succès du fromage a un effet pervers : il laisse moins de lait disponible pour la fabrication du beurre, au moment même où la demande explose. « Dès que leur revenu augmente – dans les pays en développement par exemple – les consommateurs délaissent les margarines végétales pour du vrai beurre », observe Louis Ska, en inspectant des paquets défilant sur un tapis.
À Libramont, 80 % de la production est destinée au marché européen. Et partout, la demande s’intensifie. Selon l’agence Bloomberg, elle a augmenté de 6 % en un an en Chine, et de 3 % en Inde, premier consommateur mondial. « La croissance démographique et la hausse de la consommation de produits laitiers par habitant maintiennent des prix élevés sur le marché mondial », confirme Guido Van Huylenbroeck, ancien doyen de la faculté de bioingénierie de l’Université de Gand et spécialiste de l’économie agricole.
Ces dernières semaines, le prix du beurre a atteint son niveau le plus haut depuis la mise en place d’un prix de référence mondial en 2009. La Nouvelle-Zélande, premier exportateur mondial, peine à suivre la demande. Rien qu’en 2023, le pays a exporté pour plus de 2,5 milliards de dollars de beurre. Même Vladimir Poutine s’est vu contraint d’aborder la question lors de sa séance de questions-réponses annuelle avec les citoyens : en quelques mois, le prix du beurre a grimpé de plus de 30 % en Russie. Résultat : une vague de vols et l’apparition de boîtes antivol autour des plaquettes dans les supermarchés.
« Sur le marché laitier, le moindre déséquilibre a des effets immédiats sur les prix », analyse Guido. « Une sécheresse en Australie peut par exemple faire baisser la production et faire grimper les tarifs en Europe. » Les prix du beurre varient en fonction de facteurs locaux, mais les grandes entreprises comme Nestlé, Mondelez ou les chaînes de boulangerie déboursent aujourd’hui plus de 700 euros pour 100 kilos.
En Belgique, le prix moyen a atteint au premier semestre 2025 son niveau le plus élevé depuis le début des relevés (voir graphique). En 2020, le prix tournait encore autour de 350 euros les 100 kilos. À Libramont, Louis Ska pointe un autre souci, plus structurel : « Pour la première fois, l’approvisionnement en lait diminue. Et je ne pense pas que la production belge repartira à la hausse de sitôt. »
A relire
[2]Enfants véganes : mode d’emploi
« Produire plus de lait ? J’aimerais bien m’agrandir un peu, mais j’ai atteint le plafond de ce que je peux émettre en azote. » Bart Vanderstraeten est pourtant l’un des agriculteurs les plus innovants de Flandre. Sur son exploitation, la Koeweidehof , à Merchtem, ce quadragénaire énergique produit chaque année deux millions de litres de lait à l’aide de technologies de pointe.
« Écartez-vous, le robot arrive », lance-t-il. Une imposante cuve rouge se met en mouvement : elle contient 800 kilos d’aliments. Grâce à un système sophistiqué de capteurs, le robot sillonne les rangées et déverse du foin séché devant les 200 vaches laitières de l’étable. Un peu plus loin, plusieurs bêtes attendent patiemment leur tour devant l’une des trois machines à traire automatiques. « Ce sont elles qui décident quand elles veulent être traites. Elles sont attirées par l’alimentation personnalisée distribuée dans la machine », explique Bart Vanderstraeten, pendant qu’un groupe d’enfants passe en riant. « C’est notre stage d’été annuel à la ferme », sourit-il. Chaque vache porte un capteur qui mesure différents paramètres lors de la traite. « Dès que le système détecte un problème, on intervient immédiatement ».
Combinée à une organisation ultra-efficace, cette technologie permet de maximiser la production de chaque animal. Le Koeweidehof fait partie des 3 429 exploitations laitières encore actives en Flandre. Elles étaient 5 657 en 2010. Cette baisse spectaculaire fait peser une réelle menace sur la production de demain — et la tendance ne devrait pas s’inverser, s’inquiète l’agriculteur. « 88 % des éleveurs de plus de 50 ans n’ont pas de successeur, et l’âge moyen dépasse les 57 ans. »
« Jusqu’ici, la chute du nombre d’éleveurs laitiers était compensée par des gains de productivité et l’agrandissement des exploitations existantes, mais cet équilibre est en train de se rompre », confirme Lien Callewaert, directrice de la Confédération belge de l’industrie laitière. « 2024 a marqué un tournant pour le secteur. Pour la première fois, la production laitière a diminué. Les contraintes administratives et l’insécurité juridique, notamment autour des normes d’émissions d’azote, pèsent lourdement sur les producteurs. » Ceux qui restent ne s’en sortent pas si mal, reconnaît Vanderstraeten. Le prix moyen payé aux éleveurs pour leur lait cru a doublé : en mai dernier, il atteignait 54 euros pour 100 kilos, contre 27 euros en 2015.
A relire
[3]Aurait-on enfin trouvé le secret pour perdre du poids?
« C’est un bon prix, admet-il. Mais quand on doit planifier des investissements à long terme, comme l’achat d’une machine à traire ou d’un système de traitement des effluents, on a besoin de perspectives claires. » Et les difficultés classiques n’ont pas disparu : l’an dernier, le virus de la fièvre catarrhale ovine — qui fait chuter la production de lait — a refait surface. En outre, les conditions météorologiques irrégulières ont nui à la qualité des fourrages comme l’herbe ou le maïs.
« Et quand l’alimentation est de moindre qualité, les vaches produisent tout simplement moins de lait », résume Bart Vanderstraeten. Cette tension sur l’approvisionnement accélère les concentrations dans le secteur. L’an dernier, Milcobel — groupe de transformation basé en Flandre orientale, plus important que Laiterie des Ardennes en chiffre d’affaires, mais pas en volume — a annoncé sa fusion avec le géant néerlandais FrieslandCampina.
L’objectif : sécuriser un approvisionnement suffisant pour faire tourner les usines à plein régime et éviter les pénuries. Bart Vanderstraeten livre son lait à Milcobel. Il ne sait pas exactement ce qu’il en advient, « mais il y a de fortes chances qu’il finisse en mozzarella plutôt qu’en beurre ».
Existe-t-il une alternative au beurre devenu si coûteux ? Pour Joris De Wolf, responsable des achats chez la boulangerie Aernoudt, la réponse est claire : non. « Côté texture en bouche, la margarine s’en approche un peu, mais rien ne vaut le goût du vrai beurre. » L’entreprise Aernoudt, implantée en Flandre orientale et occidentale, possède 46 points de vente, où sont proposés chaque jour croissants et viennoiseries fraîchement sortis du four. Le beurre y est un ingrédient central : plus de 150 tonnes sont achetées chaque année.
« Le prix élevé pèse évidemment sur nos marges », reconnaît Joris De Wolf. Mais pour l’instant, cela ne se traduit pas sur les clients. « Nous avons des contrats à prix fixes avec nos fournisseurs. » Pas question non plus de modifier les recettes : « Nous refusons de faire des compromis sur la qualité ou le goût. »
Et si une hausse modérée devait malgré tout se répercuter sur les prix ? Il n’est pas inquiet. « En Flandre, le dimanche, les gens aiment s’offrir une viennoiserie, aux raisins ou au chocolat. Une petite hausse de prix ne changera pas cette habitude. » Chez le géant agroalimentaire Mondelez — connu pour ses petit-beurre , mais aussi pour Oreo, TUC, Prince ou Milka — le beurre représente « une part relativement faible dans la composition de nos produits », explique la porte-parole Annick Verdegem.
Cela ne signifie pas pour autant qu’aucune hausse n’est à craindre. « Nous faisons tout pour absorber nous-mêmes l’augmentation de nos coûts de production. Une hausse de prix reste une solution de dernier recours. Mais ces coûts ont fortement augmenté depuis plusieurs années. Il arrive donc que nous soyons contraints d’appliquer des ajustements ciblés ».
A relire
[4]Saviez-vous que les biscuits Petit Prince, Melocake et Pim’s viennent d’Anvers?
[1] https://daardaar.be/rubriques/travail-sante/recommendations-alimentaires-le-ministre-flamand-jo-brouns-defend-son-bifteck/
[2] https://daardaar.be/rubriques/travail-sante/enfants-veganes-mode-demploi/
[3] https://daardaar.be/rubriques/travail-sante/aurait-on-enfin-trouve-le-secret-pour-perdre-du-poids/
[4] https://daardaar.be/rubriques/culture-et-medias/saviez-vous-que-les-biscuits-petit-prince-melocake-et-pims-viennent-danvers/
« La moitié du lait stérilisé vendu en Belgique vient d’ici, affirme-t-il en nous guidant à travers l’exploitation. Nous collectons environ 30 % du lait cru produit en Belgique, auprès de quelque 2 000 éleveurs. Chaque année, nous produisons 50 000 tonnes de beurre, 180 millions de litres de lait, 100 000 tonnes de lait en poudre et 30 000 tonnes de mozzarella », énumère fièrement ce Liégeois, actif dans le secteur depuis plus de vingt ans.
La coopérative est rentable : avec un chiffre d’affaires de 917 millions d’euros, elle a dégagé l’an dernier un bénéfice net de 6,9 millions. Mais malgré les 8 000 kilos de beurre que fait sortir chaque heure Solarec, la filiale de transformation de la coopérative, ce n’est pas là que les marges sont les plus intéressantes. « C’est le fromage qui rapporte le plus, confie-t-il. Et c’est logique : à la tête d’une coopérative, sa mission est d’assurer aux producteurs un revenu aussi stable et élevé que possible.
En mai, Solarec a donc annoncé un investissement de plus de 100 millions d’euros dans une nouvelle fromagerie à Saint-Ghislain, près de Mons. Objectif : doubler la production d’ici à 2028. Mais ce choix stratégique tient aussi à un phénomène inattendu : la folie des protéines, qui bat son plein. « Le petit-lait, résidu de la fabrication du fromage, est un ingrédient de base des produits protéinés », explique-t-il. Résultat : la passion des amateurs de fitness pour les shakes hyperprotéinés détourne les transformateurs laitiers du beurre.
Roel Vaes, conseiller en élevage à la Boerenbond, confirme : « Le beurre laisse un sous-produit moins attractif, le lait écrémé, qui est transformé en poudre de lait. Or ce secteur traverse des années difficiles. » Louis renchérit : « Jusqu’à 80 % de notre poudre de lait écrémé est exportée hors d’Europe, principalement vers l’Asie, mais ces dernières années, la concurrence s’intensifie, notamment en provenance d’anciens pays importateurs comme la Chine et l’Inde. »
A relire
[1]Recommendations alimentaires: le ministre flamand Jo Brouns défend son bifteck
Même Poutine doit s’en mêler
Mais le succès du fromage a un effet pervers : il laisse moins de lait disponible pour la fabrication du beurre, au moment même où la demande explose. « Dès que leur revenu augmente – dans les pays en développement par exemple – les consommateurs délaissent les margarines végétales pour du vrai beurre », observe Louis Ska, en inspectant des paquets défilant sur un tapis.
À Libramont, 80 % de la production est destinée au marché européen. Et partout, la demande s’intensifie. Selon l’agence Bloomberg, elle a augmenté de 6 % en un an en Chine, et de 3 % en Inde, premier consommateur mondial. « La croissance démographique et la hausse de la consommation de produits laitiers par habitant maintiennent des prix élevés sur le marché mondial », confirme Guido Van Huylenbroeck, ancien doyen de la faculté de bioingénierie de l’Université de Gand et spécialiste de l’économie agricole.
Ces dernières semaines, le prix du beurre a atteint son niveau le plus haut depuis la mise en place d’un prix de référence mondial en 2009. La Nouvelle-Zélande, premier exportateur mondial, peine à suivre la demande. Rien qu’en 2023, le pays a exporté pour plus de 2,5 milliards de dollars de beurre. Même Vladimir Poutine s’est vu contraint d’aborder la question lors de sa séance de questions-réponses annuelle avec les citoyens : en quelques mois, le prix du beurre a grimpé de plus de 30 % en Russie. Résultat : une vague de vols et l’apparition de boîtes antivol autour des plaquettes dans les supermarchés.
« Sur le marché laitier, le moindre déséquilibre a des effets immédiats sur les prix », analyse Guido. « Une sécheresse en Australie peut par exemple faire baisser la production et faire grimper les tarifs en Europe. » Les prix du beurre varient en fonction de facteurs locaux, mais les grandes entreprises comme Nestlé, Mondelez ou les chaînes de boulangerie déboursent aujourd’hui plus de 700 euros pour 100 kilos.
En Belgique, le prix moyen a atteint au premier semestre 2025 son niveau le plus élevé depuis le début des relevés (voir graphique). En 2020, le prix tournait encore autour de 350 euros les 100 kilos. À Libramont, Louis Ska pointe un autre souci, plus structurel : « Pour la première fois, l’approvisionnement en lait diminue. Et je ne pense pas que la production belge repartira à la hausse de sitôt. »
A relire
[2]Enfants véganes : mode d’emploi
Des vaches équipées de capteurs
« Produire plus de lait ? J’aimerais bien m’agrandir un peu, mais j’ai atteint le plafond de ce que je peux émettre en azote. » Bart Vanderstraeten est pourtant l’un des agriculteurs les plus innovants de Flandre. Sur son exploitation, la Koeweidehof , à Merchtem, ce quadragénaire énergique produit chaque année deux millions de litres de lait à l’aide de technologies de pointe.
« Écartez-vous, le robot arrive », lance-t-il. Une imposante cuve rouge se met en mouvement : elle contient 800 kilos d’aliments. Grâce à un système sophistiqué de capteurs, le robot sillonne les rangées et déverse du foin séché devant les 200 vaches laitières de l’étable. Un peu plus loin, plusieurs bêtes attendent patiemment leur tour devant l’une des trois machines à traire automatiques. « Ce sont elles qui décident quand elles veulent être traites. Elles sont attirées par l’alimentation personnalisée distribuée dans la machine », explique Bart Vanderstraeten, pendant qu’un groupe d’enfants passe en riant. « C’est notre stage d’été annuel à la ferme », sourit-il. Chaque vache porte un capteur qui mesure différents paramètres lors de la traite. « Dès que le système détecte un problème, on intervient immédiatement ».
Combinée à une organisation ultra-efficace, cette technologie permet de maximiser la production de chaque animal. Le Koeweidehof fait partie des 3 429 exploitations laitières encore actives en Flandre. Elles étaient 5 657 en 2010. Cette baisse spectaculaire fait peser une réelle menace sur la production de demain — et la tendance ne devrait pas s’inverser, s’inquiète l’agriculteur. « 88 % des éleveurs de plus de 50 ans n’ont pas de successeur, et l’âge moyen dépasse les 57 ans. »
« Jusqu’ici, la chute du nombre d’éleveurs laitiers était compensée par des gains de productivité et l’agrandissement des exploitations existantes, mais cet équilibre est en train de se rompre », confirme Lien Callewaert, directrice de la Confédération belge de l’industrie laitière. « 2024 a marqué un tournant pour le secteur. Pour la première fois, la production laitière a diminué. Les contraintes administratives et l’insécurité juridique, notamment autour des normes d’émissions d’azote, pèsent lourdement sur les producteurs. » Ceux qui restent ne s’en sortent pas si mal, reconnaît Vanderstraeten. Le prix moyen payé aux éleveurs pour leur lait cru a doublé : en mai dernier, il atteignait 54 euros pour 100 kilos, contre 27 euros en 2015.
A relire
[3]Aurait-on enfin trouvé le secret pour perdre du poids?
« C’est un bon prix, admet-il. Mais quand on doit planifier des investissements à long terme, comme l’achat d’une machine à traire ou d’un système de traitement des effluents, on a besoin de perspectives claires. » Et les difficultés classiques n’ont pas disparu : l’an dernier, le virus de la fièvre catarrhale ovine — qui fait chuter la production de lait — a refait surface. En outre, les conditions météorologiques irrégulières ont nui à la qualité des fourrages comme l’herbe ou le maïs.
« Et quand l’alimentation est de moindre qualité, les vaches produisent tout simplement moins de lait », résume Bart Vanderstraeten. Cette tension sur l’approvisionnement accélère les concentrations dans le secteur. L’an dernier, Milcobel — groupe de transformation basé en Flandre orientale, plus important que Laiterie des Ardennes en chiffre d’affaires, mais pas en volume — a annoncé sa fusion avec le géant néerlandais FrieslandCampina.
L’objectif : sécuriser un approvisionnement suffisant pour faire tourner les usines à plein régime et éviter les pénuries. Bart Vanderstraeten livre son lait à Milcobel. Il ne sait pas exactement ce qu’il en advient, « mais il y a de fortes chances qu’il finisse en mozzarella plutôt qu’en beurre ».
Des croissants au goût inimitable
Existe-t-il une alternative au beurre devenu si coûteux ? Pour Joris De Wolf, responsable des achats chez la boulangerie Aernoudt, la réponse est claire : non. « Côté texture en bouche, la margarine s’en approche un peu, mais rien ne vaut le goût du vrai beurre. » L’entreprise Aernoudt, implantée en Flandre orientale et occidentale, possède 46 points de vente, où sont proposés chaque jour croissants et viennoiseries fraîchement sortis du four. Le beurre y est un ingrédient central : plus de 150 tonnes sont achetées chaque année.
« Le prix élevé pèse évidemment sur nos marges », reconnaît Joris De Wolf. Mais pour l’instant, cela ne se traduit pas sur les clients. « Nous avons des contrats à prix fixes avec nos fournisseurs. » Pas question non plus de modifier les recettes : « Nous refusons de faire des compromis sur la qualité ou le goût. »
Et si une hausse modérée devait malgré tout se répercuter sur les prix ? Il n’est pas inquiet. « En Flandre, le dimanche, les gens aiment s’offrir une viennoiserie, aux raisins ou au chocolat. Une petite hausse de prix ne changera pas cette habitude. » Chez le géant agroalimentaire Mondelez — connu pour ses petit-beurre , mais aussi pour Oreo, TUC, Prince ou Milka — le beurre représente « une part relativement faible dans la composition de nos produits », explique la porte-parole Annick Verdegem.
Cela ne signifie pas pour autant qu’aucune hausse n’est à craindre. « Nous faisons tout pour absorber nous-mêmes l’augmentation de nos coûts de production. Une hausse de prix reste une solution de dernier recours. Mais ces coûts ont fortement augmenté depuis plusieurs années. Il arrive donc que nous soyons contraints d’appliquer des ajustements ciblés ».
A relire
[4]Saviez-vous que les biscuits Petit Prince, Melocake et Pim’s viennent d’Anvers?
[1] https://daardaar.be/rubriques/travail-sante/recommendations-alimentaires-le-ministre-flamand-jo-brouns-defend-son-bifteck/
[2] https://daardaar.be/rubriques/travail-sante/enfants-veganes-mode-demploi/
[3] https://daardaar.be/rubriques/travail-sante/aurait-on-enfin-trouve-le-secret-pour-perdre-du-poids/
[4] https://daardaar.be/rubriques/culture-et-medias/saviez-vous-que-les-biscuits-petit-prince-melocake-et-pims-viennent-danvers/