Festivals: pourquoi les femmes doivent-elles attendre plus longtemps aux toilettes?
([Culture et Médias, Société, Sorties] 2025-07-01 (De Standaard))
- Reference: 2025-07_festivals-255x170
- News link: https://daardaar.be/rubriques/culture-et-medias/festivals-pourquoi-les-femmes-doivent-elles-attendre-plus-longtemps-aux-toilettes/
- Source link: https://www.standaard.be/buitenland/zo-los-je-de-file-aan-de-vrouwentoiletten-op-een-festival-op/40775628.html
C’est devenu une image familière des festivals: pendant que les hommes expédient leur petite commission aux urinoirs, les femmes patientent de longues minutes devant les cabines.
Wouter Rogiest, mathématicien à l’université de Gand et spécialiste de la théorie dess files d’attente, étudie depuis des années les moyens de les réduire, voire de les éliminer. Il s’étonne que cette situation soit perçue comme normale. « C’est un angle mort de l’émancipation. Dans les années 1960, on a brûlé les soutiens-gorge, mais pas touché aux toilettes. Il est temps d’offrir aux femmes les infrastructures qu’elles méritent. Aujourd’hui, elles attendent bien trop longtemps. »
Ingénieur de formation et non sociologue, Rogiest et ses collègues recourent à des simulations pour déterminer les configurations sanitaires qui minimisent les temps d’attente. « Une file d’attente est un système complexe et non linéaire. Cela signifie qu’un léger changement de capacité peut avoir un effet disproportionné sur le temps d’attente. Ajouter 25 % de cabines peut réduire l’attente de manière spectaculaire. Mais à l’inverse, une seule cabine hors service peut provoquer une file monstre. Même chose avec la fréquentation : 10 % de visiteurs en plus peut rallonger l’attente de moitié. »
C’est un angle mort de l’émancipation. Dans les années 1960, on a brûlé les soutiens-gorge, mais pas touché aux toilettes. Il est temps d’offrir aux femmes les infrastructures qu’elles méritent. Aujourd’hui, elles attendent bien trop longtemps.
Pourquoi les femmes attendent-elles plus longtemps ? L’explication classique tient au temps qu’elles passent aux toilettes. « C’était l’hypothèse de départ, mais elle ne tient plus, explique Rogiest. Les hommes gagnent du temps grâce aux urinoirs, mais pour ceux qui utilisent une cabine, rien ne prouve qu’ils soient plus rapides. D’autant plus que beaucoup consultent désormais leur smartphone pendant ce moment de pause. »
Selon lui, c’est donc avant tout le type de sanitaire qui détermine la durée. « Dans nos calculs, un urinoir prend en moyenne une minute, une cabine une minute trente. Mais comme les femmes n’ont accès qu’aux cabines, elles sont forcément désavantagées. »
A relire
[1]DJ Lex: à peine 13 ans et déjà à l’affiche de Tomorrowland
Dans certaines circonstances – pensons aux sanitaires d’une aire d’autoroute ou d’un aéroport — un autre facteur entre en jeu. « Là, on retrouve souvent une infrastructure séparée pour hommes et femmes. Ce système, en réalité, est loin d’être efficace. Bien souvent, l’espace réservé aux femmes est exactement le même que celui des hommes… Sur une même surface, on peut installer davantage d’urinoirs que de cabines, ce qui joue clairement en faveur des hommes. Ajoutez à cela un temps de passage aux toilettes plus court, et le constat est vite fait ! D’un côté, des urinoirs à gogo, de l’autre, de nombreuses femmes patientant devant des portes closes », argumente Wouter Rogiest.
Ce n’est pas un hasard si les lieux fréquentés par un public international restent attachés à la séparation stricte entre toilettes hommes et femmes. Pour beaucoup, un passage aux toilettes est loin d’être juste fonctionnel, c’est aussi une question de culture. « Les pays anglo-saxons, par exemple, ne sont absolument pas prêts pour des toilettes non genrées, tandis que dans les pays scandinaves, la question ne se pose même pas », explique Wouter Rogiest. Même dans notre pays, il semble y avoir peu d’opposants à cette idée. « Et pourtant, des réglementations exigent encore que le personnel ait accès à des installations séparées selon le genre. En 2017, nous avons pourtant plaidé pour une transition vers des toilettes entièrement non genrées. Personne ne s’y est opposé. Cela permettrait aussi, de manière immédiate, d’offrir une solution inclusive pour les personnes transgenres ou non-binaires », ajoute Wouter Rogiest. Et pour finir, sept ans plus tard, la loi n’a toujours pas été modifiée.
Retour aux festivals. Là où aujourd’hui, les cabines sont en principe déjà neutres. Sur ce point, les festivals font mieux que la plupart des bâtiments publics ou des aéroports. Pourtant, des progrès restent à faire, comme l’indiquent les simulations réalisées par Wouter Rogiest et son équipe, qui ont testé diverses configurations de toilettes.
Comme on pouvait s’y attendre, les toilettes genrées, qui réservent autant d’espace aux hommes qu’aux femmes — repensons à l’aéroport — arrivent en tête des pires résultats. Non seulement le temps d’attente moyen dans la simulation est de 3’15”, mais en plus, il est extrêmement inégal. En moyenne, les femmes attendent 6’19”, tandis que les hommes n’attendent que 11”.
Des temps d’attente parfaitement égaux pour les hommes et les femmes ? C’est possible. Il suffirait d’éliminer les urinoirs et de n’installer que des cabines neutres. Dans cette simulation, tout le monde attend, sans exception, 2’10”. Mais est-ce vraiment une solution souhaitable ?
Wouter Rogiest envisage une option encore plus avantageuse. « La configuration idéale serait un mélange de cabines et d’urinoirs. Si les hommes optent pour les urinoirs, les cabines restent disponibles pour les femmes, ce qui réduit le temps d’attente pour tout le monde. De plus, cette solution est également plus intéressante pour les organisateurs de festivals, car les urinoirs sont moins coûteux et plus faciles à nettoyer. »
[2]Aidez DaarDaar à jeter des ponts !
Des urinoirs et cabines non genrées : la combinaison que tous les festivals offrent déjà aujourd’hui. Pourtant, ça coince… La quantité de cabines installées par rapport au nombre d’urinoirs prévus devrait être revue.
« Pour un public composé de 50 % d’hommes et 50 % de femmes, la règle est la suivante : au moins deux cabines par urinoir installé, dit Wouter Rogiest. Cependant, tous les festivals ratent le coche. Souvent, il y a plus d’urinoirs que de cabines. Cette année, nous avons accueilli le festival scientifique Nerdland. On y retrouvait 14 cabines pour 9 urinoirs. Et pourtant, la règle de 2 pour 1 n’était pas respectée. »
Il ne faut pas chercher très loin pour en comprendre la raison. « Les festivals veulent absolument éviter des files aux urinoirs, car les hommes iront pisser contre les barrières Nadar comme des animaux. Il semblerait que voir les femmes attendre une cabine libre pendant des heures soit coutume. »
Pour chaque urinoir installé, il faudrait deux cabines non genrées.
La demande des organisateurs de festivals est justifiée. Pour chaque urinoir installé, il faudrait deux cabines non genrées. Selon la simulation, le temps moyen de file est réduit à 1’12’’, soit de 63 % en comparaison avec les premières estimations. Chez les femmes, le temps d’attente diminuera de près de 5 minutes alors que chez les hommes, il augmentera de 47 secondes. Le spécialiste poursuit : « Les hommes peuvent-ils s’en plaindre ? Non. En effet, notre meilleure suggestion est pourtant toujours inégalitaire. Les femmes attendent toujours plus longtemps que les hommes, mais le temps de file est tout de même réduit. »
Enfin, les têtes d’affiche influencent également la configuration des toilettes. « Évidemment, il faudra prévoir plus d’urinoirs pour le public de Rammstein et plus de cabines pour les Swifties. En tant qu’organisateur, il faudra prévoir une signalisation visible vers les sanitaires pour que les hommes soient davantage dirigés vers les urinoirs. Une autre option serait de diviser les sanitaires différemment, en fonction du public. Nous menons eactuelelment une étude à ce sujet », conclut Wouter Rogiest.
A relire
[3]DaarDaar passe en mode estival… l’occasion de (re)découvrir nos dernières réalisations!
]
Wouter Rogiest, mathématicien à l’université de Gand et spécialiste de la théorie dess files d’attente, étudie depuis des années les moyens de les réduire, voire de les éliminer. Il s’étonne que cette situation soit perçue comme normale. « C’est un angle mort de l’émancipation. Dans les années 1960, on a brûlé les soutiens-gorge, mais pas touché aux toilettes. Il est temps d’offrir aux femmes les infrastructures qu’elles méritent. Aujourd’hui, elles attendent bien trop longtemps. »
Ingénieur de formation et non sociologue, Rogiest et ses collègues recourent à des simulations pour déterminer les configurations sanitaires qui minimisent les temps d’attente. « Une file d’attente est un système complexe et non linéaire. Cela signifie qu’un léger changement de capacité peut avoir un effet disproportionné sur le temps d’attente. Ajouter 25 % de cabines peut réduire l’attente de manière spectaculaire. Mais à l’inverse, une seule cabine hors service peut provoquer une file monstre. Même chose avec la fréquentation : 10 % de visiteurs en plus peut rallonger l’attente de moitié. »
C’est un angle mort de l’émancipation. Dans les années 1960, on a brûlé les soutiens-gorge, mais pas touché aux toilettes. Il est temps d’offrir aux femmes les infrastructures qu’elles méritent. Aujourd’hui, elles attendent bien trop longtemps.
Smartphone
Pourquoi les femmes attendent-elles plus longtemps ? L’explication classique tient au temps qu’elles passent aux toilettes. « C’était l’hypothèse de départ, mais elle ne tient plus, explique Rogiest. Les hommes gagnent du temps grâce aux urinoirs, mais pour ceux qui utilisent une cabine, rien ne prouve qu’ils soient plus rapides. D’autant plus que beaucoup consultent désormais leur smartphone pendant ce moment de pause. »
Selon lui, c’est donc avant tout le type de sanitaire qui détermine la durée. « Dans nos calculs, un urinoir prend en moyenne une minute, une cabine une minute trente. Mais comme les femmes n’ont accès qu’aux cabines, elles sont forcément désavantagées. »
A relire
[1]DJ Lex: à peine 13 ans et déjà à l’affiche de Tomorrowland
Toilettes non genrées
Dans certaines circonstances – pensons aux sanitaires d’une aire d’autoroute ou d’un aéroport — un autre facteur entre en jeu. « Là, on retrouve souvent une infrastructure séparée pour hommes et femmes. Ce système, en réalité, est loin d’être efficace. Bien souvent, l’espace réservé aux femmes est exactement le même que celui des hommes… Sur une même surface, on peut installer davantage d’urinoirs que de cabines, ce qui joue clairement en faveur des hommes. Ajoutez à cela un temps de passage aux toilettes plus court, et le constat est vite fait ! D’un côté, des urinoirs à gogo, de l’autre, de nombreuses femmes patientant devant des portes closes », argumente Wouter Rogiest.
Ce n’est pas un hasard si les lieux fréquentés par un public international restent attachés à la séparation stricte entre toilettes hommes et femmes. Pour beaucoup, un passage aux toilettes est loin d’être juste fonctionnel, c’est aussi une question de culture. « Les pays anglo-saxons, par exemple, ne sont absolument pas prêts pour des toilettes non genrées, tandis que dans les pays scandinaves, la question ne se pose même pas », explique Wouter Rogiest. Même dans notre pays, il semble y avoir peu d’opposants à cette idée. « Et pourtant, des réglementations exigent encore que le personnel ait accès à des installations séparées selon le genre. En 2017, nous avons pourtant plaidé pour une transition vers des toilettes entièrement non genrées. Personne ne s’y est opposé. Cela permettrait aussi, de manière immédiate, d’offrir une solution inclusive pour les personnes transgenres ou non-binaires », ajoute Wouter Rogiest. Et pour finir, sept ans plus tard, la loi n’a toujours pas été modifiée.
Retour aux festivals. Là où aujourd’hui, les cabines sont en principe déjà neutres. Sur ce point, les festivals font mieux que la plupart des bâtiments publics ou des aéroports. Pourtant, des progrès restent à faire, comme l’indiquent les simulations réalisées par Wouter Rogiest et son équipe, qui ont testé diverses configurations de toilettes.
Comme on pouvait s’y attendre, les toilettes genrées, qui réservent autant d’espace aux hommes qu’aux femmes — repensons à l’aéroport — arrivent en tête des pires résultats. Non seulement le temps d’attente moyen dans la simulation est de 3’15”, mais en plus, il est extrêmement inégal. En moyenne, les femmes attendent 6’19”, tandis que les hommes n’attendent que 11”.
Des temps d’attente parfaitement égaux pour les hommes et les femmes ? C’est possible. Il suffirait d’éliminer les urinoirs et de n’installer que des cabines neutres. Dans cette simulation, tout le monde attend, sans exception, 2’10”. Mais est-ce vraiment une solution souhaitable ?
Wouter Rogiest envisage une option encore plus avantageuse. « La configuration idéale serait un mélange de cabines et d’urinoirs. Si les hommes optent pour les urinoirs, les cabines restent disponibles pour les femmes, ce qui réduit le temps d’attente pour tout le monde. De plus, cette solution est également plus intéressante pour les organisateurs de festivals, car les urinoirs sont moins coûteux et plus faciles à nettoyer. »
[2]Aidez DaarDaar à jeter des ponts !
Taylor Swift
Des urinoirs et cabines non genrées : la combinaison que tous les festivals offrent déjà aujourd’hui. Pourtant, ça coince… La quantité de cabines installées par rapport au nombre d’urinoirs prévus devrait être revue.
« Pour un public composé de 50 % d’hommes et 50 % de femmes, la règle est la suivante : au moins deux cabines par urinoir installé, dit Wouter Rogiest. Cependant, tous les festivals ratent le coche. Souvent, il y a plus d’urinoirs que de cabines. Cette année, nous avons accueilli le festival scientifique Nerdland. On y retrouvait 14 cabines pour 9 urinoirs. Et pourtant, la règle de 2 pour 1 n’était pas respectée. »
Il ne faut pas chercher très loin pour en comprendre la raison. « Les festivals veulent absolument éviter des files aux urinoirs, car les hommes iront pisser contre les barrières Nadar comme des animaux. Il semblerait que voir les femmes attendre une cabine libre pendant des heures soit coutume. »
Pour chaque urinoir installé, il faudrait deux cabines non genrées.
La demande des organisateurs de festivals est justifiée. Pour chaque urinoir installé, il faudrait deux cabines non genrées. Selon la simulation, le temps moyen de file est réduit à 1’12’’, soit de 63 % en comparaison avec les premières estimations. Chez les femmes, le temps d’attente diminuera de près de 5 minutes alors que chez les hommes, il augmentera de 47 secondes. Le spécialiste poursuit : « Les hommes peuvent-ils s’en plaindre ? Non. En effet, notre meilleure suggestion est pourtant toujours inégalitaire. Les femmes attendent toujours plus longtemps que les hommes, mais le temps de file est tout de même réduit. »
Enfin, les têtes d’affiche influencent également la configuration des toilettes. « Évidemment, il faudra prévoir plus d’urinoirs pour le public de Rammstein et plus de cabines pour les Swifties. En tant qu’organisateur, il faudra prévoir une signalisation visible vers les sanitaires pour que les hommes soient davantage dirigés vers les urinoirs. Une autre option serait de diviser les sanitaires différemment, en fonction du public. Nous menons eactuelelment une étude à ce sujet », conclut Wouter Rogiest.
A relire
[3]DaarDaar passe en mode estival… l’occasion de (re)découvrir nos dernières réalisations!